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[483] - Mise en place de l’Espace Numérique de Travail (ENT)

Il s’agissait de recenser des témoignages sur la mise en place, dans les établissements scolaires, de l’ENT (Espace Numérique de Travail), qui a pour but de favoriser l’échange d’informations entre les différents acteurs de l’enseignement (professeurs, élèves, administration, parents d’élèves...). Quels en sont les avantages et les inconvénients ? Quels usages de l’ENT peuvent être pertinents au niveau de l’enseignement des Lettres ?
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

 

Remarque initiale
On appelle désormais les ENT « bureaux virtuels » ; on peut lire la définition officielle sur Educnet.

USAGES DE L’ENT

Gestion administrative de la vie scolaire

- L’ENT permet une information rapide, accessible de partout, à tout moment (cela allège le poids de papier imprimé et permet des communications entre professeurs et élèves sur des voies rapides), éventuellement couplée à une messagerie (il est plus facile par email de joindre collègues et administration pour des réponses urgentes et ponctuelles, ce qui laisse toute latitude pour une « vraie » communication pour les questions de fond).

- Il permet également la saisie des notes et des appréciations trimestrielles, système déjà en place dans de nombreux établissements ; avec certains logiciels, les notes et appréciations peuvent être disponibles en ligne aussitôt après saisie. Remarque : il est préférable que le logiciel offre la possibilité de recourir à un assistant de saisie pour gagner du temps ; par ailleurs la place est souvent limitée pour les appréciations.

- Il facilite enfin le regroupement de toutes les informations nécessaires au bon fonctionnement de la vie scolaire : calendrier, emplois du temps et cahiers de textes des classes, réservation de salles, absences et notes des élèves - tout peut être disponible sur internet, avec une sécurité qui permet de ne donner les informations qu’à ceux qui y ont droit (un parent voit les notes, les absences de son enfant, et le cahier de textes de sa classe par exemple). Inconvénient : la préservation de la confidentialité entraîne une gestion complexe de la sécurisation des informations, avec des mots de passe correspondant aux divers usagers...

Activités pédagogiques, en particulier en Lettres

- Un accès plus facile et plus riche à diverses informations :

  • organisées et classées (on y trouve un espace personnel où ranger ce qu’on veut, une sorte d’annexe du casier ; on peut également y trouver un « casier » par classe et un par élève) ;
  • proposées en consultation à la place des traditionnelles photocopies : progressions, synthèses de groupements de textes ou d’œuvres intégrales, corrigés de devoir, conseils de méthode, biographies d’auteurs... On peut ainsi constituer une base de données, que les élèves vont consulter, lisent et éventuellement impriment (moyen d’obliger les élèves à prendre eux-mêmes en charge un aspect de leur propre formation... et d’éviter les photocopies !). Un colistier par exemple y dépose des listes de vocabulaire (du « dire », du sentiment, de l’abstraction), que les élèves ont pour mission d’apprendre en vue de leur contrôle hebdomadaire ;
  • présentées sous des formes nouvelles : accès à des ressources en ligne (Trésor de la langue française, BNF et ses expositions, « banque » d’exercices trouvés sur internet concernant l’orthographe, la grammaire, le vocabulaire...) ;
  • et éventuellement insérées dans le cahier de textes de la classe sous sa forme numérique (éventuellement accessible depuis le domicile du professeur, qui peut le remplir à sa guise !). On peut consulter des exemples de cahiers de textes en ligne sur le site des lycées Le Mans sud.

Annexe : A propos du cahier de textes électronique

  • Avantages : le cahier de textes devient un réservoir de documents consultables et non systématiquement photocopiés ; son contenu peut donc être enrichi. Voir par exemple les états provisoires du descriptif de lectures et activités en 1re, qui se complète peu à peu et familiarise progressivement les élèves avec le cadre matériel de l’épreuve orale. Le fait que les textes à étudier soient disponibles permet aussi aux élèves de réunir des documents propres avant l’examen, si jamais ils les ont annotés, sans avoir à redemander des photocopies à l’enseignant. Il est également possible de rendre consultables des documents qui sont d’ordinaire peu visibles des élèves (plan de séquence, progression, bibliographie...). Ces outils peuvent servir à clarifier ce qu’est un objet d’étude, et les liaisons à établir entre l’œuvre étudiée, les lectures cursives, telle activité complémentaire... Cela permet aussi à l’élève absent ou malade de se tenir au courant de ce qui se fait au jour le jour dans la classe et de ne pas décrocher.
  • Inconvénients : lors de certaines expériences, il s’est trouvé que l’ensemble des professeurs a jugé la mise en place d’un cahier de textes électronique peu intéressante (si vraiment un parent d’élève veut surveiller le travail de son enfant, soit il a instauré une relation telle que le cahier de textes personnel de l’élève est correctement complété, soit cela ne changera rien et risque juste de déplacer le problème - livres, cahiers, photocopies, classeurs seraient désormais indisponibles !) ; et très lourde (il peut être difficile, surtout lorsque dans certains établissements il n’y a pas suffisamment d’ordinateur, que chaque professeur remplisse chaque soir le cahier de textes). En outre, il semble pour l’instant obligatoire de conserver une version papier du cahier de textes en cas d’inspection.

- Une autre façon d’enrichir et de concevoir ses cours, avec la participation des élèves :

  • en complétant le cours par des ressources numériques que l’élève doit étudier par lui-même :
    • à l’occasion d’une progression, d’une synthèse, d’un corrigé, on suggère aux élèves d’aller consulter tel ou tel site (préalablement choisi par le professeur qui a déjà établi un lien de sa progression, sa synthèse, son corrigé... vers ce site) qui permet de compléter ou d’approfondir les éléments apportés en classe. Ces apports-là deviennent matériaux pédagogiques de la séquence, sur lesquels l’élève est susceptible d’être interrogé (comme des documents complémentaires) ;
    • pour lancer une recherche : par exemple, déposer des cours sur les grands moments de l’histoire littéraire, chacun accompagné d’adresses de sites internet qui approfondissent les notions ou offrent des accompagnements iconographiques. Les élèves doivent étudier ces notions à travers les cours et documents internet en vue d’une interrogation périodique sur l’histoire littéraire ;
    • pour éviter de faire un cours magistral et théorique sur une question - par exemple, pour les figures de style, faire télécharger le cours sur le site aux élèves de 2de, pour faire ensuite une série d’exercices en se rapportant au cours chaque fois qu’il est besoin ; ou encore, en Terminale L, pour proposer des liens qui aident à la lecture d’une œuvre au programme ;
  • en transférant une partie du cours en ligne pour aider l’élève à l’assimiler : même si cela ne remplace évidemment pas le cours « vivant » assuré par l’enseignant, la ressource du cours en ligne peut soulager les élèves de la préoccupation qu’ils ont d’écrire en classe, sur le moment, des notes parfaites, tout en écoutant le cours, en le comprenant et en participant (notamment pour les classes préparatoires) ;
  • en créant un blog corrélé au cours : cela permet d’inclure des images, des liens, et des exercices interactifs type « quiz », éventuellement autocorrectifs ;
  • en concevant des cours interactifs capables de faire travailler l’élève en complète autonomie : ce peut être vraiment l’intérêt majeur et la spécificité de l’ENT, par rapport au simple usage de divers logiciels ou d’internet. On peut profiter des ressources considérables de Moodle (page en anglais, mais Wikipedia propose un article de présentation de Moodle en français) pour créer de l’interactivité et rendre les élèves actifs. Il ne s’agit pas de taper les lectures analytiques, mais de concevoir le cours, dès sa préparation, de manière radicalement différente, de sorte à reproduire le questionnement du texte qui guide sa lecture analytique. On suggère à l’élève les questions qu’il serait susceptible de se poser spontanément, et, par un système de choix entre plusieurs hypothèses interprétatives et par des corrections, successives et amplement justifiées, d’erreurs, on le guide vers l’élaboration d’une interprétation cohérente du texte. Un des aspects remarquables de Moodle est que cette interface permet de revenir autant que l’on veut en arrière pour faire combler des lacunes apparues au cours de ces questionnements. Ainsi, les apprentissages acquièrent un intérêt immédiat car l’élève sait qu’ils seront nécessairement réinvestis. Cela n’a rien de fastidieux ni de rébarbatif : bien au contraire, c’est un défi pédagogique et didactique permanent, dont l’efficacité est immédiatement visible en classe. De cette façon, l’ENT pourrait devenir un lieu d’initiation, pour les élèves, à l’écrit, voire à l’oral de l’EAF (en affichant un corpus de bac blanc accompagné de copies caractéristiques d’élèves).

- Une communication plus constructive au sein des établissements : on peut créer des espaces partagés très utiles pour la collaboration et, sur ces espaces à accès réservé, faire circuler l’information, stocker des documents de référence ou des documents en création collective :

  • entre professeurs d’une même classe, ou d’une même discipline (pour l’organisation des bacs blancs et autres concours blancs, c’est une aide appréciable pour l’élaboration des sujets, des barèmes, et la communication des notes) ;
  • entre élèves (pour des travaux collectifs, comme les TPE) ;
  • entre professeurs et élèves : dans le cadre de la classe ou d’un club. On peut envoyer aux élèves des documents, des liens. Les élèves timides posent parfois plus facilement des questions par mail, peuvent envoyer des « devoirs libres » ou des exercices que l’on peut corriger en ligne. Certains proposent une « aide aux devoirs » par l’intermédiaire de l’email ou de MSN (les élèves peuvent poser des questions sur le travail donné à faire - dans un délai raisonnable) ;
  • entre équipes internes ou externes à l’établissement, sous forme de travail coopératif : lors des TPE, ou de travaux de groupe (pour déposer des documents, annoter des étapes de projets).

- Pour poursuivre la réflexion sur les usages pédagogiques de l’ENT, voir ce fichier pdf du site de l’Académie de Montpellier avec notamment un Compte-rendu d’utilisation de l’ENT.


CONFIGURATION TECHNIQUE DE L’ENT

Hébergement de l’ENT

- La plupart du temps, l’ENT utilise deux interfaces : le site internet du lycée et un espace de travail et de communication interne à l’établissement, accessible par mots de passe spécifiques selon les usagers ; les deux sont reliés ou imbriqués l’un dans l’autre. Ce sont deux interfaces complètement différentes, complètement indépendantes, chacune pouvant fonctionner sans l’autre ou pouvant être reliée à l’autre (lien de type internet). L’ENT est accessible par internet grâce à un navigateur, depuis le lycée, chez soi ou ailleurs. La seule condition est d’avoir un identifiant attribué par l’Académie.

- La perspective d’avenir sera sans doute un hébergement académique, qui intégrera progressivement les ENT en place dans les établissements : cela aura l’avantage de régler les problèmes de maintenance (le serveur sera géré par les services techniques de l’Académie) et d’uniformiser présentation et organisation. Des expérimentations sont en place : voir PRISME, le projet de l’Académie de Nancy-Metz (quelques exemples d’usage d’un ENT sur le site de l’ENT en cours de déploiement dans l’Académie : vie du projet, journées disciplinaires - rectangles en bas de la page, un document de 4 pages par discipline).

- L’essentiel est de permettre l’accès de tous les élèves à internet au lycée, et de leur donner une adresse électronique « scolaire » pour la messagerie.

Pratiques pédagogiques

- Pour la préparation des cours : l’intérêt est de pouvoir préparer chez soi, sauvegarder sur clé USB, à condition que les logiciels soient comparables.

- Pour la présentation et l’animation du cours :

  • le vidéo-projecteur relié à un ordinateur portable : il permet de visualiser le travail sur un texte (repérage de réseaux lexicaux, ou déchiffrage grammatical pour les langues anciennes), ou sur un document (lecture analytique, corrigé de devoir), mais aussi de projeter des tableaux pour l’analyse de l’image, et même des diaporamas (faits avec Powerpoint ou Open Office), voire des séquences filmiques (sur une surface beaucoup plus grande qu’un écran de télévision) ;
  • le tableau blanc interactif, complété par des tablettes qui permettent aux élèves de participer de façon plus interactive et pratique (certains collègues jugent cet outil parfaitement inutile, très coûteux et peu utilisable en lettres).

Remarque : ces deux dispositifs techniques ne font pas à strictement parler partie de l’ENT, mais ils lui sont complémentaires, dans la mesure où les cours élaborés avec ces nouveaux outils peuvent ensuite être enregistrés et disponibles sur l’ENT.


PROBLEMES POSES PAR LA MISE EN PLACE DE L’ENT

Problèmes techniques

- Le choix des logiciels : le débat est ouvert entre partisans de Microsoft office (plus largement utilisé donc plus pratique pour la lecture de documents préparés à domicile), et partisans des logiciels libres (gratuits, téléchargeables, performants et souvent plus intuitifs dans leur conception, avec des mises à jour régulières) que l’on peut aussi adopter sur son ordinateur personnel (des initiations au système d’exploitation Linux sont également mises en place).

- La gestion du réseau : il peut y avoir diverses difficultés de maintenance - état déplorable du parc informatique (que parfois un seul professeur entretient difficilement avec une heure ou deux seulement de décharge de service), décisions unilatérales prises par un responsable de réseau qui interdisent certaines manipulations... Il faut veiller à ce que le fonctionnement du parc informatique ne soit pas sous la responsabilité, ou la chasse gardée, d’une seule personne, et que le fonctionnement des machines ne soit pas verrouillé.

Problèmes humains

- Les réticences des enseignants :

  • certains professeurs appréhendent le changement, car les ENT risquent d’être un grand bouleversement dans les habitudes de travail, et de modifier les relations entre tous ceux que concerne l’éducation : élèves, parents, personnels enseignants et non enseignants ;
  • on peut craindre également un contrôle accru sur le travail pédagogique (un écran dans chaque salle, un dialogue virtuel permanent entre profs, administration, parents, élèves, et bientôt tous les commissaires pédagogiques qui voudront bien s’y brancher... cela peut évoquer Big Brother !) ;
  • certains redoutent d’être incompétents, notamment en cas de panne et de piratage, avec des élèves souvent experts en matière de détournements et autres sabotages.

- Le risque de « fracture numérique » : entre élèves (qui n’ont pas tous un accès à internet à domicile, même s’ils l’ont dans la plupart des établissements) ; entre collègues (certains ignorent totalement ce type de projet, ou y sont très réfractaires, et la communication est parfois difficile).

Problèmes didactiques

- Réticences à partager ses cours.

- Difficultés pour initier les élèves à une utilisation intelligente de ces nouvelles ressources (on peut hésiter à fournir sur Internet des analyses de textes toutes prêtes, que des collègues retrouveront dans les copies des élèves présentées comme un travail personnel).

- Isolement des pionniers de ces nouvelles formes pédagogiques.

- Problème de temps (l’adaptation d’exercices interactifs peut demander 8 à 10 heures de préparation pour une seule heure de cours !).

- Manque de reconnaissance institutionnelle (pas de déblocage d’HSA...).

Conclusion

- La pratique de l’ENT est en évolution constante : cet état des lieux est provisoire... Il existe un blog sur l’ENT qui intègre chronologiquement des contributions d’utilisateurs, avec les commentaires afférents.

- Merci beaucoup à tous les collègues qui ont permis cette riche réflexion collective : Michel ADRIAN, Henri BES, Dominique BLANZAT, Joël CHAUDET, Aurélie DAUVIN, Michel DEGOULET, Tania FLOUTY, Philippe IGNACZAK, Philippe JOUSSAIN, Marlène PINEAU, Nathanaëlle PIRARD, RAGOT, Cathy REALINI, Jean SHUMACHER, Basile SOTIRAKIS, Michèle TILLARD.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
Pour tout renseignement : Contact




Isabelle Farizon

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