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[137] - La symbolique du 6 à propos de l’abbaye de Thélème

L’étude de Gargantua a conduit a une petite énigme : le fait que l’abbaye de Thélème soit une variation sur le chiffre 6 (6 côtés, 6 tours, 6 étages...). Il s’agissait de trouver la signification du chiffre.
Se pouvait-il qu’il y ait un rapport avec le 666 (l’Apocalypse) ?

 

Pistes et références papier

- Non, rien de satanique là-dedans, c’est tout le contraire ! Ce serait un grave contresens. Sachant que le 5 représente l’Homme (5 doigts, 5 sens...) et que le 7 représente le ciel : le 6 est donc un passage. L’abbaye est un lieu de perfection « Nul n’entre ici s’il n’est architecte ! ». L’abbaye est le lieu où le microcosme et le macrocosme se rejoignent, l’homme et l’univers, l’homme et la connaissance.

- Dans le Dictionnaire des symboles (collection Bouquins), il y a un article très complet sur la symbolique du 6 et qui souligne en particulier le caractère de perfection associé au chiffre (Cf. p.888-889 « Six (Voir nombre, sur le sceau de Salomon) » )

- On peut consulter la thèse de Claude GAIGNEBET sur le Quart-livre. Claude Gaignebet est un « folkloriste » éruditissime qui a cherché à repérer et déchiffrer les messages occultes, bibliques, kabbalistiques, alchimiques et ésotériques qui parsèment l’œuvre de Rabelais, sous-titrant sa thèse : Lisez-moi à plus hault sens (prologue du Gargantua). C’est ainsi qu’il a pu interpréter, par exemple, l’indication du jour de la naissance de Gargantua, le 3 février, jour de la Saint Blaise, le très populaire protecteur des maux de gorge, patron des chanvriers et des tailleurs de pierre, grâce à des références érudites. Autre exemple : l’épisode de la Reine à l’île de la Quinte serait une allusion à l’acoustique du monastère de la Baumette à Angers où Rabelais fut prime novice. Gaignebet croit pouvoir affirmer de cette Reine qu’il s’agit en fait de Marie-Madeleine, la « pécheresse » qui appliqua du baume sur les pieds du Christ et qui guérit toutes les maladies en chantant.

- Je crois me souvenir que le chiffre fétiche de Rabelais est surtout le 5.

- Pour toute la description architecturale de l’abbaye de Thélème, ainsi que pour le temple de la Dive Bouteille, Rabelais s’est inspiré de très près d’un curieux livre, paru à Venise en 1499, qui a fait (et fait encore) les délices des amateurs d’ésotérisme, et qui a fasciné également le peintre Watteau (les deux Embarquement pour Cythère) et Gérard de Nerval.
Il s’agit de L’hypnerotomachia ou Songe de Poliphile, oeuvre du Dominicain Francesco COLONNA (1453-1538). Livre à clefs, profondément ésotérique, il reflète une des principales préoccupations intellectuelles de la Renaissance.
- Par son caractère hermétique et allégorique, Le Songe de Poliphile a joué un rôle extrêmement important dans la création des jardins initiatiques de la Renaissance Italienne, et même plus tard (Vaux, Versailles).
- C’est un ouvrage fascinant, très célèbre pour ses planches gravées sur bois, feuilleté il y a très longtemps, avec des gants noirs, à la BN, quand elle était rue de Richelieu. Il me semble qu’il existe un spécialiste de cet ouvrage à l’université de Mulhouse, Gilles Polizzi, et qu’à Montpellier, Claude Brunon s’y est intéressée. Il y doit y avoir de nombreuses allusions à cet ouvrage dans tous les sites de délire ésotérique sur le Net...
- Le Songe de Polyphile a été republié dans une belle édition comportant les illustrations, en 1996, par l’Imprimerie Nationale dans la collection La Salamandre.

Un lien à consulter
- Texte d’une conférence pointue sur Gargantua :
Alain Trouvé : « Parole mesurée et démesure de la parole dans Gargantua »


Ce document correspond à la synthèse de contributions de collègues professeurs de lettres échangées sur la liste de discussion Profs-L ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Ce texte est protégé par la législation en vigueur. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, il est protégé par les droits d’auteur en vigueur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.




Michèle Tillard

Professeur de lettres classiques au lycée Montesquieu du Mans. Elle enseigne en classe préparatoire scientifique, en Hypokhâgne (le grec) et à l’université (méthodologie des exercices littéraires et stylistique française en licence de lettres modernes).
Elle a soutenu une thèse sur "la poésie contemporaine dans la Sarthe, de 1985 à 2000)".



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