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Correction devoir STMG2 incipit

Par Laucun - publié le jeudi 6 août 2015 à 11:22 dans 01W Nos premières pages incipit

Quelles qualités doit avoir un bon début de roman ?




(proposition de corrigé)


Pour répondre à cette question, l'on doit s'appuyer sur les quatre œuvres étudiés. Les exemples doivent être développés, les références interprétées. Il convient de bien connaître les premières pages lues ou étudiées et toutes les notions de la feuille de synthèse distribuée : incipit, seuil de lecture, point de vue, identification, pacte de lecture, horizon d'attente, etc.


La réussite ne vient pas sans travail !


La présentation de votre copie double (si possible à petits carreaux) est irréprochable.


Chaque élément de réponse constitue un paragraphe relié si possible au suivant.


> Attention : sur votre copie manuscrite, les titres et sous-titres ne doivent pas apparaître.




  Le début d'un roman se nomme incipit. Le mot vient du latin et signifie « il commence ». Il se distingue de la couverture, parfois illustrative, comme de la préface souvent explicative. Il peut contenir un épigraphe. C'est un moment clé de l'œuvre car il doit accrocher l'intérêt du lecteur. Les premiers mots, les premières pages d'un récit apparaissent comme un seuil où le lecteur fait le choix d'entrer ou non dans l'œuvre. Quelles qualités doit avoir un bon début de roman ?

Nous constaterons qu'un commencement doit permettre au lecteur d'entrer facilement et rapidement dans le monde de la fiction, mais aussi d'établir un lien avec le ou les personnages ; ce lien s'enrichit par un « pacte », parfois une forme de connivence, avec l'auteur.


1. Un bon début de roman sait distraire : il établit un lien entre le lecteur et un monde

= un seuil.


A. Du point de vue du cadre : il permet la découverte d'un monde, d'un univers.


- Le cadre peut faire vrai. Ex : les récits naturalistes d'Emile Zola.

Dans l'Assommoir (1877), roman appartenant à la fresque des Rougon-Macquart, on se situe au balcon d'un hôtel d'un quartier populaire parisien. Grâce aux indications de lieu et aux descriptions, les effets de réel sont nombreux dès la première page.

- Le cadre peut au contraire permettre un dépaysement total. Ex : récits historiques, récits de voyage ou de science fiction.

Même si La Condition humaine de Malraux n'est pas a proprement parler un récit exotique, le prénom du personnage « Tchen » a des consonances asiatiques, on peut deviner que le cadre est une grande ville comme Shanghai. La mention de la « moustiquaire » indique également un pays chaud et humide.


> Un incipit réussi nous projette dans un autre univers.


B. Du point de vue de l'intrigue : il surprend et capte l'attention.


- La situation initiale n'est pas toujours statique (comme chez Flaubert au début de l'Éducation sentimentale), de nombreux auteurs choisissent une entrée « in medias res » qui plonge le lecteur dans l'action sans préparation.

Ex : C'est à nouveau le cas de Malraux qui commence son récit par deux questions rhétoriques au style indirect libre. L'accroche de Yasmina Khadra dans Khalil pose également une situation brutale : « Nous étions quatre kamikazes, notre mission consistait à transformer la fête du stade de France en un deuil planétaire ». L'antithèse « fête » et « deuil », le terme « kamikazes », l'allusion aux attentats du 13 novembre 2015 sollicite rapidement l'attention d'un lecteur contemporain.


> Un incipit réussi donne l'impression de vivre et partager un moment crucial.



2. Un bon début établit aussi un lien entre lecteur et personnage(s) pour l'émouvoir

= empathie.


A. La découverte et la construction des personnages :


- L'art du narrateur est de rendre presque palpables des personnages de papier : le choix des prénoms (Gervaise, Tchen, Khalil) contribue à cette impression et permet un rapprochement. Le choix du point de vue interne permet une identification (même si le récit n'est pas toujours à la première personne).

Ex : La détresse de Gervaise est ressentie lorsque Zola décide de décrire avec ses yeux la chambre où la misère sociale est perceptible. Tous les objets sont marqués négativement : le pot à eau est « ébréché », la table « graisseuse ».

Ex : La crise morale de Tchen est perceptible lorsque l'on comprend avec lui que tuer un homme endormi et sans arme ne correspond pas à l'image du héros épique qu'il aimerait être.

> Un incipit réussi sait nous faire partager les sensations, impressions, émotions du protagoniste.


B. Sans vraiment ni le connaître, ni l'apprécier :


- Laisser une part d'inconnu dans le protagoniste

Ex : le « vous » de Butor dans la Modification, personnage au seuil de la vieillesse, décrit de façon presque anatomique, portant avec difficulté une petite valise. Le « je » de l'Etranger de Camus qui semble écrire son journal « Aujourd'hui maman est morte » mais donc la psychologie reste lacunaire «étrange ».

- Le « héros » peut ne pas susciter d'admiration.

Ex : Dans le cas de Tchen et de Khalil, le lecteur est tenu de s'identifier aux tueurs et non à leurs victimes.


> Un incipit réussi permet une identification paradoxale avec un anti-héros ou un « héros » du mal.


3. Un bon début crée enfin un lien entre lecteur et l'auteur pour le faire réfléchir

= un pacte de lecture & horizon d'attente


A. Lancer des pistes de réflexion :


- Des « thèmes » au sens concret (mais aussi parfois musical du terme)

Exs L'abandon et la détresse de Gervaise poussent à la réflexion sur la psychologie conjugale, les inégalités sociales. Yasmina Khadra rend compte de l'actualité du radicalisme et permet de l'éclairer sans tabou en cherchant à comprendre l'incompréhensible.

- Outre les dimensions psychologique, sociale, historique la réflexion peut être morale, existentielle, philosophique.

Ex : Tchen perçoit qu' « assassiner n'est pas seulement tuer » et que son geste sans noblesse l'engage irrémédiablement et le fera plonger dans un monde de ténèbres. Le choix du titre La Condition humaine rend compte de cette réflexion sur l'homme, son engagement, ses actes.

Le personnage de l'Etranger Meursault va, lui, prendre conscience du caractère absurde de l'existence, a contrario de cette première page qui donne l'impression d'un homme indifférent, étranger à lui-même, aux autres, au monde, au langage...


> Un incipit réussi sollicite la réflexion


B. Sensibiliser à une écriture, un style, une vision du monde.


- La mise en place d'une écriture permet de donner le ton

Ex : la description symbolique de Zola permet déjà de comprendre le destin tragique de Gervaise. Le caractère cinématographique de l'écriture de Malraux permet un rapprochement avec les films noirs des années 30. L'écriture « blanche »(=sans effets lyriques) de Camus rend compte de l'étrangeté d'un personnage qui manque encore d'humanité et ne s'est pas encore ouvert à la vie. L'écriture de Khadra mêle les références religieuses savantes et un niveau de langue courant ou relâché pour rendre accessible son œuvre de combat contre le fanatisme et le radicalisme.


> Un incipit réussi donne un « avant-goût » de la suite.






CCL : Évoquer, pour élargir la réflexion, d'autres incipits, ouvertures filmique ou premières planches de BD.


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