Français - seconde de M. Lissonnet au lycée Queneau

Le Havre : armoiries

Par raymondqueneau - publié le lundi 4 décembre 2017 à 09:26
Résultat de recherche d’images pour "armoiries le havre"Voici la description des armoiries actuelles en termes héraldiques "de gueules à une salamandre d’argent, couronné d’or sur un brasier du même ; au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or et surchargé d’un franc-canton de sable au lion d’or, armé et lampassé de gueules".

Ecouter les bruits de Paris au XVIIIe siècle

Par raymondqueneau - publié le samedi 18 novembre 2017 à 06:22

INFO CONCOURS de BD

Par raymondqueneau - publié le samedi 14 octobre 2017 à 03:16
Un concours de BD est lancé du 2 octobre au 5 mars. Pour vous renseigner sur le règlement et les conditions de participation. Voici la réalisation graphique attendue :

Les réalisations sont :
- individuelles ou collectives pour les classes spécialisées (quelque soit l’âge des participants)
- impérativement individuelles à partir de 11 ans
- de maximum 2 planches pour les réalisations individuelles
- de maximum 6 planches pour les réalisations collectives
- numérotées au recto et au verso

Pour davantage de renseignements, allez à cette adresse :



Un poème de Juliette Keller : éloge de Boule de Suif !

Par raymondqueneau - publié le lundi 9 octobre 2017 à 07:05

La guerre était maintenant arrivée

Un défilé, de soldats, par milliers

Se déroulait déjà, là, devant moi ;

Partir fut une décision, mon choix.

 

Une fois entrée dans la diligence,

Je pus voir mes compagnons de voyage.

Au moins dix personnes de tous les âges

Qui faisaient régner un large silence.

 

Carré-Lamadon, Loiseau, Cornudet

Boule de suif, bonnes s½urs, de Bréville

Aucun de nous n’avait paru hostile

A l’idée de tout, un beau jour, quitter.

 

Après de longues heures d’excursion,

mal à l’estomac, de faim, nous avions.

Heureusement, ceux-ci étaient là,

Boule de Suif et son panier repas !

 

Plus tard, la diligence fut stoppée;

Par un Prussien, sans doute un officier.

Il nous dit placidement de sorti;

A l’auberge, il nous convia à dormir.

 

Le soir, Boule de suif fut demandée

Quand elle revint enfin, sur son visage,

On apercevait colère, effroi, rage

Dû à ce qu’on lui avait ordonné.

 

En effet, nous ne pourrions repartir,

Que quand Boule de suif le voudrait bien,

Coucher avec cet officier prussien.

D’ici là, nous ne pouvions nous enfuir.

 

Des rumeurs commençaient à éclater,

Comme quoi Boule de Suif était prostituée.

Si nous voulions nous en sortir vivants,

Il fallait qu’on pense à nous maintenant !

 

L’affreuse stratégie fut établie ;

Chacun, à son tour, alla lui parler

Pour l’encourager à passer la nuit,

Avec l’officier très déterminé.

 

Le lendemain le plan fut accomplie

Le groupe avait réussi son pari.

Jamais plus Boule de suif, nous revîmes.

Mais elle sera toujours dans mon estime !


Juliette Keller, 2d9 

La fiche sur la parole rapportée dans le récit :

Par raymondqueneau - publié le dimanche 8 octobre 2017 à 10:03

Quelques images pour illustrer "Boule de Suif" (film et illustrations)... à vos crayons pour apporter votre version illustrée!

Par raymondqueneau - publié le dimanche 8 octobre 2017 à 10:00

Le panier de Boule de suif et les réactiuons de personnages, de Tantale au Rubicon

Par raymondqueneau - publié le dimanche 8 octobre 2017 à 09:59

Complément de lecture : la guerre de 1870

Par raymondqueneau - publié le dimanche 8 octobre 2017 à 09:58

Une chronique de Maupassant :

Par raymondqueneau - publié le jeudi 5 octobre 2017 à 04:21

Guy de Maupassant : La Guerre

Article publié dans le Gil Blas du 11 décembre 1883

    Donc on parle de guerre avec la Chine. Pourquoi ? on ne sait pas. Les ministres en ce moment hésitent, se demandant s’ils vont faire tuer du monde là-bas. Faire tuer du monde leur est très égal, le prétexte seul les inquiète. La Chine, nation orientale et raisonnable, cherche à éviter ces massacres mathématiques. La France, nation occidentale et barbare, pousse à la guerre, la cherche, la désire.
    Quand j’entends prononcer ce mot : la guerre, il me vient un effarement comme si on me parlait de sorcellerie, d’inquisition, d’une chose lointaine, finie, abominable, monstrueuse, contre nature.
    Quand on parle d’anthropophages, nous sourions avec orgueil en proclamant notre supériorité sur ces sauvages. Quels sont les sauvages, les vrais sauvages ? Ceux qui se battent pour manger les vaincus ou ceux qui se battent pour tuer, rien que pour tuer ? Une ville chinoise nous fait envie : nous allons pour la prendre massacrer cinquante mille Chinois et faire égorger dix mille Français. Cette ville ne nous servira à rien. Il n’y a là qu’une question d’honneur national. Donc l’honneur national (singulier honneur !) qui nous pousse à prendre une cité qui ne nous appartient pas, l’honneur national qui se trouve satisfait par le vol, par le vol d’une ville, le sera davantage encore par la mort de cinquante mille Chinois et de dix mille Français.
    Et ceux qui vont périr là-bas sont des jeunes hommes qui pourraient travailler, produire, être utiles. Leurs pères sont vieux et pauvres. Leurs mères, qui pendant vingt ans les ont aimés, adorés comme adorent les mères, apprendront dans six mois que le fils, l’enfant, le grand enfant élevé avec tant de peine, avec tant d’argent, avec tant d’amour, est tombé dans un bois de roseaux, la poitrine crevée par les balles. Pourquoi a-t-on tué son garçon, son beau garçon, son seul espoir, son orgueil, sa vie ? Elle ne sait pas. Oui, pourquoi ? Parce qu’il existe au fond de l’Asie une ville qui s’appelle Bac-Ninh ; et parce qu’un ministre qui ne la connaît pas s’est amusé à la prendre aux Chinois.
    La guerre !... se battre !... tuer !... massacrer des hommes !... Et nous avons aujourd’hui, à notre époque, avec notre civilisation, avec l’étendue de science et le degré de philosophie où est parvenu le génie humain, des écoles où l’on apprend à tuer, à tuer de très loin, avec perfection, beaucoup de monde en même temps, à tuer de pauvres diables d’hommes innocents, chargés de famille, et sans casier judiciaire. M. Jules Grévy fait grâce avec obstination aux assassins les plus abominables, aux découpeurs de femmes en morceaux, aux parricides, aux étrangleurs d’enfants. Et voici que M. Jules Ferry, pour un caprice diplomatique dont s’étonne la nation, dont s’étonnent les députés, va condamner à mort, d’un c½ur léger, quelques milliers de braves garçons.
    Et le plus stupéfiant c’est que le peuple entier ne se lève pas contre les gouvernements. Quelle différence y a-t-il donc entre les monarchies et les républiques ? Le plus stupéfiant, c’est que la société tout entière ne se révolte pas à ce seul mot de guerre.
    Ah ! nous vivrons encore pendant des siècles sous le poids des vieilles et odieuses coutumes, des criminels préjugés, des idées féroces de nos barbares aïeux.
    N’aurait-on pas honni tout autre que Victor Hugo qui eût jeté ce grand cri de délivrance et de vérité ?
    Aujourd’hui, la force s’appelle la violence et commence à être jugée ; la guerre est mise en accusation. La civilisation, sur la plainte du genre humain, instruit le procès et dresse le grand dossier criminel des conquérants et des capitaines. Les peuples en viennent à comprendre que l’agrandissement d’un forfait n’en saurait être la diminution ; que si tuer est un crime, tuer beaucoup n’en peut pas être la circonstance atténuante ; que si voler est une honte, envahir ne saurait être une gloire.
    Ah ! proclamons ces vérités absolues, déshonorons la guerre !

    Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu, voici deux ans, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : « La guerre est sainte, d’institution divine ; c’est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments, l’honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme ! ».
    Ainsi, se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher jour et nuit sans repos, ne penser à rien, ne rien étudier, ne rien apprendre, ne rien lire, n’être utile à personne, pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme les brutes dans un hébétement continu, piller les villes, brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportés, la cervelle écrabouillée sans profit pour personne, et crever au coin d’un champ tandis que vos vieux parents, votre femme et vos enfants meurent de faim ; voilà ce qu’on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme !
    Les hommes de guerre sont les fléaux du monde. Nous luttons contre la nature, contre l’ignorance, contre les obstacles de toute sorte, pour rendre moins dure notre misérable vie. Des hommes, des bienfaiteurs, des savants usent leur existence à travailler, à chercher ce qui peut aider, ce qui peut secourir, ce qui peut soulager leurs frères. Ils vont, acharnés à leur besogne utile, entassant les découvertes, agrandissant l’esprit humain, élargissant la science, donnant chaque jour à l’intelligence une somme de savoir nouveau, donnant chaque jour à leur patrie du bien-être, de l’aisance, de la force.
    La guerre arrive. En six mois, les généraux ont détruit vingt ans d’efforts, de patience, de travail et de génie.
    Voilà ce qu’on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
    Nous l’avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n’existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu’ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés devant la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusils, histoire de rire.
    Voilà ce qu’on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
    Entrer dans un pays, égorger l’homme qui défend sa maison parce qu’il est vêtu d’une blouse et n’a pas de képi sur la tête, brûler les habitations de misérables gens qui n’ont plus de pain, casser des meubles, en voler d’autres, boire le vin trouvé dans les caves, violer les femmes trouvées dans les rues, brûler des millions de francs en poudre, et laisser derrière soi la misère et le choléra.
    Voilà ce qu’on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
    Qu’ont-ils donc fait pour prouver même un peu d’intelligence, les hommes de guerre ? Rien. Qu’ont-ils inventé ? Des canons et des fusils. Voilà tout.
    L’inventeur de la brouette, Pascal, n’a-t-il pas plus fait pour l’homme par cette simple et pratique idée d’ajuster une roue à deux bâtons que l’inventeur des fortifications modernes, Vauban ?
    Que nous reste-t-il de la Grèce ? Des livres, des marbres. Est-elle grande parce qu’elle a vaincu ou parce qu’elle a produit ?
    Est-ce l’invasion des Perses qui l’a empêchée de tomber dans le plus hideux matérialisme.
    Sont-ce les invasions des barbares qui ont sauvé Rome et l’ont régénérée ?
    Est-ce que Napoléon Ier a continué le grand mouvement intellectuel commencé à la fin du dernier siècle par les philosophes révolutionnaires ?

    Eh bien oui, puisque les gouvernements prennent ainsi le droit de mort sur les peuples, il n’y a rien d’étonnant à ce que les peuples prennent parfois le droit de mort sur les gouvernements.
    Ils se défendent. Ils ont raison. Personne n’a le droit absolu de gouverner les autres. On ne le peut faire que pour le bien de ceux qu’on dirige. Quiconque gouverne a autant le devoir d’éviter la guerre qu’un capitaine de navire a celui d’éviter le naufrage.
    Quand un capitaine a perdu son bâtiment, on le juge et on le condamne, s’il est reconnu coupable de négligence ou même d’incapacité.
    Pourquoi ne jugerait-on pas les gouvernants après chaque guerre déclarée ? Pourquoi ne les condamnerait-on pas s’ils étaient convaincus de fautes ou d’insuffisance.
    Du jour où les peuples comprendront cela, du jour où ils feront justice eux-mêmes des gouvernements meurtriers, du jour où ils refuseront de se laisser tuer sans raison, du jour où ils se serviront, s’il le faut, de leurs armes contre ceux qui les leur ont données pour massacrer, la guerre sera morte. Et ce jour viendra.

(...)

Bilan de leçon pour la première scène de la diligence : le partage du panier

Par raymondqueneau - publié le mercredi 4 octobre 2017 à 16:45

Deux photos de l’occupation prussienne en 1870 en Normandie :

Par raymondqueneau - publié le mardi 3 octobre 2017 à 05:15

Cette photo représente des Prussiens, à Rouen. Ci-dessous, un repas de soldats prussiens.

Une autre nouvelle de Maupassant inspirée par la guerre de 1870

Par raymondqueneau - publié le mercredi 20 septembre 2017 à 18:02

L’AVENTURE DE WALTER SCHNAFFS

A Robert Pinchon

    Depuis son entrée en France avec l’armée d’invasion, Walter Schnaffs se jugeait le plus malheureux des hommes. Il était gros, marchait avec peine, soufflait beaucoup et souffrait affreusement des pieds qu’il avait fort plats et fort gras. Il était en outre pacifique et bienveillant, nullement magnanime ou sanguinaire, père de quatre enfants qu’il adorait et marié avec une jeune femme blonde, dont il regrettait désespérément chaque soir les tendresses, les petits soins et les baisers. Il aimait se lever tard et se coucher tôt, manger lentement de bonnes choses et boire de la bière dans les brasseries. Il songeait en outre que tout ce qui est doux dans l’existence disparaît avec la vie ; et il gardait au coeur une haine épouvantable, instinctive et raisonnée en même temps, pour les canons, les fusils, les revolvers et les sabres, mais surtout pour les baïonnettes, se sentant incapable de manoeuvrer assez vivement cette arme rapide pour défendre son gros ventre.
    Et, quand il se couchait sur la terre, la nuit venue, roulé dans son manteau à côté des camarades qui ronflaient, il pensait longuement aux siens laissés là-bas et aux dangers semés sur sa route : "S’il était tué, que deviendraient les petits ? Qui donc les nourrirait et les élèverait ? A l’heure même, ils n’étaient pas riches, malgré les dettes qu’il avait contractées en partant pour leur laisser quelque argent." Et Walter Schnaffs pleurait quelquefois.
    Au commencement des batailles il se sentait dans les jambes de telles faiblesses qu’il se serait laissé tomber, s’il n’avait songé que toute l’armée lui passerait sur le corps. Le sifflement des balles hérissait le poil sur sa peau.
    Depuis des mois il vivait ainsi dans la terreur et dans l’angoisse.
    Son corps d’armée s’avançait vers la Normandie ; et il fut un jour envoyé en reconnaissance avec un faible détachement qui devait simplement explorer une partie du pays et se replier ensuite. Tout semblait calme dans la campagne ; rien n’indiquait une résistance préparée.
    Or, les Prussiens descendaient avec tranquillité dans une petite vallée que coupaient des ravins profonds, quand une fusillade violente les arrêta net, jetant bas une vingtaine des leurs : et une troupe de francs-tireurs, sortant brusquement d’un petit bois grand comme la main, s’élança en avant, la baïonnette au fusil.
    Walter Schnaffs demeura d’abord immobile, tellement surpris et éperdu qu’il ne pensait même pas à fuir. Puis un désir fou de détaler le saisit ; mais il songea aussitôt qu’il courait comme une tortue en comparaison des maigres Français qui arrivaient en bondissant comme un troupeau de chèvres. Alors, apercevant à six pas devant lui un large fossé plein de broussailles couvertes de feuilles sèches, il y sauta à pieds joints, sans songer même à la profondeur, comme on saute d’un pont dans une rivière.
    Il passa, à la façon d’une flèche, à travers une couche épaisse de lianes et de ronces aiguës qui lui déchirèrent la face et les mains, et il tomba lourdement assis sur un lit de pierres.
    Levant aussitôt les yeux, il vit le ciel par le trou qu’il avait fait. Ce trou révélateur le pouvait dénoncer, et il se traîna avec précaution, à quatre pattes, au fond de cette ornière, sous le toit de branchages enlacés, allant le plus vite possible, en s’éloignant du lieu du combat. Puis il s’arrêta et s’assit de nouveau, tapi comme un lièvre au milieu des hautes herbes sèches.
    Il entendit pendant quelque temps encore des détonations, des cris et des plaintes. Puis les clameurs de la lutte s’affaiblirent, cessèrent. Tout redevint muet et calme.
    Soudain quelque chose remua contre lui. Il eut un sursaut épouvantable. C’était un petit oiseau qui, s’étant posé sur une branche, agitait des feuilles mortes. Pendant près d’une heure, le coeur de Walter Schnaffs en battit à grands coups pressés.
    La nuit venait, emplissant d’ombre le ravin. Et le soldat se mit à songer. Qu’allait-il faire ? Qu’allait-il devenir ? Rejoindre son armée ?... Mais comment ? Mais par où ? Et il lui faudrait recommencer l’horrible vie d’angoisses, d’épouvantes, de fatigues et de souffrances qu’il menait depuis le commencement de la guerre ! Non ! Il ne se sentait plus ce courage ! Il n’aurait plus l’énergie qu’il fallait pour supporter les marches et affronter les dangers de toutes les minutes.
    Mais que faire ? Il ne pouvait rester dans ce ravin et s’y cacher jusqu’à la fin des hostilités. Non, certes. S’il n’avait pas fallu manger, cette perspective ne l’aurait pas trop atterré ; mais il fallait manger, manger tous les jours.
    Et il se trouvait ainsi tout seul, en armes, en uniforme, sur le territoire ennemi, loin de ceux qui le pouvaient défendre. Des frissons lui couraient sur la peau.
    Soudain il pensa : "Si seulement j’étais prisonnier !" et son coeur frémit de désir, d’un désir violent, immodéré, d’être prisonnier des Français. Prisonnier ! Il serait sauvé, nourri, logé, à l’abri des balles et des sabres, sans appréhension possible, dans une bonne prison bien gardée. Prisonnier ! Quel rêve !
    Et sa résolution fut prise immédiatement :
    "Je vais me constituer prisonnier."
    Il se leva, résolu à exécuter ce projet sans tarder d’une minute. Mais il demeura immobile, assailli soudain par des réflexions fâcheuses et par des terreurs nouvelles.
    Où allait-il se constituer prisonnier ? Comment ? De quel côté ? Et des images affreuses, des images de mort, se précipitèrent dans son âme.
    Il allait courir des dangers terribles en s’aventurant seul avec son casque à pointe, par la campagne.
    S’il rencontrait des paysans ? Ces paysans, voyant un Prussien perdu, un Prussien sans défense, le tueraient comme un chien errant ! Ils le massacreraient avec leurs fourches, leurs pioches, leurs faux, leurs pelles ! Ils en feraient une bouillie, une pâtée, avec l’acharnement des vaincus exaspérés.
    S’il rencontrait des francs-tireurs ? Ces francs-tireurs, des enragés sans loi ni discipline, le fusilleraient pour s’amuser, pour passer une heure, histoire de rire en voyant sa tête. Et il se croyait déjà appuyé contre un mur en face de douze canons de fusils, dont les petits trous ronds et noirs semblaient le regarder.
    S’il rencontrait l’armée française elle-même ? Les hommes d’avant-garde le prendraient pour un éclaireur, pour quelque hardi et malin troupier parti seul en reconnaissance, et ils lui tireraient dessus. Et il entendait déjà les détonations irrégulières des soldats couchés dans les broussailles, tandis que lui, debout au milieu d’un champ, s’affaissait, troué comme une écumoire par les balles qu’il sentait entrer dans sa chair.
    Il se rassit, désespéré. Sa situation lui paraissait sans issue.
    La nuit était tout à fait venue, la nuit muette et noire. Il ne bougeait plus, tressaillant à tous les bruits inconnus et légers qui passent dans les ténèbres. Un lapin, tapant du cul au bord d’un terrier, faillit faire s’enfuir Walter Schnaffs. Les cris des chouettes lui déchiraient l’âme, le traversant de peurs soudaines, douloureuses comme des blessures. Il écarquillait ses gros yeux pour tâcher de voir dans l’ombre : et il s’imaginait à tout moment entendre marcher près de lui.
    Après d’interminables heures et des angoisses de damné, il aperçut, à travers son plafond de branchages, le ciel qui devenait clair. Alors, un soulagement immense le pénétra : ses membres se détendirent, reposés soudain : son coeur s’apaisa ; ses yeux se fermèrent. Il s’endormit.
    Quand il se réveilla, le soleil lui parut arrivé à peu près au milieu du ciel : il devait être midi. Aucun bruit ne troublait la paix morne des champs ; et Walter Schnaffs s’aperçut qu’il était atteint d’une faim aiguë.
    Il bâillait, la bouche humide à la pensée du saucisson, du bon saucisson des soldats ; et son estomac lui faisait mal.
    Il se leva, fit quelques pas, sentit que ses jambes étaient faibles, et se rassit pour réfléchir. Pendant deux ou trois heures encore, il établit le pour et le contre, changeant à tout moment de résolution, combattu, malheureux, tiraillé par les raisons les plus contraires.
    Une idée lui parut enfin logique et pratique, c’était de guetter le passage d’un villageois seul, sans armes, et sans outils de travail dangereux, de courir au-devant de lui et de se remettre en ses mains en lui faisant bien comprendre qu’il se rendait.
    Alors il ôta son casque, dont la pointe le pouvait trahir, et il sortit sa tête au bord de son trou, avec des précautions infinies.
    Aucun être isolé ne se montrait à l’horizon. Là-bas, à droite, un petit village envoyait au ciel la fumée de ses toits, la fumée des cuisines ! Là-bas à gauche, il apercevait, au bout des arbres d’une avenue, un grand château flanqué de tourelles.
    Il attendit ainsi jusqu’au soir, souffrant affreusement, ne voyant rien que des vols de corbeaux, n’entendant rien que les plaintes sourdes de ses entrailles.
    Et la nuit encore tomba sur lui.
    Il s’allongea au fond de sa retraite et il s’endormit d’un sommeil fiévreux, hanté de cauchemars, d’un sommeil d’homme affamé.
    L’aurore se leva de nouveau sur sa tête. Il se remit en observation. Mais la campagne restait vide comme la veille ; et une peur nouvelle entrait dans l’esprit de Walter Schnaffs, la peur de mourir de faim ! Il se voyait étendu au fond de son trou, sur le dos, les yeux fermés. Puis des bêtes, des petites bêtes de toute sorte s’approchaient de son cadavre et se mettaient à le manger, l’attaquant partout à la fois, se glissant sous ses vêtements pour mordre sa peau froide. Et un grand corbeau lui piquait les yeux de son bec effilé.
    Alors, il devint fou, s’imaginant qu’il allait s’évanouir de faiblesse et ne plus pouvoir marcher. Et déjà, il s’apprêtait à s’élancer vers le village, résolu à tout oser, à tout braver, quand il aperçut trois paysans qui s’en allaient aux champs avec leurs fourches sur l’épaule, et il replongea dans sa cachette.
    Mais, dès que le soir obscurcit la plaine, il sortit lentement du fossé, et se mit en route, courbé, craintif, le coeur battant, vers le château lointain, préférant entrer là-dedans plutôt qu’au village qui lui semblait redoutable comme une tanière pleine de tigres.
    Les fenêtres d’en bas brillaient. Une d’elles était même ouverte ; et une forte odeur de viande cuite s’en échappait, une odeur qui pénétra brusquement dans le nez et jusqu’au fond du ventre de Walter Schnaffs ; qui le crispa, le fit haleter, l’attirant irrésistiblement, lui jetant au coeur une audace désespérée.
    Et brusquement, sans réfléchir, il apparut, casqué, dans le cadre de la fenêtre.
    Huit domestiques dînaient autour d’une grande table. Mais soudain une bonne demeura béante, laissant tomber son verre, les yeux fixes. Tous les regards suivirent le sien !
    On aperçut l’ennemi !
    Seigneur ! les Prussiens attaquaient le château !...
    Ce fut d’abord un cri, un seul cri, fait de huit cris poussés sur huit tons différents, un cri d’épouvante horrible, puis une levée tumultueuse, une bousculade, une mêlée, une fuite éperdue vers la porte du fond. Les chaises tombaient, les hommes renversaient les femmes et passaient dessus. En deux secondes, la pièce fut vide, abandonnée, avec la table couverte de mangeaille en face de Walter Schnaffs stupéfait, toujours debout dans sa fenêtre.
    Après quelques instants d’hésitation, il enjamba le mur d’appui et s’avança vers les assiettes. Sa faim exaspérée le faisait trembler comme un fiévreux : mais une terreur le retenait, le paralysait encore. Il écouta. Toute la maison semblait frémir ; des portes se fermaient, des pas rapides couraient sur le plancher du dessus. Le Prussien inquiet tendait l’oreille à ces confuses rumeurs ; puis il entendit des bruits sourds comme si des corps fussent tombés dans la terre molle, au pied des murs, des corps humains sautant du premier étage.
    Puis tout mouvement, toute agitation cessèrent, et le grand château devint silencieux comme un tombeau.
    Walter Schnaffs s’assit devant une assiette restée intacte, et il se mit à manger. Il mangeait par grandes bouchées comme s’il eût craint d’être interrompu trop tôt, de n’en pouvoir engloutir assez. Il jetait à deux mains les morceaux dans sa bouche ouverte comme une trappe ; et des paquets de nourriture lui descendaient coup sur coup dans l’estomac, gonflant sa gorge en passant. Parfois, il s’interrompait, prêt à crever à la façon d’un tuyau trop plein. Il prenait alors la cruche au cidre et se déblayait l’oesophage comme on lave un conduit bouché.
    Il vida toutes les assiettes, tous les plats et toutes les bouteilles ; puis, soûl de liquide et de mangeaille, abruti, rouge, secoué par des hoquets, l’esprit troublé et la bouche grasse, il déboutonna son uniforme pour souffler, incapable d’ailleurs de faire un pas. Ses yeux se fermaient, ses idées s’engourdissaient ; il posa son front pesant dans ses bras croisés sur la table, et il perdit doucement la notion des choses et des faits.
    Le dernier croissant éclairait vaguement l’horizon au-dessus des arbres du parc. C’était l’heure froide qui précède le jour.
    Des ombres glissaient dans les fourrés, nombreuses et muettes ; et parfois, un rayon de lune faisait reluire dans l’ombre une pointe d’acier.
    Le château tranquille dressait sa haute silhouette noire. Deux fenêtres seules brillaient encore au rez-de-chaussée.
    Soudain, une voix tonnante hurla :
    "En avant ! nom d’un nom ! à l’assaut ! mes enfants !"
    Alors, en un instant, les portes, les contrevents et les vitres s’enfoncèrent sous un flot d’hommes qui s’élança, brisa, creva tout, envahit la maison. En un instant cinquante soldats armés jusqu’aux cheveux, bondirent dans la cuisine où reposait pacifiquement Walter Schnaffs, et, lui posant sur la poitrine cinquante fusils chargés, le culbutèrent le roulèrent, le saisirent, le lièrent des pieds à la tête.
    Il haletait d’ahurissement, trop abruti pour comprendre, battu, crossé et fou de peur.
    Et tout d’un coup, un gros militaire chamarré d’or lui planta son pied sur le ventre en vociférant :
    "Vous êtes mon prisonnier, rendez-vous !"
    Le Prussien n’entendit que ce seul mot "prisonnier", et il gémit : "Ya, ya, ya."
    Il fut relevé, ficelé sur une chaise, et examiné avec une vive curiosité par ses vainqueurs qui soufflaient comme des baleines. Plusieurs s’assirent, n’en pouvant plus d’émotion et de fatigue.
    Il souriait, lui, il souriait maintenant, sûr d’être enfin prisonnier !
    Un autre officier entra et prononça :
    "Mon colonel, les ennemis se sont enfuis ; plusieurs semblent avoir été blessés. Nous restons maîtres de la place."
    Le gros militaire qui s’essuyait le front vociféra : " Victoire !"
    Et il écrivit sur un petit agenda de commerce tiré de sa poche :
    "Après une lutte acharnée, les Prussiens ont dû battre en retraite, emportant leurs morts et leurs blessés, qu’on évalue à cinquante hommes hors de combat Plusieurs sont restés entre nos mains."
    Le jeune officier reprit :
    "Quelles dispositions dois-je prendre, mon colonel ?"
    Le colonel répondit :
    "Nous allons nous replier pour éviter un retour offensif avec de l’artillerie et des forces supérieures."
    Et il donna l’ordre de repartir.
    La colonne se reforma dans l’ombre, sous les murs du château, et se mit en mouvement, enveloppant de partout Walter Schnaffs garrotté, tenu par six guerriers le revolver au poing.
    Des reconnaissances furent envoyées pour éclairer la route. On avançait avec prudence, faisant halte de temps en temps.
    Au jour levant, on arrivait à la sous-préfecture de La Roche-Oysel, dont la garde nationale avait accompli ce fait d’armes.
    La population anxieuse et surexcitée attendait. Quand on aperçut le casque du prisonnier, des clameurs formidables éclatèrent. Les femmes levaient les bras ; des vieilles pleuraient ; un aïeul lança sa béquille au Prussien et blessa le nez d’un de ses gardiens.
    Le colonel hurlait.
    "Veillez à la sûreté du captif."
    On parvint enfin à la maison de ville. La prison fut ouverte, et Walter Schnaffs jeté dedans, libre de liens.
    Deux cents hommes en armes montèrent la garde autour du bâtiment.
    Alors, malgré des symptômes d’indigestion qui le tourmentaient depuis quelque temps, le Prussien, fou de joie, se mit à danser, à danser éperdument, en levant les bras et les jambes, à danser en poussant des cris frénétiques, jusqu’au moment où il tomba, épuisé, au pied d’un mur
    Il était prisonnier ! Sauvé !
    C’est ainsi que le château de Champignet fut repris à l’ennemi après six heures seulement d’occupation.
    Le colonel Ratier, marchand de drap, qui enleva cette affaire à la tête des gardes nationaux de La Roche-Oysel, fut décoré.

11 avril 1883

Diligences par temps de neige, quelques tableau d’époque

Par raymondqueneau - publié le mercredi 20 septembre 2017 à 18:00

Ouverture !

Par raymondqueneau - publié le mercredi 20 septembre 2017 à 17:38
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Documents et textes complémentaires pour les secondes de M. Lissonnet au lycée Raymond Queneau d'Yvetot
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