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[592] - Mises en scène de L’Ecole des Femmes

Il s’agissait de recenser les représentations filmées disponibles et pédagogiquement intéressantes de L’Ecole des Femmes de MOLIERE pour étudier la pièce en Seconde.
Synthèse mise en ligne par Valentine Dussert.

 

Mises en scène existantes

- L’enregistrement audio de la pièce par Louis JOUVET et sa compagnie est en vente sur Livraphone.
- La mise en scène de Raymond ROULEAU (1973) pour la télévision, avec Bernard Blier et Isabelle Adjani, n’est plus disponible au CRDP. C’est un excellent enregistrement [voir ci-dessous pour une comparaison avec d’autres mises en scène].
- La mise en scène de Robert MANUEL (1995), tournée à Monaco, est disponible dans le commerce. C’est une mise en scène traditionnelle, avec un décor réaliste, des récits joués. La version est exploitable en cours, car le personnage d’Arnolphe, joué de manière très plaisante par Galabru, possède une dimension grotesque, et celui d’Agnès, interprété par Emmanuelle Livry, est crédible. Un inconvénient : la pièce est coupée (amputation de parties de monologues d’Arnolphe, suppression des scènes avec le Notaire), mais cela peut être un prétexte pour réfléchir sur les parti-pris d’une mise en scène.
- La mise en scène d’Eric VIGNER (1999), par la Comédie Française, peut être exploitée car le metteur en scène choisit une interprétation tragique d’Arnolphe : la pièce perd tout son comique, il n’y a plus aucun élément de farce. C’est discutable et cela n’enthousiasmera sans doute pas les élèves, mais cela permet de travailler sur les différentes interprétations possibles du personnage d’Arnolphe.
- La mise en scène de Didier BEZACE (2001), avec Pierre Arditi et Agnès Sourdillon, tournée dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes en Avignon, est disponible dans le commerce avec un making-off et un CD-Rom « 50 jours pour mettre en scène » [voir ci-dessous pour des avis sur cette mise en scène et des comparaisons avec d’autres].
- La mise en scène de Jacques LASSALLE (2006) avec Philippe Bianco, Monique Brun, Eric Hamm, tournée au théâtre de l’Athénée, reprend la mise en scène de Jouvet ; elle est disponible (aux éditions Hatier et dans le commerce) en double DVD (2h18) avec en bonus : Louis Jouvet ou l’amour du théâtre, des interviews de Lassale et des acteurs, un forum de discussions « Filles / Garçons : enjeux, rivalités et espoir » et le livret de la pièce [voir ci-dessous pour une comparaison avec d’autres mises en scène].
- La mise en scène de Jean-Pierre VINCENT (2008) avec Daniel Auteuil et Lyn Thibault n’est pas encore disponible en DVD.

Quelques avis de colistiers sur la mise en scène de Didier BEZACE

- « Je passe souvent le début aux élèves, mais je trouve l’actrice qui joue Agnès, et surtout sa voix, insupportables. Les élèves aussi d’ailleurs. Le décor est très sobre, voire austère, les personnages sortent des planches par des trappes et la scène de l’arrivée d’Arnolphe avec la querelle des domestiques est assez comique. Arditi joue un Arnolphe inquiétant, à la limite de la folie furieuse. »
- « Pierre Arditi donne à Arnolphe un jeu presque tragique (me semble-t-il). Agnès : loin de la toute jeune, fraîche et enjouée Isabelle Adjani. Pas si jeune, la voix rauque, mais quel jeu ! Je ne sais comment définir : "naïveté rugueuse", "mal dégrossie"... »
- « La version avec Pierre Arditi est assez particulière car la pièce a été enregistrée à Avignon un soir où il y avait beaucoup de vent, ce qui oblige les acteurs à crier leur texte. Elle est intéressante cependant par le jeu de Pierre Arditi qui incarne un Arnolphe qui va jusqu’à faire preuve de violence physique à l’égard d’Agnès. C’est assez insupportable d’ailleurs mais très parlant pour les élèves qui comprennent vite, quand on leur montre une autre mise en scène, combien un metteur en scène donne sa lecture personnelle de l’œuvre. Je n’utilise que des extraits de cette mise en scène. »
- « J’ai trouvé les choix de mise en scène très intéressants. Ils m’ont permis de réfléchir avec les élèves sur la symbolique de l’espace, le ring, la verticalité, le clair-obscur et les jeux de lumières, l’évolution d’Arnolphe sur cet espace. Par ailleurs, les bonus sont aussi très intéressants et nous ont permis d’enrichir nos échanges sur le jeu d’acteur ou les partis pris de mise en scène, par exemple l’ambiguïté d’Agnès dans la scène du petit chat... ».

Travail sur la mise en scène de Didier BEZACE en comparaison avec d’autres

- Comparaison avec la mise en scène de Jacques LASSALLE : « L’année dernière j’ai travaillé sur la mise en scène à Avignon, avec Arditi, et avec la mise en scène de Lassalle. Nous avons comparé les scènes étudiées en classe et il a été très vite clair pour les élèves que la mise en scène Lassalle tirait Arnolphe vers le comique, au contraire du jeu d’Arditi. Très enrichissant pour eux (décors : une maison ou le plateau nu ; costumes : très XVIIe ou plus intemporels ; mouvements : très farcesques ou plus immobiles...). L’évaluation finale a d’ailleurs porté sur l’interprétation à donner au Arnolphe de Molière (dissertation ou monologue en commentaire : Arnolphe, personnage comique ou tragique). L’ensemble a plutôt bien marché. »
- Comparaison avec la mise en scène de Raymond ROULEAU : « J’ai l’habitude d’utiliser la mise en scène de Didier Bezace, mais pas dans son intégralité. A titre personnel, j’ai mis beaucoup de temps à apprécier cet enregistrement de spectacle, dans la mesure où le travail de ce metteur en scène particulièrement minutieux ne révèle toute son ampleur et sa magie qu’ "en direct", et dans la mesure où le parti pris est de faire sentir une pesanteur presque tragique sur cette pièce que nous connaissons tous comme purement comique. Pourtant, j’ai fini, après une étude plus approfondie d’un extrait, par changer d’avis, et par approcher la richesse de l’interprétation proposée par Bezace. Pour être plus précise, j’ai décidé, après une lecture analytique de la fameuse scène II, 5, de comparer avec l’adaptation filmée de Rouleau. Je commence par montrer la plus ancienne (et classique !) : les élèves repèrent le réalisme recherché dans les décors (palissades du jardin, et même bêlements intempestifs —> Ah ! merveilleuse campagne et symbole appuyé de l’innocence !), dans les costumes (les élèves adorent les "vieux vêtements") et commentent avec délectation le physique des comédiens ("Arnolphe, il est vieux et moche" alors que la jeune Adjani est magnifique) ; on en vient à décrypter tous les signes qui renvoient aux personnages-types du barbon (un petit air lubrique, mais juste ce qu’il faut, et un ton autoritaire pour envoyer Agnès dans sa chambre) et de l’ingénue (la poupée tenue puis lancée en l’air par une Agnès exultant de joie fait un malheur). Nous visionnons ensuite la mise en scène de Bezace et là, l’enthousiasme des élèves retombe, puis les critiques fusent : "d’abord, y a rien" (le plateau nu heurte les représentations clichés que les élèves se font du théâtre), "et puis Agnès, elle est vieille et moche !" et enfin, ils passent sous silence le malaise qui les a saisis à la fin de la scène quand Arnolphe fait preuve d’une violence impressionnante pour soumettre Agnès. Et c’est sur ces remarques que je m’appuie pour essayer de transmettre la lecture que Bezace fait de la pièce. Guidés par les questions, les élèves relèvent que la "laideur" d’Agnès tient surtout aux affreuses nattes d’un roux sale qu’elle porte (et qui ont l’air d’un postiche) et au costume d’écolière, col Claudine compris, dans laquelle la comédienne est comprimée. Enfin, ils constatent qu’Agnès, dans cette version, mène le premier quiproquo, défie Arnolphe du regard, et prend plaisir à le torturer. Nous en arrivons alors à dire que cette Agnès n’est pas une ingénue, c’est une femme avertie (avertie notamment ici sur la sexualité) qu’un homme oblige, par la force, à rester une petite fille en l’affublant de tous les symboles visibles de la minorité. En somme Bezace renouvelle la dénonciation de Molière et, avec une modernisation déconcertante de prime abord, il montre comment peut s’exercer l’oppression masculine, oppression qui conduit d’ailleurs à un malheur mutuel. En effet les élèves interprètent les silences pesants qui séparent les répliques non plus seulement comme quelque chose d’ennuyeux, mais comme les signes d’une communication impossible entre ces deux êtres en souffrance, cet homme et cette femme qui ne peuvent être aimés et considérés pour ce qu’ils sont. Vous l’avez compris, mes réserves premières pour le travail de Bezace ont cédé le pas à une admiration profonde... »

Merci à Elodie BENARD, Marie CASTELLA, Corinne DURAND-DEGRANGES, Marie-Christine GAUTRONNEAU, Ingrid LESUEUR, Lilianne MARTINET, Ann MICHENET, Laetitia MONTSERRAT, Claudie RIGAUX, Régine STRAHAIANO-FAVOT, Marie-Annick TILLY, Muriel VELTY LEBRETON.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur Profs-L (liste de discussion des professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.
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Isabelle Farizon

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