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[529] - Lire ou ne pas lire les didascalies

Il s’agissait de savoir s’il faut ou non lire les didascalies dans un texte de théâtre le jour de l’oral.
Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges.

 

Les arguments contre :

- (1) Personnellement, et suivant en cela la doctrine des rapports de CAPES, je dis à mes élèves de ne surtout pas les lire, et de marquer les changements de personnages par le changement de ton. En revanche toute didascalie doit être prise en compte dans le commentaire. (Philippe J.)
- (2) Je vous renvoie à l’ouvrage que M.M. RENARD, BAUDELLE, LEROY, VIART (Ed. Ellipse) consacrent à l’explication de textes littéraires (p. 12). C’est on ne peut plus clair :
« Dans une scène de théâtre, on ne lit pas le nom de chaque personnage avant de lire sa réplique. Une simple inflexion de la voix suffit à souligner le changement d’interlocuteur. (...) De même, les didascalies, qui sont des indications de lecture, ne doivent pas être lues, mais respectées. » Toutefois, toute règle ne pouvant exister sans exceptions, les auteurs admettent qu’on puisse lire, mais « sur un ton neutre », « une didascalie plus longue, qui donne une idée du lieu, du décor, qui décrit un jeu de scène. ». Voilà au moins un précepte clair pour les candidats au CAPES et à l’Agrégation, et dont la mise en pratique ne saurait effaroucher un candidat bachelier, à condition qu’on le lui dise. Quant à une source officielle, le BO doit bien être muet là-dessus, et les rapports de concours fixent une certaine tradition, mais cela relève du « droit coutumier ». (Idem)
- (3) Personnellement, une telle conception de la lecture du texte de théâtre me gêne beaucoup. Lire didascalies et noms de personnages, ce que d’ailleurs la tradition universitaire dans sa sagesse n’a jamais demandé, a selon moi l’inconvénient de saucissonner le texte et de lui donner un aspect bien artificiel. Comment faire percevoir à des élèves la spécificité du texte de théâtre si on l’oblige à lire oralement ce que jamais le spectateur ne doit entendre ? En l’absence de normes que de toute façon un Bulletin Officiel n’a pas vocation à établir, c’est l’ancienneté de la tradition universitaire qui prime, à savoir que l’on ne lit en explication de texte que ce que le spectateur entend, étant bien entendu que le commentaire devra intégrer l’analyse des didascalies, lorsque cela s’avèrera pertinent. Étudier le texte théâtral dans son intégralité, soit, mais faut-il déduire de ce présupposé que l’on doive lire les didascalies ? Je ne le pense pas, et ce d’autant plus que la didascalie est plus proche du paratexte que du texte. (Idem)
- (4) Un récent ouvrage consacré à l’explication de texte au CAPES rappelle fort opportunément que les didascalies des textes de théâtre ne sont pas destinées à être lues, mais respectées. Il y est aussi dit que les changements de personnage doivent être marqués par l’inflexion de la voix.
C’est aussi la doctrine constante des jurys de CAPES et d’Agrégation. Il n’est pas un rapport qui ne l’ait rappelé. D’un simple point de vue pratique, lire les didascalies et le nom des personnages rompt l’unité du texte et laisse à penser que le candidat qui les lit n’a pas saisi que les didascalies sont destinées au metteur en scène et à l’acteur, et que le texte dit par les personnages est destiné à être entendu par le public. (Idem)
- (5) Cela va de soi... le violoniste ou le chef d’orchestre s’écrient-ils « adagio » ou « con fuoco » ? Le texte théâtral n’est pas destiné à être lu, mais joué : il se traite donc comme une partition ; et l’exercice auquel nous nous livrons est un nécessaire artefact scolaire (comme une dictée musicale), ce n’est pas la peine de le rendre absurde. (J.J.M.)
- (6) Vu sur la page de l’académie de Rouen : « Dans le cas d’un texte théâtral à une ou plusieurs voix, on proposera une lecture intégrale du texte par le candidat, nom des personnages et indications de mise en scène compris ; il s’agit bien en effet d’étudier le texte théâtral dans son intégralité. »
Mais page 12 in L’Explication littéraire au CAPES et à l’Agrégation de Yves BAUDELLE, Christian LEROY, Dominique VIART, sous la direction de Paul RENARD, Ellipses, on lit ceci :
« Dans une scène de théâtre, on ne lit pas le nom des personnages avant de lire sa réplique. Une simple inflexion de la voix suffit à souligner le changement d’interlocuteur...De même les didascalies, qui sont des indications de lecture, ne doivent pas être lues, mais respectées...En revanche, une didascalie plus longue, qui donne une idée du lieu, du décor, ou qui décrit un jeu de scène...sera lue, mais d’un ton neutre, comme une pure information. »
Cet ouvrage reprend d’ailleurs la doctrine des jurys de CAPES et d’Agrégation laquelle est, par extension, applicable au baccalauréat. (Philippe J.)
- (7) Au bac, l’examinateur a sous les yeux le texte que le candidat lit et explique, et par la même occasion les didascalies. Comme le texte lu par le candidat est un texte de théâtre, les didascalies sont une sorte de paratexte, destiné à une mise en scène virtuelle. Comme cela hache le texte, et en gêne la compréhension orale, j’en PROSCRIS la lecture, quitte à poser ensuite des questions lors du commentaire de l’élève à leur sujet. De même qu’à la messe on ne lit pas les rubriques, mais on accomplit leurs prescriptions, de même au théâtre (et en explication de texte de théâtre) on s’abstient donc de lire les didascalies. (Idem)
- (8) On est précisément là au cœur de la contradiction : en ce qui me concerne, l’objectif n°1 de mon enseignement à propos du théâtre est d’installer les élèves dans cette contradiction-là : ce que nous lisons... est conçu pour ne pas être lu. Et toujours je les fais travailler sur de très courtes séquences (ex. cette année avec Dom Juan en seconde) pour leur faire toucher du doigt que, didascalies ou pas, l’agencement des répliques impose des déplacements, des regards, etc. et on a très vite fait d’être en plein théâtre. Et que ce qu’il y a (à inventer avec des corps dans l’espace) entre les répliques est beaucoup plus important que les didascalies et tout le bavardage psychologique qu’on fait souvent passer pour explication ou commentaire de texte théâtral (celui qui m’avait dégoûté du théâtre classique quand j’étais lycéen). ( ?)
- (9) En effet, que dire de ce passage d’Arlequin poli par l’Amour ?
SCÈNE V.- SILVIA, ARLEQUIN
(mais il ne vient qu’un moment après que Silvia a été seule.)
SILVIA.- Que ce berger me déplaît avec son amour ! Toutes les fois qu’il me parle, je suis toute de méchante humeur. (Et puis voyant Arlequin.) Mais qui est-ce qui vient là ? Ah ! mon Dieu ! le beau garçon !
ARLEQUIN entre en jouant au volant ; il vient de cette façon jusqu’aux pieds de Silvia ; là, en jouant, il laisse tomber le volant, et, en se baissant pour le ramasser, il voit Silvia. Il demeure étonné et courbé ; petit à petit et par secousses, il se redresse le corps ; quand il s’est entièrement redressé, il la regarde ; elle, honteuse, feint de se retirer ; dans son embarras, il l’arrête, et dit.- Vous êtes bien pressée ?
SILVIA. - Je me retire, car je ne vous connais pas.
ARLEQUIN.- Vous ne me connaissez pas ! tant pis ; faisons connaissance, voulez-vous ?
SILVIA, encore honteuse. - Je le veux bien.
ARLEQUIN alors s’approche d’elle et lui marque sa joie par de petits ris, et dit. - Que vous êtes jolie !
Marivaux écrit pour les nouveaux comédiens italiens, qui parlent encore mal le français, particulièrement le petit Arlequin Thomassin, qui ne pouvait jouer qu’un rôle de nigaud le plus longtemps possible, et devait éviter des répliques de plus d’une ligne. Mais c’était un acrobate et un mime merveilleux, d’où la grande didascalie, qui dit tout sur la métamorphose psychologique du personnage, mais ne le révèle sans doute pas aussi bien que Thomassin sur scène... (François C.)
- (10) Lire le texte à l’oral = annoner ? chercher la neutralité de l’horloge parlante ? Théâtre ou pas, la lecture est la première preuve de compréhension du texte. J’ai même mis 18 sans plus attendre à des élèves qui, de toute évidence, interprétaient le texte en en faisant sentir toutes les subtilités.
Il me semble donc souhaitable que les élèves ne s’encombrent pas des disdascalies et lisent le texte pour donner quelque chose s’approchant des retransmissions de théâtre à la radio. Pas besoin de changer de voix dès lors que le ton change d’une réplique à l’autre et que les disdascalies s’ENTENDENT. Enfin, n’est-il pas des examinateurs appliquant les consignes officielles de bienveillance qui proposeraient de donner la réplique d’un dialogue ? Je compte bien que mes élèves, qui ont beaucoup investi (et pris de plaisir) dans la réalisation d’une pièce de théâtre, en éprouvent quelques retombées parce qu’ils oseront proposer une lecture sensible au début de l’épreuve. (François de B.)
- (11) Ce point de vue a au moins pour lui le mérite de la logique, et peut se prévaloir d’une longue tradition coutumière, au sens juridique du terme. Le texte dit par l’acteur sur scène ne comprend pas les didascalies, et le spectateur dans son fauteuil n’entend pas le nom des personnages avant chaque réplique. Mais bien entendu l’explication qui suit la lecture intègre si nécessaire les remarques que peut suggérer l’examen des didascalies. (Philippe J.)
- (12) En tant qu’examinateur au Baccalauréat, il est évident que je ferais preuve de plus de tolérance ou que j’indiquerais tout simplement au candidat de ne pas lire (oralement) les didascalies mais d’intégrer à ses remarques celles qui lui paraîtraient pertinentes. Mon propos était simplement de rappeler l’existence d’une « tradition » de l’explication littéraire sur ce point précis. Sans plus. Elle a sans doute ses raisons, que l’on peut aisément deviner. C’est d’ailleurs rappelé lors de la réunion d’admissibilité avant les oraux, et dans les préparations universitaires, les professeurs chargés des colles d’oral font de temps en temps des montages de conseils tels que l’on peut les glaner dans les rapports de concours. Cela n’enlève rien à la nécessité d’examiner méthodiquement les didascalies qui peuvent s’avérer pertinentes pour l’analyse. Soyons sérieux : l’indication du nom du personnage indique tout simplement qui parle, et avec ça on va loin dans le commentaire... Quant à entendre lire avant chaque réplique le nom des personnages, (passons pour les didascalies kinésiques), cela risque de sombrer dans le grotesque, et ce d’autant plus que l’on a le texte sous les yeux. L’inflexion de voix que l’on est obligé d’adopter pour « faire entendre » le changement de personnage est déjà un indice de compréhension. Un effort de lecture intelligente, mais il ne s’agit pas d’un exercice de déclamation du Conservatoire, montre aussi que l’on fait des choix. Cette question sur la lecture ou non des didascalies n’est pas à mes yeux une question de théorie du théâtre, mais tout simplement de bon sens. Bien sûr que les didascalies sont importantes, mais s’obstiner à toutes les lire (à commencer par le nom du personnage) risque de gêner le candidat, surtout s’il sent qu’il obéit à une consigne dont le sens lui échappe, et dont la mise en œuvre pratique le gêne. Ce qui me gêne, c’est l’oralisation des didascalies. Or, l’on peut très bien admettre que dans sa préparation, le candidat les ait méthodiquement examinées, au même titre que le reste du texte, et qu’il en rende compte dans l’explication qu’il propose.
Je me souviens d’avoir abordé cette question dans un oral blanc où cela gênait manifestement la candidate. Dans l’entretien, elle a tout bonnement reconnu qu’elle l’avait fait parce que on le lui avait dit, mais que cela ne semblait pas « naturel » et avec une explication convaincante : « au théâtre, on ne les entend pas, mais l’acteur et le metteur en scène en tiennent compte. » Préférer que l’on ne lise pas les didascalies n’implique pas que l’on cultive l’illusion bien factice d’un simulacre de représentation théâtrale, et quand bien même on eût voulu s’y abandonner, les réalités pratiques nous le rappellent bien vite : l’inconfort du fauteuil qui n’est bien souvent qu’une chaise de bois, le stress du candidat, le nombre qu’il nous faudra faire comparaître en une journée. (Idem)
- (13) Personnellement, je dis à mes élèves de ne pas lire les didascalies, mais de s’en inspirer pour le ton. J’estime, à tort peut-être, que cela coupe la continuité de la réplique. Il me semble plus expressif de faire un silence, que de le dire : dire un silence ! Il n’y a que des profs de lettres pour inventer cela ! Par contre, je leur demande d’intégrer leur analyse dans le commentaire sur le texte. Les seules exceptions sont les didascalies de présentation : décor, tenues vestimentaires, déplacements, etc. Il me semble que ne pas les lire enlève une part du signifiant du spectacle, puisque le théâtre étant destiné à être vu, tout ce qui renvoie à l’évocation du visuel doit être lu.
J’essaie aussi de les entraîner à prendre des voix différentes pour les différents personnages. Cela donne lieu à des séances amusantes, où après une lecture par autant d’élèves qu’il y a de personnages présents sur scène, je demande à un élève de relire la scène seul, en s’inspirant de la tonalité et de l’accent de leurs camarades. Les collègues m’ont dit après l’oral blanc que la plupart des élèves rendaient compte intelligemment de la diversité des personnages. Certains, bien sûr, tétanisés par la situation, ânonnent difficilement les répliques et je ne suis pas persuadé que ceux-ci ne sont pas desservis par le travail fait en classe. Pas de recette miracle, donc. Dans le cas contraire, je suis preneur ! ( ?)
- (14) Pour ma part, j’interdis absolument de lire didascalie, nom des personnages, bref tout le paratexte ; et pour cela je m’appuie sur mon expérience de comédienne. Du reste, c’est ainsi qu’on me l’a toujours enseigné à la fac et au CAPES. (D.G.)
- (15) En ce qui me concerne, je demande à mes élèves de ne pas lire, ni les didascalies, ni les noms des personnages ; il leur faut déjà « varier » les voix d’un personnage à l’autre, alors y ajouter une sorte de voix « blanche »...tout cela me semble bien lourd, et on s’éloigne de la réalité du théâtre.
(Brigitte R.)
- (16) Je ne sais s’il y a des consignes dans les I.O. mais je pense que beaucoup s’accordent pour ne pas faire lire le nom des personnages en présence. Car la lecture doit être suffisamment expressive, preuve que l’élève sait faire vivre le texte et en oriente déjà le sens. C’est le conseil que je donne à mes élèves. ( ?)
- (17) Ce que je recommande à mes élèves : pour la lecture d’un extrait de théâtre, rien n’est lu que le texte dit par les personnages : ni didascalie, ni, encore moins, le nom des personnages eux-mêmes. Sur ce dernier point, en particulier, je crois que vraiment il faudrait y renoncer. Pour les didascalies, on peut l’admettre. Mais le nom des personnages, cela me paraît un peu lourd. ( ?)
- (18) Je ne suis pas partisan de la lecture des didascalies, excepté dans les textes du XIXe ou du XXe où elles abondent. Mais pas du personnage qui parle (c’est tellement mieux de jouer sur une différence de ton !). Mais pour résoudre une fois pour tout ce problème épineux, j’ai « conditionné » mes élèves à poser directement la question à l’examinateur avant leur préparation en justifiant leur demande par la diversité des pratiques ! ou en expliquant leur choix « je me propose de lire les didascalies de mise en scène si cela vous convient vue l’importance qu’elles ont dans ce texte.... ». Voilà qui rassure tout le monde. ( ?)

Les arguments pour :

- (1) Au Bac, on demande - sauf erreur- aux élèves de lire les extraits de pièces de théâtre avec les didascalies (le nom des personnages en fait partie). Il ne s’agit pas de « jouer » la pièce ou d’imiter les personnages, mais de lire le texte. (Jeg)
- (2) Il me paraît certain que l’interrogation porte sur un texte, c’est-à-dire ce que l’auteur a écrit sur du papier et que l’éditeur a retranscrit pour un lecteur (et non ce que le comédien destine à des spectateurs). Ce texte comprend donc évidemment, de mon point de vue TOUS les mots compris entre le début et la fin de l’extrait, y compris les didascalies. Si on choisissait de ne pas lire ces portions-là du texte, comment en tenir compte dans le commentaire ? (Bernadette G.)
- (3) L’ouvrage cité (voir les arguments contre, ouvrage de M.M. RENARD, BAUDELLE, LEROY, VIART) donne en effet des consignes très claires... pour les candidats au CAPES. Il me semble que pour le Bac de français les consignes sont différentes : on peut lire dans le document « - INTERROGER ET EVALUER A L’ORAL - Épreuves Anticipées de Français Cahiers de la MAFPEN 97. (Ac. Rouen) », rédigé par un groupe de professeurs avec deux IPR :
« Dans le cas d’un texte théâtral à une ou plusieurs voix, on proposera une lecture intégrale du texte par le candidat, nom des personnages et indications de mise en scène compris ; il s’agit bien en effet d’étudier le texte théâtral dans son intégralité. ».
- (4) L’interrogation de l’EAF n’est pas un exercice de mise en scène (même s’il paraît souhaitable d’interroger sur une éventuelle mise en scène), mais une lecture à haute (?) voix d’un texte écrit. Une lecture expressive peut (et doit, me semble-t-il) faire la différence entre le dialogue et les didascalies, par le jeu des pauses et des intonations. Que deviendraient certaines pages du théâtre moderne, si l’on renonçait à lire les didascalies, alors même que l’on est privé de la représentation par la nature de l’exercice ? Je pense, par exemple, à la première scène de la pièce de Ionesco Le Roi se meurt. De même, sous prétexte de théâtre, faut-il se priver de la lecture des épigraphes si l’on veut qu’un élève rende compte de la façon dont Cocteau retrace le mythe d’Oedipe dans le prologue de La Machine infernale ? (on tiendrait grief à un candidat de ne pas avoir inclus « Intus et in cute » dans sa lecture de la première page des Confessions).
- (5) S’il est évidemment aberrant de lire le paratexte des manuels scolaires parce qu’il n’est pas de l’auteur, en revanche il me semble souhaitable que l’élève interrogé lise les didascalies qui sont de la main de l’auteur en voix neutre. Je pense que cela permet à nos élèves de mieux comprendre ce qu’est écrire. Au demeurant, nous les interrogeons afin de vérifier leur compréhension d’un texte écrit. L’exercice peut paraître artificiel, j’en conviens mais pour pouvoir mettre en scène un texte de théâtre, les comédiens ne commencent-ils pas sous la direction du metteur en scène par une lecture du texte ? Ils ne jouent qu’après. Nous ne nous situons - et c’est peut-être ce qui fait l’intérêt de notre entreprise - qu’au début du processus. Notre rôle est de servir le texte, modestement. (Michèle C.)
- (6) La question des didascalies ne se pose en fait pas toujours de la même manière : un texte « classique » comportera essentiellement des didascalies « fonctionnelles » et énormément de didascalies internes. Le théâtre moderne se présente tout autrement : ne pas en tenir compte pour certains textes de Beckett, par exemple, entièrement didascaliques, serait pour le moins problématique... En règle générale on peut dire que les didascalies font partie du texte dramatique au même titre que le dialogue. Comme j’ai beaucoup étudié la question - à titre personnel - chez un auteur, en l’occurrence Bernard-Marie Koltès, je ne suis sans doute pas très objective. Des questions comme celle de savoir quels « rapports de force » entretiennent le dialogue et le bloc didascalique, les redondances signifiantes de l’un à l’autre.... tout cela est on ne peut plus intéressant et dépasse de loin l’aspect purement fonctionnel (adresse à metteur en scène et acteurs) du texte théâtral. (Patricia D-K)
- (7) Dans la mesure où on ne demande pas à l’élève de « jouer » la scène (et pourquoi pas d’imiter la voix des personnages ou de faire la gestuelle, tant qu’on y est ?) mais de lire le texte écrit par l’auteur, dans la mesure où justement elles font partie du passage et du message, j’impose de LIRE ces didascalies. Comment, sans celles-ci, l’interlocuteur pourrait-il comprendre le sens d’un dialogue et qui parle, d’autant plus quand les répliques sont très courtes ? Par ailleurs le discours didascalique est à analyser aussi... donc à lire. Imagine-t-on le début d’ En attendant Godot lu sans ses didascalies ? (indications de décor, mouvements des personnages avant que le dialogue ne commence, nom des intervenants...?) Cela me semble inconcevable.
Il est vrai qu’il arrive souvent qu’en classe le problème se règle de lui même, si on fait lire le passage par plusieurs élèves. Mais le jour du bac...
Extrait :
En attendant (le jour du bac et) Godot (lu sans didascalies) ça donne :
« Tu ferais mieux de m’écouter. Aide moi ! Tu as mal ? Mal ! Il me demande si j’ai mal ! Il n’y a jamais que toi qui souffres ! Moi je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m’en dirais des nouvelles. Tu as eu mal ? Mal ! Il me demande si j’ai eu mal ! Ce n’est pas une raison pour ne pas te reboutonner. C’est vrai. »
Allez savoir qui parle à qui et qui dit quoi... Sans didascalies, c’est, pour moi, cette lecture qui est absurde (et pas seulement parce qu’elle provient d’un théâtre du même nom). Je suis d’ailleurs à peu près sûr d’avoir lu - mais où ? - un texte officiel précisant qu’il fallait faire lire ces didascalies Et c’est aussi ce qu’on m’a appris à la fac. (Jeg)
- (8) Quand je suis examinateur j’accepte les deux formes de lecture, parce que je sais que le mode choisi ne tient pas à une décision de l’élève mais à une consigne de son professeur. J’aimerais d’ailleurs que les collègues qui interrogent mes élèves ne les pénalisent pas du fait qu’ils lisent les didascalies, et ne « pré-interprètent » pas le texte. Mais ils s’en tiennent le plus souvent à leur chapelle, qui n’est donc pas la mienne. En effet, selon moi, les arguments que vous exposez pour défendre une lecture sans didascalies ne tiennent pas compte de la situation d’énonciation de l’épreuve d’examen :
L’épreuve n’est pas un spectacle ou une représentation, mais un « travail ».
Les élèves ne sont pas des acteurs mais des candidats et l’examinateur n’est pas spectateur mais jury
On évalue une « lecture Méthodique » c’est à dire qu’on travaille avec méthode. Or dans la mesure où cette méthode s’appuie aussi sur l’analyse des didascalies, celles-ci doivent êtres lues au même titre que tous les autres objets d’étude. L’argument sur la « vivacité » m’agace aussi en ce sens qu’il présuppose un seul type de « vivacité » : comme le disait déjà Roland Barthes il y a 30 ans « l’expressivité n’est qu’une convention de l’expressivité », et une lecture qui donne avec clarté à « entendre » tous les éléments du texte sans les « pré-juger » vaut toutes les lectures avec « ton » qui occultent souvent les sens les plus « forts » du texte.
Ainsi le début de L’île des esclaves est-il occulté si on ne lit pas les didascalies qui renvoient toutes à la réalité théâtrale sur laquelle s’installe une fiction : « acteurs », la scène est, le théâtre représente, s’avance tristement sur le théâtre. Les deux premières répliques placent des « acteurs » dont l’un est « typé » et ne sait jouer que ce rôle : « Arlequin ». (Dans la tradition des acteurs italiens avec qui travaille Marivaux, la réalité de demander à un Arlequin de jouer un autre rôle que celui-là est du même ordre que de demander à Barthès de jouer avant-centre dans l’équipe des « champions du monde » ou à Zidane de jouer troisième ligne de rugby. Cette tradition était poursuivie par Strehler dans son Arlequin serviteur de deux maîtres : en 50 années de représentation de ce spectacle il n’y a eu que deux ou trois « Arlequins », et le dernier en date n’a quasiment joué que ce rôle pendant toute sa carrière.) C’est pour cela que la « fable idéologique » fonctionne : Marivaux peut développer une fable « sociale » scandaleuse : le scandale théâtral montre concrètement son utopie : donc, pour le spectateur de l’époque elle n’est dangereuse, pas même subversive !... Il n’empêche que l’expérience a été « réalisée ». Le conte philosophique permet certes le même « détournement » de la « subversion d’une utopie », mais il ne le « réalise » pas (au sens propre du verbe réaliser). C’est en cela que le théâtre est spécifique, spécificité visible uniquement dans une lecture attentive de la proposition de jeu (notion qui dépasse celle d’exposition laquelle ne concerne que la fable, alors que la proposition englobe toute la réalité théâtrale). Si on lit toutes les didascalies initiales et le premier échange comme « une proposition de jeu » (Ce qu’est toujours une situation théâtrale, et tous les grands metteurs en scène de ce siècle travaillent à partir de ça), on évite bien des erreurs sur le sens de cette pièce et on évite de ramener un texte qui est d’abord théâtral à un simple débat socio-idéologique, (qu’il soulève aussi bien évidemment, mais justement, à cause de cette théâtralité concrète, et à cause d’elle exclusivement, d’une manière totalement différente qu’un essai ou un roman), ce que nombre de sujets de dissertation proposent.
Mais on peut, à juste droit, me considérer comme non fondé à tenir de tels propos.
Dans ce cas (argument d’autorité), il suffit de lire ce que Patrice Pavis (auteur d’un dictionnaire du théâtre et fondateur de la formation universitaire aux arts du spectacle) écrit dans sa thèse sur Marivaux à l’épreuve de la scène à propos des didascalies de mouvement (donc réellement théâtrales, ni psychologiques, ni sentimentales) dans La Double Inconstance pour être persuadé du bien-fondé à les lire : elles constituent l’un des repères fondamentaux de la prise de conscience (et non de la psychologie) d’Arlequin quant à son intégration possible dans la « nouvelle société » où on l’a propulsé malgré lui.
On peut aussi écouter ce que disait Jean Vilar sur ce point.
On peut encore relire ce qu’écrivait Bernard Dort dans La Représentation émancipée sur le rapport du jeu et du texte. Mais c’est vrai que les auteurs des manuels à partir desquels nous travaillons, comme ceux qui écrivent les instructions officielles préfèrent s’en tenir à une tradition universitaire, plutôt que de s’apercevoir qu’en cent ans l’histoire du théâtre a cessé de se limiter à celle des auteurs classiques et au débat autour de la Poétique d’Aristote (ou plutôt les fragments qui en restent et dont l’interprétation plus que la lecture intégrale sert de fondement à notre enseignement).
Ainsi on continue d’ignorer que l’histoire du théâtre est double depuis un siècle, à la fois celle des textes et de leurs auteurs, mais aussi celle des mises en scène et des théories qui en découlent ou qui les fondent, avec comme conséquence première que le débat théorique sur le genre théâtral ne saurait se limiter à une histoire de « double-énonciation » (contestable dans sa forme institutionnelle) et de « tragédie/comédie », mais à toutes les problématiques évoquées par des gens comme Brecht, Artaud, Vitez ou Régy dans des textes comme Le petit organon, Le théâtre et son double, L’école ou Espaces perdus, qui pensent le théâtre dans sa double-spécificité textuelle et spectaculaire. Cela rejaillit bien évidemment sur l’écriture contemporaine d’auteurs comme Novarina, Minyana, Gabilly, Huysmans, Cadiot, Bond, Motton, Béhar, Joubert, Lagarce, etc. (cf. le site Théâtre contemporain.com) que nos outils ne permettent pas d’étudier, puisqu’ils nous obligent à les ramener à une théâtralité qu’ils refusent !
Cette « ignorance » de la théâtralité profonde dans l’étude des textes de théâtre (implicitement revendiquée par le choix d’une lecture qui ignore la spécificité même du genre) ramène, sous l’argument de la « vivacité », le texte à n’être plus que le « reflet du monde ». Oublieux de la leçon de S/Z, on n’en garde que les signes qui justifient une telle réduction, selon ce processus récurrent qui réduit tous les objets d’un art spécifique (littérature, théâtre, peinture, cinéma) à n’être plus que des objets culturels véhiculant de « l’archive » sociologique, psychologique, philosophique, politique, classifiables (pour le théâtre) en « comique », « tragique », « dramatique ». (Jean M.)
- (9) Pour ma part, je prends en compte les didascalies dans le commentaire. Pourquoi ne pas les lire, en ce cas ? Enseignant en section Art-théâtre, je partage l’avis qu’un examen n’est pas un lieu de représentation. Du moins, j’ose l’espérer... Accepterait-on qu’un comédien nous présente sur scène une lecture méthodique de son rôle avant de l’interpréter ? (S.D)
- (10. Ce message est une réponse à la contribution n°12 de la 1re partie) « Préférer que l’on ne lise pas les didascalies n’implique pas que l’on cultive l’illusion bien factice d’un simulacre de représentation théâtrale », mais les arguments que vous avancez me semblent confirmer tous les présupposés qui existent sur le statut du texte de théâtre : ainsi quand vous validez l’opinion de votre élève : « Dans l’entretien, elle a tout bonnement reconnu qu’elle l’avait fait parce que on le lui avait dit, mais que cela ne semblait pas « naturel » et avec une explication convaincante : « au théâtre, on ne les entend pas, mais l’acteur et le metteur en scène en tiennent compte. » : comme on sent bien qu’il y a dans une « scène » une nature particulière, « la théâtralité », dont l’examen méthodique prendrait du temps aux dépens des seules études « intéressantes littérairement » : celles des thèmes et des personnages, on transfère cet examen dans le « mime » de son statut de « représentation » par l’exécution d’une lecture dite « naturelle », (qui supprime paradoxalement les « signes » de cette théâtralité en les « interprétant » avant même que l’étude du texte soit réalisée).
Mais de quelle « nature » s’agit-il ?
Celle du texte de théâtre ?
« Il n’est pas fait pour être lu, mais pour être joué » : le lire simplement trahit donc déjà sa nature, et ne lire que les paroles dites par les acteurs trahit sa nature de texte lu, puisqu’en découvrant le texte, un lecteur lit (« naturellement », donc), les didascalies.
Celle de l’épreuve d’examen ?
« Soyons sérieux : l’indication du nom du personnage indique tout simplement qui parle, et avec ça on va loin dans le commentaire... » Mais, vient-il à l’idée de quelqu’un de ne pas lire « tout ce qui est écrit » pour l’étude d’un poème ou d’un texte romanesque, sous prétexte que l’analyse de certains mots est inutile pour le commentaire ? De plus le « grotesque » que vous signalez existe, peut-être, s’il s’agit d’une scène à deux acteurs, mais la lecture d’une scène collective (comme Lorenzaccio I, 2) est-elle si claire que cela sans indication des locuteurs ?
Passer un examen est-ce « naturel » ? (ce stress que vous évoquez justement)
Est-il naturel, par exemple, d’accompagner la lecture d’un passage de Ronsard d’un rappel (rapide) de sa vie et des théories de La Pléiade, pratique exigée pour « l’introduction » ? N’est-ce pas aussi « stressant » pour les élèves ?
Découper les textes en fragments de 15 lignes est-il « naturel » ? Et y-a-t-il des passages « naturellement » riches à commenter ?
Au nom de ce principe un examinateur avait refusé d’interroger mes élèves sur certaines scènes de Phèdre sous prétexte que le choix des passages (dont j’avais laissé la liberté aux élèves) n’était pas conforme aux découpages couramment pratiqués. Il avait même ajouté qu’il n’y avait rien à dire sur ces extraits : ce qui est bien « méprisant » pour le talent de Racine, et la perspicacité des élèves.
Enseigner n’est-ce pas d’ailleurs apprendre aux élèves à se sortir des « a priori naturels » ? du « ça va de soi » (encore Roland Barthes) ? N’est-ce pas leur apprendre à lire comme ils ne le font pas « naturellement » ?
Ne trouvent-ils pas toute aussi artificielle l’écriture en vers de Phèdre ? Avez-vous rencontré un élève qui trouvât spontanément cette lecture, comme celle de la poésie, « naturelle » ? Ne leur apprenons-nous pas justement à en lire « artificiellement » les diérèses et les « e » non élidés ?
Y-a-t-il d’ailleurs une lecture « naturelle » de quelque texte que ce soit ?
Je n’interviens dans ce débat que parce qu’il me semble représentatif du formalisme d’un certain nombre de consignes dont la « logique » est (au sens propre) « discutable » et révélatrice d’une « tradition » qui se fonde sur un « naturel » qui n’est qu’une « coutume » que nous avons intégrée, mais qui, pour chaque nouvel élève, est un « artifice ». Le fait que nous en débattions devrait nous inspirer de la modération quant à leur application. Or si nous considérons souvent comme contestables celles qui nous semblent « grotesques » dont nous tolérons - voire encourageons - l’abandon, nous exigeons comme « normales » celles qui, pour nous, vont de soi, dont nous évaluons avec sévérité la non-application. Ainsi, malheureusement, trop souvent, le simple souci du respect de telle ou telle de ces consignes occultent notre écoute de ce que les élèves « éprouvent » réellement à la lecture des textes, et qu’ils essaient de communiquer dans les conditions (que vous rappelez à juste titre), « stressantes », de l’examen. Pour moi, dans les faits, une lecture intelligente et claire (quelle que soit la consigne suivie, qui, de toute façon, est « artificielle » -terme estimable dès lors que nous parlons d’art -) et une analyse « ressentie » emportent tous mes suffrages et la note (très bonne). (Jean M.)
- (11) Voir sur Y’a pas que le bac
« Normalement la lecture d’une pièce de théâtre devrait pouvoir se limiter au « texte à dire » (aucune didascalie) et on devrait donc y mettre le ton juste ! Mais il est très difficile d’être acteur de théâtre ! Les examinateurs ne pénalisent jamais un candidat qui s’appuie sur les noms des personnages pour faire entendre les différentes voix pendant leur lecture. Sauf si vous vous sentez « acteur né » (attention de ne pas « trop en faire »), lisez les didascalies, qui font partie du « texte à lire ». Mais alors, il est important de penser à la façon de les lire : elles ne doivent pas être dites sur le même ton que le reste du texte. En général, on les lit « en retrait ». Il est toujours possible de demander à l’examinateur si l’option que vous pensez choisir (« je lirai avec votre permission les didascalies car il m’est difficile de rendre compte des différentes voix ») lui convient. » (Philippe M.)
- (12) Le jour de l’examen, je précise aux élèves ma demande : « vous procèderez à la lecture du texte, didascalies comprises ». La plupart des élèves s’en tirent très bien, prenant souvent de dire les didascalies initiales d’un ton neutre et s’efforçant de varier le ton pour les répliques. En plus, ne demande jamais une lecture du texte complet, quelques répliques suffisent à se faire une idée de la qualité de la lecture. Quant à mes propres élèves, je leur suggère de poser poliment la question à leur examinateur/trice s’il ne donne pas de recommandations particulières : « dois-je lire le texte avec ou sans les didascalies, s’il vous plaît ? » (Claire-Marie)
- (13) Je ne pense pas cependant que dire les noms des intervenants sur un ton neutre soit source de sanction lourde... ( ?)
- (14) Pour la dernière fois j’interviens sur ce sujet pour m’interroger une fois de plus sur les avis péremptoires que cette question génère. D’abord, « lecture expressive » ? Qu’est-ce que c’est qu’une lecture expressive ? Qu’est-ce que c’est que « l’expressivité » ? Sinon, pour plagier Roland Barthes, que la « convention de l’expressivité » !
Alors disons plutôt, pour être juste, que « les I.O. » exigeraient une lecture « avec le ton » (lequel ? sinon celui d’une convention fondée sur des clichés conversationnels qui valent pour la colère, la joie, la surprise, etc.) Ensuite considérer que « faire vivre le texte et en orienter le sens » est un élément de lecture positif me semble bien paradoxal, quand la lecture se situe, comme c’est le cas à l’examen, en amont de son analyse. Là, j’ai du mal à comprendre l’intérêt de l’exercice : soit le sens n’est pas encore fixé, ni même orienté, et l’analyse a du sens, celui justement de trouver le sens ; soit le sens est connu et quel est l’intérêt d’analyser le texte, alors ? La lecture devrait faire entendre plutôt tous les sens possibles, ou plutôt la « latence » des sens, ce qui suppose une lecture découverte de chaque mot, sans en présupposé le sens d’avance, (d’autant plus qu’au théâtre, un mot apparemment « vide » se charge de sens en fonction d’une situation qui n’est compréhensible que dans la mise au plateau de la construction de l’échange, sens qu’une lecture « expressive » d’avance ne peut jamais percevoir car elle empêche justement la situation de prendre. Aussi au lieu de cette lecture expressive (au sens de ce fameux « ton »), je préfère une lecture simplement syntaxique, qui découvre les outils dont les acteurs vont disposer. La didascalie de personnage est une simple indication, mais c’est un élément de cette construction qui n’est pas simple car ça oblige à ne pas se mettre en « pilote automatique », ni à se laisser « emporter » par le sens présupposé évident de la scène, scène qu’on n’a toujours pas analysée, mais dont on prétend en y collant une « expression », connaître quand même le sens ! Si cette lecture, dite expressive, concluait l’exercice, alors oui ça pourrait avoir du sens.
Enfin, un « examen », comme son nom l’indique, consiste à examiner sans présupposés d’aucune sorte les compétences d’un élève (et non celles d’un acteur), qui lui-même « examine » un texte, c’est-à-dire tout le texte. Nul ne concevrait qu’on ne lise pas tel ou tel mot d’un texte romanesque sous prétexte que c’est un mot qui « va de soi », qui n’est qu’un outil. Pour le texte de théâtre, la didascalie, même celle de nom de personnage est un outil. Elle fait partie du texte, donc ça doit être lu. La lecture d’examen de français n’est pas une audition, c’est la lecture d’un texte à examiner dans sa totalité d’écriture quel que soit le genre du texte. La didascalie est une contrainte du genre théâtral. Elle s’étudie lors de l’analyse du texte, elle doit donc se lire, sans « neutralité » ni « expression », juste comme une information, simplement, au même titre que toute information se lit dans tout type de texte.
L’objection classique qui veut que cette pratique engendre de « l’ennui » est hors de propos. Cette lecture n’est pas « neutre », elle est en quête de sens, d’abord ; ensuite, le but d’un examen n’est pas de distraire l’examinateur, mais de permettre d’évaluer des compétences. La compétence de lecture ne réside pas « d’abord » dans l’expressivité, mais dans la capacité à faire entendre tout ce que l’écriture d’un auteur soulève comme question, imagination, désir, etc. Et le type de lecture dont je parle, et que je fais pratiquer, ouvre tout cela, même dans un roman, ou un texte philosophique. Le sens en devient ensuite plus clair, non masqué par une expressivité de convention.
Cela dit, sachant que je suis « minoritaire » dans cette exigence qui refuse de considérer qu’il y a des mots écrits « à ne pas lire » dans une lecture (au bac on ne joue pas la scène, et les élèves ne sont pas les acteurs de la scène, mais les lecteurs du texte), je ne pénalise ni ne valorise telle ou telle pratique sachant qu’elle n’est que l’application des consignes données par un(e) enseignant(e) qui, le plus souvent, confond deux situations d’énonciations totalement différentes : celle d’un examen portant sur l’étude de textes, pratiqué par des élèves, et celle d’un spectacle en « représentation », donné par des acteurs.
Pour une fois que la notion d’énonciation correspond à une situation concrète. (Jean M.)

Une conciliation possible ?

- (1) L’épreuve de l’EAF n’est pas non plus un concours de recrutement et il me semble que le formalisme ne devrait pas prendre le pas sur la volonté d’évaluer les capacités réelles du candidat. On peut indiquer à l’élève qui ne le fait pas qu’on souhaite une lecture des didascalies (et inversement). Pour ma part, j’accepte toute démarche qui me paraît cohérente dans la présentation que fait le candidat. (G. T.)
- (2) Je laisse à mes élèves le choix de lire ou de ne pas lire les didascalies (c’est une question de confort de lecture à voix haute) : la lecture peut-être considérée comme une simple épreuve de lecture (ton, compréhension, débit...) que l’enseignant examinateur interrompt quand il le souhaite (quand je ne connais pas le texte je le laisse lire en entier). Si l’élève est capable de lire un texte théâtral en prêtant une voix à chaque personnage BRAVO et qu’il le fasse (sans se croire au théâtre) ! C’est une compétence appréciable : nous entendrons qui parle et sur quel ton. Mais que cela ne nous prive surtout pas d’une analyse méthodique (ce n’est plus à ce stade une « lecture méthodique » ni un « commentaire » réservé ce me semble au « commentaire composé », écrit) qui prenne en compte, au moment opportun, l’intérêt des didascalies : nous sommes alors bien dans le cadre d’une analyse, non plus d’une lecture... (Philippe M.)
- (3) On peut aussi demander à l’élève de lire les didascalies dans la mesure où on peut lui demander de lire l’introduction de l’éditeur à un texte présenté de manière isolé dans un manuel. Tout est question de choix. Simplement le choix doit être explicité dès le moment où l’on donne le texte à préparer, avec les orientations de l’interrogation à venir. (Yvon J-H)
- (4) La question étant à chaque fois lors du bac d’arriver à discerner avec autant de tact de possible ce qui revient d’une part à un choix pédagogique ou littéraire que nous ne partageons pas et d’autre part au travail propre de l’élève. En l’absence de réponse claire, il nous est recommandé la bienveillance, attitude humaine tout à fait conciliable avec l’exigence, et qui n’a rien à voir avec la démagogie. (J.J.M.)
- (5) La lecture des didascalies ne s’impose que très rarement dans les textes classiques par ce qu’elles donnent essentiellement des indications de ton que l’élève peut traduire dans sa lecture. En revanche, lorsque les didascalies deviennent un véritable texte dans le texte (comme c’est le cas dans une scène entre Pozzo et Lucky que j’ai donnée à étudier cette année), il paraît difficile de ne pas les lire. Une autre distinction, presque identique, pourrait être faite entre les didascalies qui se « voient » au théâtre et celles qui « s’entendent ». Dans le second cas, la lecture des répliques doit suffire. (H.)
- (6) Bref, comme on dit en Asie et un peu partout, « some people good, some people bad », ou « y a les deux ». Je me demande si nous n’aurons pas bientôt épuisé le sujet... (Alain T.)
- (7) Moi, je suis bien content quand un élève me montre déjà par sa lecture qu’il a compris le texte.
Avec ou sans didascalies, un texte ânonné n’annonce en général qu’une pauvre analyse. (FdB)
- (8) Je n’ai pas d’a priori et laisse les élèves faire ce que leur a dit leur professeur... (Françoise D.)
- (9) Ce qui m’ennuie dans toutes ces prises de position, c’est leur caractère radical (cela dit sans vouloir agresser). En effet, si vous « interdisez absolument » la lecture des didascalies, comment faites-vous avec les pièces du XXe où parfois le passage de didascalies est plus long que les répliques des personnages ? Il me semble donc que la tolérance doit prévaloir : respectons le choix des collègues et des élèves et profitons-en pour poser la question dans l’entretien : pourquoi avez-vous choisi de lire ou non les didascalies ? Car ce choix peut justement faire sens... (Catherine T.)
- (10) Je conseille à mes élèves de demander à l’examinateur s’il souhaite qu’ils lisent les didascalies. Et quelle que soit la réponse, d’insister : même les didascalies des personnages ? Pour ma part, je laisse l’élève faire ce qu’il veut. ( ?)
- (11) Je demande à mes élèves de lire les didascalies internes ou qui éclairent le jeu -cf. texte et représentation- Maintenant, dire à chaque fois les noms risque d’être fastidieux, il vaut mieux changer le ton, varier l’intonation, ce qui est déjà une explication de texte. Mais en tant qu’examinateur, je ne pénaliserai pas un élève lisant toutes les didascalies ... et je ne l’ai jamais fait ; je lui demanderais plutôt lors de l’entretien de justifier ses choix de lecture. (?)

Un cas limite douloureux

- J’étudie en ce moment des textes autour du thème suivant : La parole comique au théâtre, j’ai choisi parmi d’autres la scène 5 de l’acte II du Malade imaginaire. Il s’agit d’un extrait de la scène de présentation de Thomas Diafoirus à Angélique. Or au début de la partie à étudier Argan et Monsieur Diafoirus parlent en même temps dans un joyeux bazar. En classe nous distribuons les rôles, ça va. Mais cet après-midi, ils m’ont demandé comment faire en juin prochain. L’élève interrogé sur ce texte n’étant pas ventriloque ne peut jouer convenablement la scène. Or la lecture ce jour-là plus qu’un autre est très importante. Je leur ai suggéré de demander à leur futur examinateur de lire avec eux, ce qui ne me semble pas déplacé...Qu’en pensez-vous ? (Virginie)


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