La chevelure en vers et en prose : comparaison Baudelaire
Par Laucun - publié le vendredi 24 juillet 2015 à 01:00 dans 06W Réécriture
Comparaison entre « La Chevelure » et « Un hémisphère dans une chevelure".
La chevelure devient un pont, une « correspondance », entre le visible et l''invisible, entre la sensualité du poète et le rêve. Elle est support et révélation d'une expérience surnaturelle : la sensation devient idée, l''infini s''inscrit dans le fini. Mais elle reste une entité virtuelle. Alors que le poème en vers, avec son ton épique, nous introduit dans le discours « extérieur » de l''allégorie, le poème en prose traduit une expérience directe de proximité et d''intimité : c''est que le poète s''adresse cette fois directement à une personne (et non plus à un objet personnifié) : « Laisse-moi respirer », « Si tu pouvais savoir… », « Tes cheveux… », « Dans les caresses de ta chevelure… », etc., qu''il traduit ses incertitudes, ses doutes, son impuissance à expliquer (« si tu pouvais savoir »), en un mot sa fragilité. Si le texte perd en ambition, il gagne en sincérité.
En comparant la deuxième strophe du poème en vers et le deuxième paragraphe du poème en prose on s''interrogera sur la valeur de l''évocation des « correspondances » dans le premier cas « langoureuse Asie… brûlante Afrique » par rapport à la marge d''imprécision laissée dans le deuxième : distance entre le dit et le suggéré, entre la précision et le mystère. D''autre part au mot « esprit » le poète, dans le poème en prose, substitue le mot « âme » : on se demandera lequel de ces mots est chargé de plus d''intériorité, de spiritualité, de religiosité.
Enfin on soulignera combien le réalisme du poème en prose se pare de la musique d''allitérations multiples, comme dans le troisième paragraphe peuplé d''échos : « voilures », « matures » ; «… de grandes mers me portent vers de charmants climats, où l''espace est plus bleu et plus profond, où l''atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine… .
Sur le plan graphique, en dépit d'une mise page différente, la longueur de ces poèmes paraît proche : le poème possède 7 strophes. Chacune de ces strophes forme un tout et se clôt sur un signe de ponctuation fort. Le poème en prose contient 7 paragraphes : les proportions restent les mêmes mais les paragraphes du poème en prose sont de longueurs différentes, ce qui implique une certaine liberté d''allure.
S'il on compte ensuite les points d''exclamation et d''interrogation dans les deux poèmes : pas moins de 13 points d''exclamation dans le poème en vers avec 1 point d''interrogation. Dans le poème en prose : 3 points d''exclamation seulement ; aucun point d''interrogation.
On en déduit que le texte en vers, avec ses nombreux points d''exclamation (qu''on appelait points d''admiration ou points pathétiques) a un caractère oratoire, déclamatoire surchargé d''émotions, avec tous les effets pathétiques de la poésie romantique : nous tombons dans une sorte de grandiloquence poétique à la façon de Hugo, avec des éléments de préciosité « Dans ce noir océan où l''autre est enfermé » (« l''autre », c''est-à-dire l''océan réel).
Au contraire le poème en prose est d''ordre déclaratif sobre (à l'égal d'une narration plus neutre). Sans doute sommes-nous ici plus touchés par une évocation qui ne se paie pas de mots, par une tonalité familière qui ne craint pas d''évoquer des langueurs de divan « entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes » : l''hypertrophie de la parole est loin de s''allier toujours à la sincérité et devient vite suspecte. Toutefois reconnaissons au caractère pathétique du rythme de la poésie, dans son mouvement, dans son roulis, une valeur d''entraînement.• Dans le poème en vers l''expérience est celle d''un « Ego » qui se trouve dans son rapport sensuel avec une chevelure détachée de toute appartenance : chaque strophe est marquée par l''irruption du moi dans son rapport avec la chevelure, objet de son idolâtrie et de ses rêves exotiques. Tout s''ordonne autour d''une première personne au miroir d''un objet absent de véritable humanité et qui éveille en elle sensations, sentiments, émotions, réflexions, rêves : un rêve de bonheur qui est rêve de vie spirituelle (son esprit « nage » sur le parfum de la chevelure, v. 10), son « âme » peut boire (v. 16), le ciel devient « pur » (v. 20), l''azur prend vraiment la valeur de l''infini (v. 27), etc.
En comparant la deuxième strophe du poème en vers et le deuxième paragraphe du poème en prose on s''interrogera sur la valeur de l''évocation des « correspondances » dans le premier cas « langoureuse Asie… brûlante Afrique » par rapport à la marge d''imprécision laissée dans le deuxième : distance entre le dit et le suggéré, entre la précision et le mystère. D''autre part au mot « esprit » le poète, dans le poème en prose, substitue le mot « âme » : on se demandera lequel de ces mots est chargé de plus d''intériorité, de spiritualité, de religiosité.
Enfin on soulignera combien le réalisme du poème en prose se pare de la musique d''allitérations multiples, comme dans le troisième paragraphe peuplé d''échos : « voilures », « matures » ; «… de grandes mers me portent vers de charmants climats, où l''espace est plus bleu et plus profond, où l''atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine… .
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