Texte3 "Fonction du poète" de Victor Hugo
Texte 3 : Victor HUGO, Les Rayons et les Ombres, « Fonction du poète »
Problématique :Quelle image du poète donne Victor Hugo ?
Annonce du plan : I. le poète romantique semble une transition indispensable entre un monde divin et le monde humain ; II il fait également le lien entre passé et avenir, dans le présent.
Introduction : Figure illustre du Romantisme, Victor Hugo est le poète français du XIXème siècle qui s'illustre tant dans le roman et le théâtre que la poésie. Le recueil Les Rayons et les Ombres paru en 1840 s'ouvre sur un poème composé de strophes de dix octosyllabes (dizains) intitulé « Fonction du poète » qui semble annoncer avec solennité un texte didactique. Il nous faudra donc nous interroger sur l'image du poète donnée à l'orée du recueil. Victor Hugo nous le montre d'abord comme un intermédiaire entre un univers divin et l'univers humain, puis comme celui qui assure la transition entre le passé et le présent.
Remarques générales :
Solennité d'un texte didactique sur la fonction du poète. Hugo exprime des sentiments ( donc poème lyrique) en même temps qu'il essaie de convaincre le lecteur de la mission du poète.)
Structure très régulière, avec de nombreuses reprises
Volonté de généralisation et insistance dans les définitions, phrases présentatives : « c'est lui, lui seul… »
Nombreuses exclamations laudatives qui témoignent de la force de conviction du poète, de son enthousiasme.
Impératifs, apostrophe et injonctions aux peuples. Au début du texte s'adresse plutôt aux poètes qui voudraient se retirer de la société, à ceux qu'il maudit et appelle « chanteurs inutiles ».
Présent de vérité générale et présent de répétition.
1. L'utilité du poète : intermédiaire entre Dieu et les hommes
A. Il est différent des autres :
Opposition avec les faux poètes => inutiles CHANTEURS ( ceux qui se retranchent dans l'individualisme)
Condamnation de leur démission dans le premier dizain => 3 verbes : « retourne, prend ses sandales, s'en va ». Hugo fustige la tentation du « désert ». Le vrai poète n'est pas un ermite qui se retire loin des hommes. ( A rapprocher du personnage du derviche dans Nathan Le Sage qui préfère partir au bord du Gange plutôt que de continuer à servir Saladin)
3 imprécations, sortes de malédictions (malheur en anaphore + Honte) enchaînées dans une gradation ternaire
=> Image de l'automutilation (l'utilité est donc intrinsèque à la nature du poète : quand le poète refuse de servir, il n'est plus complet)
Opposition frère / désert, sandales / scandales renforcée par la rime riche et la paronymie.( N'oubliez pas les possibilités de lecture verticales du poèmes : les mots à la rime sont importants, ils peuvent se compléter ou former des oppositions signifiantes.)
« Homme il est doux comme une femme » : masculinité et féminité sont mêlées en lui. Il est « plein d'amour ».
B. C'est un élu :
Début et fin de l'extrait : « Dieu le veut / mène à Dieu » (origine et fin)
« Pareil aux prophètes » : le poète parle à la place de Dieu et en son nom, il parle pour tous ceux qui ne parlent pas et il prédit l'avenir. + opposition voit / végètent : il a des talents que n'a pas la foule.
Emploi absolu des verbes ( c'est-à-dire sans complément) : il voit, il pense
« Dieu parle à voix basse à son âme » : familiarité entre Dieu et le poète, confidence, intimité.
Opposition : inscrit / ce que la foule n'entend pas,
Anaphore : lui seul a le front éclairé, lui seul distingue (cf. caricatures représentant Hugo et son large front)
« Rêves toujours pleins d'amour » : insistance sur sa bonté, son altruisme.
Constance et courage malgré les obstacles : « qu'on l'insulte, on le raille Qu'importe »
« Il plaint ses contempteurs frivoles », c'est-à-dire ceux qui le méprisent. Il est en but à la raillerie du « faux sage » mais, même si ce dernier ne le reconnaît pas ouvertement , il parvient à convaincre intérieurement : « le faux sage songe tout bas »
C. le poète agit donc pour tous : Nombreux termes qui indiquent la totalité, l'universalité de l'adresse du poète. Nombreuses oppositions qui insistent sur le fait qu'il prend en charge tout le monde.
« Ville et désert »
« Ici et ailleurs «
« Tout haut / tout bas. »
Louvre et Chaumière.
Roi et pasteurs ( bergers)
II. Ancré dans le présent, il est le pont entre le passé et l'avenir
Force du texte : images mêlant temps, germination, lumière surgissant de l'ombre
A. le poète travaille dans l'ombre du présent.
Un présent de difficultés : présent du discours direct, évocation de « temps contraires » : hostiles, même « jours impies » : manquant de piété, de respect du sacré. Poète solitaire, différent des autres. Présent des « haines et des scandales », quand « les peuples végètent », « insulte et loue » au présent de répétition : attitudes inconstantes, versatiles cf « peuples agités ». Le poète a un devoir « en tout temps », même dans les temps troublés.
B. Il recueille le passé :
Image du travail : le poète est un travailleur lui-aussi : « v.2 chacun travaille et chacun sert ». Attitude du glaneur qui « ramasse la tradition » dans « les ruines » : insistance sur la difficulté par les nombreuses diérèses.
Le poète cherche à retrouver « dans les ruines » ce qui a été transmis par Dieu et par les ancêtres ; il maintient le lien entre les générations qui permet le progrès, l'avancée vers le futur malgré les destructions, les aléas de l'histoire.
C. il éclaire l'avenir :
Préparation des « jours meilleurs »
Opposition : les pieds ancrés dans le sol « ici », dans le présent mais capacité à voir au-delà et à rêver l'avenir : « L'homme des utopies », « les yeux ailleurs », le rêve (ses rêves toujours pleins d'amour, le rêveur sacré)
Difficulté de la tâche => don de voyance, mais nécessité de scruter : « Les ombres des choses qui seront un jour », capacité à distinguer l'avenir.
Des temps futurs perçant les ombres
ð but : faire flamboyer l'avenir, illumination sur un fond d'ombre
ð comparaison : comme une torche qu'il secoue, métaphore filée de la lumière tout au long du texte : poète transformé en une sorte de géant puisque la main qui tient la torche s'agrandit.
ð le front éclairé
ð tout le poète en gloire dans la dernière strophe rayonnant d'une lumière dispensée par la poésie étoile.
Conclusion
Le texte possède une force intérieure, une puissance évocatrice, par la profusion des images souvent religieuses qui font du poète un être à part. Hugo privilégie dans la fonction du poète la communion avec les autres et leurs souffrances, leurs problèmes ; ce qui peut refléter son engagement social et politique. Le poète confie au poète la mission d'orienter l'histoire, de guider vers la lumière, le progrès.
A rapprocher du poème de Baudelaire intitulé « Les Phares » où Baudelaire célèbre de grands peintres qui sont présentés comme des guides pour protéger des périls.
http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=pov&id=331
Commentaire du poème de Baudelaire:
http://helene.blog.lemonde.fr/2010/07/03/baudelaire-les-phares/