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Séquence 3 : questions d'entretien sur le théâtre

Par Laucun - publié le lundi 2 février 2015 à 02:52 dans 03W Théâtre
http://philo-francais.e-monsite.com/pages/francais/cours/1-std2a/poesie-et-quete-du-sens/lecture-cursive-n-1-pessoa/corpus-poesie-1.html



QUESTIONS/ REPONSES


1. Donnez une définition du théâtre.


 Le mot théâtre garde la marque de sa racine grecque qui signifie « regarder » (theatron : lieu où l'on voit) et se définit par le fait de «montrer » un monde de conventions dans lequel des comédiens interprètent des personnages et prêtent leurs voix et leurs gestes pour donner vie à un texte. Le théâtre est donc un genre littéraire qui, conciliant littérature et spectacle, est destiné à la représentation devant un public (sur une scène). D'où la double énonciation : la pluralité des destinataires lors d'un spectacle.


2. Quelles sont les particularités du texte théâtral ?

Le théâtre est entièrement constitué de dialogues (discours direct), l'auteur s'exprime uniquement à travers les paroles de ses personnages, ou des didascalies externes. Les personnages (protagonistes) s'adressent  aussi  bien  aux  autres  personnages  qu'aux spectateurs (double énonciation). Le texte de théâtre est dit "troué" car il est principe complété par la mise en scène.

3.  En quoi le théâtre se différencie-t-il des autres genres littéraires ?

A la différence du roman par exemple, une pièce de théâtre est normalement écrite pour être jouée, représentée, interprétée. Même aujourd'hui un récit n'est pas rédigé à la seule fin d'une adaptation (cinématographique par ex.). Une pièce est donc aussi bien adressée aux lecteurs qu'aux spectateurs, c'est une sorte de partition musicale destinée à être jouée devant un public dans un lieu et un moment donné (le temps de la représentation).

4.       Qu'est-ce que la double énonciation au théâtre?

Lorsqu'un  personnage,  sur  scène,  s'adresse  à  un  autre  personnage,  il  s'adresse également  aux spectateurs : c'est ce qu'on appelle la double énonciation.

5.         Quelles sont les formes de la prise de parole au théâtre ?

La parole au théâtre peut prendre plusieurs formes :
- la réplique : texte prononcé par un personnage à un autre, ou à des autres.
- la tirade : longue réplique sans interruption. Elle se fait généralement dans un registre lyrique ou épique.
- le monologue : tirade prononcée par un personnage seul sur scène (ou qui croit être seul). Il permet au spectateur de connaître les pensées et les intentions du personnage.
- l'aparté  est  une  réplique  prononcée  par  un  personnage  soit  pour  lui-même,  soit  à  l'intention  du public, à l'insu des autres personnages (= à part).
- la stichomythie : échange rapide de répliques courtes et vives.

6.       A quoi servent les didascalies ?

 Une didascalie, dans le texte d'une pièce de théâtre (ou le scénario d'un film), est une note ou un paragraphe, rédigé par l'auteur à destination des acteurs ou du metteur en scène, donnant des indications d'action, de jeu ou de mise en scène. Elle permet de donner des informations (didascalie et didactique sont de la même famille), notamment, sur le comportement, l'humeur ou encore la tenue vestimentaire d'un personnage, ce qui servira ensuite au metteur en scène pour la représentation de la pièce. Elle est "interne" lorsqu'elle est suggérée par les propos tenus (au sein des paroles, du discours).

7.       Définissez un genre théâtral : comédie, tragédie, drame…

- La comédie, au XVII e avec Molière et au XVIII e siècle avec Beaumarchais et Marivaux, se caractérise par quatre traits principaux: ses sujets sont tirés de la vie quotidienne, ses personnages sont de condition et classe moyennes et fortement individualisés (ce ne sont pas des caricatures), son dénouement est heureux (mariage), et l'effet produit sur le spectateur peut aller du sourire au rire.
Les procédés comiques sont variés: comique de mots ou de gestes relevant de la farce (Molière, Les Fourberies de Scapin), comique de situation, comique de caractère dans la satire sociale ou la peinture des grands défauts humains (Tartuffe, Les Femmes savantes, L'Avare).

-  Une tragédie développe généralement une action mettant en scène des héros ou des personnages de rang social élevé, en vue d'émouvoir et d'instruire le spectateur, provoquer sa terreur et sa pitié par le spectacle des passions humaines en lutte entre elles ou contre le destin. Dans une tragédie, les personnages s'expriment sur un ton élevé, et en vers (alexandrins).
Les principaux  auteurs grecs sont: Eschyle, Sophocle, Euripide…

- Une  tragi-comédie  est  une  forme  mixte  qui  échappe  aux  règles  de  la  tragédie  classique  par  son dénouement heureux. D'appartenance baroque, elle privilégie le mouvement, le goût de l'illusion et le mélange des genres. Le Cid de Corneille, par exemple, est une tragi-comédie. Nous pourrions dire que la tragi-comédie est une tragédie à fin heureuse.   

- Le drame (romantique) : genre qui allie le bas et le sublime (à compléter) Musset, Hugo,...

8.      Dans la pièce les registres sollicités sont nombreux.  Définissez ces registres : comique, tragique, dramatique, …

 Le registre tragique développe généralement une action mettant en scène des héros ou des personnages de rang social élevé, en vue d'émouvoir et d'instruire le spectateur, provoquer la "terreur et sa pitié" par le spectacle des passions humaines en lutte entre elles ou contre le destin.

 Le registre comique désigne ce qui provoque le rire, ce qui caractérise la comédie et le théâtre en général. Les effets comiques peuvent reposer sur la rupture de la cohésion du texte (langue et discours) ou sur la rupture de la cohérence du texte (organisation, construction globale du texte)

 Au théâtre, comme dans le récit, on parle de registre dramatique pour un texte où se succèdent les péripéties. Ce registre maintient le spectateur ou le lecteur dans un état d'attente (→ suspense).

9.       Quelles sont les différentes formes de comique au théâtre ?

 Comique de langage, comique de gestes, comique de situation, comiques de mots, comique de caractère et comique de m½urs (réponse à illustrer par des exemples de la pièce).

10.   Qu'est-ce qu'un quiproquo ?

 Un quiproquo est un malentendu qui fait prendre quelqu'un pour un autre ou une chose pour une autre. C'est aussi la situation résultant de cette erreur.

11.   Comment une tragédie est-elle structurée ?

 Il y a une progression dramatique (exposition, n½ud, dénouement).
L'exposition (début de la pièce, premières scènes): Les spectateurs doivent connaître les personnages (et les rapports entre eux), les lieux, l'époque et l'intrigue.
Le n½ud : Le n½ud de l'action précise la nature du conflit à résoudre, c'est le passage de la pièce au cours duquel les personnages doivent résoudre un problème complexe, affronter des obstacles.
Le dénouement : c'est la fin de la pièce de théâtre. Le dénouement résout les problèmes exposés dans le n½ud de la pièce. En principe, il est malheureux dans la tragédie.

12.    Quelles sont les différentes étapes d'une pièce classique ?

Une pièce est traditionnellement composée de 5 actes répartis de manière égale.
 -   l'exposition (concentrée dans les premières scènes de l'acte I) qui précise la situation initiale en renseignant sur le lieu, le temps, les personnages et leurs relations     - le n½ud de l'intrigue (actes II et III)  qui  correspond  à  l'ensemble  des  conflits  qui  gênent  la  progression  de  l'action  et  sont  autant d'obstacles à la volonté des héros - les péripéties (acte IV) qui infléchissent le cours de l'action et retardent ou modifient le dénouement attendu -  le dénouement (acte V) qui marque la résolution définitive du conflit. Heureux dans la comédie, il est le plus souvent marqué par la mort dans la tragédie. Idéalement, il doit résulter de la logique de l'action elle-même et éviter les interventions peu crédibles.

13.   Qu'attend-on d'une scène d'exposition ? Quelles difficultés se posent au dramaturge ?

 D'une scène d'exposition,  nous attendons, de même que dans l'incipit d'un roman, que les personnages nous soit présentés, que nous soyons mis au courant du lieu de l'action, de l'action principale, et des relations entre les personnages.Ceci pose une difficulté au dramaturge: le théâtre n'ayant pas de narrateur, le dramaturge doit faire passer ces informations par le biais des personnages, de façon à ce que cela paraisse naturel; le langage doit être comme "surpris" (Larthomas).

14.   Quelles sont les fonctions du dénouement au théâtre ?

 C'est le moment le plus important d'une pièce de théâtre, c'est à partir duquel l'intrigue s'achemine vers sa résolution , c'est à dire, soit: une fin malheureuse (pour les pièces tragiques), soit, une fin heureuse (pour la comédie). 

15.   Qu'est-ce que la règle des trois unités au théâtre ?

 Les règles des trois unités: une unité de temps, de lieu et d'action.
Unité de temps: l'action des pièces classiques n'excède pas les vingt-quatre heures, au contraire du baroque où l'action succède pendant plusieurs jours. Cette règle permet d'éviter l'invraisemblance.  
Unité de lieu: l'action doit se dérouler en un lieu unique. L'espace scénique coïncide ainsi avec le lieu de l'action représentée.
Une unité d'action: l'intérêt dramatique se  concentre  en  une  action  principale.  Les  intrigues secondaires sont proscrites.

Ces règles ont été formulées par Boileau dans son Art poétique

16.   Quelles sont les règles de la tragédie classique ?

Les règles de la tragédie classique sont :
- les trois unités,
- les bienséances (l'apparition de moments choquants comme la mort ou la nudité sont interdit d'apparaître sur scène)
- et la vraisemblance (la tragédie doit offrir au public un spectacle crédible, elle doit éviter  des  scènes  fantastiques ou qui peuvent enlever la crédibilité des scènes).

17.   Quelles sont les caractéristiques du théâtre classique et du théâtre moderne ?

Le théâtre classique comporte des règles strictes:
- règle des trois unités (unité de temps, de  lieu, d'action),
- règles de bienséance (interdiction de choquer le public, de représenter des actes violents, des crimes…), 
-  distinction stricte en sous-genres (tragédie, comédie…),
- et découpage en actes et en scènes.

On  ne  retrouve  rien  de  tout  cela  dans  le  théâtre  moderne  ou  contemporain:  on donne  une  liberté absolue à l'auteur, de mélanger les genres (d'où le "drame", on peut retrouver des passages comiques et tragiques dans la même pièce). Le langage y est souvent plus relâché, parfois même complètement inutilisé comme par exemple dans Actes dans paroles de Samuel Beckett).
Le  théâtre moderne se voit agréé d'un nouveau rôle: jusqu'au début du XIXe siècle, les acteurs s'occupaient d'organiser la pièce et sa représentation. Dès lors apparaît le rôle du  metteur  en  scène,  qui,  pour Charles Dullin, est "celui qui, par son art personnel, apporte à l'oeuvre écrite par le poète une vie scénique qui en fait ressortir les beautés sans jamais en trahir l'esprit" : c'est le ¨maître du plateau¨, une figure importante et par la suite indispensable.

18.   En quoi le théâtre romantique a-t-il renouvelé la scène française ?

Le théâtre romantique instaure une révolution dans les règles du théâtre classique. Théorisé par Victor Hugo et fortement influencé par le théâtre baroque de Shakespeare ainsi que par les romantiques allemands (Heinrich von Kleist, Friedrich von Schiller…), le  théâtre  romantique  est  une  nouvelle forme de théâtre, un art ou se mêlent le tragique, le pathétique, ainsi que le comique et le burlesque.
Le plus souvent historique, il a été développé par des auteurs tels que Victor Hugo, Alexandre Dumas, Vigny ou encore Musset, refusant de se confronter aux obligations et les règles d'écriture de l'époque: c'est le début d'un nouveau genre de théâtre, le théâtre romantique.
Il trouve son origine dans le drame du XVIIIe siècle, avec Diderot, Mercier, ou encore Beaumarchais, qui mettent en scène le quotidien bourgeois. Avec la révolution, le drame change de sens et devient historique; cependant l'histoire ne concerne pas seulement les grands et le puissants, comme dans la dramaturgie classique, mais aussi le peuple qui progressivement s'invite sur scène. C'est par exemple le cas dans Ruy Blas de Victor Hugo, où un simple domestique devient premier ministre de la Reine d'Espagne.

19.   Qu'est-ce que le théâtre de l'absurde ?

Apparu dans les années cinquante , le théâtre de l'absurde est un genre théâtral dont la caractéristique est la rupture avec les genres classiques tels que la comédie ou la tragédie. Ce  genre  traite  de l'absurdité de l'Homme ou de la vie en général. Le résultat y est la mort ou bien la métamorphose de l'homme en bête - Ionesco, Rhinocéros : « l'homme comme perdu dans le monde, toutes ses actions devenant insensées, absurdes, inutiles ». C'est un mouvement radicalement opposé au réalisme. Les origines de ce nouveau genre sont les traumatismes dus à la 2nd GM et la chute de l'humanisme (=mouvement intellectuel)

20.   Quels sont la place et le rôle des didascalies dans le théâtre moderne ?

Les didascalies sont des indications, dans le texte théâtral, qui ont pour but de diriger la mise en scène. Elles permettent notamment de donner des informations sur  la  tenue,  l'humeur  ou  le  style vestimentaire d'un personnage. Elles se trouvent  généralement  mêlées  à  l'action,  et  peuvent  même dans des cas extrêmes remplacer la parole pour laisser place à des mimes, comme par exemple dans Actes sans paroles de Samuel Beckett. 

21.   Citez trois dramaturges modernes.

Samuel Beckett , En attendant Godot 1952;  Eugène Ionesco , La Cantatrice chauve 1950 Albert Camus , Le Malentendu 1944 ou Caligula ; B-M. Koltès,  Roberto Zucco.


22.   Que connaissez-vous de l'évolution du lieu théâtral depuis l'origine du théâtre ?
Cf. http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/francais-premiere/histoire-des-formes- theatrales-de-l-antiquite-a-nos-jours_1-fra-04.html


23.   Est-ce que la représentation est indispensable pour apprécier et comprendre une pièce ?

CF Sujet de dissertation donné.
A. Plaisir du spectacle B. Émotions démultipliées C. interprétation renouvelée du metteur en scène.

24.   Expliquez la difficulté à lire une pièce de théâtre.

25.   Quelle différence faites-vous entre le texte théâtral et sa représentation sur scène ?


26.   Qu'appelle-t-on la mise en scène ? A quoi sert-elle ? Quels problèmes pose-t-elle ?

27.   Le théâtre peut-il se passer de mise en scène ?

28.   Peut-on dire que « mettre en scène », c'est réinterpréter une pièce, lui donner un sens.

29.   La mise en scène est-elle une illustration ou une trahison ?

30.   Qui est le vrai « dramaturge » : l'auteur ou le metteur en scène ?

31.    Quelle est la place du metteur en scène par rapport à l'auteur de théâtre ?

32.    En quoi la mise en scène peut-elle influencer la réception d'une pièce par le public?
 
33.   Comment le théâtre prend-il en compte le spectateur?

34.   En quoi consiste le plaisir du spectateur au théâtre?

35.   Qu'est-ce qui intéresse le spectateur avant tout ?

36.   Le spectateur est-il toujours un « voyeur » au théâtre ?

37.   Pourquoi va-t-on au théâtre aujourd'hui ?

38.   Quelle expérience personnelle du théâtre avez-vous en dehors du cadre scolaire ?

39.   Lorsque vous avez assisté à une représentation théâtrale, qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?

40.   Quelles sont les différences entre le théâtre et le cinéma ?

41.   Quel est le rôle de l'accessoire ou du décor au théâtre ?


42.   Pouvez-vous citer des metteurs en scène ?


43.   Quelles sont les fonctions du théâtre?


44.   Le théâtre a-t-il pour fonction d'instruire ou de distraire le public ?


45.   Le théâtre a-t-il nécessairement un « message » à faire passer ?


46.   Une scène de théâtre est-elle toujours un affrontement ?


47.   Que est l'intérêt des portraits au théâtre ?


48.   Quelles sont les fonctions du monologue / du dialogue au théâtre?





Dissertation

Sujet : Est-il préférable de découvrir une pièce de théâtre en la lisant, avant de la voir représentée, ou d'en prendre connaissance directement dans une salle de spectacle ?


  A l'époque de la Grèce antique, le théâtre désigne l'hémicycle destiné aux spectateurs : « theatron » correspond au lieu où l'on regarde ; puis la signification s'est élargie au théâtre lui-même. Ce terme aujourd'hui désigne à la fois le lieu où se déroulent les spectacles mais aussi l'art de la représentation d'une pièce. Le théâtre apparaît comme un genre littéraire particulier puisque son essence réside dans sa représentation. Pourtant le texte reste essentiel au spectacle. Quelle est la meilleure façon de découvrir le théâtre ? Est-il préférable de découvrir une pièce de théâtre en la lisant, avant de la voir représentée, ou d'en prendre connaissance directement dans une salle de spectacle ? Afin de comparer les intérêts respectifs de ces deux pratiques, nous expliquerons pourquoi une lecture préalable peut être judicieuce, puis nous démontrerons que la découverte d'une ½uvre dramatique dans un théâtre peut rester une expérience inégalable.



  Certes nous pouvons préférer lire une pièce avant de la voir représentée : le rythme n'est pas contraint, l'imagination est sollicitée, la poésie de l'½uvre dramatique reste au premier plan.

  En premier lieu, lire une ½uvre théâtrale permet de choisir un tempo personnel, alors qu'il est imposé lors d'une représentation. Ce rythme permet de mieux comprendre une ½uvre. En effet le lexique d'une pièce classique paraît parfois éloigné du nôtre : le mot "c½ur" désigne le "courage" au XVII siècle et non le siège des émotions, la générosité ou l'affection comme aujourd'hui. Il est dès lors possible de consulter une note ou un dictionnaire pour éviter le contresens. Il en est de même des références mythologiques. Dans Phèdre de Racine, il semble indispensable de connaître la généalogie de "la fille de Minos et de Pasiphaé" pour en comprendre la dimension tragique. De même, des connaissances biographiques permettent de mieux saisir le sens profond d'une pièce. Ainsi le choix de Musset d'un "théâtre dans un fauteuil", décision prise suite à l'échec de la Nuit vénitienne, nous fait lire autrement chacune de ses pièces : pour le dramaturge le lecteur est le seul "metteur en scène" légitime.


  En second lieu, à partir des indications scéniques, le lecteur imagine librement le décor, les costumes, le jeu des acteurs. Il est vrai que l'importance des didascalies varie selon les époques. Dans certaines pièces contemporaines comme Acte sans paroles de Beckett, elles occupent la totalité du texte. Au XIX e siècle, la scène d'exposition d'un proverbe romantique tel On ne badine pas avec l'amour, multiplient déjà les didascalies internes et externes. Les informations sur les lieux, les personnages, l'action apparaissent dès l'ouverture. Nous apprenons ainsi que nous trouvons en Province, à la campagne face à un château. Le Choeur, lui-même, nous indique les attitudes, les caractéristiques physiques et morales de Maître Blazius et de Dame Pluche. L'opposition entre les personnages renforce leur dimension grotesque. Elle suffit au lecteur pour sourire. Le texte reste au premier plan, le talent seul de l'auteur, peintre des caractères, est mis en valeur.


  En troisième lieu, la lecture permet de mieux apprécier et de mieux saisir la beauté d'une ½uvre. Les pièces versifiées le confirment facilement. Une tirade se récite comme un poème. Beaucoup relisent avec plaisir les vers de Corneille, de Molière ou de Racine. Chaque alexandrin de Phèdre est un joyau de poésie pure. Ainsi Phèdre conte à sa confidente et nourrice Oenone la première rencontre avec son beau-fils Hippolyte dont elle est éprise : «  Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue / Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ». Les assonances en "i", le rythme ternaire, le choix des figures ne peuvent laisser insensible. De même certaines répliques cinglantes résonnent comme des « punchlines » dans une chanson de rap. Il en est ainsi de la répartie de Figaro face à son maître dans la pièce de Beaumarchais : « Votre excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets ? ». D'autres préféreront s'arrêter sur la célèbre tirade des nez de Cyrano de Bergerac dans la pièce éponyme d'Edmond Rostand. Dans tous ces exemples, le lecteur reste le seul interprète du texte considéré comme un chef d'½uvre indépassable.


  La lecture permet donc de nombreuses libertés. Contre l'idéologie de la société du spectacle, le lecteur choisit son rythme, imagine davantage et goûte (fond et forme) le texte dramatique. Mais si le lecteur reste actif, faut-il pour autant admettre la passivité du spectateur et par là le rôle secondaire d'une représentation ?



  S'il l'on accorde de nombreux avantages à la primauté du texte, il reste cependant plaisant de découvrir un spectacle directement. Se rendre au théâtre sans avoir lu une pièce peut suffire tant une représentation, source de distraction, soulève les émotions, guide le sens profond d'un texte devenu un chef d'oeuvre vivant.


  Premièrement, le théâtre est le lieu d'une distraction unique, collective et renouvelée. Les anciens grecs fêtaient Dionysos avec les représentations des protagonistes et du ch½ur chantant et dansant dans l'orchestre autour du thymélée. L'hémicycle à flanc de colline rassemblait des dizaines de milliers de spectateurs pour une célébration à la fois religieuse et civique. Aujourd'hui le  plaisir d'être ensemble dans un même lieu permet une forme de communion laïque. Chéreau dans sa mise en scène de Racine adopte un dispositif bi-frontal à l'image d'une piste de cirque ou d'un ring de boxe. En brisant le quatrième mur, les metteurs en scène contemporains renforcent l'immersion du spectateur. Ce dernier, moins solitaire que dans sa seule lecture, se distrait pleinement et ressent davantage les émotions jouées.


  Deuxièmement les émotions sont démultipliées lors du spectacle. Le jeu des acteurs mais aussi les costumes, masques et accessoires contribuent à renforcer les registres comique, pathétique ou tragique d'une pièce. Ainsi représenter Argan, le malade imaginaire de Molière, assis dans une chaise d'enfant souligne le comique du personnage. Un costume sobre et sombre pour le personnage de Phèdre renforce terreur et pitié. A l'instar du théâtre à machines, les nouvelles technologies permettent la projection de décors symboliques. Médée réalisée par Paul Correia renforce la terreur pour cette mère infanticide en projetant de terrifiants dragons à l'arrière plan côté cour et côté jardin. L'illusion théâtrale est renforcée par l'oeuvre collective qu'est une représentation. 

  Troisièmement, il convient de reconnaître que la seule littérature n'est pas la seule source artistique. Dans les comédies-ballets de Molière, le texte est accompagné de musique, chant et danse. Tous les arts peuvent être conviés lors d'une représentation. Il n'est pas rare de voir déployer le style d'un peintre, d'un musicien ou d'un grand couturier. Picasso réalise le décor, Stravinski la musique, Chanel les costumes, des pièces de Jean Cocteau (Antigone, Oedipus rex, Orphée). Le metteur en scène, talentueux, apporte aussi une touche personnelle et créative. Sa poésie occupe l'espace du plateau. Copeau (fondateur du théâtre du Vieux Colombier), Vilar (créateur du festival d'Avignon et du TNP), Jouvet (professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique) , Blin (metteur en scène des pièces de Beckett), Planchon (héritier de Jean Vilar), Mnouchkine (fondatrice du Théâtre du Soleil) , Chéreau (metteur en scène d'opéra et réalisateur) sont à leur façon des artistes comme les écrivains qu'ils portent à la scène. Ils marquent, sensibilisent et renouvellent l'interprétation d'une pièce écrite pour être indéfiniment rejouée.


Ccl :

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