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[516] - Le suicide en littérature

Il s’agissait de trouver des références d’œuvres dans lesquelles un personnage se suicide (récit du suicide, délibérations menant au suicide, réactions d’autres personnages).
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

 

Récits

Dans l’Antiquité

- TACITE, Annales : récit du suicide de Sénèque.
- VIRGILE, Énéide, chant IV : le suicide de Didon.

Le suicide « romantique »

- BALZAC (de) H., La Peau de Chagrin (suicide raté au début, puis trop bien réussi à la fin).
- GOETHE W., Les Souffrances du jeune Werther.
- MUSSET (de) A., Rolla.
- NERVAL, Aurélia ( ?).
- ROUSSEAU J.-J., La Nouvelle Héloïse (passage où Saint-Preux veut précipiter Julie dans le lac ; texte fondateur).

Suicide du personnage principal au dénouement : dans de grands romans français du XIXe siècle

- BALZAC (de) H., Les Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes (Lucien de Rubempré est seulement tenté par le suicide, car sauvé par Vautrin qui le prend sous son aile dans le premier roman, mais il passe à l’acte en se pendant dans sa cellule de prison dans le deuxième).
- BALZAC (de) H., Mémoires de deux jeunes mariées (Louise).
- FLAUBERT G., Madame Bovary.
- HUGO V., L’Homme qui rit (Gwynplaine).
- HUGO V., Les Misérables (suicide de l’inspecteur Javert).
- HUGO V., Les Travailleurs de la mer (à la fin, Gilliat se laisse submerger par la mer car il a compris qu’il n’obtiendrait jamais le coeur de celle pour qui il affronte les éléments durant toute l’œuvre : ce sont les deux dernières pages et ce qui est saisissant, c’est la mise en valeur du silence après sa mort).
- HUGO V., Notre-Dame de Paris (Frollo, Quasimodo).
- HUGO V., Quatre-vingt-treize (Cimourdain).
- ZOLA E., L’œuvre.

Autres récits

- ADAM O., Falaises (le narrateur se remémore, au cours d’une nuit, le suicide de sa mère, qui s’est jetée du haut des falaises d’Étretat, et la manière dont cet acte a affecté toute sa vie ; d’autres personnages se suicident en cours de route, comme s’il ne parvenait pas, ne suffisait pas, à retenir ceux qu’il aime et auxquels il s’attache, s’arrime, aussi fort qu’il le peut. On peut être brusqué par certains termes, certaines scènes... Mais le roman mérite d’être recommandé quand même. Et les « jeunes » lecteurs apprécient, en général, ce petit roman qui semble très autobiographique).
- BARBERY M., L’Élégance du Hérisson (une des narratrices du roman, jeune fille de 12 ans des beaux quartiers parisiens, fille de ministre décide d’écrire ses dernières « pensées profondes » avant son suicide qu’elle prévoit pour le 16 juin suivant... « Je commence seulement ce roman plein d’ironie amère et ne peux vous en dire plus. »
- BARBEY D’AUREVILLY J., L’Ensorcelée (suicide manqué du chouan au début du roman).
- BERNANOS G., Nouvelle histoire de Mouchette (la dernière page est poignante dans sa sécheresse : elle n’explique rien alors que tout le livre qu’on vient de lire justifie cette attirance vers le fond de la mare).
- BON F., L’Enterrement (un assez court récit dans lequel le narrateur se rend, dans un village de Vendée, aux obsèques d’un ami dont la famille « n’a avoué de la mort ni comment ni pourquoi »).
- CAGNATI I., Le Jour de congé.
- CAMUS A., La Chute (Jean-Baptiste Clamence entend quelqu’un se suicider en sautant du pont des arts... scène qui déclenche l’action et sa réflexion sur la culpabilité).
- CARRERE E., La Moustache (dernières pages).
- CATHRINE A., Sweet Home (ce roman d’un jeune auteur prometteur aborde le même thème que Falaises par la voix des trois enfants à trois moments différents ; une écriture dense, pure avec une retenue toute classique et d’une intense profondeur).
- CHARNEUX O., L’Enfant de la pluie (autobiographie où la place du suicide du père est très importante ; l’auteur accepte très volontiers de rencontrer les élèves et d’organiser des ateliers d’écriture).
- CHESSEX J., L’Ogre (écrivain suisse).
- CSEBRON G., Notre prison est un royaume.
- CUSSET C., Le Problème avec Jane (un roman plus long dans lequel le suspense repose sur le suicide de l’un des personnages, qu’on découvre à la fin).
- DOSTOIEVSKI F., Les Frères Karamazov ( ?).
- DRIEU LA ROCHELLE P., Le Feu follet (petit roman, bref et facile à lire mais néanmoins percutant ; le personnage sort d’une clinique psychiatrique et l’action se déroule sur une nuit, à l’issue de laquelle il se donne la mort).
- ENGEL V., Oubliez Adam Weinberger (suicide du héros).
- GIDE A., Les Faux-Monnayeurs (suicide du petit Boris).
- GIONO J., Un roi sans divertissement.
- GRIMBERG P., Le Secret (suicide des parents).
- KLEINBAUM N. H., Le Cercle des poètes disparus (roman écrit d’après le film).
- LABRO P., L’Etudiant étranger (le roman débute par le suicide d’un étudiant sur le campus américain où va vivre le narrateur).
- LONDON J., Matin Eden (le suicide de Martin Eden dans les dernières pages du livre).
- MALRAUX A., La Condition humaine (l’héroïque sacrifice de Katow qui offre sa pilule de cyanure à deux prisonniers anonymes, littéralement morts de peur, sachant que lui-même est condamné à mourir brûlé vif dans le four d’une locomotive sans échappatoire possible, pour ses idées politiques... il y a une très émouvante délibération à ce moment. D’autres suicides dans cette oeuvre : la mort du kamikaze Tchen qui se fait sauter avec sa bombe par exemple ; Kyo qui se suicide pour éviter la torture).
- MARIAS J., Un cœur si blanc (un suicide « magnifique » dans l’incipit magistralement orchestré au cours d’un repas de famille ! Époustouflant !).
- MAULIN O., En attendant le Roi du monde (un roman contemporain qui raconte le suicide d’un conducteur de grue qui se suicide avec sa grue et devient le Roi du monde).
- MAUPASSANT (de) G., dans une nouvelle, le « héros » se suicide suite à une nuit blanche où il s’angoisse pour le duel qu’il doit affronter... comment la peur de mourir mène à la mort...
- MAURIAC F., Le Sagouin.
- NABOKOV, Ada ou l’ardeur (le suicide de Lucette dans ce roman éblouissant).
- NEMIROVSKY I., La Proie (portrait intéressant d’un ambitieux à la Julien Sorel qui se suicide à la fin).
- NOTHOMB A., Stupeur et tremblements (une réflexion sur le suicide des japonais comme moyen de garder l’honneur).
- PAASILINA A., Petits suicides entre amis (une oeuvre très drôle sur un collectif de suicidaires finlandais).
- PEYREFITTE A., Les Amitiés particulières ( ?).
- SALINGER, Nouvelles, « Un jour rêvé pour le poisson banane ».
- SIMENON G., Touriste des bananes (un policier intéressant dont l’action se passe à Tahiti et constitue une autre vision - désenchantée - du mythe polynésien ; il existe une version illustrée par Loustal, éd. Vertige graphic, 1998).
- SPAAK I., Ça ne se fait pas (roman ( ?) autobiographique ; l’auteur raconte le bouleversement qu’a causé en elle la mort de ses parents : le père assassiné par sa femme qui s’est tuée ensuite. Pas de violence, ni de voyeurisme, ni même d’évocation explicite des événements mais des questions, des réflexions).
- TOLSTOI L., Anna Karenine (le roman s’ouvre sur l’héroïne témoin d’un accident de train dans la gare de St Petesbourg, qu’elle voit comme un présage... Quelques années plus tard, pensant que son amant Vronski la délaisse, elle se jette sous un train, à la fin de la huitième partie du roman ; c’est splendide).
- YOURCENAR M., Le Coup de grâce et L’œuvre au noir.

Réflexion complémentaire d’un colistier

- « C’est un thème d’autant plus inépuisable qu’on peut y inclure les suicides par personne interposée : le terme implique-t-il qu’il faille se tuer directement soi-même, ou bien faire en sorte que les autres vous tuent suffit-il pour le rendre pertinent ? Ainsi la fin du Parfum n’est-elle pas une sorte de suicide ? Et plus encore : marcher vers une mort qu’on n’a pas choisie spontanément, mais dont on finit par accepter les raisons au point de refuser les échappatoires possibles (condition déterminante !), à l’instar de Socrate, n’est-ce pas une sorte de suicide indirect ? Ainsi Iphigénie acceptant en toute lucidité son sacrifice et repoussant la fuite que lui propose Achille ? Et Julien Sorel ? Et Cyrano de Bergerac ? Et même Meursault, en un certain sens ? » Voir aussi « cette forme de suicide qu’est la mort de Valmont dans les Liaisons dangereuses et de façon identique, celle du jeune homme dans La Nuit de Valognes d’E.E. Schmitt ».

Le suicide de l’écrivain

- On peut s’interroger aussi sur le suicide des écrivains, certains ayant abordé ce thème dans leur oeuvre comme si le suicide du héros était une répétition du leur ; voir ci-dessous dans la partie « Essais » les références d’un ouvrage sur « La Tentation du suicide dans les écrits autobiographiques 1930-1970 ».
- Dans Ils ont choisi la nuit, Jean-Marie ROUARD parle de Romain Gary, Stefan Zweig, Hemingway, Jack London (qui s’est suicidé comme son héros Martin Eden), Drieu la Rochelle, Napoléon...
- On peut ajouter Montherlant et Scott Fitzgerald (ce dernier ne s’est pas suicidé « vraiment » mais sa fin de vie ressemble à un suicide programmé : fragile du cœur, il s’endormait sur le côté gauche pour essayer que cela se termine plus vite).
- Mishima, dont l’œuvre littéraire évoque régulièrement une forme de suicide particulier - le seppuku - choisit en 1970 de se donner la mort de cette même façon qu’il avait tant de fois racontée. Voir le film de P. SCHRADER, Mishima. En classe, on peut travailler conjointement (dans le cadre du biographique) sur ce film, et Confession d’un masque de MISHIMA (récit autobiographique), sur un extrait de l’essai de M. YOURCENAR, Mishima ou la vision du vide.

Théâtre

- BECKETT S., En attendant Godot (suicide manqué).
- CORNEILLE P., Médée ; le suicide de Jason dans la dernière scène.
- ERDMAN N., Le Suicidé (pièce russe).
- HUGO V., Hernani (Dona Sol) ; Ruy Blas.
- IBSEN H., Hedda Gabler.
- IONESCO E., Les Chaises (à la fin, la dérision : sur fond de farce - serpentins, nez rouge de clown...).
- RACINE J., Phèdre ; Andromaque.
- SHAKESPEARE W., Roméo et Juliette ; Hamlet (suicide d’Ophélie).
- TCHEKHOV A., La Mouette ( ?).
- VIGNY (de) A., Chatterton (la propension au suicide a longtemps été considérée comme une spécialité anglaise, avec le spleen).

Essais

- ARTAUD A., Van Gogh, le suicidé de la société.
- BRAUD M., La Tentation du suicide dans les écrits autobiographiques 1930-1970.
- CAMUS A., Le Mythe de Sisyphe (premières pages).
- GRISE Y., Le Suicide dans la Rome antique (analyse la pratique et ses représentations littéraires à Rome ; épuisé mais consultable en bibliothèque).
- HANAYAMA S., La Voie de l’éternité (comment surent mourir les criminels de guerre japonais) (témoignage d’un prêtre bouddhiste qui a assisté les criminels de guerre japonais avant leur exécution).
- MINOIS G., Histoire du suicide.
- MONTAIGNE, Essais (II, 3 : « Coutume de l’Île de Cea » : le suicide collectif ; voir aussi II, 13 et II, 37).
- MONTESQUIEU, Lettres persanes : lettre LXXVI (une très intéressante réflexion sur le suicide avec la réponse « politiquement correcte » dans la lettre suivante) et lettre CLXI (Roxane à Usbek : Roxane justifie son suicide et raconte sa mort « en direct »).
- PINGET M., La Mort volontaire au Japon.
- SENEQUE, Lettres (livre I, lettre 4 ?).

Cinéma

- BLIER B., Buffet froid (l’acteur Jean Rougerie demande à Depardieu de commettre un meurtre ; mais celui-ci découvre à sa grande surprise que la victime désignée n’est autre que le commanditaire !).
- COPPOLA S., Virgin’s suicide (tiré d’un roman ?).
- DESPLECHIN A., La Vie des morts (pour ce qui est des réactions de personnages à un suicide - et c’est le sujet même de l’œuvre - un très beau moyen métrage de 50 minutes, assez « remuant »).
- FERRERI M., La Grande Bouffe (un suicide collectif autour des excès), 1973.
- MALLE L., Le Feu Follet (version cinématographique du récit de Drieu La Rochelle).
- SCHLOENDORFF V., Le Coup de grâce (un film magnifique adapté du court roman de M. Yourcenar, qui se termine par le suicide du héros).
- WEIR P., Le Cercle des poètes disparus (le suicide de l’un des jeunes héros).


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
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Sylvie Contant

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