banniere

L'espace visiteurs

[909] - Récits de honte

Il s’agissait de trouver des récits où un narrateur raconte sa honte : la cause mais aussi les effets de la honte, voire les effets du récit...
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

Récits

XVIIIe siècle

- LACLOS Ch. de, Les Liaisons dangereuses
Lettre I de Cécile à Sophie.
- ROUSSEAU J.-J., Les Confessions
Notamment l’épisode du ruban volé où il confesse ses remords (sa honte ?) d’avoir volé le ruban et laissé accuser à sa place la jeune Marion et où en même temps il tente de justifier son acte (avec encore entrelacement des deux points de vue, "je" narrant et "je" narré). Voir aussi Les Confessions d’AUGUSTIN.

XIXe siècle

- BALZAC H. de, Le Lys dans la vallée
Honte du narrateur, enfant de la pauvreté de ses goûters, jeune homme de son habit, puis de son comportement au bal avec Madame de Mortsauf.
- DAUDET A., Le petit Chose
La honte de s’être mal comporté envers un enfant.
- FLAUBERT G., Madame Bovary
L’humiliation de Charles, dès son entrée en scène, dans l’incipit.
- LORRAIN J., Monsieur de Bougrelon (1897).
- MAUPASSANT G. de, Bel Ami
Lorsque Georges Duroy revoit ses parents avec Madeleine Forestier : Madeleine est déçue et choquée par cette rencontre qui la renvoie sans doute à la honte de sa propre enfance. Les extraits qui ouvrent et ferment l’ensemble montrent un Duroy tout aussi peu fier de ses origines que Madeleine. La scène est très intéressante car elle multiplie les points de vue. La scène suivante, celle du repas à Canteleu, est également pertinente
- MAUPASSANT G. de, Pierre et Jean
Pierre a honte de son père, balourd et vulgaire. Même si la honte n’est pas explicitement narrée, elle apparaît dans le regard méprisant qu’il jette sur son père.
- MAUPASSANT G. de, « Le Pain maudit »
Nouvelle dans laquelle le père comprend qu’une de ses filles se prostitue.
- STENDHAL, Lucien Leuwen
La chute de Lucien Leuwen, devant les fenêtres de Madame de Chasteller.
- VALLES J., L’Enfant
Tout le récit de la honte du jeune Jacques causée par une mère castratrice, ambitieuse et sans amour. Par exemple au chapitre V, "La toilette", la mère du narrateur l’affuble d’une redingote ridicule pour une remise de prix et le pauvre subit le regard moqueur de tous.
- VALLES J., Le Bachelier
Beaucoup d’exemples : il est honteux de son "pauvre vieux paletot" ou de son habit vert et son gilet jaune (chap. 5). Voir aussi les chapitres 22, « L’épingle » et 23, « High life ».

XXe siècle

- BOREL J., L’Adoration (1965)
Très grand roman qui raconte l’enfance d’un fils aimant mais forcé de mépriser sa mère, par la pression sociale : en fait il a honte de leur commune misère.
- CAMUS A., La Chute
Par exemple une scène d’eau ou de pain volé(e) à un prisonnier ou la scène où Jean-Baptiste Clamence éprouve ses premières lâchetés avant la fêlure finale, lorsqu’il assiste à une noyade et qu’il s’enfuit, terrifié.
- CLAUDEL P., Le Rapport de Brodeck
Le héros, qui a souffert de la déportation, porte en lui le secret d’une honte dévorante : il a survécu dans le train de la mort en volant l’eau d’une bonbonne qu’une jeune mère réservait goutte à goutte à son bébé, pendant qu’elle dormait, condamnant mère et enfant à mourir de soif. Le jeune étudiant rencontré dans ce train ne peut se résoudre à survivre à cette scène.
- CUSSET C., Confessions d’une radine
Scène du vol du billet de 100 francs, scène du vol des livres chez Gibert, à Paris, dans ce dernier récit, la narratrice est adulte mais la honte est très finement analysée... en fait tout le début de ce court récit à caractère autobiographique.
- ERNAUX A., La Honte ; La Place ; Les Armoires vides, Ce qu’ils disent ou rien
Des œuvres qui analysent le sentiment de la honte sociale. Annie Ernaux excelle à rendre la honte que l’on ressent de son milieu d’origine.
- GARY R., La Promesse de L’Aube
La magnifique scène où sa mère révèle « la grandeur future » de son fils à tous les locataires de l’immeuble et la fuite de ce dernier dans son refuge de bûches parfumées (chap. VI, p. 52-53, Folio).
- GIDE A., Les Faux-Monnayeurs
Notamment la scène où Georges se fait surprendre par Edouard en train de voler un livre.
- GIONO J., Un de Baumugnes
La honte d’Angèle d’avouer ce qu’elle a fait à Albin, le pur.
- KUNDERA M., L’insoutenable Légèreté de l’être
Deuxième partie : « L’âme et le corps ». La honte, ses causes et ses effets, dans la relation de Tereza avec sa mère puis avec son propre corps : « [...] ses longs regards répétés devant le miroir. C’était un combat avec sa mère. C’était le désir de ne pas être un corps comme les autres corps, mais de voir sur la surface de son visage l’équipage de l’âme surgir du ventre du navire. Ce n’était pas facile parce que l’âme, triste, craintive, effarouchée, se cachait au fond des entrailles de Tereza et avait honte de se montrer. »
- KUNDERA M., La Vie est ailleurs
Jaromil connaît sa dernière humiliation lorsque, dans une soirée donnée par une cinéaste avec qui il veut coucher, il est raillé et stipendié par les autres invités : "tu publies des vers, tu récites dans les meetings, la maîtresse de maison fait un film sur toi pour soigner sa réputation politique. Tandis que le peintre [l’ancien maître de Jaromil] ne peut pas exposer. [...] il peint de belles toiles, tandis que toi tu écris de belles merdes !"Jaromil est alors flanqué dehors, sur le balcon. Plein d’humiliation et de fierté blessée, il n’ose pas, puis ne veut pas rentrer. Pendant qu’il est sur le balcon, l’écriture contrapunctique de Kundéra confronte le destin de Lermontov et celui de Jaromil : "la parodie n’est-elle pas le destin de l’homme ?" " [...] Jaromil aussi veut mourir ; l’idée du suicide l’attire comme la voix du rossignol. Il sait qu’il est grippé, il sait qu’il va tomber malade, mais il ne retourne pas dans la pièce, il ne peut plus supporter l’humiliation. Il sait que seule l’étreinte de la mort peut l’apaiser, cette étreinte qu’il emplira de tout son corps et de toute son âme et où il trouvera enfin la grandeur ; il sait que seule la mort peut le venger et accuser de meurtre ceux qui ricanent."
- LABOU TANSI S., L’Anté-peuple
Le très beau personnage de Dadou, attachant car, au cœur d’un pays corrompu dans chacune de ses strates, sa lutte pour refuser la honte des compromis est à la fois désespérée et inévitable. Le livre de cet écrivain congolais est maintenant publié en Points Seuil.
- LEIRIS M., L’Age d’homme
- LONDON J., Martin Eden
Il dit mieux que tout autre récit cette douleur et cette honte d’accéder à un milieu qui n’est pas le sien.
- LOWERY B., La Cicatrice
Analyse très fine de la mise en place de la mauvaise foi et des stratégies d’évitement consécutives à un sentiment de honte du narrateur après le vol des timbres.
- MILOSZ O.V. de L., L’Amoureuse Initiation (1910)
- NASREEN T., Lajjā : La Honte (selon les éditions)
L’oppression d’une famille hindoue dans un monde musulman.
- QUINT M., Effroyables Jardins
Le portrait du père au début du récit, où deux points de vue se superposent : le regard de l’enfant d’alors sur son père, honteux et méprisant, et le regard de l’enfant devenu adulte, attendri, qui rend hommage au père
- RIVAS M., « La Langue des papillons »
Une excellente nouvelle de cet auteur gallicien. La honte que ressent un élève pour un instituteur qu’il "trahit"...
- SARTRE J.-P., L’Enfance d’un chef
Un jeune homme de bonne famille se réfugie dans le fascisme à la suite d’une expérience homosexuelle dont il a honte.
- SARTRE J.-P., Les Mots
Sartre raconte sa honte (et celle de sa mère) de découvrir sa laideur après la coupe de ses cheveux.
- SCHLINK B., Le Liseur
La honte extrême que ressent Hanna de ne pas savoir lire.
- TOURNIER M., Le Roi des Aulnes
Le personnage cherche à dominer ses obsessions. Il y a un passage où il avoue une jouissance à avoir été battu et humilié par un camarade à l’école.
- TOURNIER M., Vendredi ou Les Limbes du Pacifique
Robinson a honte de ses défaillances (de la "souille" notamment) et tente de se reprendre : "Une ère nouvelle débutait pour lui [...] après des défaillances dont il avait honte" (chapitre III). Devenu narrateur autobiographe, Robinson revient sur cette honte : "Chaque homme a sa pente funeste. La mienne descend vers la souille" (chapitre III).
- TOWNSEND WARNER S., Une Lubie de Monsieur Fortune (1927 ; trad. 1988)
Le héros est missionnaire protestant et réalise la bêtise prétentieuse de son entreprise et bien d’autres choses...
- UHLMANN F., L’Ami retrouvé
Hans éprouve de l’humiliation à plusieurs reprises.

Essai

- CYRULNIK B., Mourir de dire, la honte (2012) chez Odile Jacob
« Les mots sont des morceaux d’affection qui transportent parfois un peu d’information. Une stratégie de défense contre l’indicible, l’impossible à dire, le pénible à entendre (...) Le honteux aspire à parler, il voudrait bien dire qu’il est prisonnier de son langage muet, du récit qu’il se raconte dans son monde intérieur, mais qu’il ne peut vous dire tant il craint votre regard. »

Pièce de théâtre

- JAUBERTIE S., Un Chien dans la tête
Pièce mise en scène par Olivier Letellier. Dossier de Pièce (dé)montée sur ce spectacle : http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/piece/index.php?id=un-chien-dans-la-tete


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à
des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.

©WebLettres
Pour tout renseignement :Contact




Jocelyne Colas-Buzaré

- Dernières publications :
[909] - Récits de honte
[743] - Romans grecs contemporains









Forum relatif à cet article

  • Le forum est ouvert - 31-01-2014 - par Administrateur

    Vous pouvez à votre tour apporter une contribution à cet échange en proposant des titres, adresses de sites, références bibliographiques voire témoignages qu’il vous semblerait utile de publier en complément de cette synthèse.

    MENTIONS LÉGALES
    Cet espace est destiné à vous permettre d’apporter votre contribution aux thèmes de discussion que nous vous proposons. Les données qui y figurent ne peuvent être collectées ou utilisées à d’autres fins. Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site. Seront en particulier supprimées, toutes les contributions qui ne seraient pas en relation avec le thème de discussion abordé, la ligne éditoriale du site, ou qui seraient contraires à la loi. Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Vous pouvez, à tout moment, demander que vos contributions à cet espace de discussion soient supprimées. Pour exercer ce droit, http://www.weblettres.net/index3.php?page=contact.


contact Contact - Qui sommes-nous? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Admin


© Copyright WebLettres 2002-2017
Les dossiers de WebLettres sont réalisés avec Spip