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[1057] - La médecine et les médecins dans la littérature

Il s’agissait de trouver des extraits sur l’image de la médecine et des médecins dans la littérature afin de créer un groupement de textes sur ce thème pour une classe de première S (objet d’étude : la question de l’homme).
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

Les extraits finalement choisis :

- MONTAIGNE M. de, Essais
Deux courts extraits du livre II, chapitres 37.
- MOLIÈRE, Le Malade imaginaire
Extrait de l’acte II, scène 5 : portrait de Thomas Diafoirus par son père.
- FONTENELLE, « La Dent d’or »
- ZOLA E., Le Docteur Pascal
Extrait du chapitre 2 : le rêve d’une médecine capable de tout guérir, expérimentations.
- CÉLINE L.F., Voyage au bout de la nuit
Maladie et mort de Bébert, impuissance de Bardamu (folio pages 351-353).
- KERANGAL M. de, Réparer les vivants
La transplantation cardiaque (folio pages 294-295).

Propositions des colistiers :

- BALZAC H. de, Le Père Goriot
Le docteur Bianchon.
- BOULGAKOV M., Récits d’un jeune médecin
- CAMUS A., La Peste
Le Docteur Rieux.
- CELINE L.F., Voyage au bout de la nuit
Une expérience marquante de médecin retracée.
- DEVILLE P., Peste et choléra
Sur le docteur Yersin, disciple de Pasteur.
- DIDEROT D., Jacques le Fataliste
De belles pages consacrées au charlatanisme des médecins.
- DUHAMEL G., Chronique des Pasquier
Le personnage de Laurent, lui-même médecin et chirurgien pendant la première guerre mondiale et qui relate sa terrible expérience dans Vie des Martyrs et Civilisation.
- FLAUBERT G., Madame Bovary
Un extrait du chapitre VIII de la troisième partie montre les trois médecins ensemble : Charles, Canivet puis Larivière, et la vision qu’ils ont les uns des autres, notamment l’admiration de Charles et de Canivet pour Larivière, et enfin l’attitude obséquieuse de Homais.
- GARY R., La Vie devant soi
Le docteur Katz : les visites de ce médecin ponctuent l’ensemble du roman : au début, c’est Madame Rosa qui emmène Momo chez lui, lorsqu’elle craint pour la santé mentale du jeune garçon. Le médecin la renvoie à chaque fois en lui adressant des reproches. Ensuite, c’est Momo qui fait appel au docteur pour qu’il vienne soigner Mme Rosa. Tous deux sont par ailleurs d’origine juive, ils sont plutôt âgés, et le docteur éprouve de grandes difficultés à monter les escaliers, tout comme Madame Rosa. Ce qui les caractérise l’un et l’autre, c’est la bonté. Cependant si Momo au début apprécie le médecin (« Je pensais souvent en le regardant que si j’avais choisi un père, ce serait le docteur Katz que j’aurais choisi » (Chapitre 3), il lui fait de violents reproches lorsque celui-ci veut envoyer la vieille femme à l’hôpital et refuse de « l’avorter », c’est-a-dire de l’euthanasier : « Si elle veut se faire avorter, c’est son droit. Et c’est vous qui devriez le faire parce qu’il faut un médecin juif pour ça, pour ne pas avoir d’antisémitisme. Vous ne devriez pas vous faire souffrir entre Juifs. C’est dégueulasse » (Chapitre 26).
- GIONO J., Le Hussard sur le toit
Deux médecins, aucun n’a de nom, le premier apparaît dans le chapitre II, à partir de la page 55 (édition Folio) et est mort du choléra à la fin du même chapitre : une apparition fugitive, mais un personnage qui marque Angelo tout au long du roman. Il a été baptisé "le petit Français", a donné au héros les conseils pour soigner les cholériques (peu efficaces, mais c’est l’intention qui compte), il est dévoué, et veut combattre l’épidémie de cholera morbus, en vain hélas ! Dans le film de Rappeneau, il est interprété par François Cluzet et on le voit fumer un cigare avec Angelo, juste avant les symptômes mortels ! C’est une forme d’initiateur. Le deuxième est âgé et cynique, et occupe presque tout le chapitre XIII (à partir de la page 459). Il ironise sur la relation Pauline / Angelo, développe une théorie plutôt fantaisiste sur le choléra, et annonce en quelque sorte la maladie de Pauline. Le texte le désigne comme "l’homme à la redingote", et il n’a pas été repris dans le film. On pourrait en citer deux autres dans le premier chapitre, qui sont présentés de manière un peu croisée au fil du chapitre (et sans doute plus difficile à utiliser en classe) : le premier apparaît page 29, c’est le médecin inspecteur de la marine de guerre, à Toulon, qui veut prévenir l’amiral de l’arrivée du choléra, et qui en sera empêché par les exigences de la hiérarchie et de la bureaucratie. Il disparaît p. 41. Le deuxième (en fait il est le premier dans le temps !), p. 28, est un médecin juif de Carpentras qui reste dans la ville soigner les malades, mais expédie sa femme et sa fille loin de là. On le perd p. 38, quand il se maudit de ses précautions, plus du tout sûr d’avoir pris les bonnes mesures en ce qui concerne leur sécurité. Aucun d’entre eux n’est repris dans le film, ce sont des figures fugitives, qui disparaissent très vite.
- GRANOUILLET G., Les Anges de Massilia
Très beau monologue d’un médecin.
- KERANGAL M. de, Réparer les vivants
- MARTIN DU GARD R., Les Thibault
La terrible fin d’Antoine Thibault, qui assiste à sa propre mort.
- PASTERNAK B., Docteur Jivago
- REJAULT W., La Chambre d’Albert Camus et autres nouvelles
Une approche très réaliste du métier dans des textes très courts le plus souvent, qui font sourire ou sont glaçants.
- ROMAINS J., Knock
- SHELLEY M., Frankenstein
Le personnage de Victor Frankenstein.
- SIMENON G., Maigret chez le docteur
Le personnage du médecin est récurrent dans l’œuvre de Simenon comme personnage compassionnel, tel le Docteur Pardon (le nom est significatif), ami de Maigret ou personnage trouble, par exemple l’avorteur de Maigret et l’Inspecteur Cadavre ou le petit notable de province pusillanime dans. Il y a aussi des personnages tragiques : le grand patron dans l’Ours en peluche ou le docteur Mahé dans Le Cercle des Mahé. La fille du Médecin dans La Maison du Canal... Ces personnages de médecins sont intéressants littérairement car ils sont des révélateurs de la vanité des valeurs humaines, un peu comme l’enquêteur, à cette différence près qu’ils sont également protagonistes du drame : ils posent un diagnostic sur eux-mêmes et leur malheur, leur situation, celle des autres.
- TCHEKHOV A., Un désagrément, Salle 6 et Oncle Vania
Ces médecins-là sont des êtres désabusés, écœurés, à qui il ne reste plus que la compassion. Des humanistes impuissants en quelque sorte. N’oublions pas que Tchekhov était lui aussi médecin.
- VIGAN D. de, Les Heures Souterraines
Le personnage de Thibault, un point de vue plutôt actuel sur la médecine.
- WINCKLER M., La Maladie de Sachs et Le Chœur des femmes
- YOURCENAR M., L’œuvre au noir
Zénon.
- ZOLA E., La Joie de vivre
La maladie de l’héroïne : le médecin réfléchit aux limites de sa discipline alors qu’il ne parvient pas à soulager sa patiente. Son expérience est retracée brièvement.
- ZOLA E., La Faute de l’abbé Mouret
La maladie d’Octave justifie sa découverte du Paradou et de celle qui devient son amoureuse.

Textes plus théoriques :

- ILLICH I., Némésis médicale, Seuil, 1975
- PEREZ S., Histoire des médecins : artisans et artistes de la santé de l’Antiquité à nos jours (éditions Perrin, 2015)
Il cite Rousseau, Émile ou De l’éducation, livre II, cf. http://mecaniqueuniverselle.net/textes-philosophiques/rousseau.php (voir annexe).
- SEGALEN V., « Vers les sinistrés : cyclone des îles Tuamotu », Armée et Marine,‎ 17 avril 1903
- SEGALEN V., sa thèse : L’Observation médicale chez les écrivains naturalistes, Bordeaux, Y. Cadoret (thèse de médecine), coll. « Les Cliniciens ès Lettres »,‎ 1902, voir sur Wikisource.
- STAROBINSKI J., L’Encre de la mélancolie
- Le serment d’Hippocrate (et autres serments) sont exploités pour une séquence en grec ancien dans une fiche Eduscol :
http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Langues_et_cultures_de_l_Antiquite/36/3/11_LCA_DomainesSciencesVF_273363.pdf

Documents iconographiques :

- DAUMIER H., « Le Malade imaginaire » et « Le Médecin pris au dépourvu »
- REMBRANDT H., La Leçon d’anatomie du Professeur Tulp
- SERRE C., Humour noir et hommes en blanc (1972)
Des caricatures hilarantes, notamment celle du chirurgien qui reçoit un patient dans son cabinet aux murs duquel trônent les amputations qu’il a faites sous forme de trophées (questions sur l’éthique du médecin, argent, charlatans….).

Film :

- LILTI T., Hippocrate (2014)
Avec Vincent Lacoste et Reda Kateb. Ce film soulève de nombreuses questions liées à l’exercice de la médecine : la responsabilité du médecin, celle de l’institution, la prise en compte du patient, de sa souffrance, la prise en compte de la famille, etc.

Spectacle :

- « Savoir Vivre », janvier 2015, écrit d’après les textes de Pierre Desproges, mis en scène par Michel Didym.
- un lien : http://www.cndp.fr/crdp-lille/culture_et_lecture/
cliquer sur le bandeau "utiliser une séquence tremplin pour entrer dans l’univers culturel d’une œuvre théâtrale" : on y trouve de nombreux liens concernant ce thème.

Synthèses à consulter :

[352] - Éloge du médecin et/ou de la médecine

[209] - Littérature et médecine

Propositions de séquences :

Séquence 1 : Médecins et éthique

- Objet d’étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs
- Problématique : Comment les auteurs représentent-ils le rapport entre les médecins et leur éthique ?
- Lectures analytiques :
1. LA FONTAINE J. de, Fables, Livre VIII, fable 3, « Le lion, le loup et le renard », 1671
2. VOLTAIRE, Zadig ou la Destinée, chapitre XVIII « Le Basilic », 1747
De « Zadig se fit présenter à Ogul » à « on se tire toujours d’affaire en ce monde. »
3. DIDEROT D., Entretien d’un père avec ses enfants, 1773
De « MOI : C’est qu’il y a tant de méchants dans ce monde » à « qu’il
ne soit pas dit que par mon art et par mes soins il existe un monstre
de plus. », manuel Littérature, p. 266-267
4. MAUPASSANT G. de, « Alma mater », texte publié dans Gil Blas du 9 juin 1885,
De « Le jour où le premier docteur venu sera responsable » à pour entreprendre un voyage si dangereux ».
- Document complémentaire : serment d’Hippocrate, environ -400 av. JC.

Groupement de texte sur la vision satirique de la médecine :
- LA FONTAINE J. de, Fables, Livre V, 12, « Les Médecins », 1668
- BERGERAC C. de, Œuvres diverses de M. Cyrano de Bergerac, Lettres satiriques, « Contre les médecins »,
- MOLIÈRE, L’Amour médecin, Acte III, scène 1, 1665
- ROMAINS J., Knock, Acte II, scène 2, 1923

Analyse d’image :
- REMBRANDT H., La Leçon d’anatomie du Professeur Tulp, huile sur toile, 169,5 x 216,5 cm, 1632, La Haye, Mauritshuis.

Séquence 2 : œuvre intégrale ZOLA, Le Docteur Pascal, 1890

- Objets d’étude : Le personnage de roman / la question de l’homme
- Problématique : En quoi ce roman est-il celui de la fin ?
- Lectures analytiques :
1. Chapitre IV, p. 143-145, de « Son cœur débordait » à « une haleine douce et chaude de femme endormie » : la confrontation sur l’aire.
2. Chapitre VII, p. 219-221, de « En bas, il se réfugia » à « Ce serait le bonheur » : La découverte de l’amour par Pascal
3. Chapitre V, p. 274-275, de « Rien ne bougea » à « que le courant d’air de la porte menaçait de balayer. » : la combustion spontanée de l’oncle Macquart.
4. Chapitre X, p. 299-300, de « Aussi dès le premier jour » à « s’il ne pouvait la payer » : le personnage de Martine
- Documents complémentaires :
L’hérédité dans Le Docteur Pascal (Image du Docteur)
Extrait 1 : p. 163-167, de « Voyons veux-tu ? » à « retourner s’empiler dans l’armoire. »
Extrait 2 : p. 177-180 de « Certes, oui, reprit-il à demi-voix, les races dégénèrent. » à « Et l’humanité roule, charriant tout. »

Corpus sur la figure du médecin :
- Cf. manuel de seconde Empreintes littéraires chez Magnard (2015) :
- BALZAC H. de, Le Médecin de campagne
- ZOLA E., Le Docteur Pascal
- CÉLINE L.F., Voyage au bout de la nuit.

Une séquence sur la médecine :
- Cf. manuel de BTS d’Hélène Sabbah (couverture noire et rose) contenant des textes de culture générale (textes explicatifs, argumentatifs).

Annexe :

Stanis Perez, Histoire des médecins : artisans et artistes de la santé de l’Antiquité à nos jours (éditions Perrin, 2015) qui cite un extrait de Rousseau et qui l’introduit ainsi :
"Apôtre d’une Nature forcément bienfaisante, Rousseau est sévère avec les médecins et blâme les artifices d’un savoir manifestement décevant. En détournant leurs patients de l’ordre naturel du corps, les praticiens induiraient eux-mêmes les maladies en tourmentant les individus sains par leurs discours morbides. A force de voir la maladie partout et de soigner avec des remèdes dangereux, l’Art [médical] ne servirait qu’à affaiblir un peu plus des corps de toute façon mortels."

[Rousseau] " Si nous étions immortels, nous serions des êtres très misérables. Il est dur de mourir, sans doute ; mais il est doux d’espérer qu’on ne vivra pas toujours, et qu’une meilleure vie finira les peines de celle-ci. Si l’on nous offrait l’immortalité sur la terre, qui est-ce qui voudrait accepter ce triste présent ? Quelle ressource, quel espoir, quelle consolation nous resterait-il contre les rigueurs du sort et contre les injustices des hommes ? L’ignorant, qui ne prévoit rien, sent peu le prix de la vie, et craint peu de la perdre ; l’homme éclairé voit des biens d’un plus grand prix, qu’il préfère à celui-là. Il n’y a que le demi-savoir et la fausse sagesse qui, prolongeant nos vues jusqu’à la mort, et pas au-delà, en font pour nous le pire des maux. La nécessité de mourir n’est à l’homme sage qu’une raison pour supporter les peines de la vie. Si l’on n’était pas sûr de la perdre une fois, elle coûterait trop à conserver.

" Nos maux moraux sont tous dans l’opinion, hors un seul, qui est le crime ; et celui-là dépend de nous : nos maux physiques se détruisent ou nous détruisent. Le temps ou la mort sont nos remèdes ; mais nous souffrons d’autant plus que nous savons moins souffrir ; et nous nous donnons plus de tourment pour guérir nos maladies, que nous n’en aurions à les supporter. Vis selon la nature, sois patient, et chasse les médecins ; tu n’éviteras pas la mort, mais tu ne la sentiras qu’une fois, tandis qu’ils la portent chaque jour dans ton imagination troublée, et que leur art mensonger, au lieu de prolonger tes jours, t’en ôte la jouissance. Je demanderai toujours quel vrai bien cet art a fait aux hommes. Quelques-uns de ceux qu’il guérit mourraient, il est vrai ; mais des millions qu’il tue resteraient en vie. Homme sensé, ne mets point à cette loterie, où trop de chances sont contre toi. Souffre, meurs ou guéris ; mais surtout vis jusqu’à ta dernière heure. "


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
Profs-L (liste de discussion des
professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale
postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la
personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information
seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la
législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à
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Aline Mouquet

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