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Écrire, réécrire et lire à l’ère de la mondialisation

Intervention lors de la Journée scientifique du 19 mai 2011 à la Faculté des Lettres françaises de l’USEK.
« Écrire, réécrire et lire à l’ère de la mondialisation »
Sujet : « Lisez pour vivre, naviguez pour survivre » par Mireille ROMANOS

 

Le deuxième sous-thème de cette journée scientifique intitulé : « Écrivains et lecteurs de la postmodernité. Attentes et exigences » nous contraint à nous limiter, en quelque sorte, aux dernières années baptisées années du numérique, d’où le titre de notre intervention, « Lisez pour vivre », phrase impérative prononcée au XIXe par Flaubert, dans une lettre, à son amie Louise Colet que nous nous permettons de pasticher dans la suite du titre de notre intervention en « naviguez pour survivre ».
Nous commencerons par un bref parcours de l’historique de la littérature et de l’Internet. Nous nous réfèrerons à la synthèse faite par Marie LEBERT, lors d’un colloque à la bibliothèque de Lisieux intitulé « Littérature et internet des origines (1971) à nos jours : quelques expériences ».
« [...] Depuis 1998, la littérature francophone est fort bien représentée sur la toile, n’en déplaise aux âmes chagrines qui pleurent l’hégémonie supposée de l’anglais sans faire grand chose pour promouvoir leur propre langue et leur propre culture. [...] Le premier contact entre la littérature et l’Internet date de 1971, année de la création du Projet Gutenberg par Michael Hart. Il est assez réconfortant de constater que le premier site proposant du "contenu" sur le réseau est un site de littérature, et que l’objectif de ce site est de mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d’œuvres littéraires du domaine public. Un objectif poursuivi par des générations de bibliothécaires, et qui devient enfin possible, grâce à la numérisation des livres en mode texte dans un format simple qui puisse être lu par tous les systèmes et sur toutes les machines. Au milieu des années 1990, lorsque l’utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international.
Parallèlement, à compter de 1993, John Mark Ockerbloom répertorie les œuvres en accès libre sur le web dans The Online Book Page, une initiative tout aussi utile. Pendant ce temps, la communauté francophone met en ligne ses premières bibliothèques numériques, notamment la Bibliothèque électronique de Lisieux, qui voit le jour en 1996 à l’initiative d’Olivier Bogros. Les bases de données littéraires se développent aussi, par exemple Rubriques à Bac, site créé en 1998 par Gérard Fourestier à destination des lycéens et étudiants. Avancée majeure, le numérique permet enfin l’accès de l’ensemble de la littérature [...]. »(1)
Naviguer sur la toile en pianotant sur le clavier de son ordinateur est devenu une activité vitale comme celle de respirer et de se nourrir. Toutes les informations nous accompagnent sur nos appareils téléphoniques, nos ordinateurs portables où audiobook et ibook ont été conçus à la manière d’un vrai livre : les pages tournent par un simple mouvement de doigt, de droite à gauche pour l’instant. La simulation de lire est assurée et l’appétit vient en mangeant.
Mais que lit-on sur la toile ? À quelle fréquence ? Comment lit-on ? À la manière d’Emma Rouault qui « se graissa [...] les mains à cette poussière des vieux cabinets de lecture » ? ou plutôt comme la lingère du couvent, qui, « elle-même avalait de longs chapitres, dans les intervalles de sa besogne (2) ?
Dans quelle mesure nous identifions-nous à l’écrivain français Gabriel CHEVALIER qui reconnaît l’impact de la lecture ? : « Les lectures de l’adolescence ont beaucoup avancé ma formation. Il fut un temps où les personnages des romans m’étaient plus familiers et mieux connus que les humains. Julien Sorel, Fabrice Del Dongo, Rastignac, Emma Bovary, Anna Karinine, David Coperfield étaient mes compagnons d’esprit ; il m’arrivait de me guider sur eux.(3) »
Les interrogations sont multiples mais nous essaierons de répondre à la problématique suivante : Peut-on espérer qu’Internet facilite, voire, favorise la lecture des œuvres littéraires ?
Sans ambages et sans détours, la réponse est actuellement un « Non » catégorique. Il est judicieux de rappeler que des pans considérables de revues et journaux ne sont lus qu’à partir de l’Internet, mais non pour le moment d’une manière massive, les œuvres littéraires proprement dites.
Après l’étude de l’état des lieux du monde des apprenants dont la formation intellectuelle et culturelle nous intéresse le plus, nous nous pencherons sur les éventuelles causes pour enfin proposer des solutions plutôt pédagogiques qui les inciteraient à se rabattre, faute de mieux, sur la lecture numérique, du moment que la machine devient leur pain quotidien.
Le 8 avril 2011, une enquête fut menée par nous auprès de cent lycéens et lycéennes en classe de première, toutes séries confondues, dans deux écoles francophones libanaises. L’une se situant du côté Est et l’autre du côté Ouest de la capitale. L’objectif est de savoir si les élèves, ne préparant que le baccalauréat libanais, lisent ou non des ouvrages littéraires francophones, en dehors du programme scolaire, en d’autres termes de ce qui est obligatoire. Pour ce, trois séries de questions leur ont été posées.
La première série : (réponse oui / non)
1-Avez-vous un écrivain francophone favori ?
2-Avez-vous lu, dernièrement, un ouvrage littéraire francophone ?
3- Souhaiteriez-vous recevoir des livres francophones comme cadeaux ?
4-Offrez-vous des livres francophones à vos amis ?
5- Avez-vous eu l’occasion de lire une œuvre littéraire francophone sur l’écran de votre ordinateur ?

Toutes les réponses collectées ont donné un « Non » unanime.
Pour vous rassurer, la deuxième série comporte les mêmes questions en remplaçant l’adjectif francophone (s) par anglophone (s). Les réponses n’ont pas changé d’un iota, donc c’est toujours un « NON ». Ce genre de sondage fait réagir notre amie Nadine Satiat, critique littéraire, qui, de par son expérience et son métier, constate : « Parfois je pense que la littérature va peut-être redevenir ce qu’elle n’aurait, peut-être jamais dû cesser d’être, l’affaire de quelques-uns. Le reste n’est qu’illusion ou divertissement, et très utile socialement en tant que tel, mais d’un autre ordre. »
Quant à la troisième série des questions, toutes les cases du OUI sont cochées :
La troisième série : (réponse OUI /NON)
1-Avez-vous un ordinateur ?
2-Êtes-vous abonné à Internet ?
3-Vous branchez-vous tous les jours sur Internet ?
4-Consultez-vous quotidiennement vos mèls ?
5-Passez-vous plus de deux heures par jour sur Internet ?

L’Internet tel qu’il est défini par Rachel Green dans l’introduction de son ouvrage L’Art Internet ressemble à un « tsunami » mais un tsunami envoûtant : À la fois ordinaire et exotique, public et privé, autonome et commercial, Internet est une forme d’espace public contemporain chaotique, diversifiée et surpeuplée. Rien d’étonnant donc à ce qu’il regroupe toutes sortes de formes et de médiums artistiques : sites Web, logiciels, émissions, photographies, animations, radio, e-mails ... » (4). En parlant de facebook, nous signalons son impact sur la population au point qu’un couple israélien prénomme sa fille avant-hier, mardi 17 mai 2011, « Like » c’est-à-dire « J’aime », d’après l’icône de ce réseau social utilisé par les internautes pour apprécier les informations postées par d’autres utilisateurs. Le père du bébé, Lior Adler, estime « que c’est moderne et innovant.(5) »
À partir de là, comme « le Roseau » de La Fontaine, nous ne pouvons que plier devant cette invasion en crescendo du numérique dans notre vie quotidienne. Nous plier ou plutôt faire avec puisque nous n’avons point la moindre intention de mettre en question l’usage ou le contenu de l’Internet. Notre unique souci est de trouver des astuces pédagogiques pour susciter l’appétit des gens anorexiques parce que Nul mets n’excitait leur envie,(6) comme le résume fatalement le narrateur de La Fontaine en parlant des « Animaux malades de la peste » et ce, quant à la lecture intégrale d’un roman ou ne serait-ce d’une nouvelle fantastique numérisée.
Donc, la place de la lecture des textes littéraires d’une manière générale pour les jeunes internautes est quasi-absente. Nous nous demandons comment récompenser toutes ces dépenses et surtout toutes ces énergies humaines déployées par les techniciens du traitement de textes qui scannent ou saisissent des milliers d’œuvres littéraires pour les présenter plus ou moins sans coquilles sur la toile. Si nous pouvons parler de consumérisme, le prix des ces produits numérisés est fort disproportionné par rapport à l’usage timide des utilisateurs de la littérature numérique. Nous savons par ailleurs la grosse part du marketing irresponsable qui, peut-être, utilise la littérature pour promouvoir sa marchandise. À peine cliquons-nous sur une définition quelconque d’un terme que surgissent des publicités proposant, sans notre aval, tel ou tel service.
En dépit de toutes nos inquiétudes, nous reconnaissons, sans le moindre doute, l’extraordinaire évolution intellectuelle et cognitive que le Net a développée, depuis deux décennies, chez nos élèves et étudiants. Nous constatons, à titre d’exemple dans nos cours du baccalauréat français, que les sujets de la dissertation littéraire, les commentaires de textes et les sujets d’invention sont très recherchés sur la toile, voire achetés pour quelques euros par les plus futés de nos élèves. Ces derniers font incontestablement des recherches de qualité supérieure sur divers sujets dont la technologie, la médecine, la religion, la politique, l’économie, les langues, la musique, la gastronomie, le cosmétique, la peinture, le cinéma, la chanson, etc. Mais, mais... leur souffle est court, du moment que leurs lectures ne dépassent pas les quelques pages chacune. Là nous évitons de nous perdre dans les méandres du chatting quotidien auquel ils se livrent. Le monde moderne cherche avant tout la distraction, le passe-temps, « le prêt-à-savoir », le congelé, le surgelé... d’où le copier-coller de l’Internet auquel doivent lutter, en premier, les enseignants des écoles. Ainsi, cette fameuse science dite l’économie semble être le cheval de bataille de tout un chacun de nos apprenants. Au lieu de lire Le Rouge et le Noir de STENDHAL demandé comme devoir de vacances, nos élèves raccourcissent les distances et le temps et se contentent du résumé que les pages numériques proposent en abondance. Les meilleurs parmi eux travaillent plus dur que les autres, ils prennent la peine de visionner la reproduction cinématographique du roman ! « Le film nous apprend plus que le roman... L’image est plus parlante », prétextent-ils. Manquant de temps, nous devenons tous, en quelque sorte, cet antiquaire de quarante ans, Pierre NIOX, joué par Alain DELON dans L’Homme pressé de MOLIRANO.(7)
Un autre cas de figure se rencontre même chez les élèves de dix ans. Suite à un concours d’écriture par exemple, les représentants du département de français procèdent à la distribution des prix aux gagnants. Que pourrait offrir une école à des « écrivains en herbe » ne serait-ce qu’un roman... ou un conte... ? Bref un livre sur lequel ils apposent une phrase encourageante à ceux qui ont remporté les premiers prix. Les gagnants, à savoir la crème de la crème, en expriment explicitement leur dépit à leur enseignant de français. Est-ce vraiment une punition que nous leur infligeons en les récompensant ainsi ? Parlons-leur de Blandine LE CALLET qui vient de remporter le 19 mars 2011, le premier prix du Net pour son roman numérique La Ballade de Lila K, téléchargeable sur Numilog ou ePagine.
Malheureusement, les caricatures de SEMPÉ ou d’autres mettant l’accent sur la mort du livre imprimé pullulent. On déplore, on se plaint, on s’apitoie.
Les requêtes lancées sur les espaces publics du Net sont innombrables. Nous relevons l’une d’elles qui répond directement à notre sujet : « Pourquoi les jeunes ne lisent plus ? », plusieurs réponses se sont apparues sur 519 sites ! Nous n’en retenons que la première et la dernière du weblibre :
« Mais si ils lisent...Ils lisent sur Facebook, ou sur leur nouvelle applications sur leur I-Phone, mais encore les titres des musiques à la mode (et ça leur permet de lire en anglais). Par contre tu leur demande qui était Alexandre Dumas ou Jules Verne, et là... Bon, ils te demanderont peut être : « C’est quel jeu ça ??! »
« J’ai 12 ans et je lit ma cousine a 15 et elle lit !!!moi j’aime bien lire serte beaucoup ne lisent plus mais scolarisé la ou je suis on nous donne toute les semaines des livres qu’on doit rendre lut pour le prouver nous devons faire un résumé et tout le monde les lits »
Nous nous sommes demandé pourquoi les jeunes associent instinctivement le nom d’un auteur à un jeu. Les recherches nous mènent vers le site yahoo qui propose aux internautes des jeux de balles, de boules, de quilles... portant tous les noms d’écrivains, en majorité français, comme celui d’Apollinaire, d’Aragon, de Baudelaire, d’Éluard, etc. La relation entre les écrivains et les jeux ? Aucune, mais nous apprécions cette approche littéraire, quoique biaisée.
Ordinairement, les lecteurs préfèrent le papier à la lecture numérique des œuvres littéraires. Un contact direct, nous dirions naturel entre le doigt et le papier que nous caressons, emportons partout, nous appelons tout simplement « Mon livre de chevet ». Certains pensent que lire sur l’écran d’un ordinateur est peu commode du moment que c’est à travers du métal et du verre, deux matières froides, que les textes littéraires leur parviennent, alors que la littérature n’est autre que l’expression des sentiments les plus humains. De plus, le mouvement du curseur qui fait défiler les pages génère une destruction de la tension, et brise le lien entre l’axiome lectio (lecture) et medidatio (méditation).
D’aucuns tiennent à l’odeur du papier au point que Carl Laguerfield, bibliophile de réputation, possède une collection qui « compte plus de 300 000 livres et, selon l’hebdomadaire allemand Focus, s’apprêterait à lancer un parfum retraçant l’odeur des livres. Déjà nommé Paper Passion, cette nouvelle fragrance a été développée par le parfumeur allemand Geza Schön qui a travaillé à partir d’échantillon de papiers vierges et imprimés. Le flacon, dont la date de sortie n’est pas encore annoncée, devrait être présenté dans un étui en forme d’ouvrage, en hommage à l’époque où les aristocrates britanniques cachaient leurs flasques à whisky dans des livres creusés à l’intérieur. Karl Lagarfeld possède par ailleurs une librairie et une petite maison d’édition à Paris. »
Le numérique inquiète également Bruno RACINE, président de la bibliothèque nationale de France (BNF) qui répond, dans une interview, aux questions d’Alexis BROCAS, journaliste à Magazine littéraire, au sujet de son ouvrage Google et le nouveau monde. Monsieur RACINE reconnaît l’importance du numérique sur tous les plan, mais ajoute son appréhension à l’égard du stockage numérique, qui est sujet aux « altérations [...] : Les formats se modifient, le stockage numérique coûte cher, et il est sensible aux cyber-attaques.(11) »
Pourrions-nous penser qu’un Français lise plus qu’un Libanais parce que (pour éviter de dire grâce à ou à cause de) les distances entre le lieu du travail et le domicile du voyageur sont considérables ? Et qu’en est-il quand de la lecture qui se font aux restaurants, sur les escaliers des cathédrales ?
Une psychologue scolaire, interrogée au sujet de la réticence à la lecture de nos élèves, explique le phénomène en se fondant sur la théorie du mimétisme de René GIRARD. « On regarde un match de football parce qu’on aime le joueur, explique-t-elle, on s’identifie en quelque sorte à lui : il incarne plusieurs valeurs dont la performance physique, la force, la confiance en soi, etc. On s’attribue sa gloire et son trophée. Cependant, un écrivain, un poète ou un dramaturge, ajoute-t-elle, ne représente pas le modèle de réussite sociale par excellence pour nos jeunes et moins jeunes, pour qui le premier critère de succès n’est autre que l’argent. »
En effet, nos médias affichent facilement les honoraires exorbitants des soirées d’un chanteur mais escamotent l’existence du compositeur des paroles, ceux des acteurs de films cinématographiques et jamais ceux de l’écrivain. Nous citons à cet égard la mémorable grève du cinéma et de la télévision menée, en 1988, par 12 000 écrivains américains. Ils réclament plus de pourcentage sur leurs œuvres distribuées sur des vidéos. Cette grève a duré 5 mois, et a coûté environ 500 millions dollars à Hollywood.(12) On ne peut pas diffuser des films sur la toile 24 heures sur 24 [...] et proposer aux auteurs une rémunération unique de 250 dollars. C’est de l’exploitation(13), rouspètent les grévistes. À savoir que ces mêmes réclamations ont repris de plus belle vingt ans plus tard, en 2008.
À savoir que le Comité du Prix Nobel de littérature offre plus d’un million d’euros au gagnant. Malheureusement, les médias ne mettent suffisamment pas en exergue cet avantage existentiel qui dorerait, aux yeux des lecteurs calculateurs, la face de l’écrivain. Si nous parcourons rapidement l’historique des moments critiques de l’écriture, à savoir les conditions économiques difficiles de l’écrivain, nous nous arrêterons à ces circonstances : MOLIERE est emprisonné pour dettes, CHATEAUBRIAND, ayant vendu par besoin ses Mémoires d’outre-tombe se trouve humilié de les voir précocement publiés par l’éditeur, BALZAC et DUMAS, endettés jusqu’à la moelle et par conséquent poursuivis par les créanciers, s’efforcent de vendre leurs manuscrits aux éditeurs, VERLAINE s’oblige à écrire au seuil de la mort, rien que pour gagner son pain.
Par ailleurs, l’écriture engagée occasionne à son écrivain des secousses éprouvantes dont la menace sous toutes ses formes, l’exil, la censure ou même la condamnation et l’assassinat. Nous citons à titre d’exemple quelques victimes du livre : HUGO, VOLTAIRE, DAMILAVILLE, etc. pour ne citer que des écrivains francophones.
Il nous incombe, en fin de compte, en tant que pédagogue, de nous pencher sur la manière de stimuler l’usage de la littérature numérisée par les élèves et étudiants, catégorie de la société que nous pouvons encore intéresser. Le plus important est de trouver une stratégie permettant d’exploiter les métadonnées et les ressources existantes sur la toile, de les animer et les rendre quotidiens dans nos classes.
Nous partageons l’avis de Daniel Pennac qui assure, dans son ouvrage Comme un roman que le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Lire s’apprend en tétant. Nous ne perdons pas espoir puisque des stratégies de redressement sont toujours possibles à l’école en voici quelques suggestions.
1 - Favoriser et faciliter le contact avec la littérature francophone en créant une plate-forme numérique dans chacune de nos institutions éducatives, académique soit-elle ou technique, scolaire ou universitaire. L’objectif premier et dernier serait de discuter ou même de critiquer, sous forme de blogs, les lectures faites par les uns et par les autres, entre autres les enseignants et les parents, ou tout simplement par les gens ordinaires, sous l’égide de « amis du livre francophone ». L’enseignant, chef d’orchestre, partage et délimite aux apprenants les chapitres à lire, chez eux ou en classe. Qui n’aime pas les histoires ? On peut les écouter aussi sans les lire, ainsi seront ravis les élèves dont le profil mental vire vers l’auditif. La nécessité d’avoir une connexion Internet dans nos institutions est, certes, une condition incontournable.
2 - Les auteurs seraient les bienvenus dans nos écoles :
D’abord, les écrivains qui nous ont quittés nous reviennent de part leurs correspondances, leurs témoignages enregistrés à la télévision ou à la radio sous forme d’interviews, d’entretiens, et pourquoi pas leurs brouillons qui se trouvent également sur les sites des universités par exemple. Nous restituons en quelque sorte l’écrivain au travail.
Ensuite les écrivains vivants nous sont d’un grand secours. Les apprenants réalisent que ces individus existent en chair et en os et ne vivent pas dans une autre planète tels Les Martiens de Ray Bradbury dans Chroniques martiennes. Il est évident que de telles rencontres atteindront leur objectif maximal une fois les élèves auraient lu, au préalable, les ouvrage de l’invité. En dehors des questions classiques du genre : « À quel moment de la journée vous écrivez ? Pourquoi vous avez choisi ce métier ? etc. Les élèves peuvent s’inspirer du roman, du recueil de poésies, de la pièce de théâtre pour inventer des jeux, monter un tribunal simulant le procès de l’écrivain, soutirer de lui des vérités tacites, travailler l’intertextualité, dessiner des passages, concevoir une autre illustration que celle de la première page de couverture, etc.
De surcroît, nous pensons extrapoler vers des rencontres entre éditeurs, libraires, illustrateurs et élèves. Le Centre Culturel Français via sa Médiathèque, les enseignants et les bibliothécaires de la BCD et du CDI sont tous concernés par un tel projet.
Pour clore cette activité, les élèves pourraient rédiger un compte rendu qu’ils diffuseraient sur le site électronique de leur école. Les braderies des livres, ramenant le prix des œuvres à des prix modiques, sont fort recommandées pour encourager les gens à lire un peu plus. Toute sorte de lecture est la bienvenue.
3 - Organisons des visites guidées réelles ou en 3D aux ateliers d’écriture ou du moins aux cimetières de nos écrivains libanais francophones décédés, en guise de reconnaissance pour leur talent, pour leur créativité. Oui, prenons l’expérience européenne et en l’occurrence française comme modèle. Laissons l’image fixe parler.
4 - Diversifions dans notre enseignement de la langue et littérature françaises les modes et les méthodes de sorte d’intégrer dès les classes de base (10e, 9e...) la notion de biographie et bibliographie d’écrivains d’une manière attrayante où l’écrivain se présente à la première personne, la réécriture, l’intertextualité, des chansons, des citations faisant l’éloge de l’écriture et de la lecture telle que : « Un livre est un outil de liberté » de GUEHENNO. Montrons-leur des tableaux de peinture qui rendent hommage aux écrivains et aux livres, etc.
5 - Incitons les étudiants des beaux-arts (cinéma, théâtre, publicité et vente, etc..) à intégrer dans leurs recherches, projets et courts métrages la biographie d’auteurs francophones qu’ils soumettraient ensuite aux internautes. Que nos émissions télévisées prévoient des programmes littéraires à la manière de Bouillon de culture de Bernard Pivot ou Lire, c’est vivre de Pierre Dumayet.
6 - Écrivons des textes à la manière satirique de Voltaire « De l’horrible danger de la lecture », et multiplions nos concours d’écriture littéraires surtout interscolaires couronnés de prix.
7 - Attribuons des noms d’auteurs français à nos salles de classe : François Mauriac au lieu de H 312, ou mieux encore à chacune de nos promotions d’élève et d’étudiants : Promotion Paul ÉLUARD par exemple.
8 - Familiarisons notre public avec la lecture d’ouvrages parlant de lecture et d’écriture ou d’ouvrages où l’auteur est un personnage de l’histoire relatée. (Une liste de titres traitant ce thème peut être communiquée par courriel à toute personne présente ici si elle nous la demande.)
Faisons écouter durant nos cours de littérature des déclamations de poèmes, de pièces de théâtre...enregistrés et pourquoi pas des conférences diffusées sous forme d’audio tel que le séminaire de treize séances gérées par Michel Bernad, professeur à Paris 3, La Sorbonne nouvelle, Le littéraire, du papier au numérique.
Les résultats escomptés de telles propositions ne doivent pas rester du domaine du souhait quoiqu’ils ne soient pas une solution radicale ; c’est un travail de longue haleine de toute une méga-équipe, qui fonctionnerait d’abord au niveau d’une classe pour s’élargir et englober plusieurs institutions voire l’ensemble de notre pays. Ainsi nous pourrons espérer sauver quelques lecteurs occasionnels et accrocher les réticents de la jeune génération à la lecture littéraire francophone. Vive le Liban, vive la francophonie, vivent les jeunes lecteurs, espoir du Liban moderne !

N.B. : S’ajoutent à ce texte les commentaires oraux des images choisies en mode power point.

Mireille ROMANOS
Enseignante de linguistique appliquée et de didactique du français à l’USEK Le 19 mai 2011.

Notes
- (1)LEBERT M., Introduction du colloque de la bibliothèque de Lisieux intitulé « Littérature et internet des origines (1971) à nos jours : quelques expériences », le 7 mai 2002
- (2)FLAUBERT Gustave, 1857. Emma Bovary, Paris, Hachettes.
- (3)CHEVALIER Gabriel 1966. L’Envers de Clochemerle, Paris, Poche
- (4)GREEN Rachel, 2005. L’Art Internet, Éditions Thames & Hudson.
- (5) In L’Orient-Le-Jour, « Inspiré par facebook, un couple israélien prénomme sa fille « Like », le 18 mai 2011.
- (6) LA FONTAINE Jean de, 1678. Fables, « Les Animaux malades de la peste », Livre VII, 1, Paris, Folio.
- (7) MOLINARO Édward, 1977. L’Homme pressé, film réalisé d’après le roman de MORAND Paul, publié en 1941 .
- (8) web-libre, visité le 24 avril 2011
- (9) yahoo, visité le 12 mai 2011.
- (10) BREGERA G., « Karl Lagarfeld lance un parfum à l’odeur de papier », Le 26 avril 2011 par , consulté le 26 avril.
- (11) RACINE Bruno, « Il ne faut ni diaboliser ni idéaliser google », propos recueillis par Alexis Brocas dans Magazine littéraire, en mars 2010, Nº495, pages 20-21.
- (12) Les quotidiennes, consulté le 26 mars 2011.
- (13) GOLDSMAN Akiva , « La grève de Hollywood », in Le Monde, 29 décembre 2007.
- (14) AMON E. et BOMATI Y., 2004. Manuel scolaire, Méthodes pour les objets d’étude, Français 2e /1e, « Epreuves corrigées de La Femme supérieure de Balzac », Paris Magnard.





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