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[1080] - S’entrainer à l’analyse à partir de citations célèbres

Il s’agissait, pour une séance d’AP de seconde autour du commentaire littéraire, de recenser de brèves citations littéraires à la fois riches de sens, plaisantes, si possibles célèbres, et surtout susceptibles d’être analysées isolément. Le but était de faire travailler longuement les élèves sur une seule citation, afin de les amener à sortir de la paraphrase (ou du simple classement de citations ou étiquetage de figures de style), et à lier forme et sens dans leurs analyses.
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

120 citations sans commentaires, classées par ordre alphabétique :

1. A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles. (Rimbaud)

2. À te voir marcher en cadence, / Belle d’abandon, / On dirait un serpent qui danse / Au bout d’un bâton. (Baudelaire)

3. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. (Corneille – parallélisme)

4. Ah ! Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ! (Musset)

5. C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. (Rostand)

6. C’est un trou de verdure où chante une rivière, / Accrochant follement aux herbes des haillons d’argent. (Rimbaud)

7. C’est une grande misère de n’avoir pas assez d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire. (La Bruyère)

8. Candide se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque. (Voltaire – oxymore, ironie…)

9. Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. (Pascal)

10. Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais / Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! (Baudelaire – interrogation indirecte, parallélismes, apostrophe)

11. Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu’un ménagement réciproque d’intérêts, et qu’un échange de bons offices ; ce n’est enfin qu’un commerce où l’amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. (La Rochefoucauld)

12. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément. (Boileau)

13. Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte. (Hugo)

14. Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience. (Char)

15. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. (Corneille)

16. Chacun se dit ami ; mais fol qui s’y repose. / Rien n’est plus commun que ce nom, / Rien n’est plus rare que la chose. (La Fontaine)

17. Chaque homme porte en soi la forme entière de l’humaine condition. (Montaigne)

18. Comment peut-on être persan ? (Montesquieu)

19. Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. (Ronsard)

20. De la musique avant toute chose. (Verlaine)

21. Deux coqs vivaient en paix ; une poule survint. (La Fontaine)

22. Donc au petit enfant donnez le petit livre. (Hugo)

23. Du côté de la barbe est la toute-puissance. (Molière)

24. En amour, il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie. (Balzac)

25. Et nous les petits, les obscurs, les sans-grade. (Rostand)

26. Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple ? (Prévert)

27. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage. (Du Bellay)

28. Homme libre, toujours tu chériras la mer. (Baudelaire)

29. Il aimait l’exaltation de son âme et les plis de sa jupe. (Flaubert)

30. Il en est du véritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. (La Rochefoucauld)

31. Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant. (Baudelaire)

32. Il est grand temps de rallumer les étoiles. (Apollinaire)

33. Il faut cultiver notre jardin. (Voltaire)

34. Il faut oser en tout genre ; mais la difficulté, c’est d’oser avec sagesse. (Fontenelle)

35. Il n’y a pas d’ailleurs pour guérir d’ici. (Guillevic)

36. Il ne suffit pas d’être heureux ; encore faut-il que les autres ne le soient pas. (Jules Renard)

37. Il vaut mieux gâcher sa jeunesse que de n’en rien faire du tout. (Courteline)

38. Et moi j’ai le cœur aussi gros / Qu’un cul de dame damascène. (Apollinaire)

39. J’ai tout vu, tout fait, tout usé. (Beaumarchais)

40. J’aime à lire comme une poule boit, en relevant fréquemment la tête pour faire couler. (Jules Renard)

41. Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime. (Verlaine – rythme ternaire, assonance, allitération, parallélisme…)

42. Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. (Racine)

43. Je marcherai les yeux fermés sur mes pensées, / Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit. (Hugo)

44. Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâce / Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. (Racine)

45. Je sens mon cœur et je connais les hommes. (Rousseau)

46. Je suis belle, Ô mortels, comme un rêve de pierre. (Baudelaire – comparaison, allitération, assonance, apostrophe, prosopopée, allégorie)

47. Je suis maître de moi comme de l’univers. (Corneille)

48. Je veux, sans que la mort ose me secourir, / Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir. (Corneille)

49. Je vis, je meurs, je me brûle et me noie. (Labé)

50. L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. (Céline – métaphore, ironie)

51. L’autre jour, au fond d’un vallon, / Un serpent piqua Jean Fréron. / Que pensez-vous qu’il arriva ? / Ce fut le serpent qui creva. (Voltaire)

52. L’avarice perd tout en voulant tout gagner. (La Fontaine)

53. L’espoir parle à la nuit le langage des sources. (Aragon)

54. L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. (Saint-Exupéry)

55. L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles. (Rimbaud)

56. L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. (Pascal)

57. L’instinct, c’est l’âme à quatre pattes ; la pensée, c’est l’esprit debout. (Hugo)

58. L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. (Hugo – métonymie)

59. La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. (Mallarmé)

60. La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire. (Flaubert)

61. La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur. (Éluard)

62. La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne. (Corneille)

63. La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. (Pascal)

64. La poésie est une insurrection. (Neruda)

65. La terre est bleue comme une orange. (Éluard)

66. La valeur n’attend point le nombre des années. (Corneille)

67. La vie est ton navire et non pas ta demeure. (Lamartine)

68. Le bonheur est souvent la seule chose qu’on puisse donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert. (Voltaire)

69. Le bonheur est une idée neuve en Europe. (Saint Just)

70. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. (Pascal)

71. Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. (Racine)

72. Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent. (Apollinaire)

73. Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. (La Rochefoucauld)

74. Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. (Voltaire)

75. Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. (Montaigne)

76. Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout ; les malchanceux sont ceux à qui tout arrive. (Labiche)

77. Les chants désespérés sont les chants les plus beaux, / Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. (Musset)

78. Les livres, les milliers de tableaux dans les musées, c’est cela le cri de l’humanité. (Ionesco)

79. Les paysages étaient comme un archet qui jouait sur mon âme. (Stendhal)

80. Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, de dépit de ne plus pouvoir donner de mauvais exemples. (La Rochefoucauld)

81. Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. (Flaubert)

82. Mais il faut tout oser, car… (Sapho)

83. Mais où sont les neiges d’antan ? (Villon – symbole)

84. Mon apprentissage n’a d’autre fruit que de me faire sentir combien il me reste à apprendre. (Montaigne)

85. Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire. (Apollinaire)

86. N’estime l’argent ni plus ni moins qu’il ne vaut : c’est un bon serviteur et un mauvais maître. (Dumas fils)

87. Ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même. (Montaigne)

88. Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. (Stendhal)

89. Ô mort, vieux capitaine, il est temps, levons l’ancre. (Baudelaire)

90. Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! (Corneille)

91. Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices… (Lamartine)

92. Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! (Baudelaire)

93. Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons. (Hugo)

94. Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant. (Apollinaire)

95. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. (Beaumarchais)

96. Patience et longueur de temps / Font plus que force ni que rage. (La Fontaine)

97. Poète, prends ton luth et me donne un baiser. (Musset)

98. Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (Racine – allitération, symbole)

99. Pour réparer des ans l’irréparable outrage. (Racine)

100. Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle. (Ronsard)

101. Qui croit fermer les yeux sur quelque chose se voit bientôt forcé de les fermer sur tout. (Rousseau)

102. Qui s’excuse, s’accuse. (Stendhal – paronomase)

103. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. (La Fontaine)

104. Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. (La Rochefoucauld)

105. Rire est le propre de l’homme. (Rabelais)

106. Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. (Beaumarchais – paradoxe)

107. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (Rabelais)

108. Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. (La Fontaine)

109. Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. (Baudelaire)

110. Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis. (Saint-Exupéry)

111. Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. (Baudelaire)

112. Soleil cou coupé. (Apollinaire)

113. Sous le pont Mirabeau coule la Seine. (Apollinaire)

114. Tous les vices à la mode passent pour vertus. (Molière)

115. Tout est dit et l’on vient trop tard. (La Bruyère – allitération)

116. Trois mille six cents fois par heure, la Seconde / Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix / D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois. (Baudelaire)

117. Un homme qui renonce au monde se met en condition de le comprendre. (Valéry)

118. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. (Lamartine)

119. Va, je ne te hais point. (Corneille – litote)

120. Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. (Verlaine – énumération, allitération)

Trois citations commentées

- « Nana grandissait, devenait garce. » (début du chapitre 11 de L’Assommoir de Zola).
=> Juxtaposition, économie verbale, comique, paradoxe, rapport cause-conséquence, ironie, provocation langagière, naturalisme, raccourci, implicite…

- « Justice, loin de miséricorde, / Me prononça honte, misère et corde. » (Marot, Élégie à Semblançay).
=> Le baron de Semblançay, Grand argentier de France, avait été accusé de malversations financières, dont en réalité on savait qu’elles étaient plutôt l’œuvre de la reine mère. François Ier avait entretenu avec cet homme un rapport de fils à père ; malgré cela, il l’avait fait condamner à être pendu, perdant ainsi l’honneur avec la vie. Le bourreau, certain que la grâce viendrait avant le soir, refusa de l’exécuter et ne s’y résolut qu’au couchant. Marot était alors poète officiel de François Ier, mais fit un poème rageur sur l’ingratitude d’un roi. Dans cette élégie, il reprend la « Ballade des pendus » de Villon et fait parler le mort, « riche et infortuné seigneur de Semblançay », qui évoque son châtiment. Cette citation permet de montrer combien, en poésie, son et sens se conjuguent de manière inattendue.

- Et pour sourire, une petite citation en anglais !
« Outside of a dog, a book is your best friend, and inside of a dog, it’s too dark to read » (Groucho Marx)
=> jeu de mots sur outside (dehors) et inside (à l’intérieur) = « En dehors du chien le livre est votre meilleur ami, et en dedans du chien il fait trop sombre pour lire ».

Ressources et compléments

- On trouvera sur le site Magister de Philippe Lavergne des exercices d’entraînement à la lecture analytique proposant des analyses de citations :
http://www.site-magister.com/lecmeth0.htm#axzz43GGGg9qw

- On peut également se procurer le livre-album Les Figures des style illustrées par des dessins de Plantu, de Laurence Caillaud-Roboam, édité par Bescherelle et Hatier (2011). Il présente, sur une ou deux pages, la définition d’une figure, par ordre alphabétique, illustrée à chaque fois par un dessin de Plantu (lui-même explicité), et surtout une citation sous l’intitulé « Réveillez vos classiques ».

- On peut aussi envisager, plutôt que de construire une séance d’AP consacrée à l’analyse de citations, de proposer comme un rituel, à chaque début de séance, une citation recopiée et commentée (en rapport avec le cours). C’est une façon de travailler sans en avoir l’air, qui plaît aux élèves !

- On peut aussi mener des activités autour de listes de « beaux vers ».
Par exemple, à l’oral : les faire classer par ordre de préférence (les 5 plus beaux, les 5 moins beaux) et leur faire justifier leurs choix (ce qui permet de connaître une classe, et la sensibilité des élèves, qui n’ont pas vraiment l’habitude qu’on leur demande vraiment leur avis).
Ou bien à l’écrit : soit faire une analyse stylistique, soit écrire un texte libre à partir de ce que le vers leur inspire, soit écrire un poème à forme libre à partir du vers (écriture automatique, analyse de leurs sentiments…), soit leur faire fabriquer des vers à partir de l’un des « beaux vers » pris comme modèle en gardant mètre, rythme…).

- Le même genre d’exercice peut être mené à partir de premières phrases de romans. On peut consulter, pour découvrir ce genre de travaux d’élèves, le site de Geneviève Sénéchal :
http://diablosconvertidosenpoetaslagrimasenrosas.es.tl/ (voir l’année 2009-2010 en particulier).


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
Profs-L (liste de discussion des
professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale
postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la
personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information
seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la
législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à
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Valentine Dussert

Professeur de français depuis 2000, Valentine Dussert est actuellement en poste dans un lycée des Yvelines. Elle a en charge, avec Corinne Durand Degranges, la publication des synthèses de Profs-L sur WebLettres.



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