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Article : [322] - Perception du temps


lundi 11 juillet 2005

Par Kira Rahir

Il s’agissait de s’interroger sur les diff√©rences de perception du temps / sur les diverses perceptions subjectives du temps, en trouvant des Ňďuvres qui traitent de ce th√®me.
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

Littérature

  APOLLINAIRE G., Le Pont Mirabeau.
  ARAGON L., Un homme passe sous la fen√™tre et chante.
  BAUDELAIRE, L’Ennemi, L’Horloge, mais aussi :
« Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant, derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
Mais le vert paradis des Amours enfantines,
L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il d√©j√† plus loin que l’Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encor d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ? »
  BEEM A., Poussez cela plus loin ; quelques citations :
*« Sur le rivage du temps, il me pla√ģt de finir comme un galet : poli. »
*« Je sens bien que je perds mon temps. / - Eh ! Comment pourrais-tu perdre ce qui ne t’appartient pas ? ».
*« Les ruines ne persistent que pour nous enseigner la perp√©tuit√© du sable. »
*« Ci-g√ģt, dit la mort / Ci-danse, dit la vie. »
*« Une civilisation technicienne exerce son emprise jusque sur le temps qui lui est consacr√©. Elle accorde √† ses esclaves des loisirs dont elle sait les persuader qu’ils ne profitent pleinement qu’en recourant aux instruments qu’elle leur permet d’acqu√©rir. Ils n’aspirent donc √† se d√©barrasser de leurs chaines que pour les changer contre de jolis rubans, moins lourds mais plus souples et qui ne les √©tranglent que mieux.
  BORGES J.-L., Fictions, 1942, « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », trad. P. Verdevoye, Gallimard, 1957. Un extrait :
« Pr√©cis√©ment, dit Albert. Le Jardin aux sentiers qui bifurquent est une √©norme devinette ou parabole dont le th√®me est le temps ; cette cause cach√©e lui interdit la mention de son nom. Omettre toujours un mot, avoir recours √† des m√©taphores inad√©quates et √† des p√©riphrases √©videntes, est peut-√™tre la fa√ßon la plus d√©monstrative de l’indiquer. C’est la fa√ßon tortueuse que pr√©f√©ra l’oblique Ts’ui P√™n dans chacun des m√©andres de son infatigable roman (...). A la diff√©rence de Newton et de Schopenhauer, votre anc√™tre ne croyait pas √† un temps uniforme, absolu. II croyait √† des s√©ries infinies de temps, √† un r√©seau croissant et vertigineux de temps divergents, convergents et parall√®les. Cette trame de temps qui s’approchent, bifurquent, se coupent ou s’ignorent pendant des si√®cles, embrasse toutes les possibilit√©s. Nous n’existons pas dans la majorit√© de ces temps ; dans quelques-uns vous existez et moi pas ; dans d’autres, moi, et pas vous ; dans d’autres, tous les deux. Dans celui-ci, que m’accorde un hasard favorable, vous √™tes arriv√© chez moi ; dans un autre, en traversant le jardin, vous m’avez trouv√© mort ; dans un autre, je dis ces m√™mes paroles, mais je suis une erreur, un fant√īme. »
  BRASSENS G., Saturne ; Marquise (texte de CORNEILLE, avec la r√©ponse que T. BERNARD a humoristiquement fait prononcer √† la Marquise : « Peut-√™tre que je serais vieille, / R√©pond Marquise, cependant, / J’ai vingt-six ans mon vieux Corneille / Et je t’emmerde en attendant »).
  BREL J., Les Vieux.
  BRUNIE C., On m’a dit que (« quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore »).
  CHEDID L., Ainsi soit-il (ou la vie en flash back).
  CAGE J., musicien, traite la perception du temps, mais √† part le livre sur son ami Cunningham, Un demi si√®cle de danse, ses √©crits ne sont peut-√™tre pas traduits en fran√ßais. Il y est fait allusion au zen et aux th√©ories d’Einstein.
  CUNNIGHAM M., Les Heures :
« Arr√™t sur image, bulles √©clatant √† la surface iris√©e du temps, moments inalt√©rables, magiques, simples et pourtant essentiels. Cette heure o√Ļ... brillante, pr√©cieuse √©tincelle dans l’√©cume des heures ordinaires de trois femmes. Et leurs destins qui convergent vers un coup de th√©√Ętre, o√Ļ se retrouvent r√©unis en apoth√©ose poignante les trois "acteurs" indispensables √† la litt√©rature romanesque : un √©crivain, un lecteur, un personnage de fiction. »
  DELERM V., Les Filles de 1973.
  FERRAT J., 17 ans.
  FERRE L., Avec le temps, Pour tout bagage on a 20 ans.
  GERMAIN S., L’Aveu :
*« Il acc√©l√©ra ; les peupliers semblaient chavirer au passage de sa voiture. Pierre regardait surgir et basculer les arbres dans son r√©troviseur, il √©prouvait un plaisir croissant √† voir le paysage se transformer sous l’effet de la vitesse. Les images se pr√©cipitaient, se bousculant, se renversant, √©clabouss√©es de chatoiements, de gazouillis, de sifflements. »
*« Le lieu s’arrachait √† lui-m√™me, le temps √† la dur√©e, et Pierre √† sa raison. Il perdait son nom, son √Ęge, sa m√©moire, il n’√©tait plus qu’un corps sans pens√©e et sans poids lanc√© sur une trajectoire illimit√©e. Il se sentait fort de toutes les forces de la terre, de toutes les s√®ves du printemps, de la lumi√®re en expansion et du vent de son √©lan qui lui soufflait au visage des odeurs de pollen, d’humus, d’√©corce tendre et d’eaux stagnantes. Il se sentait enfin d√©lest√© de cet interminable hiver au long duquel il n’avait cess√© de travailler, reclus chez lui ou en biblioth√®que, et son cŇďur se faisait v√©loce, intemp√©rant, ses sens entraient en liesse. »
*« Il acc√©l√©ra encore ; la distorsion du temps et de l’espace sous l’impact de la vitesse le jetait dans un jeu de tumultueuses m√©tamorphoses. Il devenait tension pure, √©lan √† l’infini, il avait l’impression d’√™tre emport√© dans le mouvement de rotation de la terre. Il rep√©ra un nuage rond et vermeil comme une √©norme orange qui filait au ras du ciel. Il s’amusa √† faire la course avec ce nuage fruit√©. « Lequel de nous deux arrivera le premier ? » se demanda-t-il en fon√ßant droit en direction du nuage. O√Ļ ? Cela n’importait gu√®re, il n’y avait plus de lieu fixe, plus de point d’arriv√©e ni de point de d√©part, plus aucun point d’ancrage. Le monde √©tait d√©racin√©, en ludique d√©rive. Il y avait l’espace, le bel espace de la rapidit√© et de la joie, le tournoyant espace de l’insouciance, et le temps ressaisi dans son plus ardent jaillissement. »
  HUGO V., Soleil couchant (« Le soleil s’est couch√© ce soir dans les nu√©es... ») ; Tristesse d’Olympio.
  JOYCE J., des √©crits th√©oriques sur le Temps ?
  LA FONTAINE (de) J., La Fille ; La Jeune Veuve.
  LAMARTINE (de) A., Le Lac.
  LOREAU M., Chants de perp√©tuelle venue (un recueil fascinant dont le seul objet, lancinant, est le mouvement perp√©tuel des vagues et des oiseaux sur la mer).
  MATHY P., Le Temps qui bat, recueil publi√© aux √©ditions du Taillis Pr√©.
  MAURIAC C., Le Temps immobile, 10 volumes (passages o√Ļ il prend conscience que le temps n’existe pas, ou plut√īt que le temps ne le change pas et qu’il se retrouve √† 40, 50, 60 ans tel qu’il √©tait enfant ou adolescent. Se sentant des affinit√©s avec Proust √† cause de ses alliances familiales, il a voulu envisager lui aussi le temps mais d’une autre fa√ßon).
  MICHAUX H., il fait percevoir le temps √† travers des rythmiques, par exemple dans son po√®me « La ralentie », ou au contraire, rythmiques fr√©n√©tiques sous prise de mescaline.
  MONCHOACHI (auteur martiniquais) :
« Ni sablier, ni clepsydre
Rien ici qui sert à mesurer le temps.
Seulement lever la face vers le ciel
Scruter le soleil jusqu’au vertige
Le boire par les yeux
Jusqu’√† la vision de l’obscur... »
  MUSSET (de) A., Souvenir.
  NORGE, Le Lombric (long et tr√®s beau po√®me qui raconte en quelques pages toute l’√©pop√©e de l’humanit√©) ; La Grande Brosse (parle du n√©ant).
  PEREC G., Un homme qui dort.
  PICHETTE H., Epiphanies (monologue de Monsieur Diable ; sur la perception du monde √† 20, 40 et 60 ans).
  PROUST M., A la recherche du temps perdu.
  QUENEAU R., Si tu t’imagines.
  RILKE R. M., « Heureux qui peut m√Ľrir sa mort, comme un arbre, jour apr√®s jour, de la fleur du printemps au fruit que l’automne ensoleille et qui se d√©tache enfin comme on se donne. Ainsi prie le po√®te. »
  RIMBAUD A., Roman (« On n’est pas s√©rieux quand on a dix-sept ans »).
  SAVITSKAYA E., En Vie, ed. Minuit, 1995, p. 10 :
« Ce jeudi, un √©trange jeudi comme les jeudis peuvent l’√™tre, un jeudi que je n’oublierai jamais comme je n’ai oubli√© aucun jeudi, aucun mardi, aucun vendredi, aucun lundi, aucun samedi, aucun dimanche et surtout aucun mercredi, ce jeudi, j’y suis parvenu. J’ai mis toutes les pommes du m√™me arbre dans le m√™me panier. Mais ce n’√©tait pas une odeur de pomme qui r√©gnait dans le jardin. C’√©tait encore plus subtil. »
  SZYMBORSKA W., De la mort sans exag√©rer, « Quatre heures du matin ».
  VERLAINE P., Colloque sentimental ; Chanson d’automne.
  VIAN B., Le Temps de vivre.
  WOOLF V., Mrs Dalloway.

Philosophie / Sagesses

  AUGUSTIN.
  BACHELARD, « L’Intuition de l’instant », belle r√©flexion sur la cr√©ation po√©tique.
  BERGSON H., La Pens√©e et le mouvant, 1924, ed. PUF 1929 :
« C’est justement cette continuit√© indivisible de changement qui constitue la dur√©e vraie. Je ne puis entrer ici dans l’examen approfondi d’une question que j’ai trait√©e ailleurs. Je me bornerai donc √† dire, pour r√©pondre √† ceux qui voient dans cette dur√©e « r√©elle » je ne sais quoi d’ineffable et de myst√©rieux, qu’elle est la chose la plus claire du monde : la dur√©e r√©elle est ce que l’on a toujours appel√© le temps, per√ßu comme indivisible. Que le temps implique la succession, je n’en disconviens pas. Mais que la succession se pr√©sente d’abord √† notre conscience comme la distinction d’un « avant » et d’un « apr√®s » juxtapos√©s, c’est ce que je ne saurais accorder. »
  HUXLEY A. L., La Philosophie √©ternelle.
  NIETZSCHE et l’√©ternel retour.
  Ryon NON, religieuse zen qui fut belle femme et po√©tesse : « Soixante-six fois ces yeux ont contempl√© les d√©cors changeants de l’automne / J’en ai assez dit sur le clair de lune, / Ne m’en demandez pas davantage. / √Čcoutez seulement la voix des pins et des c√®dres, quand nul vent ne bouge. »
  SINGER C., Les √āges de la vie.
  Le Yi King.

Sciences « exactes » ou « humaines »

  Conception du monde d’EINSTEIN.
  JUNG, ph√©nom√®nes de synchronicit√©.
  Teilhard de CHARDIN, « Les trois infinis » : cf. Ňíuvres, tome III, « La Vision du pass√© » :
*« Pascal s’extasiait en face des deux ab√ģmes spatiaux, l’infiniment petit et l’infiniment grand, entre lesquels nous avan√ßons. La plus magnifique d√©couverte de notre temps est sans doute d’avoir pris conscience d’un troisi√®me infini, g√©n√©rateur des deux autres, celui du pass√©. »
*« D√©sormais, pour toute pens√©e qui s’√©veillera au Monde, chaque chose est devenue, par structure, une sorte de puits sans fond o√Ļ notre regard plonge et se perd jusqu’√† l’infini des temps √©coul√©s. »).

Choix de citations sur le temps

  Choix de citations sur le temps (souvent des textes litt√©raires).
  Des citations sur le site Philagora qui distingue le Temps existentiel, le Temps op√©ratoire, la Dur√©e et l’Instant, le Temps et l’√©ternit√©.

  « Le temps se venge toujours de ce qu’on fait sans lui » (proverbe).
  « Quand tu te h√Ętes, c’est le diable qui te pousse. » (Idriss SHAH).
  « C’est √† soixante-treize ans que j’ai commenc√© √† comprendre la v√©ritable forme des animaux, des insectes et des poissons, et la nature des plantes et des arbres. En cons√©quence, √† quatre-vingt six ans, j’aurai p√©n√©tr√© plus avant dans l’essence de l’art. A cent ans, j’aurai d√©finitivement atteint un niveau merveilleux et, quand j’aurai cent dix ans, je tracerai une ligne, et ce sera la vie. » (HOKUSAI).
  « As-tu jamais per√ßu une √©ternit√© radieuse dans un moment ail√© du temps ? As-tu jamais vu un infini brillant dans la pointe √©troite d’un objet ? » (Peter STERRY).
  Lib√©ration du 8 avril 04, annonce dans la rubrique « Messages personnels » : « Fabrice, on m’a toujours dit qu’un jour c’√©tait 24 heures, qu’une heure c’√©tait 60 minutes et qu’une minute c’√©tait 60 secondes. Mais jamais qu’une seconde sans toi c’√©tait l’√©ternit√©. √Čpouse-moi. »


Ce document constitue une synth√®se d’√©changes ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lyc√©e) ou en priv√©, suite √† une demande initiale post√©e sur cette m√™me liste. Cette compilation a √©t√© r√©alis√©e par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni √† titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est prot√©g√© par la l√©gislation en vigueur en mati√®re de droits d’auteur. Toute rediffusion √† des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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