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[876] - Misère de l’amour

Il s’agissait de constituer une liste de textes illustrant « la misère de l’amour », le « point de corruption » de Barthes, dans le cadre d’une séquence sur « grandeur et misère de l’homme dans le roman ».
Synthèse mise en ligne par Delphine Barbirati.

 

Récits, contes et romans

- ARAGON L., Aurélien.
le roman commence ainsi « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin ... ».
- BALZAC H.de, La Maison du chat-qui-pelote.
Théodore, artiste, découvre que son épouse n’a aucune éducation : « elle crut que cet inextinguible amour serait toujours pour elle la plus belle de toutes les parures, comme son dévouement et son obéissance seraient un éternel attrait [...]Mais ce fut le dernier reflet que devait jeter son bonheur conjugal. Elle commença par offenser la vanité de son mari quand, malgré de vains efforts, elle laissa percer son ignorance, l’impropriété de son langage et l’étroitesse de ses idées. Dompté pendant près de deux ans et demi par les premiers emportements de l’amour, le caractère de Sommervieux reprit, avec la tranquillité d’une possession moins jeune, sa pente et ses habitudes un moment détourné de leur cours... »
- BALZAC H.de, Illusions perdues.
la deuxième partie Un grand homme de Province à Paris.
Lucien Chardon de Rubempré et Madame de Bargeton, sortis de leur province, se découvrent mutuellement au sein de l’aristocratie parisienne. Double désillusion ou double révélation, c’est selon.
- BARTHES R., Fragments d’un discours amoureux.
« ALTERATION : production brève, dans le champ amoureux, d’une contre-image de l’objet aimé. Au gré d’incidents infimes ou de traits ténus, le sujet voit la bonne image soudainement s’altérer et se renverser.
Sur la figure parfaite et comme embaumée de l’autre (tant elle me fascine), j’aperçois tout à coup un point de corruption. Ce point est menu : un geste, un mot, un objet, un vêtement, quelque chose d’insolite qui surgit (qui se pointe) d’une région que je n’avais jamais soupçonnée, et rattache brusquement l’objet aimé à un monde plat. L’autre serait-il vulgaire, lui dont j’encensais dévotement l’élégance et l’originalité ? Le voilà qui fait un geste par quoi se dévoile en lui une autre race. Je suis ahuri : j’entends un contre-rythme : quelque chose comme une syncope dans la belle phrase de l’être aimé, le bruit d’une déchirure dans l’enveloppe lisse de l’image. »
Fabrice Luchini en fait une très bonne interprétation dans son spectacle Le point sur Robert.
- COHEN A., Belle du Seigneur.
vers la fin du roman, l’enlisement dans l’habitude.
- COLETTE, La Femme cachée ; la nouvelle « La Main ».
il s’agit d’une jeune mariée depuis quinze jours dont le mari dort à ses côtés, tandis qu’elle-même est « trop heureuse pour dormir ». Elle le contemple amoureusement jusqu’à ce que son regard tombe « sur la main posée à côté d’elle » qu’elle va observer et qui va finir par la dégoûter. « Et j’ai baisé cette main !... Quelle horreur ! Je ne l’avais donc jamais regardée ? »
- CONSTANT B., Adolphe.
Adolphe choisit de vivre en marge de la société avec la femme qu’il aime, Ellénore, qui abandonne son mari et ses enfants pour vivre avec lui. Puis Adolphe « se déprend » d’Ellénore mais n’ose pas l’abandonner : ils sont malheureux tous les deux. Elle meurt de chagrin, lui se sent coupable.
- DESPROGES P., Chroniques de la haine ordinaire.
« L’Aquaphile » : le narrateur, grand amateur de vin, a cessé d’aimer une femme lorsqu’elle mit de l’eau dans son vin.
« J’étais littéralement fou de cette femme[...]Je l’emmenai donc déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVe où j’ai mes habitudes. J’avais commandé un Figeac 71, mon Saint-Emilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un La mineur de contrebasse. Eclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu existe à sa seule vue.
Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée. »
- FLAUBERT G., L’Education sentimentale.
la dernière entrevue entre Frédéric et Madame Arnoux ; il constate qu’il ne l’aime plus, mais joue la comédie par pitié pour elle.
« Quand ils rentrèrent, Madame Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine. ».
- FLAUBERT G., Madame Bovary.
« La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d’émotion, de rire ou de rêverie. Il n’avait jamais été curieux, disait-il, pendant qu’il habitait Rouen, d’aller voir au théâtre les acteurs de Paris. Il ne savait ni nager, ni faire des armes, ni tirer le pistolet, et il ne put, un jour, lui expliquer un terme d’équitation qu’elle avait rencontré dans un roman. Un homme, au contraire, ne devait-il pas tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie, à tous les mystères ? Mais il n’enseignait rien, celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien. Il la croyait heureuse ; et elle lui en voulait de ce calme si bien assis, de cette pesanteur sereine, du bonheur même qu’elle lui donnait. ».
le personnage de Rodolphe qui se lasse d’Emma, s’il en a été jamais vraiment amoureux.
- GIDE A., Les Faux-monnayeurs.
« On parle sans cesse de la brusque cristallisation de l’amour. La lente décristallisation dont je n’entends jamais parler est un phénomène psychologique qui m’intéresse bien davantage. J’estime qu’on le peut observer au bout d’un temps plus ou moins long dans tous les mariages d’amour... Quel admirable sujet de roman, au bout de quinze, de vingt ans de vie conjugale, la décristallisation progressive et réciproque des conjoints ».
- LACLOS P.C.de, Les Liaisons dangereuses.
l’affreuse lettre de rupture que Valmont envoie à Madame de Tourvel.
- MAUPASSANT G.de, Adieu.
- MAUPASSANT G.de, La Porte.
- MAUPASSANT G.de, Le Père.
- MAUPASSANT G.de, Un Cas de divorce.
Un homme jeune, très riche, d’âme noble et exaltée, de cœur généreux, devient amoureux d’une jeune fille absolument belle, aussi gracieuse, aussi bonne, tendre que jolie et il l’épouse.
« Je ne peux plus voir ma femme venir vers moi, m’appelant du sourire, du regard et des bras. Je ne peux plus. J’ai cru jadis que son baiser m’emporterait dans le ciel. Elle fut souffrante, un jour, d’une fièvre passagère, et je sentis dans son haleine le souffle léger, subtil, presque insaisissable des pourritures humaines. Je fus bouleversé ! ».
- MAUPASSANT G.de, Une Vie.
Jeanne réalise les mesquineries de Julien : son avarice au moment du voyage par exemple ; lire certains passages au début, le récit du lendemain de la nuit de noces, ou plus tard quand l’héroïne déchante après la naissance de son fils Paul ou les passages où Julien ronfle.
- MAURIAC F., Le Nœud de vipère.
- MERIMEE P., Les Âmes du purgatoire.
« Dona Teresa avait à la gorge un signe assez apparent. Ce fut une immense faveur que reçut Don Juan la première fois qu’il eut la permission de le regarder. Pendant quelque temps, il continua à le considérer comme la plus ravissante chose du monde. Tantôt il le comparait à une violette, tantôt à une anémone, tantôt à une fleur de l’alfalfa. Mais bientôt ce signe, qui était réellement fort joli, cessa par la satiété de lui paraître tel. - C’est une grande tache noire, voilà tout, se disait-il en soupirant. C’est dommage qu’elle se trouve là. Parbleu, c’est que cela ressemble à une couenne de lard. Le diable emporte le signe ! - Un jour même il demanda à Teresa si elle n’avait pas consulté un médecin sur les moyens de le faire disparaître. A quoi cette pauvre fille répondit en rougissant jusqu’au blanc des yeux qu’il n’y avait pas un seul homme, excepté lui, qui eût vu cette tache ; au surplus sa nourrice avait coutume de lui dire que de tels signes portaient bonheur. Le soir que j’ai dit, don Juan, étant venu au rendez-vous d’assez mauvaise humeur, revit le signe en question, qui lui parut encore plus grand que les autres fois. - Parbleu, c’est la représentation d’un gros rat, se dit-il en lui-même en le considérant. En vérité, c’est une monstruosité ! ».
- MIRBEAU O., Dans le Ciel.
le personnage principal bascule dans le dégoût de la personne aimée à la vue du pli de crasse qui orne son cou.
- PAGNOL M., Le Château de ma mère.
le petit Marcel perd tout l’amour qu’il avait pour une jeune demoiselle lorsqu’il la voit malade des intestins.
- PROUST M., Un amour de Swann.
la désillusion de Swann vis-à-vis d’Odette.
« Mais tandis que, une heure après son réveil, il donnait des indications au coiffeur pour que sa brosse ne se dérangeât pas en wagon, il repensa à son rêve ; il revit, comme il les avait sentis tout près de lui, le teint pâle d’Odette, les joues trop maigres, les traits tirés, les yeux battus, tout ce que, au cours des tendresses successives qui avaient fait son durable amour pour Odette un long oubli de l’image première qu’il avait reçue d’elle, il avait cessé de remarquer depuis les premiers temps de leur liaison, dans lesquels sans doute, pendant qu’il dormait, sa mémoire en avait été chercher la sensation exacte. Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et qui baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! ».
- VILLIERS DE L’ISLE-ADAM A.de, L’Eve future.
on trouve toute une réflexion sur les artifices utilisés par les femmes pour donner aux hommes l’illusion de la beauté, illusion fatale lorsqu’elle est révélée.

Films

- JACQUOT B., Adolphe.
ce film avec Isabelle Adjani et Jean Yanne est assez fidèle au roman éponyme.

Chanson

- FERNANDEL, Félicie aussi.


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