Penser après les cours...!

Programme des dernières heures 1ST2S3( Urgent)

Par cyberblaise - publié le mercredi 18 mai 2011 à 15:12 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Si la sortie avec M. Liquier( lundi - juin) est maintenue, il reste deux heures: le lundi 23 mai pour étudier "la Loreley" d'Apollinaire et faire un corrigé rapide de la dissertation( photocopie d'un plan détaillé).

Mercredi 25 mai (1h): faire l'étude de "Salomé" d'Apollinaire.

Lundi 30 mai: deux heures: entraînement à l'entretien oral, fin des questions sur Apollinaire. Discussion à propos du recueil lu en lecture cursive: L'Amour Extrême d'André Velter, organisation du recueil, votre poème préféré.

Mercredi 1er juin: distribution de la liste de textes, du fascicule de textes et du descriptif. Mercredi 8 juin: Une Vie, roman de Maupassant, lecture cursive: le personnage de Jeanne.


 Rappel: Ecrit de l'EAF : 20 juin. Oraux du 27 au 30 juin.

Les interprétations possibles du conte du petit Chaperon Rouge

Par cyberblaise - publié le lundi 16 mai 2011 à 18:21 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Le conte, les versions et les analyses

CONTE : définition

N.M. (de conter) : récit, souvent assez court, de faits, d'aventures imaginaires. (Le Petit Larousse 2010)

Le conte fait partie de la grande famille du récit, dont la narration est rigoureusement

construite : situation initiale – événement perturbateur – péripéties – dénouement – situation finale. D'un point de vue linguistique, c'est un type d'énoncé relatant des faits présentés comme passés, et marqué par l'emploi de la troisième personne, ainsi que celui du passé simple et de l'imparfait. Ainsi, le conte se situe dans l'intemporel. Il appartient à un passé indéterminé, et en général lointain, d'où les expressions telles que « Il était une fois... », « Il y a bien longtemps... », ou encore « En ce temps-là... ».

Le conte se situe dans un monde sans cadres géographiques précis. En général, les contextes sont soit des paysages typiques tels que la forêt, la montagne, la savane etc..., soit des lieux de fantaisie (la ferme de Delphine et Marinette, des Contes du chat perché).

 

Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge est à l'origine un conte de la tradition populaire. Il connait de nombreuses versions au cours de l'histoire et des sociétés. Il est classé dans les contes d'avertissement (=recommande de suivre certains comportements ou met en garde sur les conséquences de certains actes) et contient à la base des thèmes ayant trait à la sexualité, à la violence et au cannibalisme.

 

En Europe, on retrouve la trace de cette histoire dans la tradition orale, sous différentes versions, antérieures au 17ème siècle. Dans ces versions, le conte oppose, dans une convention toute médiévale, l'univers sûr du village aux dangers de la forêt. C'est d'ailleurs du Moyen Âge que le Petit Chaperon tient sa couleur rouge : en effet, les trois couleurs dominantes à cette époque sont le rouge, le blanc et le noir. Le loup est noir, le beurre est blanc, l'héroïne doit être rouge.

Les paysans français racontent cette histoire dès le 11ème siècle. Une des versions orales du conte, la plus connue, est l'une des plus sanglantes : le Loup, arrivé chez la Mère-grand, la dévore en en gardant toutefois un peu de côté, et prend sa place. La petite fille arrive et, ne se doutant de rien, obéit à la fausse grand-mère lui disant de manger un peu de viande et de boire un peu de vin, en fait la chair et le sang de l'aïeule.

Dans la version italienne de La Finta Nonna (La Fausse Grand-mère), la petite fille l'emporte sur le loup grâce à sa propre ruse, sans l'aide d'un homme ou d'une femme plus âgée. Le personnage d'un chasseur est ajouté ultérieurement. Son intervention relègue l'héroïne dans un rôle plus passif. Certains y voient la volonté de maintenir les femmes « à leur place », dépendantes de l'aide d'un homme fort.

 

Les versions de Charles Perrault et des Frères Grimm

La plus ancienne version retranscrite et figée est celle de Charles Perrault, parue dans Les Contes de ma Mère l'Oye en 1697.

Charles Perrault est né le 12 janvier 1628 à Paris et est mort le 16 mai 1703. Homme de lettres français, il est célèbre pour ses Contes de ma mère l'Oye, issus de la tradition orale française.

Sa version du Petit Chaperon rouge est plus moralisatrice que celles qui suivront, comme l'atteste la présence à la fin du récit d'un court texte de mise en garde adressé aux jeunes filles :

On voit ici que de jeunes enfants,

Surtout de jeunes filles

Belles, bien faites, et gentilles

Font très mal d'écouter toute sorte de gens,

Et que ce n'est pas chose étrange,

S'il en est tant que le loup mange.

Je dis le loup, car tous les loups

Ne sont pas de la même sorte;

Il en est d'une humeur accorte,

Sans bruit, sans fiel et sans courroux,

Qui privés, complaisants et doux,

Suivent les jeunes Demoiselles

Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles; [...]

(Contes, Charles Perrault, Edition présentée, établie et annotée par Jean-Pierre

Collinet, Paris, Gallimard, p. 145.)

 

Il épure son récit des scènes les plus crues des versions campagnardes, pour en accentuer la fonction de mise en garde. Son héroïne est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu'elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger. L'histoire se termine donc sur la victoire du loup. Pas de fin heureuse pour l'héroïne, la morale de Perrault est sans appel !

 

En 1800, Ludwig Tieck, homme de théâtre allemand du 19ème siècle, introduit la figure du chasseur sauveur lorsqu'il met en scène le conte sous le titre Mort et vie du Petit chaperon rouge.

Au 19ème siècle, les Frères Grimm (deux linguistes, philologues et collecteurs de contes de langue allemande : Jacob Grimm (4 janvier 1785 - 20 septembre 1863) et Wilhelm Grimm (24 février 1786 - 16 décembre 1859)), rapportent deux versions distinctes du Petit Chaperon rouge : la première par Jeanette Hassenpflug (1791–1860) et la seconde par Marie Hassenpflug (1788–1856). Les deux frères firent de la première version l'histoire principale et de la seconde une suite. L'histoire de Rotkäppchen (La Capuche Rouge) est éditée dans la première édition de leur collection Kinder- und Hausmärchen (Contes des Enfants et du Foyer, 1812).

Ils l'adaptent en épurant encore d'avantage le récit et en évacuant certaines connotations sexuelles. La moralité est d'ailleurs ici dite par le Petit Chaperon rouge, et la fin est heureuse : la fillette et sa grand-mère sont sauvées par un chasseur qui suivait la piste du loup. La suite montre la fillette et sa grand-mère piégeant et tuant un autre loup, anticipant ses gestes grâce à l'expérience acquise au cours de la première histoire.

 

Les frères Grimm modifient l'histoire dans les éditions suivantes, jusqu'à atteindre la version la plus connue et la plus populaire dans l'édition de 1857. Cette version raconte l'histoire d'une petite fille qui traverse la forêt pour apporter un morceau de galette et une bouteille de vin à sa grand-mère. En chemin, la fillette fait la rencontre d'un loup, qui la piège à la fin et la dévore elle et sa grand-mère. Un chasseur vient néanmoins pour les sauver en ouvrant le ventre du Loup. Le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère en sortent saines et sauves.

On ne compte plus les adaptations et les réécritures du Petit Chaperon Rouge. A noter parmi elles celle d'Henry Pourrat (Trésor des contes, 1952) qui reprend les éléments du conte traditionnellement mis de côtés par les derniers auteurs : cannibalisme et animisme.

A la fin du 19ème siècle, lors de la grande poussée de l'interprétation symbolique, plusieurs auteurs se sont intéressés à l'interprétation du Petit Chaperon rouge. Avec l'avènement de la psychanalyse, les interprétations sont de plus en plus corsées, et les contes perdent l'innocence de leur fonction première, destinés au préalable au jeune public.

Freud  voit dans le loup le masque de la figure paternelle : il se demande si le contenu caché n'est pas la peur que l'enfant éprouve à l'égard de son père.

 

C'est cependant Bruno Bettelheim qui propose l'interprétation psychanalytique la plus

populaire aujourd'hui :

Selon lui, les contes ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. L'enfant peut ainsi affronter ces problèmes dans leur forme essentielle, alors qu'une intrigue plus élaborée lui compliquerait les choses. Le conte simplifie toutes les situations.

Ses personnages sont nettement dessinés ; et les détails, à moins qu'ils ne soient très importants, sont laissés de côté. Tous les personnages correspondent à un type et n'ont rien d'unique. Le mal y est aussi répandu que la vertu. Dans pratiquement tous les contes, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages et par leurs actions, de même qu'ils sont omniprésents dans la vie et que chaque homme a des penchants pour les deux. C'est ce dualisme qui pose le problème moral : l'homme doit lutter pour le résoudre.

Le mal est présenté avec tous ses attraits, et, souvent, il triomphe momentanément. De nombreux contes nous disent que l'usurpateur réussit pendant quelque temps à se tenir à la place qui appartient de droit au héros (comme les méchantes soeurs de Cendrillon ). Cependant, ce n'est pas seulement parce que le méchant est puni à la fin de l'histoire que les contes ont une portée morale : comme dans la vie, le châtiment, ou la peur qu'il inspire, n'a qu'un faible effet préventif contre le crime ; la conviction que le crime ne paie pas est beaucoup plus efficace, et c'est pourquoi les méchants des contes finissent toujours par perdre. Ce n'est pas le triomphe final de la vertu qui assure la moralité du conte mais le fait que l'enfant, séduit par le héros s'identifie avec lui à travers toutes ses épreuves. L'enfant accomplit tout seul cette identification, et les luttes intérieures et extérieures du héros impriment en lui le sens moral recherché.

Les personnages des contes ne sont pas ambivalents ; ils ne sont pas à la fois bons et méchants, comme nous le sommes tous dans la réalité. De même qu'une polarisation domine l'esprit de l'enfant, elle domine le conte : chaque personnage est bon ou méchant. Un frère est idiot, l'autre intelligent. Une soeur est vertueuse et active, les autres infâmes et indolentes. L'une est belle, les autres sont laides. L'un des parents est bon, l'autre méchant. Ce contraste des personnages permet à l'enfant de comprendre facilement leurs différences, ce qu'il serait incapable de faire aussi facilement si les protagonistes, comme dans la vie réelle, se présentaient avec toute leur complexité.

En cela, les contes exercent une fonction thérapeutique sur l'enfant : ils répondent de façon précise aux angoisses du jeune enfant.

Dans son ouvrage : La Psychanalyse des contes de fées, B. Bettelheim analyse le Petit Chaperon rouge comme tel : il symboliserait le personnage de la petite fille aux portes de la puberté, le choix de la couleur rouge du chaperon renvoyant au cycle menstruel, et donc à la sexualité.

Le village et la maison de la grand-mère sont des endroits sûrs, chemin entre l'enfance et l'âge adulte. Pour arriver à destination, il faut emprunter un chemin qui traverse une forêt, lieu de danger où rôde le grand méchant loup. La mère indique à la fille le chemin à suivre, le « droit chemin » et la met en garde contre les mauvaises rencontres. La fillette a une attitude ambiguë, puisque, faisant mine de se débarrasser du loup, elle lui donne en réalité toutes les indications pour que celui-ci trouve la grand-mère, et la mange… Arrivée à destination, la fillette voit bien que quelque chose ne va pas, (« Que vous avez de grandes dents ») mais finit tout de même dans le lit du loup. Ce dernier, présent dans d'autres contes comme prédateur (Le Petit Poucet), est ici la figure du prédateur sexuel.

 

L'analyse de Bruno Bettelheim repose cependant sur un conte tronqué. En effet, Charles Perrault fixe l'une des centaines de versions du Petit Chaperon rouge mais élimine des détails qui ne lui signifient rien alors qu'ils peuvent avoir une importance capitale dans l'analyse de l'histoire. Le Petit Chaperon rouge hésite entre les principes de plaisir et de réalité et ne prend conscience de ses obligations que lorsqu'elle ne tire plus de plaisir à sa flânerie dans les bois.

Plus tard, des analyses féministes verront aussi le jour, décelant dans ce conte « un reflet de la peur qu'ont les hommes de la sexualité féminine – ainsi que de la leur. »…

Le mythe de Salomé.

Par cyberblaise - publié le lundi 2 mai 2011 à 18:01 dans 1ST2S3 (2010-2011)

 Pour mieux comprendre le poème d'Apollinaire qui s'intitule "Salomé", suivez ce lien :

http://www.mediterranees.net/mythes/salome/index.html

Descriptif provisoire 1ST2S3 pour vous aider dans vos révisions.

Par cyberblaise - publié le mardi 19 avril 2011 à 10:04 dans 1ST2S3 (2010-2011)

 Descriptif provisoire des 1 ST2S3

 

Objet d'étude : l'argumentation : argumenter, persuader, délibérer.

 

Axe d'étude : Comment se servir du discours pour défendre ses convictions ?

Objectif de la séance : les outils d'analyse du texte argumentatif, vocabulaire et méthode

Argumenter : défendre une idée, un point de vue. Le locuteur argumente afin d'agir sur son destinataire.

 

Les questions sur le texte argumentatif :

-          Quel est l'argument défendu ? Quelle est l'idée défendue ? Quel est le point de vue du locuteur ?

-          Quel est l'effet produit sur le destinataire ? Adhère-t-il à la thèse défendue ?

-          Quels sont les moyens employés pour agir sur le destinataire ?

-          Quelle est la cible de la critique ? Qui est visé ?

 

Texte 1 -                Discours de la servitude volontaire (1574)

Étienne de la Boétie (1530-1563)

 

Conseiller au parlement de Bordeaux,  Étienne de la Boétie fut l'ami de Montaigne. Homme de tolérance, il tenta aux côtés de Michel de l'Hospital , chancelier du royaume, de mettre fin à la guerre civile en rapprochant catholiques et protestants. Cet intellectuel brillant et engagé mourut prématurément à l'âge de 33 ans. Le Discours de la servitude volontaire, édité à titre posthume en 1574, fut écrit alors que son auteur n'avait que 18 ans. Publié sous le titre de Contr'un, il fut utilisé par les protestants comme un pamphlet contre la monarchie catholique française. Réquisitoire contre la tyrannie, plaidoyer pour la liberté, le Discours illustre l'intérêt des humanistes pour la réflexion politique.

 

« Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez enlever, sous vos propres yeux, le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, dévaster vos maisons et les dépouiller des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vous viennent, non pas des ennemis, mais bien certes de l'ennemi et de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, pour qui vous allez si courageusement à la guerre et pour la vanité duquel vos personnes y bravent à chaque instant la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il les innombrables argus(1) qui vous épient, si ce n'est de vos rangs ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les emprunte de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, que par vous-même ? Comment oserait-il vous courir sus(2), s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n'étiez receleurs du larron (3) qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue, et traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs, pour qu'il les dévaste ; vous meublez et remplissez vos maisons, pour fournir à ses voleries ; vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure (4) ; vous nourrissez vos enfants, pour qu'il en fasse des soldats (trop heureux sont-ils encore !) pour qu'il les mène à la boucherie, qu'il les rende les ministres de ses convoitises, les exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine, afin qu'il puisse se mignarder(5) en ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez, afin qu'il soit plus fort, plus dur et qu'il vous tienne la bride plus courte : et de tant d'indignités, que les bêtes elles-mêmes ne sentiraient point ou n'endureraient pas, vous pourriez vous en délivrer, sans même tenter de le faire, mais seulement en essayant de le vouloir. Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser. »

 

 

Notes : 1. Argus : espions.      – 2. courir sus : se ruer sur vous.    – 3. larron : brigand, voleur.    -  4. Luxure : recherche et pratique du plaisir sexuel.  -   5.  mignarder : avoir des manières affectées.

 

Ouverture sur le mouvement humaniste. Lecture dans le manuel du chapitre sur Les Essais de Montaigne.

 

 

 

 

 

 

Texte2  Voltaire, « Femmes, soyez soumises à vos maris », dans Mélanges, pamphlets et œuvres polémiques – 1759-1768

 

L'abbé de Châteauneuf la1 rencontra un jour toute rouge de colère. «Qu'avez-vous donc, Madame? lui dit-il. - J'ai ouvert par hasard, répondit-elle, un livre qui traînait dans mon cabinet; c'est, je crois, quelque recueil de lettres; j'y ai vu ces paroles: Femmes, soyez soumises à vos maris; j'ai jeté le livre.

- Comment Madame! savez-vous bien que ce sont les Épîtres de saint Paul?

- Il ne m'importe de qui elles sont; l'auteur est très impoli. Jamais monsieur le maréchal ne m'a écrit dans ce style; je suis persuadée que votre saint Paul était un homme très difficile à vivre. Était-il marié?

- Oui, Madame.

- Il fallait que sa femme fût bien une bonne créature: si j'avais été la femme d'un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. Soyez soumises à vos maris! Encore s'il s'était contenté de dire: Soyez douces, complaisantes, attentives, économes, je dirais: Voilà un homme qui sait vivre; et pourquoi soumises, s'il vous plaît? Quand j'épousai M. de Grancey, nous nous promîmes d'être fidèles: je n'ai pas trop gardé ma parole, ni lui la sienne; mais ni lui ni moi ne promîmes d'obéir. Sommes-nous donc des esclaves? N'est-ce pas assez qu'un homme, après m'avoir épousée, ait le droit de me donner une maladie de neuf mois, qui quelquefois est mortelle? N'est-ce pas assez que je mette au jour avec de très grandes douleurs un enfant qui pourra me plaider quand il sera majeur? Ne suffit-il pas que je sois sujette tous les mois à des incommodités très désagréables pour une femme de qualité, et que, pour comble, la suppression d'une de ces douze maladies par an soit capable de me donner la mort, sans qu'on vienne me dire encore: Obéissez?

Certainement la nature ne l'a pas dit; elle nous a fait des organes différents de ceux des hommes; mais en nous rendant nécessaires les uns aux autres, elle n'a pas prétendu que l'union formât un esclavage. Je me souviens bien que Molière a dit:

"Du côté de la barbe est la toute-puissance2."

Mais voilà une plaisante raison pour que j'aie un maître! Quoi! parce qu'un homme a le menton couvert d'un vilain poil rude, qu'il est obligé de tondre de fort près, et que mon menton est né rasé, il faudra que je lui obéisse très humblement? Je sais bien qu'en général les hommes ont les muscles plus forts que les nôtres, et qu'ils peuvent donner un coup de poing mieux appliqué: j'ai bien peur que ce ne soit là l'origine de leur supériorité.

Ils prétendent avoir aussi la tête mieux organisée, et, en conséquence, ils se vantent d'être plus capables de gouverner; mais je leur montrerai des reines qui valent bien des rois. On me parlait ces jours passés d'une princesse allemande qui se lève à cinq heures du matin pour travailler à rendre ses sujets heureux, qui dirige toutes les affaires, répond à toutes les lettres, encourage tous les arts, et qui répand autant de bienfaits qu'elle a de lumières. Son courage égale ses connaissances; aussi n'a-t-elle pas été élevée dans un couvent par des imbéciles qui nous apprennent ce qu'il faut ignorer, et qui nous laissent ignorer ce qu'il faut apprendre. Pour moi, si j'avais un État à gouverner, je me sens capable d'oser suivre ce modèle. »

L'abbé de Châteauneuf, qui était fort poli, n'eut garde de contredire madame la maréchale.

 

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1. Il s'agit de la maréchale de Grancey.

2. Parole du bourgeois Arnolphe à la jeune Agnès, sa pupille dans LÉcole des femmes de Molière.

 

 

 

Texte 3 : Victor Hugo et les Etats Unis d'Europe.

Discours prononcé le 21 août 1849 lors du Congrès de la paix.

 (…) Messieurs, si quelqu'un, il y a quatre siècles, à l'époque où la guerre existait de commune à commune, de ville à ville, de province à province, si quelqu'un eût dit à la Lorraine, à la Picardie, à la Normandie, à la Bretagne, à l'Auvergne, à la Provence, au Dauphiné, à la Bourgogne : Un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d'hommes d'armes les uns contre les autres, un jour viendra où l'on ne dira plus : Les Normands ont attaqué les Picards, les Lorrains ont repoussé les Bourguignons. Vous aurez bien encore des différends à régler, des intérêts à débattre, des contestations à résoudre, mais savez-vous ce que vous mettrez à la place des hommes d'armes ? Savez-vous ce que vous mettrez à la place des gens de pied et de cheval, des canons, des fauconneaux, des lances, des piques, des épées ? Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l'urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les cœurs, qui dira à chacun : Là finit ton droit, ici commence ton devoir. Bas les armes ! vivez en paix ! (Applaudissements.) Et ce jour-là, vous vous sentirez une pensée commune, des intérêts communs, une destinée commune ; vous vous embrasserez, vous vous reconnaîtrez fils du même sang et de la même race ; ce jour-là, vous ne serez plus des peuplades ennemies, vous serez un peuple ; vous ne serez plus la Bourgogne, la Normandie, la Bretagne, la Provence, vous serez la France. Vous ne vous appellerez plus la guerre, vous vous appellerez la civilisation !

Si quelqu'un eût dit cela à cette époque, messieurs, tous les hommes positifs, tous les gens sérieux, tous les grands politiques d'alors se fussent écriés : " Oh ! le songeur ! Oh ! le rêve-creux ! Comme cet homme connaît peu l'humanité ! Que voilà une étrange folie et une absurde chimère ! " - Messieurs, le temps a marché, et cette chimère, c'est la réalité. (Mouvement.)

Et, j'insiste sur ceci, l'homme qui eût fait cette prophétie sublime eût été déclaré fou par les sages, pour avoir entrevu les desseins de Dieu ! (Nouveau mouvement.)

Eh bien ! vous dites aujourd'hui, et je suis de ceux qui disent avec vous, tous, nous qui sommes ici, nous disons à la France, à l'Angleterre, à la Prusse, à l'Autriche, à l'Espagne, à l'Italie, à la Russie, nous leur disons :

Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu'elle serait impossible et qu'elle paraîtrait absurde aujourd'hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. – Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France ! (Applaudissements.) Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être ! (Rires et bravos.) Un jour viendra où l'on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis d'Europe (Applaudissements), placés en face l'un de l'autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! (Longs applaudissements(…)

 

Projection en ouverture d'un extrait de documentaire sur Hugo et la pensée européenne.

 

 

 

Texte 4  -                                Discours sur le colonialisme (1950)

                                                    Aimé CÉSAIRE (1913-2008)

 

« Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des masses décérébrées, des masses avilies.
Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjuvant, en garde-chiourme, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J'entends la tempête. On parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.

Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan.

Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. »

 

Ouverture sur la cérémonie du Panthéon en Avril 2011.

 

 

Objet d'étude : Un mouvement littéraire : les Lumières, le siècle des philosophes.

Recherche à partir d'un questionnaire. Insistance sur le rôle de Voltaire.

 

Objet d'étude croisé : L'argumentation indirecte par le récit et le roman comme vision du monde : L'Ingénu de Voltaire entre conte philosophique et roman sensible, un récit qui fait la satire des abus de pouvoir sous l'Ancien Régime grâce à l'humour et à l'émotion.

 

-Extrait du chapitre 2 : les amours du Huron en Huronie.

 

Mademoiselle de Saint-Yves était fort curieuse de savoir comment on faisait l'amour au pays des Hurons. En faisant de belles actions, répondit-il, pour plaire aux personnes qui vous ressemblent. Tous les convives applaudirent avec étonnement. Mademoiselle de Saint-Yves rougit et fut fort aise. Mademoiselle de Kerkabon rougit aussi, mais elle n'était pas si aise ; elle fut un peu piquée que la galanterie ne s'adressât pas à elle ; mais elle était si bonne personne, que son affection pour le Huron n'en fut point du tout altérée. Elle lui demanda, avec beaucoup de bonté, combien il avait eu de maîtresses en Huronie. Je n'en ai jamais eu qu'une, dit l'Ingénu; c'était mademoiselle Abacaba, la bonne amie de ma chère nourrice ; les joncs ne sont pas plus droits, l'hermine n'est pas plus blanche, les moutons sont moins doux, les aigles moins fiers, et les cerfs ne sont pas si légers que l'était Abacaba. Elle poursuivait un jour un lièvre dans notre voisinage, environ à cinquante lieues de notre habitation ; un Algonquin mal élevé, qui habitait cent lieues plus loin, vint lui prendre son lièvre; je le sus, j'y courus, je terrassai l'Algonquin d'un coup de massue, je l'amenai, aux pieds de ma maîtresse, pieds et poings liés. Les parents d'Abacaba voulurent le manger, mais je n'eus jamais de goût pour ces sortes de festins ; je lui rendis sa liberté, j'en fis un ami. Abacaba fut si touchée de mon procédé qu'elle me préféra à tous ses amants. Elle m'aimerait encore si elle n'avait pas été mangée par un ours : j'ai puni l'ours, j'ai porté longtemps sa peau ; mais cela ne m'a pas consolé.

Mademoiselle de Saint-Yves, à ce récit, sentait un plaisir secret d'apprendre que l'Ingénu n'avait eu qu'une maîtresse, et qu'Abacaba n'était plus ; mais elle ne démêlait pas la cause de son plaisir. Tout le monde fixait les yeux sur l'Ingénu ; on le louait beaucoup d'avoir empêché ses camarades de manger un Algonquin.

 

 

-Chapitre XVI : Melle de Saint-Yves aux prises avec le confesseur jésuite.

 

 

-Etude de l'extrait du chapitre XX de L'Ingénu de Voltaire.

De « La tante, presque sans vie (…) i l'estimait et il pleurait. »

 

 

Chapitre XX –"La belle Saint Yves meurt, et ce qui en arrive"
  
La tante, presque sans vie, tenait la tête de la mourante dans ses faibles bras, son frère était à genoux au pied du lit. Son amant pressait sa main, qu'il baignait de pleurs, et éclatait en sanglots ; il la nommait sa bienfaitrice, son espérance, sa vie, la moitié de lui même, sa maîtresse, son épouse. À ce mot d'épouse, elle soupira, le regarda avec une tendresse inexprimable, et soudain jeta un cri d'horreur; puis, dans un de ces intervalles où l'accablement et l'oppression des sens, et les souffrances suspendues, laissent à l'âme sa liberté et sa force, elle s'écria : « Moi, votre épouse ! Ah ! Cher amant, ce nom, ce bonheur, ce prix, n'étaient plus faits pour moi; je meurs, et je le mérite. Ô dieu de mon cœur ! ô vous que j'ai sacrifié à des démons infernaux, c'en est fait, je suis punie, vivez heureux. »
   Ces paroles tendres et terribles ne pouvaient être comprises ; mais elles portaient dans tous les cœurs l'effroi et l'attendrissement ; elle eut le courage de s'expliquer. Chaque mot fit frémir d'étonnement, de douleur et de pitié tous les assistants. Tous se réunissaient à détester l'homme puissant qui n'avait réparé une horrible injustice que par un crime, et qui avait forcé la plus respectable innocence à être sa complice.
« Qui ? vous, coupable ! lui dit son amant; non, vous ne l'êtes pas; le crime ne peut être que dans le cœur, le vôtre est à la vertu et à moi. »
Il confirmait ce sentiment par des paroles qui semblaient ramener à la vie la belle Saint Yves. Elle se sentit consolée, et s'étonnait d'être aimée encore. Le vieux Gordon l'aurait condamnée dans le temps qu'il n'était que janséniste; mais étant devenu sage, il l'estimait et il pleurait.

 

 

Lecture cursive : Le roman comme vision du monde, le personnage comme vision de l'homme : lire un roman au choix dans la liste des romans qui ont obtenu le Goncourt des lycéens.

Titre lu à noter :




 

Objet d'étude : Théâtre : Texte et Représentation.

 

Faire l'expérience d'aller au théâtre après avoir lu la pièce :

Les Bonnes de Jean Genet : un texte qui a des allures de tragédie moderne, dans une mise en scène « baroque et barrée », celle de Guillaume Clayssen à la Comédie de l'Est.

 

-Etude du début de la pièce : Une scène d'exposition qui déroute le lecteur.

 

- 2ème extrait des Bonnes : P70 « Solange, amère .Tu as bien travaillé (…) A mon tour de te dominer »P.72 Une scène de dispute entre deux sœurs. Une tension dramatique qui relève du genre policier et du registre tragique.

 

 

-3ème extrait : le monologue de Solange : la progression de la folie.

 

Complément de l'étude de la pièce : le film de Chabrol : La Cérémonie.

 

Faire l'expérience d'aller au théâtre sans avoir lu la pièce : représentation de la Cerisaie de Tchékhov, mise en scène Paul Desvaux.

 

Points communs entre les deux pièces : la question du rapport maître/serviteurs.

 

 

Objet d'étude : La poésie ( à venir)

 

Alcools d'Apollinaire : L'image de la femme dans le recueil.

 

 

 

 

Ouverture sur la poésie lyrique contemporaine : L'Amour Extrême d'André Velter

 

Sujet de bac blanc croisé : poésie et argumentation. Notion de poésie engagée, parallèle avec la chanson.

 

Lire le roman de Maupassant: Une Vie


représentation des Bonnes (5)

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 17:29 dans 1ST2S3 (2010-2011)

G. Mise en scène : d'après les textes fournis par Guillaume Clayssen dans le dossier pédagogique:

« L'œuvre de Jean Genet a pour  lieu de naissance l'univers carcéral. C'est dans ce tout petit espace coupé du monde qu'est la prison et qu'il connut à plusieurs reprises dans sa jeunesse, que Genet découvrit l'immensité de l'imaginaire et du rêve. Enfermé entre quatre murs, c'est là qu'il se mit à écrire et rencontra la force subversive de la poésie.

Ce rapport étrangement harmonieux entre un espace physique très confiné et un espace mental sans limites, constitue le fil conducteur de ma future mise en scène des Bonnes.

Elles s'enferment dans la chambre de Madame pour y jouer et y imaginer le meurtre de celle-ci. Les deux bonnes inventent, à l'intérieur d'un espace clos, un monde infini où leurs fantasmes prennent corps. Cette intimité monstrueuse que nous donne à voir Genet, cette solitude à deux qui met en scène toutes sortes de pulsions socialement condamnables, constitue en soi un enjeu théâtral fort mais ô combien délicat à représenter.

le but n'est pas de nous éloigner de nous-mêmes mais de nous rapprocher de ce qu'il y a en nous de plus intime. »

Parti pris : «  Genet fabrique un univers baroque et barré pour raconter la vie dans ses secrets les plus inavouables.

Je veux montrer que le jeu de ces deux bonnes n'est en rien superficiel et relève bien au contraire d'un processus intime et universel.

La monstruosité qui s'exprime dans leur imaginaire théâtral est aussi la nôtre. Que nous soyons entre quatre murs, coupés totalement du regard des autres et de la société, et alors, tout comme Claire et Solange, nous mettons en scène nos monstres.

Pour Genet, le théâtre n'est intéressant que s'il devient ce lieu vivant où apparaît notre intimité monstrueuse :

« Je vais au théâtre afin de me voir, sur la scène (restitué en un seul personnage ou à l'aide d'un personnage multiple et sous forme de conte) tel que je ne saurais - ou n'oserais- me voir ou me rêver, et tel pourtant que je me sais être. »

En prenant conscience de cette dimension privée du jeu, j'ai rapidement fait l'analogie avec l'art brut, cet art pratiqué par les « fous » ou les « marginaux » qui n'ont aucune conscience de faire de l'art au sens culturel et institutionnel du terme, mais qui, en revanche, éprouvent un besoin extrême à s'exprimer par le dessin, la peinture ou la sculpture.

« Les Bonnes », dans son traitement, me pose donc cette question énigmatique : comment représenter devant un public une pièce qui devrait se jouer sans public ? C'est par le jeu des comédiennes et le dispositif scénique que je souhaite créer cette atmosphère singulière de monstruosité intime.

Comment concilier avec une extrême vérité l'intime et le monstrueux ? Comment montrer sans la dénaturer, sans la forcer, cette solitude humaine dans laquelle nos rêves les plus inavouables se font jour ? »

« Le jeu théâtral des deux actrices figurant les deux bonnes doit être furtif…les actrices ne jouent pas selon un mode réaliste…Que les comédiennes jouent. Excessivement. »

Etre furtif, non réaliste et excessif dans le jeu : toutes ces indications de Genet semblent contradictoires. Comment être excessif et non réaliste à l'intérieur d'un jeu furtif, un jeu secret, qui se fait à la dérobée, qui passe presque inaperçu par sa rapidité, un jeu qui masque son jeu ?

Entendre la voix furtive de ces deux personnages. Sans jamais tomber dans le naturalisme, je veux faire entendre la pièce dans une sorte de confidentialité extrême, comme s'il existait en chacun de nous un petit théâtre monstrueux et secret. C'est ainsi que les spectateurs peuvent éprouver, je pense, le trouble joyeux et la joie trouble d'assister à une scène interdite et pourtant universelle, une scène fondatrice dans laquelle notre humanité peuple sa solitude en jouant tous ses fantasmes les plus incommunicables.

Qui sommes-nous lorsque personne d'autre ne nous regarde ? Qui devenons-nous lorsque la scène sociale disparaît ? Quel théâtre inconnu et inavouable jouons-nous lorsque nous sommes seuls et que notre inconscient nous vole un peu de chair et de sang ? Les Bonnes, tel que je rêve la pièce, me semble raconter un théâtre interdit, inconnu, un théâtre qu'on ne peut représenter, un théâtre finalement à venir et que je souhaiterais trouver.

« Ce théâtre interdit fait évidemment penser à ces rites secrets où la violence du sacrifice doit être exécutée à l'abri des regards profanes. La vulgarité est toujours incompatible avec le sacré. Genet nous met d'ailleurs en garde contre toute chute de la pièce dans la quotidienneté. Ainsi le meurtre de Madame que Claire et Solange jouent d'abord puis finissent par vouloir exécuter, n'a rien de crapuleux, de commun, de bassement égoïste. C'est un meurtre au contraire qui les dépasse, un meurtre dont les motifs contradictoires les empêchent d'être sereines et efficaces. Car Madame n'est pas simplement haïe de ses bonnes, elle est aussi adorée, admirée, idolâtrée par elles. La nécessité du meurtre de Madame repose notamment sur cet amour qui ronge Claire et Solange. Mais c'est également cet amour qui rend cet acte impossible et conduit à la fin au meurtre-suicide de Claire. Comment ainsi parvenir à exprimer cette ambivalence si riche des rapports entre Madame et les bonnes. »

« Une tragédie des apparences. La volonté criminelle des deux bonnes à l'égard de leur maîtresse a pour origine l'humiliation permanente que leur imposent, non pas seulement l'esprit mais aussi et peut-être surtout le corps et l'apparence de Madame. Cette dernière est d'ailleurs beaucoup moins humiliante verbalement que ne le joue Claire lorsqu'elle la représente. La blessure profonde que cause Madame chez ses deux bonnes n'a pas seulement pour origine les simples mots qu'elle prononce. Elle vient aussi de cette image parfaite, de cette icône sacrée qu'elle incarne et qui génère la jalousie folle et terrible de Claire et Solange. La violence innocente de Madame me semble donc aussi intéressante à jouer qu'une sorte de mépris de classe conscient et volontaire qui caractérise également Madame. La jeunesse et la beauté sont les symboles physiques de cette innocence cruelle. On comprend ainsi très bien que Madame écrase ses bonnes non par une méchanceté quelconque, mais par sa légèreté, son insouciance et son bonheur de femme bourgeoise, toutes choses qui sont refusées à celles qui vivent en bas de l'échelle sociale : « Son triomphe c'est le rouge de notre honte ! », dit Solange à Claire.

Toute la mise en scène a pour but de construire un espace où se représente ce grand écart entre le « triomphe » de Madame et la solitude monstrueuse et secrète des deux bonnes, ce contraste incroyable entre une vie de lumière et une vie plongée entièrement dans l'ombre de cette lumière. La scénographie doit permettre de rendre aussi vivante qu'irréelle cette tragédie des apparences dont le public devient le chœur silencieux.

 

 

« Quels sont les enjeux humains, les enjeux de société contemporaine ?

« Les Bonnes », écrite en 1948, constitue pour moi une vision iconoclaste et très contemporaine de la femme. La féminité qui y est exprimée est un jeu permanent et, loin de tous les clichés machistes et essentialistes, les femmes dans cette pièce, aussi monstrueuses et effrayantes soient-elles, font totalement éclater le cadre identitaire étroit dans lequel une certaine vision masculine voudrait les enfermer.

Les actrices, qui ont toujours suscité dans la société bourgeoise fascination et mépris, ont cette même force et cette même liberté qu'on retrouve dans les personnages des « Bonnes ». Il est passionnant pour moi de travailler sur cette question du féminin et d'un certain féminisme de la pièce. »


Représentation des Bonnes (4)

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 15:28 dans 1ST2S3 (2010-2011)
 

F. Jeu des acteurs :

 Diction : « Pour y parvenir le mieux possible, j'effectuerai un travail sur la voix. C'est par le volume et le timbre de celle-ci que le spectateur peut entendre et croire en ce théâtre si subtil, si paradoxal. Pour conserver cette aura de solitude et de folie intime dans laquelle sont plongées Claire et Solange, les comédiennes qui les incarnent devront être imperceptiblement soutenues par des micros.

La plus belle manière de nous plonger dans l'univers mystérieux de ces deux bonnes, consiste d'abord à créer un espace d'écoute où puisse s'entendre la voix furtive de ces deux personnages. Sans jamais tomber dans le naturalisme, je veux faire entendre la pièce dans une sorte de confidentialité extrême, comme s'il existait en chacun de nous un petit théâtre monstrueux et secret. C'est ainsi que les spectateurs peuvent éprouver, je pense, le trouble joyeux et la joie trouble d'assister à une scène interdite et pourtant universelle, une scène fondatrice dans laquelle notre humanité peuple sa solitude en jouant tous ses fantasmes les plus incommunicables. »

« Pour ma part, j'envisage de travailler sur une distribution qui creuse plusieurs écarts d'âge. Car il me semble que l'inégalité des âges peut renforcer cette inégalité si fondamentale dans la pièce qu'est l'inégalité des apparences. C'est ainsi que je justifie une certaine liberté dans ma manière de distribuer les rôles, liberté non arbitraire puisque Genet lui-même avait émis le souhait que les deux soeurs notamment ne soient pas d'un âge trop rapproché. La comédienne qui joue Madame est la plus jeune – 25 ans environ. Elle doit être très belle et jouer avec beaucoup de légèreté et de gaieté. Toutes les répliques qui, dans la pièce, soulignent que Madame est plus âgée que ses deux employées, peuvent être dites avec ironie afin de mettre davantage en valeur l'inégalité foncière qu'il y a entre elles. L'actrice qui joue Claire a un âge intermédiaire entre celui de Madame et celui de Solange. Très belle au début, comme pourrait l'être Madame quinze ans plus tard, elle perd de son éclat, de sa belle apparence au moment de l'arrivée de sa maîtresse. L'âge intermédiaire de Claire, fait qu'elle peut être ou la grande soeur de Madame ou la petite soeur de Solange, ce qu'elle est effectivement dans la pièce. Solange, elle, est jouée par une actrice d'une cinquantaine d'années. Tous ces écarts d'âge visibles doivent donner l'impression d'avoir d'un côté une Madame hors du temps, de la matière, de l'action, et de l'autre deux bonnes vouées au travail, au vieillissement, à la haine de soi et des autres.

Ce parti pris d'une distribution aussi hétérogène révèle, je crois, combien cette pièce est en définitive. »

 

Les Bonnes Texte2: une tension dramatique qui relève du genre policier et du registre tragique.

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 13:02 dans 1ST2S3 (2010-2011)

 Texte 2 Les Bonnes : Une tension dramatique qui relève à la fois du genre policier et du registre tragique.

Cet extrait montre comment Genet parvient à créer un suspense et donc une tension que l'on peut qualifier de tragique, si l'on définit ce registre comme une fatalité en marche vers un dénouement funeste pour les protagonistes.

1.       Le jeu avec les codes du fait-divers  et du genre policier :

    Le passage permet de découvrir que les Bonnes qui lisent la revue Détective que Genet lisait aussi, quand elles ne jouent pas leur « cérémonie », font des plans pour nuire à leurs patrons: cf les lettres de dénonciation anonymes qui rappellent l'affaire du Corbeau pour que Monsieur aille en prison et que Madame se retrouve seule.

    Le coup de téléphone de Monsieur crée une tension car les Bonnes craignent d'être découvertes, qu'une enquête soit menée avec recherches des indices : Solange, dans sa longue tirade, manie à merveille le vocabulaire du genre policier : « nous avons laissé des traces »et ce dernier mot va revenir de façon obsessionnelle trois fois : « Je vois une foule de traces que je ne pourrai jamais effacer ». L'hyperbole traduit l'angoisse, on a l'impression que les traces deviennent proliférantes.

   La crainte de la découverte de leur culpabilité se traduit par le champ lexical de la révélation-traces, laisser, effacer, déchiffre, découvre, saura, tout va parler, tout nous accusera, la lumière va tout avouer » et des anaphores angoissées : « par ta faute » , « elle saura tout », la répétition du pronom indéfini « tout » signale le degré de panique de Solange qui délire puisqu'elle imagine que même les miroirs et la lumière puissent dévoiler des traces de leurs agissements.

   Solange fait une vraie crise de paranoïa, accusant Claire d'être responsable de leur perte.

 

2.       Une mise à mort : chronique d'une mort annoncée : la préméditation du meurtre de Madame.

La deuxième source de tension est liée à la découverte du projet d'assassiner Madame : les bonnes ne sont pas simplement monstrueuses lorsqu'elles jouent à être Madame et fantasment, elles ont des projets criminels.

Claire utilise d'abord un euphémisme pour ne pas dire « crime » : « ton affaire avec Madame » puis c'est elle qui mettra le mot propre sur la réalité envisagée : « tuer ». Elle dira aussi « ces  coups –là ».

Solange parle de « jeu dangereux », expression qui peut se comprendre aussi bien pour la « cérémonie » que pour le meurtre prémédité.

Accusée de ne pas avoir réussi à tuer Madame, Solange revit la scène, ce qui pour le spectateur et le lecteur fait vivre les émotions d'un criminel au moment de l'acte et les circonstances : « air parfumé, lit tiède, draps tièdes » : intimité chaude de la vie, Madame surprise dans son sommeil : «  d'avoir été tout à coup si près de Madame parce que j'étais près de son sommeil », attitude d'abandon qui a ému Solange, rappel de l'amour/haine qu'elles vouent à Madame. Perte des forces : » il fallait relever le drap que sa poitrine soulevait pour trouver la gorge » : érotisme, trouble. Parallèle entre le sommeil, la mort et l'amour.

Claire plus violente : «  C'est en plein jour qu'on fait ces coups-là » comme si elle avait de l'expérience dans ce domaine.

 

Face à l'échec de la strangulation, Solange prémédite une deuxième tentative : « Le gardénal » qui a l'avantage d'agir à distance, pas dans une proximité des corps, une étreinte.

 

La fin du passage suggère aussi le mobile-voire les mobiles- du crime : une humiliation trop grande de n'être rien de valorisant cf discours de révolte de Claire, l'affirmation d'une liberté traduite par la liberté de circuler dans une espace qui n'est plus la prison de la cuisine, mais tout l'appartement : «  Je pourrai me promener dans les appartements », ne pas avoir à se cacher pour se faire plaisir.

Solange conteste ce mobile : «  nous ne pouvons tout de même pas la tuer pour si peu »

Mais Claire au contraire refuse l'humiliation supplémentaire de la découverte par Madame de leurs agissements et le persiflage et les moqueries qu'elles devront subir dans leur défaite : » Ce soir, Madame assistera à notre confusion. En riant aux éclats, en riant parmi ses pleurs, avec ses soupirs épais ». En voulant se hisser au statut d'héroine, de reine- "J'aurai ma couronne"-, Claire revendique son destin de personnage tragique.

La tonalité tragique est donc bien présente par ce que le projet de tuer Madame est confirmé mais aussi par ce que la perte des Bonnes parait assurée : leur désir de s'imposer chacune aux dépens de l'autre, leur révolte devant leur statut humiliant et leur absence d'existence, les circonstances de la sortie de prison de Monsieur font qu'elles ne peuvent plus reculer. A ce stade de la pièce,  le lecteur et le spectateur ont compris quelqu'un doit mourir, que quelqu'un va mourir.

 


Représentation des Bonnes (3)

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 09:27 dans 1ST2S3 (2010-2011)

A.      Les costumes

 « Les Bonnes », une pièce où se vêtir est un acte social et politique. Le vêtement ici fait violence et semble dire à l'autre, à l'autre qui n'est pas du même monde : « Je te méprise de toute ma belle apparence car toi tu n'es qu'invisibilité, absence au monde, insignifiance. ». Les costumes de Madame fascinent les bonnes. « La Fascination », nom d'une des robes que porte Madame. Etymologie du mot : le sexe en érection. Les bonnes devant les robes de leur patronne éprouvent un état, non pas d'admiration, mais de vénération. Paradoxe : c'est cette vénération qui est à l'origine de la haine qu'elles vouent à Madame.

 

Trois types de costumes :

-ceux des bonnes qui se fondent dans le décor et qui ôtent toute féminité, tout érotisme au corps ; Leur costume les rend interchangeable, voir le moment où elles se préparent dans une chorégraphie identique. A la place des petites robes noires qui peuvent être sexy dans la tradition de la soubrette du vaudeville, elles portent des robes sacs dans une sorte de bure claire comme des religieuses. CF Claire « J'en ai assez d'être une religieuse sordide sans Dieu et sans famille. » Les perruques semblables accentuent leur ressemblance jusqu'à la gémellité et font penser au duo des sœurs Deneuve et Dorléac dans les Parapluie de Cherbourg, sur un mode ironique. Lorsque Solange se dénude une fois que le plan de tuer Madame avec le tilleul empoisonné a échoué, elle devient le symbole de l'humanité bafouée par les rapports de classe mais va se transformer en criminelle et en victime à la fois en s'enduisant de rouge et en procédant au rituel funèbre de sa sœur assistant à l'enterrement et à son propre procès dans un monologue halluciné.

 -ceux de Madame, qui ont la beauté excentrique et violente de cette bourgeoisie canaille qui jouent de l'originalité et de l'ostentation : elle est quasi nue, libre, entièrement préoccupée de sa beauté et de sa jouissance, mais aussi dans une cage de fil de fer qui montre qu'elle aussi est victime d'un rôle qu'elle doit jouer, d'une aliénation.

-ceux de la fausse Madame qu'incarnent tour à tour les deux soeurs et dont la caractéristique est d'être une reprise monstrueuse et décalée de la garde-robe de leur patronne, une version art brut de ses robes qui évoque parfois les costumes de la reine Marie Antoinette cf Claire qui désire devenir Reine.)

Inspirations

C. La lumière : l'ensemble semble teinté de rose tirant parfois vers le jaune, des couleurs qui évoquent la chair, l'intimité, la féminité. Lorsque les appliques s'allument et révèlent leur contenu, des poupées désarticulées, un malaise est créé ainsi qu'une étrange beauté : ces bébés peuvent évoquer tous les enfants que les Bonnes mais aussi Madame n'ont pas eus, ils font penser aussi au massacre d'enfants de Gilles de Rai que Genet admirait par ce qu'il avait subverti le code moral.

E. Le travail sur le son : Le texte est parfois dit au micro comme dans un spectacle de cabaret. Les bonnes chantent à plusieurs reprises lors d'une sorte de rituel religieux: poème de Ronsard qui évoque la mort d'une femme que la poésie doit transformer en fleurs ( allusion au thème de la fleur chez Genet : son nom d'abord, Notre Dame des Fleurs titre d'une de ses œuvres. Puis le « slam » des Bonnes dans la cuisine avec la danse des bouteilles qui fait penser à une comédie musical déjantée.


Analyse de la représentation des Bonnes de Genet, mise en scène Guillaume Clayssen.

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 09:24 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Analyse de la représentation  Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène Guillaume Clayssen d'après les notes du metteur en scène et des réflexions faites en classe après le spectacle.(en gras)

A.      Espace scénique et décor : revoir les photos.

   « La chambre doit s'étendre également à l'espace où se trouvent les spectateurs. Le sentiment pour le public d'être prisonnier d'un grand jeu, d'un imaginaire intime et monstrueux, est essentiel. C'est pourquoi nous avons imaginé que le prolongement de la scène à l'espace où se trouve le public, se concrétise notamment par un système de lumières qui éclaire la salle de manière mystérieuse et progressive. Les murs qui entourent le public sont couverts de tulles au travers desquels par un jeu lumineux d'opacité et de transparence sont mis à nu les éléments du décor, tous ces objets-totems appartenant au monde étrange et intime des deux bonnes. Ainsi confiné, le public est immergé dans l'imaginaire inquiétant et jouissif de Claire et Solange. Chaque spectateur participe à sa manière au drame étonnant, à la folie théâtrale qui ensorcelle ces deux bonnes. »

 Images vidéo : projetée sur la psyché avant que « la cérémonie » ne soit totalement commencée et dont la projection correspond à l'imaginaire des bonnes, à leurs fantasmes, aux images avec lesquelles elles ont joué lors des « cérémonies » précédentes.

« Dans ce dispositif, la projection vidéo associée au son plonge donc bien le public dans les rêves inavouables de ces deux bonnes. Intégré dans ce petit théâtre intimiste et monstrueux, le spectateur refait l'expérience paradoxale qui a conduit Genet à l'écriture : un corps enfermé- Genet a écrit les Bonnes en prison- qui s'ouvre subitement à un imaginaire et à un désir sans limites. »

 

« Les costumes et les accessoires participeront en partie de cette ambiguïté. En fond de scène se trouve, à moitié caché derrière un tulle, un mur de vêtements et d'objets confectionnés dans le même esprit que les œuvres d'Annette Messager. Cette artiste travaille sur les mythologies individuelles et explore l'ambivalence de l'enfance, le rapport magique au monde, le fantasme et le fantastique, en proximité avec une tradition populaire de l'art. Par l'emploi de matériaux qui appartiennent à l'art pauvre, tels des peluches, des morceaux de tissus, des crayons de couleur, des traversins, etc., cette artiste confectionne des structures relevant du talisman, de la relique ou de l'ex-voto populaire, dans une optique qui se veut à la fois protectrice et inquiétante. C'est dans cet univers magique et quotidien que j'imagine Claire et Solange. Les costumes et les objets qui occupent, tel un mur, le fond de scène, ont été retravaillés et rendus monstrueux après avoir appartenu à l'origine à Madame. Ils ont été fétichisés par les deux bonnes qui peuvent ainsi croire vivre une vie qu'elles n'ont pas, une vie qui est à la fois l'objet de toute leur abjection et de toute leur fascination. »

 

« De cette boîte noire vont surgir des corps, des voix, des sons, des images inattendues, conduisant magiquement le spectateur à comprendre de manière sensorielle cette dérive folle de Claire et Solange. »

Interprétations proposées par la classe du « mur de vêtements » : 1. Ce sont tous les vêtements de Madame qui ont été portés et qui ont servi au jeu fantasmatique de « la cérémonie ».

2. Ce sont les rôles que les Bonnes ont joué, tous les êtres qu'elles ont été et cela ferait pensera u fait que nous ne sommes que nos vêtements. Avons-nous une existence autre que le costume que nous portons et dont se souviennent les gens qui nous côtoient ? D'où l'impression que Solange se livre à une cérémonie funèbre.

3. Les effets d'éclairage, au moment du dévoilement de ce mur, derrière la statue qui devient une sorte de cylindre- la féminité en étant gommée- transforme le mur en une sorte d'utérus comme si le spectateur accédait à l'intérieur du corps de Solange en pleine extase hallucinée.

 

Représentation des Bonnes (2)

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 01:26 dans 1ST2S3 (2010-2011)

A.      Scénographie

 

 

Dispositif:

  « La scénographie évoque la chambre d'un appartement feutré dont les murs sont recouverts de tentures. Au lointain, dissimulé derrière une alcôve prend place un rideau constitué de vêtements assemblés les uns aux autres en volume.

Superficie de l'ensemble :

Profondeur 8m50.

Hauteur de 5m30.

Le principe constructif proposé est celui de 2 portiques rigides principaux sur lesquels viennent se reprendre les différents tubes ou tringles supportant l'ensemble des rideaux.

Eléments de décor:

- Un ensemble de rideaux peints et confectionnés

- 1 Rideau « vêtements »

- 2 châssis fenêtres

- 1 moquette rase, grise moucheté, recouvrant le sol y compris les entrées de la salle :

 

Mobilier: L'ensemble du mobilier sera recouvert de tissus de même nature et coloris que les tentures.

- 1 console, intégrant un plan de travail de type vitrine (tiroir fixe vitré sur 3 côtés, dessus en plexi) et un tiroir ouvrant équipé d'une serrure

- 1 assise, type tabouret + coussin

- 2 armoires, de type ossature parallélépipède, le sol, le plafond et le fond en CP rigides recouvert de tissus, les côtés et la face en rideaux souples

- 1 lit, intégrant un double fond vitré sur 2 faces idem vitrine de la console

- 1 matelas aux dimensions du lit

- 1 piédestal et une statue

- 1 miroir mobile, faisant office de miroir et d'écran de projection vidéo

- 3 lustres.

- 4 cadres

 

La statue sphinge

Dans la mythologie grecque, le Sphinx ou la Sphinge est une créature fantastique appelée Phix dans le dialecte béotien, fille de Typhon (ou d'Orthos) et d'Échidna, ou encore selon Hésiode d'Orthos et de la Chimère. Elle est représentée avec un buste de femme, un corps de lion et des ailes d'oiseau.

Elle évoque 1. La féminité, la maternité dont les Bonnes sont privées et qu'elles honorent. 2. Le pouvoir de Madame même quand elle est absente.3. Des relations de jalousie oedipienne envers Madame qu'elles envient et qui prétend leur servir de « mère ».

Elle représente aussi l'énigme de l'identité dont les Bonnes sont privées et qu'elles cherchent durant toute la pièce.

 


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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