banniere

L'espace visiteurs

[322] - Perception du temps

Il s’agissait de s’interroger sur les différences de perception du temps / sur les diverses perceptions subjectives du temps, en trouvant des œuvres qui traitent de ce thème.
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

 

Littérature

- APOLLINAIRE G., Le Pont Mirabeau.
- ARAGON L., Un homme passe sous la fenêtre et chante.
- BAUDELAIRE, L’Ennemi, L’Horloge, mais aussi :
« Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant, derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
Mais le vert paradis des Amours enfantines,
L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encor d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ? »
- BEEM A., Poussez cela plus loin ; quelques citations :
*« Sur le rivage du temps, il me plaît de finir comme un galet : poli. »
*« Je sens bien que je perds mon temps. / - Eh ! Comment pourrais-tu perdre ce qui ne t’appartient pas ? ».
*« Les ruines ne persistent que pour nous enseigner la perpétuité du sable. »
*« Ci-gît, dit la mort / Ci-danse, dit la vie. »
*« Une civilisation technicienne exerce son emprise jusque sur le temps qui lui est consacré. Elle accorde à ses esclaves des loisirs dont elle sait les persuader qu’ils ne profitent pleinement qu’en recourant aux instruments qu’elle leur permet d’acquérir. Ils n’aspirent donc à se débarrasser de leurs chaines que pour les changer contre de jolis rubans, moins lourds mais plus souples et qui ne les étranglent que mieux.
- BORGES J.-L., Fictions, 1942, « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », trad. P. Verdevoye, Gallimard, 1957. Un extrait :
« Précisément, dit Albert. Le Jardin aux sentiers qui bifurquent est une énorme devinette ou parabole dont le thème est le temps ; cette cause cachée lui interdit la mention de son nom. Omettre toujours un mot, avoir recours à des métaphores inadéquates et à des périphrases évidentes, est peut-être la façon la plus démonstrative de l’indiquer. C’est la façon tortueuse que préféra l’oblique Ts’ui Pên dans chacun des méandres de son infatigable roman (...). A la différence de Newton et de Schopenhauer, votre ancêtre ne croyait pas à un temps uniforme, absolu. II croyait à des séries infinies de temps, à un réseau croissant et vertigineux de temps divergents, convergents et parallèles. Cette trame de temps qui s’approchent, bifurquent, se coupent ou s’ignorent pendant des siècles, embrasse toutes les possibilités. Nous n’existons pas dans la majorité de ces temps ; dans quelques-uns vous existez et moi pas ; dans d’autres, moi, et pas vous ; dans d’autres, tous les deux. Dans celui-ci, que m’accorde un hasard favorable, vous êtes arrivé chez moi ; dans un autre, en traversant le jardin, vous m’avez trouvé mort ; dans un autre, je dis ces mêmes paroles, mais je suis une erreur, un fantôme. »
- BRASSENS G., Saturne ; Marquise (texte de CORNEILLE, avec la réponse que T. BERNARD a humoristiquement fait prononcer à la Marquise : « Peut-être que je serais vieille, / Répond Marquise, cependant, / J’ai vingt-six ans mon vieux Corneille / Et je t’emmerde en attendant »).
- BREL J., Les Vieux.
- BRUNIE C., On m’a dit que (« quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore »).
- CHEDID L., Ainsi soit-il (ou la vie en flash back).
- CAGE J., musicien, traite la perception du temps, mais à part le livre sur son ami Cunningham, Un demi siècle de danse, ses écrits ne sont peut-être pas traduits en français. Il y est fait allusion au zen et aux théories d’Einstein.
- CUNNIGHAM M., Les Heures :
« Arrêt sur image, bulles éclatant à la surface irisée du temps, moments inaltérables, magiques, simples et pourtant essentiels. Cette heure où... brillante, précieuse étincelle dans l’écume des heures ordinaires de trois femmes. Et leurs destins qui convergent vers un coup de théâtre, où se retrouvent réunis en apothéose poignante les trois "acteurs" indispensables à la littérature romanesque : un écrivain, un lecteur, un personnage de fiction. »
- DELERM V., Les Filles de 1973.
- FERRAT J., 17 ans.
- FERRE L., Avec le temps, Pour tout bagage on a 20 ans.
- GERMAIN S., L’Aveu :
*« Il accéléra ; les peupliers semblaient chavirer au passage de sa voiture. Pierre regardait surgir et basculer les arbres dans son rétroviseur, il éprouvait un plaisir croissant à voir le paysage se transformer sous l’effet de la vitesse. Les images se précipitaient, se bousculant, se renversant, éclaboussées de chatoiements, de gazouillis, de sifflements. »
*« Le lieu s’arrachait à lui-même, le temps à la durée, et Pierre à sa raison. Il perdait son nom, son âge, sa mémoire, il n’était plus qu’un corps sans pensée et sans poids lancé sur une trajectoire illimitée. Il se sentait fort de toutes les forces de la terre, de toutes les sèves du printemps, de la lumière en expansion et du vent de son élan qui lui soufflait au visage des odeurs de pollen, d’humus, d’écorce tendre et d’eaux stagnantes. Il se sentait enfin délesté de cet interminable hiver au long duquel il n’avait cessé de travailler, reclus chez lui ou en bibliothèque, et son cœur se faisait véloce, intempérant, ses sens entraient en liesse. »
*« Il accéléra encore ; la distorsion du temps et de l’espace sous l’impact de la vitesse le jetait dans un jeu de tumultueuses métamorphoses. Il devenait tension pure, élan à l’infini, il avait l’impression d’être emporté dans le mouvement de rotation de la terre. Il repéra un nuage rond et vermeil comme une énorme orange qui filait au ras du ciel. Il s’amusa à faire la course avec ce nuage fruité. « Lequel de nous deux arrivera le premier ? » se demanda-t-il en fonçant droit en direction du nuage. Où ? Cela n’importait guère, il n’y avait plus de lieu fixe, plus de point d’arrivée ni de point de départ, plus aucun point d’ancrage. Le monde était déraciné, en ludique dérive. Il y avait l’espace, le bel espace de la rapidité et de la joie, le tournoyant espace de l’insouciance, et le temps ressaisi dans son plus ardent jaillissement. »
- HUGO V., Soleil couchant (« Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées... ») ; Tristesse d’Olympio.
- JOYCE J., des écrits théoriques sur le Temps ?
- LA FONTAINE (de) J., La Fille ; La Jeune Veuve.
- LAMARTINE (de) A., Le Lac.
- LOREAU M., Chants de perpétuelle venue (un recueil fascinant dont le seul objet, lancinant, est le mouvement perpétuel des vagues et des oiseaux sur la mer).
- MATHY P., Le Temps qui bat, recueil publié aux éditions du Taillis Pré.
- MAURIAC C., Le Temps immobile, 10 volumes (passages où il prend conscience que le temps n’existe pas, ou plutôt que le temps ne le change pas et qu’il se retrouve à 40, 50, 60 ans tel qu’il était enfant ou adolescent. Se sentant des affinités avec Proust à cause de ses alliances familiales, il a voulu envisager lui aussi le temps mais d’une autre façon).
- MICHAUX H., il fait percevoir le temps à travers des rythmiques, par exemple dans son poème « La ralentie », ou au contraire, rythmiques frénétiques sous prise de mescaline.
- MONCHOACHI (auteur martiniquais) :
« Ni sablier, ni clepsydre
Rien ici qui sert à mesurer le temps.
Seulement lever la face vers le ciel
Scruter le soleil jusqu’au vertige
Le boire par les yeux
Jusqu’à la vision de l’obscur... »
- MUSSET (de) A., Souvenir.
- NORGE, Le Lombric (long et très beau poème qui raconte en quelques pages toute l’épopée de l’humanité) ; La Grande Brosse (parle du néant).
- PEREC G., Un homme qui dort.
- PICHETTE H., Epiphanies (monologue de Monsieur Diable ; sur la perception du monde à 20, 40 et 60 ans).
- PROUST M., A la recherche du temps perdu.
- QUENEAU R., Si tu t’imagines.
- RILKE R. M., « Heureux qui peut mûrir sa mort, comme un arbre, jour après jour, de la fleur du printemps au fruit que l’automne ensoleille et qui se détache enfin comme on se donne. Ainsi prie le poète. »
- RIMBAUD A., Roman (« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »).
- SAVITSKAYA E., En Vie, ed. Minuit, 1995, p. 10 :
« Ce jeudi, un étrange jeudi comme les jeudis peuvent l’être, un jeudi que je n’oublierai jamais comme je n’ai oublié aucun jeudi, aucun mardi, aucun vendredi, aucun lundi, aucun samedi, aucun dimanche et surtout aucun mercredi, ce jeudi, j’y suis parvenu. J’ai mis toutes les pommes du même arbre dans le même panier. Mais ce n’était pas une odeur de pomme qui régnait dans le jardin. C’était encore plus subtil. »
- SZYMBORSKA W., De la mort sans exagérer, « Quatre heures du matin ».
- VERLAINE P., Colloque sentimental ; Chanson d’automne.
- VIAN B., Le Temps de vivre.
- WOOLF V., Mrs Dalloway.

Philosophie / Sagesses

- AUGUSTIN.
- BACHELARD, « L’Intuition de l’instant », belle réflexion sur la création poétique.
- BERGSON H., La Pensée et le mouvant, 1924, ed. PUF 1929 :
« C’est justement cette continuité indivisible de changement qui constitue la durée vraie. Je ne puis entrer ici dans l’examen approfondi d’une question que j’ai traitée ailleurs. Je me bornerai donc à dire, pour répondre à ceux qui voient dans cette durée « réelle » je ne sais quoi d’ineffable et de mystérieux, qu’elle est la chose la plus claire du monde : la durée réelle est ce que l’on a toujours appelé le temps, perçu comme indivisible. Que le temps implique la succession, je n’en disconviens pas. Mais que la succession se présente d’abord à notre conscience comme la distinction d’un « avant » et d’un « après » juxtaposés, c’est ce que je ne saurais accorder. »
- HUXLEY A. L., La Philosophie éternelle.
- NIETZSCHE et l’éternel retour.
- Ryon NON, religieuse zen qui fut belle femme et poétesse : « Soixante-six fois ces yeux ont contemplé les décors changeants de l’automne / J’en ai assez dit sur le clair de lune, / Ne m’en demandez pas davantage. / Écoutez seulement la voix des pins et des cèdres, quand nul vent ne bouge. »
- SINGER C., Les Âges de la vie.
- Le Yi King.

Sciences « exactes » ou « humaines »

- Conception du monde d’EINSTEIN.
- JUNG, phénomènes de synchronicité.
- Teilhard de CHARDIN, « Les trois infinis » : cf. Œuvres, tome III, « La Vision du passé » :
*« Pascal s’extasiait en face des deux abîmes spatiaux, l’infiniment petit et l’infiniment grand, entre lesquels nous avançons. La plus magnifique découverte de notre temps est sans doute d’avoir pris conscience d’un troisième infini, générateur des deux autres, celui du passé. »
*« Désormais, pour toute pensée qui s’éveillera au Monde, chaque chose est devenue, par structure, une sorte de puits sans fond où notre regard plonge et se perd jusqu’à l’infini des temps écoulés. »).

Choix de citations sur le temps

- Choix de citations sur le temps (souvent des textes littéraires).
- Des citations sur le site Philagora qui distingue le Temps existentiel, le Temps opératoire, la Durée et l’Instant, le Temps et l’éternité.

- « Le temps se venge toujours de ce qu’on fait sans lui » (proverbe).
- « Quand tu te hâtes, c’est le diable qui te pousse. » (Idriss SHAH).
- « C’est à soixante-treize ans que j’ai commencé à comprendre la véritable forme des animaux, des insectes et des poissons, et la nature des plantes et des arbres. En conséquence, à quatre-vingt six ans, j’aurai pénétré plus avant dans l’essence de l’art. A cent ans, j’aurai définitivement atteint un niveau merveilleux et, quand j’aurai cent dix ans, je tracerai une ligne, et ce sera la vie. » (HOKUSAI).
- « As-tu jamais perçu une éternité radieuse dans un moment ailé du temps ? As-tu jamais vu un infini brillant dans la pointe étroite d’un objet ? » (Peter STERRY).
- Libération du 8 avril 04, annonce dans la rubrique « Messages personnels » : « Fabrice, on m’a toujours dit qu’un jour c’était 24 heures, qu’une heure c’était 60 minutes et qu’une minute c’était 60 secondes. Mais jamais qu’une seconde sans toi c’était l’éternité. Épouse-moi. »


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
Pour tout renseignement : Contact




Kira Rahir

- Dernières publications :
[453] - Textes ironiques
[365] - Oeuvres de la jeune Europe
[322] - Perception du temps
[251] - La relation mère - enfant









Forum relatif à cet article

  • Le forum est ouvert - 01-11-2004 - par Administrateur

    Vous pouvez à votre tour apporter une contribution à cet échange en proposant des titres, adresses de sites, références bibliographiques voire témoignages qu’il vous semblerait utile de publier en complément de cette synthèse.

    MENTIONS LÉGALES
    Cet espace est destiné à vous permettre d’apporter votre contribution aux thèmes de discussion que nous vous proposons. Les données qui y figurent ne peuvent être collectées ou utilisées à d¹autres fins. Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site. Seront en particulier supprimées, toutes les contributions qui ne seraient pas en relation avec le thème de discussion abordé, la ligne éditoriale du site, ou qui seraient contraires à la loi. Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Vous pouvez, à tout moment, demander que vos contributions à cet espace de discussion soient supprimées. Pour exercer ce droit, http://www.weblettres.net/index3.php?page=contact.


contact Contact - Qui sommes-nous? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Admin


© Copyright WebLettres 2002-2017
Les dossiers de WebLettres sont réalisés avec Spip