Penser après les cours...!

Les Bonnes Texte 2 une scène de dispute entre les deux soeurs

Par cyberblaise - publié le jeudi 7 avril 2011 à 09:33 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Texte 2 Les Bonnes de Genet.

En quoi l'extrait peut-il être considéré comme une scène de dispute entre les deux sœurs ?


Situation du passage : la « cérémonie » jouée par les deux bonnes n'a pu aller à son terme une fois de plus, le réveil a sonné, Madame va rentrer, mais ce qui perturbe encore plus les deux sœurs est le coup de fil de Monsieur qui donne rendez-vous à Madame au Bilboquet, ce qui signifie qu'il a été libéré de prison et que les Bonnes ont échoué à séparer Madame de Monsieur grâce aux lettres anonymes et qu'elles risquent d'être démasquées.


Le conflit :

Motifs de la dispute : Solange et Claire se reprochent mutuellement leur échec : l'une a échoué à faire enfermer Monsieur par ses lettres de dénonciation et met en danger la sécurité des deux sœurs puisqu'une enquête risque d'être menée sur l'origine des lettres de dénonciations cf le thème des « traces » laissées dans la bouche de Solange, l'autre a échoué à étrangler Madame dans son sommeil.


Procédés qui révèlent la dispute : agressivité surtout verbale.

-Les didascalies indiquent un ton agressif : « Solange, amère », « Claire, ironique », « agacée » qui pratique le persiflage de Solange et le rabaissement.

-Certaines répliques sont particulièrement ironiques avec des antiphrases comme la première réplique de Solange à analyser en détail.

-Le tutoiement accusateur est manié par les deux sœurs qui se renvoient les responsabilités de l'échec. Solange répète deux fois « par ta faute » pour culpabiliser Claire.

-Claire dénigre sa sœur explicitement en la traitant d' »incapable » : « Tu es incapable d'un acte aussi terrible » pour mieux se valoriser par l'antithèse : « Mais moi je suis capable de tout. ». Elle souligne combien Solange a eu peur d'assassiner Madame, même en opérant de nuit, ce qui est plus facile.

A la fin de l'extrait, le rejet se manifeste par des termes très forts : champ lexical du dégoût : putride, répugne, dégoût, dégoute » et phrase particulièrement terrible : Solange est définie par Claire comme «mauvaise odeur ». « Tu es ma mauvaise odeur ». L'être, l'identité de Solange sont réduits à quelque chose de très dévalorisant.


Structure de la dispute : évolution du rapport de forces :

Au début, le conflit est assez équilibré, les deux premières répliques qui dévoilent les motifs du conflit sont à peu près de même longueur. Solange attaque, mais Claire se défend bien. Après un moment d'apparente résignation, Claire cependant va prendre la main, lors qu'elle utilise le verbe que Solange ne semble pas pouvoir prononcer et assumer « tuer », à partir de cette réplique de Claire, cette dernière devient celle qui domine malgré les efforts stratégiques de Solange pour calmer le jeu. En effet Solange essaie de prôner une réconciliation sur le dos de Madame en recréant un « nous » opposé à un « elle » et en suggérant une autre possibilité d'assassinat que l'étranglement « le gardénal », l'empoisonnement. Solange essaie aussi de calmer l'agacement de sa sœur par des gestes d'apaisement et des paroles consolatrices dont elle ne veut pas car elles la rabaissent.

En fait Claire formule explicitement le renversement du rapport de forces : « Tu as essayé de me dominer(…) à mon tour de te dominer. » Solange est d'ailleurs de plus en plus obligée d'avouer sa faiblesse.

Les deux sœurs disposent chacune d'une tirade plus longue mais c'est Claire qui l'emporte. Donc l'enjeu de la dispute est de posséder un pouvoir sur l'autre.


Quelles sont alors les conséquences et les résultats de cette dispute? Elle montre très clairement que la violence des bonnes ne s'exerce pas seulement contre Madame mais qu'elle régit leurs rapports de sœurs. La querelle débouche sur la révolte de Claire qui va exprimer son ras le bol d'être réduite à une image négative d'elle-même, à la fois par Madame et par sa sœur.

La révolte s'exprime par l'anaphore de « j'en ai assez », l'affirmation identitaire est très explicite : « Je suis Claire », « Je suis forte » ( Solange ne parviendra à affirmer son nom que dans son monologue final à la fin de la pièce : « Je suis Solange Lemercier », « la Lemercier ») Claire va retourner les images négatives qu'elle a d'elle-même :

« araignée » : insecte qui fait peur, qui tisse sa toile dans l'ombre, qui est considéré comme meurtrier et connote la folie cf l'expression « avoir des araignées au plafond »,

« fourreau de parapluie » : objet peu utile, moins prestigieux que le parapluie lui-même, second rôle, peut-être connoté sexuellement,

« religieuse sordide et sans Dieu et sans famille » : identité qui dit tout le poids d'une service inutile, -les religieuses servant normalement un culte, un Dieu- et la souffrance d'une vie sans amour, une solitude absurde. L'image est très agressive pour Solange puisque la relation avec la sœur est ainsi niée. (C'est cette image dans le texte de Genet et le mot « cérémonie » qui autorise le metteur en scène à proposé dans la représentation que nous avons vue cette mise en scène d'un rituel à la statue de la féminité, ses chants quasi religieux, ses robes qui ressemblent à des robes de bure de religieuses en place des « petites robes noires « recommandées par genet dans les didascalies.)

A ces trois images négatives, Claire va opposer celle valorisante de « l' empoisonneuse » car un assassin est du côté du pouvoir, du pouvoir de vie et de mort. Elle en parle comme d'une accession à la royauté : « j'aurais ma couronne » car les rois et les reines ont pouvoir de vie et de mort. De l'avilissement de sa condition de bonne, de « religieuse sordide sans Dieu », elle espère se hisser à la condition suprême de reine, mais pour cela elle doit réduire sa sœur à rien, à n'être qu'une mauvaise odeur ».

Et l'on s'aperçoit alors que le véritable mobile de la dispute est l'enfermement de deux sœurs dans leur gémellité forcée par leur statut de bonnes interchangeables pour Madame( ce que la mise en scène de Clayssen montre très bien par le passage où les deux bonnes s'habillent dans une chorégraphie identique et parfaitement réglée avec les mêmes costumes) : Solange le dit clairement quand elle se révolte à son tour : « Moi aussi je n'en peux plus », « Je n'en peux plus de notre ressemblance » et Claire exprimera l'idée par l'image du « miroir » : « j'en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image ».

La dispute rend compte de la souffrance des deux soeurs de ne pouvoir s'aimer car elles sont chacune dans la haine de soi car elles ne parviennent pas « être », à s'identifier à quelque chose de positif : cf « s'aimer dans le dégoût, ce n'est pas s'aimer », la phrase vaut pour chacune et pour les deux en réciprocité. D'où l'importance de « la cérémonie », du scénario fantasmatique et du jeu qu'elles pratiquent pour parvenir à jouir dans l'imaginaire alors que le réel les fait souffrir.

Aimé Césaire au Panthéon (1ST2S3)

Par cyberblaise - publié le jeudi 7 avril 2011 à 08:10 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Suivre l'hommage de la nation à Aimé Césaire :

http://info.france2.fr/france/aime-cesaire-honore-au-pantheon-68258621.html



Hommage de la Nation à Aimée Césaire le 6 avril

Par cyberblaise - publié le vendredi 1 avril 2011 à 18:31 dans 1ST2S3 (2010-2011)

France Télévisions rend hommage à Aimé Césaire

25|03|11

couverture-France-TelevisionsA l'occasion de l'hommage qui sera rendu à Aimé Césaire au Panthéon le 6 avril, lors de la pose d'une plaque commémorative par le Président de la République, France Télévisions se mobilise pour couvrir l'événement et proposera tout au long de la journée une programmation spéciale sur l'ensemble de ses canaux pour saluer l'œuvre d'un homme d'exception.

 

Disparu le 17 avril 2008, le père de la « Négritude » a tout au long de sa vie, livré une pensée et des poèmes qui ont contribué à détruire l'idéologie colonialiste fondée sur le racisme et l'assimilation culturelle forcée des populations.

Celui qui disait : « Je suis de la race de ceux qu'on opprime » proposait dans son concept de « Négritude » , de délivrer une vision humaniste du monde à destination de tous les opprimés, pour transcender les différences.

Aujourd'hui encore, Aimé Césaire demeure l'un des plus grands poètes et écrivains du XX éme siècle, ayant publié plus de quatorze œuvres, des recueils de poésie, des pièces de théâtre et des essais. Le caractère universel de son œuvre a amené ses écrits à figurer parmi les plus traduits en langue étrangère.

  • Détail de la programmation

France 2 : de 16h35 à 18h40 une émission spéciale de la rédaction  Aimée Césaire, hommage de la Nation sera présentée en direct par Marie Drucker

France 3 : à 17h15 Un livre toujours « Cahier d'un retour au pays natal » présenté par Olivier Barrot

France 5 : à 23h50 Aimée Césaire, un nègre fondamental documentaire de 52′ retraçant sa vie

France O :

à 17h00 Aimée Césaire, un nègre fondamental documentaire de 52′ retraçant sa vie

à 20h35 retransmission d'Aimée Césaire, hommage de la Nation présenté par Marie Drucker

à 22h05 Toutes les France emission spéciale Césaire autour d'invités prestigieux qui évoqueront son parcours

à 23h05  1er volet de la série documentaire de 3×52' Aimée Césaire une parole pour le XXéme siècle, les 2ème et 3ème volets de la série seront proposés en 2ème partie de soirée, les jeudi 8 et vendredi 9 avril

Outre-mer 1ère :

à 17h retransmission en direct de la cérémonie au Panthéon sur les antennes TV de Martinique 1ère, Polynésie 1ère, Nouvelle-Calédonie 1ère, Wallis-et-Futuna 1ère, Saint-Pierre et Miquelon 1ère. (La cérémonie sera diffusée en différé sur les antennes de Réunion 1ère, Mayotte 1ère et Guadeloupe 1ère).

L'ensemble des 9 radios Outre-mer 1ère diffuseront en direct ou en différé la cérémonie.

Radio OEn direct du Panthéon, la webradio Radio Ô retransmettra la cérémoniet

Les Bonnes bande annonce de la comédie de l'ESt

Par cyberblaise - publié le vendredi 1 avril 2011 à 18:15 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Pour mieux comprendre la pièce ou revoir des passages de la mise en scène, vous pouvez regarder les 10 minutes de cette bande annonce très éclairante:

http://www.youtube.com/watch?v=jvP6sCrBSUM


Guillaume Clayssen vosu explique tout ce qu'il faut retenir de son travail.

Questions du bac blanc( 1ST2S3)

Par cyberblaise - publié le vendredi 1 avril 2011 à 09:02 dans 1ST2S3 (2010-2011)
Questions du bac blanc copie de Laure, mes ajouts pour améliorer encore la réponse sont entre parenthèses. 1.Le corpus est composé de quatre textes, un chant, deux poésies et un essai philosophique. Le premier texte est Le chant des canuts, écrit à l'occasion de l'insurrection des ouvriers qui tissaient la soie à Lyon. Le second texte, « Le manteau impérial » est un poème de Victor Hugo, écrit lors du sacre de napoléon III en 1853. Le troisième texte, « Hymne de la liberté » est un poème de Pierre Emmanuel, tiré du recueil Jour de Colère, publié en 1942. Le quatrième et dernier texte est un extrait d'un essai philosophique de Jean-Paul Sartre dans lequel il distingue le rôle respectif que doivent jouer poésie et prose, intitulé Qu'est-ce que la littérature ? Nous allons étudier les référents des pronoms de première et deuxième personnes afin de mieux comprendre qui s'adresse à qui dans les différents textes. (Il faut non seulement présenter le corpus mais aussi la question à laquelle on répond) Dans le chant des canuts, le pronom « nous » désigne les ouvriers, les canuts ( « et nous pauvres canuts »). Le pronom « vous » renvoie aux gens du clergé ( […] pour vous, gens de l'Eglise »). Mais aussi à tous ceux qui gouvernent, aux puissants comme le prouve le vers « pour gouverner, il faut avoir/ manteaux ou rubans… »Dans « le manteau impérial » d'Hugo, au début du poème, l'auteur s'adresse aux abeilles par le pronom « vous ». A partir de la ligne 18, les abeilles s'expriment à la première personne du pluriel. Enfin, « l'hymne de la liberté » de Pierre Emmanuel s'adresse aux hommes enfermés par des dictateurs par le pronom « vous ». Les poètes en s'incluant dans le « nous » montrent leurs choix, leurs opinions, ils montrent à quels groupes ils appartiennent. Le « vous » se fait ainsi accusateur, dénonçant le mal. 2.Les trois premiers textes du corpus dénoncent l'oppression subie par les plus faibles. Dans le « chant des canuts », les ouvriers démontrent qu'ils sont indispensables à leurs tyrans car ils tissent « la chasuble d'or » dont les gens d'Eglise ont besoin pour « chanter veni creator », pour célébrer l'office. Cependant les canuts n'ont pas de « chemises ». « Les grands de la terre » ne sont pas en reste, gouverner nécessite « des manteaux ou rubans en sautoir », eux aussi tissés par « les pauvres canuts », enterrés sans draps et donc sans dignité. Cependant les canuts se révoltent. Ils tisseront eux-mêmes « le linceul qui enveloppera » le « vieux monde », le tissu funéraire qui signera la fin de leur oppression et le début du règne des opprimés. « L'hymne de la liberté » de pierre Emmanuel dénonce l'atteinte à la liberté d'expression. Les libres penseurs ne sont « libres « que dans les prisons, « les lèvres mutilées » pour symboliser les paroles qu'ils ne pourront plus prononcer. Les tyrans sont placés en dessous de ces « hommes vrais » avec leur ordre « dérisoire ». Dans « Le manteau Impérial » d'Hugo, Napoléon III est appelé « immonde trompeur ». Victor Hugo donne vie et parole aux abeilles qui décorent le manteau de sacre du « maudit ». Elles ne veulent pas être associées à Napoléon III, elles représentent « le devoir et « la vertu », tandis que l'Empereur est comparé au tyran Tibère et à Charles IX qui a contemplé le massacre des protestants. Hugo invite les abeilles à se soulever et « à percer » de leur dard « l'immonde trompeur ». Les abeilles symbolisent le peuple français qui doit s'élever contre le totalitarisme. (Le correcteur de Laure se demande pourquoi elle n'a pas respecté l'ordre chronologique de parution des poèmes dans sa présentation de la réponse)

2ème extrait des Bonnes (1ST2S3)

Par cyberblaise - publié le mardi 22 mars 2011 à 08:35 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Pour ne pas vous faire perdre trop de temps compte tenu de mon absence, je mets en ligne une préparation au commentaire du deuxième texte que j'ai chois dans les Bonnes que vous voudrez bien étudier pour lundi prochain. J'essaierai de venir demain à la représentation du spectacle mais les billets vous seront distribués demain à 10h pendant le cours de M. Liquier.


2ème extrait des Bonnes : P70 « Solange, amère .Tu as bien travaillé (…) A mon tour de te dominer »P.72


Dispute entre les deux sœurs sur le projet qu'elles ont mené de tuer Madame et de faire arrêter Monsieur grâce aux lettres anonymes ; elles se reprochent mutuellement leur échec. Ironie de Solange : « Tu as bien travaillé. Mes compliments. Tes dénonciations, tes lettres, tout marche admirablement. Et si on reconnaît ton écriture, c'est parfait ! » qui sont autant d'antiphrases.


Les didascalies témoignent de la tension qui monte : « Solange amère », « Claire ironique » malgré les efforts de calme de Claire et le geste apaisant de Solange : « elle prend Claire aux épaules », Claire demeure « agacée ». Attitudes liées à l'incertitude des bonnes quant aux réactions de Monsieur et Madame : pourquoi le rendez-vous est au Bilboquet ?


Défense de Claire : Solange aurait dû réussir à tuer Madame : euphémisme : « Il fallait réussir ton affaire avec madame. » Reproche de peur devant l'acte, de compassion pour Madame, même de révérence : phrase présentative valorisante : C'était Madame ! » Résignation de Claire : « Il nous reste à continuer cette vie, reprendre le jeu », erzatz de vie, théâtre compensatoire.


Solange plus lucide : même le jeu est remis en question comme « dangereux », crainte des « traces » : reproche à Claire de laisser des traces. Imagine Madame entrain de déchiffrer les traces et de se moquer de la crédulité des bonnes : opposition entre « elle » répété de façon insistante et le « nous » : observation du comportement de Madame au présent puis futur prophétique alarmant : Madame saura tout », « Tout va parler, Claire, tout nous accusera. » Vocabulaire de l'enquête policière, renvoie aux romans policiers. Gradation des agissements des bonnes pour usurper l'identité : mettre les robes, voler les gestes, embobiner son amant. Dramatisation de Solange : hyperbole de la répétition de « tout », dimension quasi fantastique, les traces réservées à Claire concrètes vont les trahir mais même la « lumière », les reflets » de miroir : opposition Claire/Solange : tes épaules/mon visage. Accusation de maladresse : « Par ta maladresse, tout est perdu ». Solange essaie de culpabiliser et de paniquer Claire.


Claire maintient sa ligne de défense mais Solange ne la laisse pas développer. Claire parvient cependant à dire le verbe »tuer » explicitement. Solange refuse d'accepter son échec en projetant l'acte dans l'avenir : « Je peux encore trouver la force qu'il faut. »


Claire reprend la main en montrant que Solange n'est pas aussi déterminée qu'elle parce que pas assez « folle », impliquée dans le jeu : question sur où puiser la force de tuer. Claire se sent « au-delà », au-delà de la cime des arbres » au-delà du bien et du mal » dans un monde d'illusion, un ailleurs imaginaire alors que Solange serait selon elle plus terre à terre, préoccupée du « laitier ». Solange est encore une fois obligée de se justifier du ratage du crime : le sommeil de Madame était sa protection, Solange n'a pas vu sa « figure », pas la force de « relever le drap que sa poitrine soulevait pour trouver la gorge ». Ironie de Claire : plus facile la nuit pourtant. « Et les draps étaient tièdes. La nuit noire. C'est en plein jour qu'on fait ces coups-là » : accusation de ne pas être capable d'un tel forfait : trop faible.


Rivalité des deux sœurs. "Cap, pas cap." Autre solution imaginée par Solange : le poison du gardénal.


Retournement de situation : Claire devient dominatrice. colère froide cf « calmement » : « Je suis forte. Tu as essayé de me dominer » ; Refuse les protestations de sa sœur, prend à son tour la parole plus longuement : affirme son identité : je suis Claire et sa révolte : » J'en ai assez ». Anaphore de « assez » qui montre sa détermination. Utilise des métaphores pour parler d'elle : « araignée », insecte vil mais qui tisse une toile, piège et fait mourir pour se nourrir, « fourreau du parapluie » : objet sans valeur pas de vraie utilité, « la religieuse sordide et sans Dieu, sans famille » : allusion à une vie inutile, improductive, de célibat frustré et stérile sans foi, souffrance d'une solitude absolue », pas de spiritualité valorisante : « fourneau pour autel » :réduction à la cuisine, à des tâches basses et matérielles, besoin d'une rédemption. Se dévalorise par des adjectifs péjoratifs substantivés : » la pimbêche, la putride". Se méprise elle-même. Lucidité sur ce que pense sa sœur d'elle : « A tes yeux aussi. »


Solange essaie de reprendre la main : nervosité liée à l'ignorance sur le retour de Madame, essaie de détourner la cause de leur malaise sur la Maîtresse. Mais son langage dérape : « Moi aussi je n'en peux plus. » Commun ras-le bol, mais bel et bien lié à leur enfermement réciproque : anaphore également« Je n'en peux plus de notre ressemblance », mains, bas noirs, cheveux : miroir l'une de l'autre puisque tout va par deux, insupportable gémellité. Attendrissement cependant : « ma petite sœur » : « tes promenades me soulageaient » essaie de la rapetisser, de la dominer à nouveau, soulagement lié à cette domination.


Refus de Claire. Constat d'impuissance de Solange : conditionnel « je voudrais » mais lucidité sur le rapport de haine : « je sais que je te dégoute. Je te répugne » réciproque : Et je le sais puisque tu me dégoutes. Chiasme significatif de l'enfermement. « S'aimer dans le dégoût, ce n'est pas s'aimer » : sentence, proverbe. Refus de parler de haine, mais reconnaissance de l'absence d'amour. Claire fait une autre analyse plus lucide : « c'est trop s'aimer ». « J'en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image comme une mauvaise odeur. Tu es ma mauvaise odeur. »Phrase très importante.

Désir de devenir une héroïne : « j'aurai (futur) ma couronne. Je pourrai me promener dans les appartements. » Liberté.De "religieuse" sans Dieu, elle veut se faire reine, capacité à endosser des rôles, à se projeter dans un personnage. Inquiétude d'un mobile aussi futile pour tuer de la part de Solange. Qui paraît du coup moins déterminée, parce que moins capable de « jouer « un rôle. Claire : ne comprends pas, série de questions. Refuse l'humiliation de la découverte par Madame de leur cérémonie et stratagèmes, de son rire et de ses moqueries : » je serai cette empoisonneuse que tu n'as pas su être. »


Renversement des rôles. Mobile de l'orgueil : se libérer de l'humiliation de Madame et se montrer plus héroïque que sa sœur.


Pour un commentaire l'on peut étudier la rivalité entre les deux soeurs qui s'expriment cette fois en dehors du jeu de la "cérémonie" où elles jouent les rapports de domination entre Madame et sa bonne, mais aussi le suspense créé par Genet autour du meurtre de Madame qu'elles préméditent et qui va dans ce passage donné une identité à claire: elle veut être l'empoisonneuse héroïque qui va faire d'elle une reine!

En savoir plus sur Manon Lescaut ( 2nde6 et 1ST2S3)

Par cyberblaise - publié le mercredi 9 mars 2011 à 15:44 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Sur le site Magister, tout une étude du roman:

http://www.site-magister.com/manon.htm


Pour compléter le commentaire fait en classe, voici deux propositions d'élèves:

Une fiche d'étude de texte proposée par un élève:

http://bacfrancais.chez.com/manon.html


et une autre encore:

http://leblogdetoni.over-blog.com/article-manon-lescaut-de-l-abbe-prevost-48372941.html

Pour préparer le corrigé du bac blanc: la chanson engagée.

Par cyberblaise - publié le lundi 7 mars 2011 à 09:51 dans 1ST2S3 (2010-2011)

La dissertation et le sujet d'invention portaient sur l'efficacité argumentative de la poésie et de la chanson. Très peu d'élèves à ma grande déception ont trouvé des exemples de chansons engagées.

Voici un lien qui vous permettra d'en découvrir beaucoup et très actuelles:

http://www.linternaute.com/musique/magazine/dossier/chansons-engagees/index.shtml

Etude de l'extrait du chapitre XX de l'Ingénu(1ST2S3)

Par cyberblaise - publié le jeudi 24 février 2011 à 10:41 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Etude de l'extrait du chapitre XX de L'Ingénu de Voltaire.

De « La tante, presque sans vie (…) i l'estimait et il pleurait. »

Introduction

L'ingénu est par certains aspects une réécriture du conte philosophique Candide mais aussi une parodie de roman sensible , genre à la mode , notamment dans la deuxième partie du récit, lorsque l'ingénu étant reclus à la Bastille, par lettre de cachet, c'est Melle de Saint Yves qui devient l'héroïne en mouvement, puisqu'elle décide d'aller délivrer son amant  et qu'elle y parvient, au prix cependant de sa vertu, en effet mal conseillée et par une « amie » et par le directeur de conscience jésuite, elle se donne à Monseigneur de Saint-Pouange pour obtenir la libération d'Hercule et du janséniste Gordon avec qui il est enfermé. Dans le dernier chapitre du récit, alors que les retrouvailles devraient être heureuses, Melle de saint Yves, en proie au remords et à un sentiment de déshonneur profond, se meurt. Voltaire rédige une mise en scène pleine d'émotion qui rappelle les morts héroïques, voire tragiques, des personnages éponymes des romans sensibles, Manon Lescaut ou Paul et Virginie.

Nous pouvons étudier en quoi la scène joue à merveille du registre pathétique pour émouvoir le lecteur et augmenter la portée satirique du récit, en quoi le personnage de la belle Saint-Yves sort grandi de ce passage, à la fois modèle de vertu et héroïne tragique par les effets qu'elle produit sur son entourage, même si l'intention parodique de Voltaire n'est pas à négliger.

 

I Une scène pathétique qui fait du lecteur le témoin ému d'une agonie.

A.      Une dramatisation liée à la mise en scène de la mort qui forme un tableau descriptif animé par une gestuelle pathétique.

   Nous assistons aux ultimes moments puisque Melle de Saint Yves est désignée par  l'adjectif substantivé « la mourante »l1. Voltaire décrit d'ailleurs l'évolution d'une agonie avec réalisme lorsqu'il évoque l5 « un de ces intervalles où l'accablement et l'oppression des sens, et les souffrances suspendues, laissent à l'âme sa liberté et sa force », ce qui montre qu'il connaît bien le rythme des agonies, alternance de souffrances physiques et morales avec des périodes d'apparentes rémissions et de calme.

   Tous ses proches sont rassemblés au tour d'elle : la tante qui fait office de mère, le frère, l'amant. Les personnages sont figés dans des postures douloureuses et répartis dans l'espace dans une composition qui rappelle la peinture : la tante à la tête, le frère « au pied du lit », l'amant au milieu. Gordon, un peu en retrait.

   Leur gestuelle est particulièrement expressive : la tante prend l'allure d'une « pieta » tenant « la tête de la mourante » «  dans ses faibles bras » : elle est tellement affectée par l'agonie de sa nièce qu'elle-même est « presque sans vie » comme si la langueur et la mort étaient contagieuses, c'est ce qu'illustre aussi l'hypallage « ses faibles bras », l'ensemble de l'être est affaibli par la douleur de la perte. La posture du frère est tout aussi éloquente : « à genoux » et le geste de l'amant qui « pressait sa main » est typique du désespoir face à la mort.

   Bien sûr le pathétique est aussi lié à la déploration exprimée de manière hyperbolique par un champ lexical abondant et par la force des expressions redoublées : « qu'il baignait de pleurs, et éclatait en sanglots ». Même Gordon, le vieux janséniste, « pleurait ». Ni les échanges de regard –« elle le regarda avec une tendresse inexprimable », ni les soupirs –« elle soupira », « Ah »- ne manquent pour dramatiser la scène.

 

B.        La scène donne également lieu à un dialogue entre les deux amants au discours direct et indirect : nous assistons ainsi aux paroles testamentaires de Melle de saint Yves, aux « ultima verba », aux dernières paroles. Le pathétique est ainsi renforcé par le fait qu'amour et mort sont étroitement mêlés.

  Nous sommes témoins d'une ultime déclaration d'amour passionné de l'Ingénu qui dans une énumération laudative exprime la passion qu'il porte à l'agonisante (l.4) à la quelle il est redevable de la liberté – elle est « sa bienfaitrice »- et de la « vie », paradoxe qui rend plus terrible encore la perspective de la mort de celle qu'il appelle « son épouse » bien qu'ils ne soient pas officiellement mariés.

   Le pathétique s'accroît encore d'un degré du fait que Melle de Saint Yves semble souffrir moralement encore plus  que physiquement et que les témoins sont confrontés à un suspense angoissant sur les raisons qui poussent la jeune femme à refuser le nom d' « épouse » :-« ce nom, ce bonheur, ce prix n'étaient plus faits pour moi » l.7  Le lecteur en sait plus en effet que les personnages qui vont assister à une confession, à un aveu, qui provoquent un véritable coup de théâtre : celui de la perte de la virginité pour obtenir le salut de l'Ingénu, acte dont Melle de saint Yves se sent coupable : « Je meurs, et je le mérite. »

   A la compassion explicitement évoquée par un vocabulaire des sentiments : « attendrissement, douleur, pitié » et des adjectifs évaluatifs : « tendres, terribles, horrible, respectable »qui prouvent combien les témoins sont impliqués par ce qui est révélé, succède d'autres sentiments encore plus forts comme « l'effroi », « l'étonnement » qui avait encore son sens étymologique au XVIIIème siècle, et la haine unanime pour celui qui est à l'origine du malheur : « Tous se réunissaient à détester l'homme puissant qui n'avait réparé une horrible injustice que par un crime, et qui avait forcé la plus respectable innocence à être sa complice ». Rien n'est plus pathétique que cette succession d'émotions fortes partagées par les personnages de la scène.

  Après l'aveu, Melle de Saint-Yves obtient le pardon de son amant qui nie violemment sa culpabilité dans des exclamatives pleines de protestations : «  Vous coupable ! Non, vous ne l'êtes pas ; le crime ne peut être que dans le cœur, le vôtre est à la vertu et à moi ». Paroles de reconnaissance morale et d'amour qui semble ralentir le rythme de la mort, puisqu'elles « semblaient ramener à la vie la belle Saint Yves » mais le modalisateur « semblaient «  est de mauvais augure, il ne s'agit que d'une accalmie : « Elle se sentit consolée, et s'étonnait d'être encore aimée », typique des alternances d'espoir et de désespoir lors d'une agonie et qui contribue à la déstabilisation émotionnelle des proches.

 

 

II La belle Saint Yves, un personnage héroïque, modèle de vertu, voire une héroïne tragique .

 

   Le statut héroïque du personnage lui est d'abord donné par l'amant reconnaissant qui l'appelle « sa bienfaitrice » : elle l'a délivré de la Bastille. Mais ce qui fait du personnage un modèle de vertu est son sentiment de culpabilité et de remords face au péché commis, le champ lexical de la valeur morale et de la faute est d'ailleurs très présent dans le texte : « ce prix », « je le mérite, punie, réparé, injustice, crime, respectable innocence, complice, coupable, vertu, condamnée, estime. »

    Elle ne se sent plus digne d'être l'épouse de l'Ingénu : son angoisse lui fait « jeter un cri d'horreur », elle se dégoûte elle-même, se sent monstrueuse. Elle pense mériter la mort : « c'en est fait, je suis punie ». Mais son héroïsme est confirmé par le fait que s'effaçant dans la mort, elle ait encore l'énergie et l'amour de penser au bonheur de son amant : « vivez heureux ». Le narrateur signale aussi «  le courage » qu'elle met à « s'expliquer » : elle ose se confesser publiquement  et obtient ainsi la compassion de l'entourage qui la rétablit dans son innocence en la qualifiant de « respectable innocence » « forcée » l.14 la transformant en victime,  même Gordon dont le narrateur signale avec ironie qu'il « l'aurait condamnée du temps qu'il était janséniste », « l'estime », ce qui est le verbe que l'on emploie pour dire le respect que l'on a pour les qualités morales de quelqu'un .

   L'héroïsme trouve son comble dans la dimension tragique du personnage : elle a fait don d'elle-même pour sauver l'amant qu'elle divinise par des invocations typiques du registre tragique : « ô dieu de mon cœur ! » mais alors qu'elle s'est « sacrifiée » pour lui, elle a le sentiment d'avoir sacrifié son amour à des « démons infernaux », l'hyperbole qui fait de Saint-Pouange un pluriel et un être surnaturel confirmant la dimension tragique : « ô vous que j'ai sacrifié à des démons infernaux ».

  Voltaire montre que l'éducation chrétienne fausse le jugement de la jeune femme mais elle devient du coup la victime tragique d'un destin qui est cette éducation même, qui lui fait considérer l'adultère ou l'amour avant le mariage comme un péché mortel. Non seulement elle est victime d'un abus de pouvoir justifié par un membre du clergé, elle est victime de l'éducation chrétienne qu'elle a eue et qu'elle a intériorisé.

  La dimension tragique du personnage est renforcée par les émotions que suscitent  sur son entourage son aveu, qui rappellent très fortement les émotions tragiques évoquées par Aristote, à propos de la catharsis, la terreur et la pitié : « effroi et attendrissement ». : Effroi devant la mort qui s'approche mais plus encore devant l'ignominie de l'acte commis par Saint-Pouange, pitié pour la jeune femme et pour son amant. La mort de Melle de Saint Yves permet une prise de conscience collective puisque tous s'unissent pour condamner les agissements de Saint-Pouange et des Jésuites qui le couvrent, Gordon est converti par elle à une tolérance qu'il n'aurait pas eu avant cette aventure funeste, plus loin dans le texte Saint-Pouange lui-même sera atteint pas le remords, mais cette fin édifiante de Melle de saint Yves peut être jugée ironique puisque sa «  vertu » et son courage ne la sauvent pas personnellement, sa grandeur est inutile.  

 

  L'on constate cependant que sa mort pathétique contribue à accentuer la portée satirique contre la religion catholique présente  dans l'ensemble du récit et donnera lieu dans la suite du chapitre XX à une réflexion philosophique sur la mort avant que le sort de l'Ingénu ne soit scellé .


La Mort de Virginie dans Paul et Virginie.

Par cyberblaise - publié le dimanche 20 février 2011 à 15:05 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Pour les seconde 7: lisez la suite de l'extrait que je vous ai donné à travailler dans le contrôle sur les registres afin de mieux comprendre la situation du roman de Bernardin de Saint Pierre. L'excellent blog de mon collègue vous donnera également un exemple de commentaire intéressant.

http://weblettres.net/blogs/article.php?w=MonplaisirLett&e_id=18368


Pour les 1ST2S3, le récit de la mort de Virginie vous donne un deuxième exemple de mort pathétique d'une héroïne dans un roman du XVIIIème siècle; en classe, je vous ai lu la mort de Manon Lescaut. Vous pouvez prévoir d'y faire référence en ouverture d'une conclusion si vous devez commenter la mort de Melle de Saint-Yves dans l'Ingénu.


Page précédente | Page 3 sur 7 | Page suivante
Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers commentaires

- Apollinaire sur prepabac.org (par Visiteur non enregistré)
- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
- Merci (par Visiteur non enregistré)
- Remerciment (par Visiteur non enregistré)
- eethetyh (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement