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Rabelais et l'excès dissertation sur oeuvre Séquence humanisme

Par Laucun - publié le dimanche 28 décembre 2014 à 11:49 dans 05W Humanisme

 Source : Mariane Foeillet Perruche weblettres

 

Attention ce plan manque d'exemples nombreux et précis ! Il vous permettra cependant de développer votre réponse à l'entretien.

 

Sujet Dissertation :

 

 Vous commenterez et éventuellement discuterez les propos suivants de Ch. Dantzig sur Rabelais :

 

« Médecin, sceptique, railleur, Rabelais est contre les excès, sauf les siens. C'est un enfant très intelligent et insupportable : quand il a trouvé une bonne blague, il est si content qu'il la répète cent fois sans s''arrêter. […] Ses excès lui donnent parfois de la poésie.

[…] Rabelais n''en est pas moins un raisonnable. Exagération n''est pas déraison.» (Dictionnaire égoïste de la Littérature française, Plon, 2005, p.717-718)

 

 

Analyse du sujet.

Il faut donc traiter la question de l''excès chez Rabelais dans Gargantua.

 

Le plan

I/Rabelais est-il (un écrivain) excessif ? Oui, bien sûr, on le démontre à l''aide de divers arguments appuyés par des exemples précis tirés du roman. Ses excès sont-ils poétiques?

 

II/ « Exagération n''est pas déraison » :

Même si Rabelais paraît excessif et désordonné, il suit toujours son idée, et veut démontrer quelque chose (de raisonnable, qui tient à la raison, qui est l'envers de la folie). Cette problématique nous rappelle le prologue dans lequel Rabelais disait s'adresser aux fous. Là même où il paraît démesuré, il est dans la mesure.

On explique donc à l''aide d''exemples précis que Rabelais utilise l''excès, l''outrance, et le désordre pour démontrer quelque chose.

 

 

Correction de la dissertation

 

Introduction

 

  On se souvient des quantités impressionnantes de tripes de godebillaux qu''ingurgite Gargamelle juste avant de donner naissance à Gargantua : Rabelais place donc l''excès aux origines mêmes de son personnage principal. Gargantua lui-même est donc né de l''excès.

Charles Dantzig dans l''article « Rabelais » de son Dictionnaire Egoïste de la Littérature française semble lui aussi s''en souvenir puisqu''il écrit: « Rabelais est contre les excès, sauf les siens ». Rabelais serait donc un spécialiste de l''excès, voire un écrivain excessif. Selon Ch. Dantzig, non seulement ses excès lui confèrent parfois de la poésie, mais ils ne l''empêchent nullement d''atteindre l''ordre et la raison car : « Exagération n''est pas déraison ». Derrière les excès de ce roman qui fut interdit pour obscénité, Rabelais dissimule son message humaniste.

Nous étudierons d''abord les excès de Rabelais dans Gargantua et les effets poétiques qu''ils engendrent. Puis nous démontrerons que ces excès lui servent précisément à ordonner le programme de l''idéal humaniste qu''il prône.

 

Première partie :

 

Rabelais est un écrivain qui utilise l''excès « à l''excès » ; mais cette outrance est créative et récréative (poétique)

 

1/ Les excès liés au gigantisme

-Ec=xcès  lié à la nourriture

· Le rôle des grands nombres (dans les repas, pour la confection des habits de Gargantua, pour les dons de Gargantua à l'abbaye de Thélème)

· Les listes (de jeux pour Gargantua, de pays à conquérir pour Picrochole) et les programmes d'activité de Gargantua pendant son éducation.

 

Tout ce qui a trait au gigantisme est donc logiquement démesuré : la démesure n''est pas ici folie. On insistera aussi sur le rôle des accumulations en général.

2/ Les excès de vulgarité

 La phrase de Dantzig sur les bêtises de Rabelais, enfant insupportable s'applique parfaitement au chapitre sur le « torche-cul » (ch 13) ; ou à la bêtise de Gargantua urinant sur les Parisiens. Quant à l'obscénité, elle est récurrente dans le roman, d'abord dans la bouche des géants (Grandgousier, et Gargantua), puis l'obscène sera repris par Frère Jean (particulièrement dans le ch. 39 Comment le moine fut fêté par gargantua…)

 

3/La poésie de l''excès

 C'est précisément dans le vulgaire que naît le poétique : dans la jouissance du verbe, et la transgression des interdits, la libération de la parole fait naître des images provocatrices, certes mais poétiques, par exemple dans le chapitre 13, dans la liste des « torche-cul », ou dans les propos décousus de Frère Jean sur les jeunes filles (ch 39) ou sous une forme versifiée dans l'inscription sur la porte de Thélème (ch 54)

 

 

Deuxième partie : Rabelais fait un usage raisonné de l''excès. L''excès au service de la raison

 

1/ Rabelais utilise l''excès pour se moquer des excès de son temps :

· D'abord à travers les excès de violence de Frère Jean, Rabelais critique la violence des religions (contexte historique, tension entre catholiques et réformateurs, persécutions qui sont interrompues au moment du Gargantua, tortures judiciaires, etc)

· A travers le côté dérisoire et excessif des guerres picrocholines (pour des fouaces), Rabelais se moque des souverains belliqueux (ch. Quint)

 L'excès est donc au service de la dénonciation satirique : l'excès permet de désigner des cibles (Ch. Quint, l'Eglise) et par le comique rend l'argumentation plus efficace.

 

2/ Rabelais utilise l''excès pour projeter une société utopique

Les excès de perfection, dans l'architecture, dans les exigences pour entrer à Thélème font partie du programme du parfait humaniste : les excès ne sont pas ici au service d'une dénonciation

 

 

Conclusion :

 

 Rabelais est donc bien un écrivain qui utilise les excès d'abord pour camper ses personnages dans le gigantisme. De taille démesurée, les personnages doivent manger, uriner s'habiller, être éduqués à la mesure de leur taille. C'est le monde entier qui est à leur (dé)mesure.

S'appuyant sur le gigantisme, Rabelais utilise une autre sorte d'excès en transgressant tous les interdits : ces géants se permettent aussi des excès de langage et d'obscénité. Une fois ce décor excessif planté, Rabelais mettra en scène Frère Jean, qui n'est pas un géant, et qui se permettra pourtant les excès les plus graves :ceux qui touchent à la violence. Les excès de Frère Jean servent à Rabelais à dénoncer les excès de son temps.

Ch. Dantzig a donc raison : « Exagération n'est point déraison ». Même si Rabelais emprunte le masque de l'outrance, et de la déraison, « il voulut se mettre à couvert, sous le masque de la folie » (Voltaire). Cette question de la folie qui est contiguë à celle de l'excès, nous oriente vers un domaine que la Renaissance n'a pas dédaigné : que l'on songe à l'Eloge de la folie d'Erasme. Les penseurs et les écrivains de la Renaissance avaient assez de sagesse pour ne pas dédaigner les fous.

 

 

Mariane Foeillet-Perruche


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