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[1065] - Apprécier notre monde à sa miraculeuse valeur

Il s’agissait de constituer un groupement de textes « optimistes », au sens philosophique, quasi leibnizien, du terme : tout n’est pas si mal dans notre monde !
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

Le point de départ de ce projet de groupement de textes est un extrait de Terre des hommes d’Antoine de Saint-Exupéry (1939) :
« Prévot, dans les débris, a découvert une orange miraculeuse. Nous nous la partageons. J’en suis bouleversé, et cependant c’est peu de chose quand il nous faudrait vingt litres d’eau.
Couché près de notre feu nocturne je regarde ce fruit lumineux et je me dis : " Les hommes ne savent pas ce qu’est une orange"… »
On en déduit une « philosophie » : apprécier les choses non pas seulement à leur juste valeur, mais à leur miraculeuse valeur. On recherche donc des extraits qui présentent la « miraculeuse valeur » d’une invention, d’un progrès technologique, d’une caractéristique humaine, d’un acte individuel, d’un phénomène ou une évolution de la société, d’un objet, d’un « don » de la vie, etc.

Apprécier l’électricité à sa miraculeuse valeur

- VILLIERS DE L’ISLE-ADAM A., L’Eve future, 1886
L’éloge de l’électricité et, plus généralement, des inventions d’Edison :
« […] un soir de ces derniers automnes, vers cinq heures, le merveilleux inventeur de tant de prestiges [Edison], le magicien de l’oreille (qui, presque sourd lui-même, comme un Beethoven de la Science, a su se créer cet imperceptible instrument ― grâce auquel, ajusté à l’orifice du tympan, les surdités, non seulement disparaissent, mais dévoilent, plus affiné encore, le sens de l’ouïe ― ), Edison, enfin, s’était retiré au plus profond de son laboratoire personnel, c’est-à-dire en ce pavillon séparé de son château. »

- Edison présente l’andréide Hadaly à Lord Ewald.
« ― Quant à son alimentation, reprit-il [Edison]…
[…]
― Qu’entendez-vous par « son alimentation », mon cher magicien ? dit lord Ewald. Cette fois, je l’avoue, la chose dépasse les rêves les plus fantaisistes !
― Voici la nourriture que prend, une ou deux fois la semaine, Hadaly, répondit Edison. […] lorsqu’elle ne trouve pas ces aliments sous sa main au moment où elle les désire, elle s’évanouit ou, pour mieux dire, elle meurt.
― Elle meurt ?… murmura le jeune lord en souriant.
― Oui, pour donner à son élu le plaisir vraiment divin de la ressusciter. »

- ROBIDA A., Le Vingtième siècle. La vie électrique, 1890
Un roman d’anticipation :
« […] Cette invention permet non seulement de converser à de longues distances, avec toute personne reliée électriquement au réseau de fils courant le monde, mais encore de voir cet interlocuteur dans son cadre particulier, dans son home lointain. Heureuse suppression de l’absence, qui fait le bonheur des familles souvent éparpillées par le monde, à notre époque affairée, et cependant toujours réunies le soir au centre commun, si elles veulent, — dînant ensemble à des tables différentes, bien espacées, mais formant cependant presque une table de famille. »
Ces lignes sont antérieures à 1890 : elles décrivent Skype !

Apprécier la lumière à sa miraculeuse valeur

- LE CLEZIO J.M.G., L’Inconnu sur la terre, 1978 :
« J’aime la plus belle des lumières, chaude, jaune, celle qui apparaît quelquefois l’après-midi sur le mur d’une chambre face au sud. […] »

Apprécier les nuages à leur miraculeuse valeur

- LE CLEZIO J.M.G., L’Inconnu sur la terre, 1978 :
« Dans le ciel vivent les nuages. Ils sont nombreux, et légers, légers. Ils traversent l’espace, sans se presser, ils passent lentement au-dessus de la terre, comme cela, tout gonflés comme des voiles, ou bien allongés comme des lambeaux de linge. Ils sont beaux ! […] »

Apprécier les aliments à leur miraculeuse valeur

- LE CLEZIO J.M.G., L’Inconnu sur la terre, 1978 :
« J’aime le pain. La création du pain est tout à fait extraordinaire, l’un des actes les plus importants imaginés par l’être humain. […] »
« Si je devais collectionner quelque chose, ce seraient les légumes. J’aime les voir sur les étals des marchés, en vrac, ou bien rangés et calibrés dans des cagettes de bois blanc. […] »
« Je pense au miel comme à une personne. Je veux dire une personne vivante, avec son corps et son visage, son caractère, son langage, sa pensée. Il y a autant de personnes que de variétés de miel. […] »

- DU CAMP M., Souvenirs littéraires :
« …la glace au citron est digne d’être célébrée ; on remplit la cuiller, ça fait un petit dôme, on l’écrase doucement entre la langue et le palais ; ça fond lentement, fraîchement, délicieusement ; ça baigne la luette, ça frôle les amygdales, ça descend dans l’œsophage qui n’en est pas fâché, et ça tombe dans l’estomac qui crève de rire tant il est content. »

- PROUST M., A la Recherche du temps perdu : la glace au citron d’Albertine, la madeleine, et le bœuf en gelée de Françoise…

Apprécier le sourire à sa miraculeuse valeur

- LE CLEZIO J.M.G., L’Inconnu sur la terre, 1978 :
« Ce qu’il y a de plus émouvant dans le visage de l’homme : le sourire. […] »

Apprécier notre temps, nos mœurs à leur miraculeuse valeur

- VOLTAIRE, Le Mondain, 1736 : le présent, le monde tel qu’il est et va suscitent une satisfaction, une gratitude.
« […] Moi , je rends grâce à la nature sage
Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
Tant décrié par nos tristes frondeurs :
Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
J’aime le luxe, et même la mollesse,
Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
La propreté, le goût, les ornements :
Tout honnête homme a de tels sentiments. […] »

Apprécier les progrès de la médecine à leur miraculeuse valeur

- KERANGAL M. de, Réparer les vivants, 2014 : certains extraits peuvent également être lus avec un émerveillement pour le génie et la générosité humains :
« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »

Apprécier des sensations diverses à leur miraculeuse valeur

- COLETTE, Le Voyage égoïste, 1922 : La narratrice est malade, avec de la fièvre :
« Donnez-moi seulement un verre d’eau glacée ; je veux un verre tout uni, un gobelet sans défaut et sans parure, mince, plaisant aux lèvres et à la langue, plein d’une eau dansante et qui semble, à cause du plateau d’argent, un peu bleue – j’ai soif… »

- VALERY P., Eupalinos ou l’Architecte, 1921 :
« J’ai trouvé une de ces choses rejetées par la mer ; une chose blanche, et de la plus pure blancheur ; polie et dure, et douce, et légère. Elle brillait au soleil, sur le sable léché, qui est sombre et semé d’étincelles. Je la pris, je soufflai sur elle ; je la frottai sur mon manteau, et sa forme singulière arrêta toutes mes autres pensées. […] C’était peut-être un ossements de poisson bizarrement usé par le frottement du sable fin sous les eaux ? Ou de l’ivoire taillé pour je ne sais quel usage, par un artisan d’au-delà les mers ? »

- COPPEE F., Promenades et intérieurs, 1872 :
« Volupté des parfums. Oui, toute odeur est fée.
Si j’épluche, le soir, une orange échauffée,
Je rêve de théâtre et de profonds décors ;
Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,
Dans la forêt d’hiver les chasseurs faire halte ;
Si je traverse enfin ce brouillard que l’asphalte
Répand, infect et noir, autour de son chaudron,
Je me crois sur un quai parfumé de goudron,
Regardant s’avancer, blanche, une goélette,
Parmi les diamants de la mer violette. »

Apprécier la vie à sa miraculeuse valeur

- PARRA Violeta, Chanson « Gracias a la vida » (« Merci à la vie ») : une grande chanteuse chilienne.
« Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me dio dos luceros que cuando los abro
Perfecto distingo lo negro del blanco
Y en el alto cielo su fondo estrellado
Y en las multitudes el hombre que yo amo. […] »

- SUPERVIELLE J., « Hommage à la Vie » :
« C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu,
Et d’avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme […] »

Divers

- GAUDE L., Eldorado
Dernier chapitre, « L’ombre de Massambalo » : le don du collier de verre.
- GIONO J., Que ma joie demeure
- LEVI P., Si c’est un homme
Un chapitre qui est une bouffée de plaisir et de beauté au milieu du camp : « Le chant d’ Ulysse ».


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
Profs-L (liste de discussion des
professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale
postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la
personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information
seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la
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François Freby

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