Penser après les cours...!

Analyser une représentation théâtrale

Par cyberblaise - publié le mercredi 12 janvier 2011 à 13:47 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Pour les élèves de 1ST2S3 absents aujourd'hui et pour les autres, voici une fiche d'analyse de représentation théâtrale qu'il faut lire avant d'aller voir la Cerisaie jeudi 13 janvier à 19 heures au théâtre Municipal. Vous aurez à la remplir pour le lundi 17 janvier, il faut donc comprendre les questions qui  sont  des pistes de réflexion pour analyser le spectacle ( Il ne s'agit pas de répondre à toutes) Il faut surtout les avoir présentes à l'esprit au moment de la représentation pour savoir à quoi il faut être attentif pour construire le sens de la représentation.Donc lisez-les bien avant.

http://valentino94.free.fr/ANRAT/Joomla/images/pdf/fiche1.pdf


Lire le théâtre...c'est repérer les deux ensembles de signes : ceux du texte (la pièce qui raconte une histoire à travers des personnages qui dialoguent et monologuent.)) et ceux de la représentation (espace scénique, décor, accessoires, costumes, jeu des acteurs, rapport au public, éclairages... ) qui composent le fait théâtral. Aucun signe ne vaut en soi, mais il ne prend son sens que par rapport à un ensemble de signes. Tout spectacle n'est qu'une proposition de sens (du metteur en scène, du scénographe, des acteurs...) Celui-ci ne s'élabore, en définitive, et uniquement, que dans l'esprit du spectateur qui déchiffre les signes proposés sur le plateau ( la scène)

Aussi, ces pistes pour une lecture plurielle se présentent-elles comme un outil de questionnement partiel qui, loin d'apporter des réponses dogmatiques et universelles, tente d'aller plus loin en proposant à chaque spectateur de devenir un « lecteur » habitué à repérer, dénombrer, classer, analyser les signes constitutifs de la représentation théâtrale. Comprendre le fonctionnement du spectacle, c'est percevoir comment s'articulent les éléments choisis lors de son élaboration par l'équipe de création et les champs de signification qu'ils suscitent du point de vue du spectateur.

Pistes pour commenter le chapitre XVI de l'Ingénu

Par cyberblaise - publié le mercredi 12 janvier 2011 à 13:35 dans 1ST2S3 (2010-2011)

 En complément des notes prises en cours: Chapitre 16

Le discours du Père Tout à Tous : Un modèle d'argumentation sophistique qui permet à Voltaire de dénoncer la fausse logique des Jésuites, la casuistique.

Modèle de raisonnement illégitime. Voltaire  montre comment les jésuites tournent la vérité pour les besoins de la démonstration, il les assimile aux sophistes de l'Antiquité : en Grèce, ces professionnels du discours se vantaient de pouvoir prouver n'importe quelle proposition grâce à la rhétorique. Père Tout à tous : nom qui dénonce, incapable de penser par lui-même, commence à se révolter contre la proposition de M . de Saint-Pouange et cette indignation traduit le point de vue de V  sur la question, mais il s'avère incapable d'aller contre le désir des puissants.

Donc le Jésuite commence par culpabiliser la jeune fille en lui reprochant le terme d' « amant » pour désigner son bien aimé, querelle de mots chère aux théologiens qui préfèrent débattre sur les détails plutôt que de discuter sur le fond , casuistique jésuite censée résoudre les cas de conscience mais qui de l'avis des jansénistes et aussi de Voltaire se révèle très complaisante.

Pascal au XVIIème siècle déjà dans les lettres polémiques, Les Provinciales, dénonce le laxisme des casuistes qui finissent par justifier certaines actions répréhensibles au lieu de les réprimander, ici le Père jésuite finit par conseiller à la jeune fille dans une prétérition( Il dit qu'il ne le fera pas et le fait tout de même) de se livrer à Saint- Pouange pour libérer son futur mari, la fin justifiant les moyens, l'intention pure empêchant un véritable péché.( argument 3)

Raisonnement tout à fait digne de la morale laxiste reprochée aux jésuites : distinction du fait et de l'idée en faisant remarquer que Melle de Saint Yves n'est pas encore mariée à l'ingénu, donc elle ne commet pas d'adultère. Argument spécieux ( qui ne tient pas) car il déplace la question : la jeune fille ne lui parle pas du péché d'adultère mais de la perte de sa virginité, ce qui constitue une réalité et pas une vue de l'esprit.

Ironie : le religieux défend la corruption : distinction des fins et des moyens( Si c'est pour une bonne cause que l'on pèche, ce n'est pas un véritable péché.), il légitime le libertinage de Saint-Pouange au nom de la cause défendue par l'héroïne, mais rien de commun en fait. Se réfère à une tradition obscure en produisant un prétendu exemple tiré de Saint Augustin: argument d'autorité, le recours à la citation sanctionne l'impuissance réelle du raisonnement et couronne le détournement de perspective : finalement Saint Pouange devient un homme digne de confiance puisqu'il accordera la libération de l'Ingénu au prix de la vertu de Melle de saint Yves. Belle démonstration !

Après cette justification en règle des exactions des puissants, la jeune fille se trouve confrontée à un dilemme cornélien opposant son amour et son devoir. La société tout entière se définit par son amoralité réelle et son discours hypocrite.

 Définition: casuistique, nom féminin

Sens 1 Domaine de la théologie qui traite les cas de conscience [Religion]. Synonyme théologie Anglais casuistry

Sens 2 Subtilité excessive, pouvant être considérée comme un manque d'honnêteté [Littéraire]. Synonyme subtilité

 

Introduction possible:L'Ingénu après avoir repoussé les Anglais au Chapitre 7 décide de se rendre à Versailles pour réclamer son due suite à cet exploit mais aussi pour plaider son amour auprès du Roi afin qu'il accepte l'union. Il se retrouve à la Bastille car il a été dénoncé par espion Jésuite lors de son diner avec les protestants à Saumur. Lorsque Mlle de St-Yves apprend qu'il s'est rendu à Versailles et qu'il à été enlevé, elle s'y rend donc. Le père Tout-à-tous lui présente une dévote, elle finit pat apprendre par l'intermédiaire d'un employé de bureau que l'Ingénue est embastillé. On lui suggère de rencontrer M. de St-Pouange, cousin du ministre, c'est pour elle une possibilité de sauver  l'Ingénu. Il lui fait de proposition délicates, outrée elle retourne chez le père tout-à-tous « le bon confesseur » afin d'être conseillée. Elle lui présente un cas de conscience intéressant : quelque soit son attitude elle est condamnée à mal faire. Soit elle laisse l'Ingénu face à son sort soit elle perd sa vertu.( Partie de l'introduction que vous pouvez conserver quelle que soit la question posée par le correcteur)
 Question possible:Dans quelle mesure ce texte mêle-t-il sensibilité et polémique ?
 Annonce du plan:La morale et le désarroi de Mlle de Saint-Yves permettent une critique plus acerbe des Jésuites et de leur casuistique. Nous verrons que Voltaire ironise en enrobant le discours immoral du Jésuite dans une rhétorique en apparence irréprochable et qu'il dépeint l'héroïne comme un personnage émouvant et presque tragique.

 I. Une héroïne désespérée et fragilisée face à un monde corrompu.
a. Une héroïne vertueuse
b. Une héroïne sensible
c. Une héroïne tragique

II. La critique des jésuites et de la casuistique
a. Les premières réactions du père Tout-a-tous
b. L'art de la manipulation et de l'hypocrisie. c. L'argumentation pervertie du père


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En savoir plus sur l'Encyclopédie

Par cyberblaise - publié le mardi 11 janvier 2011 à 15:50 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Sur le site de la BNF:

http://classes.bnf.fr/dossitsm/fabrency.htm


Sur la pensée des Lumières:

http://www.site-magister.com/philosophis.htm

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Interviews filmés du metteur en scène de la Cerisaie, Paul Desvaux

Par cyberblaise - publié le dimanche 9 janvier 2011 à 19:38 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Vous pouvez écouter le metteur en scène parler de ce qui l'a intéressé dans la pièce de Tchekov:

Première partie:

http://www.youtube.com/watch?v=GTQJBLjL9BA

Deuxième partie:

http://www.youtube.com/user/BlogAthenee


La Cerisaie (1904)

 

Résumé

En cette période charnière ente XIXème et XXème siècle, nous sommes dans la propriété de Lioubov Andreïevna dont le trésor est une cerisaie, symbole d'un passé révolu. De retour de Paris, après cinq années d'absence, elle contemple l'âge d'or de son enfance mais doit aussi affronter le constat de l'impossibilité de le prolonger.

« Douze existences entrelacées : une mère, son frère et ses deux filles, quelques domestiques, un voisin, un étudiant, un fils de moujik entré dans les affaires – mais aussi un état des lieux de la Russie tracé de main de maître, un an avant la première révolution : une aristocratie qui s'enfuit, s'étourdit ou s'aveugle, une nouvelle bourgeoisie d'entrepreneurs qui poursuit son ascension.

Quatre moments au fil des saisons, de la pleine floraison de mai sous le brouillard jusqu'aux troncs noirs et nus que la hache commence à frapper sous un clair ciel d'octobre. » (Dossier de l'Odéon)

 

Personnages

Lioubov : elle est au centre de la Cerisaie. Elle dépense sans compter sur tous les plans. Tiraillée entre un passé auquel elle ne peut échapper et un avenir menaçant, elle tente désespérément de vivre le plus intensément possible le présent.

 

Lioubov (elle regarde la cerisaie par la fenêtre) « O mon enfance, ma pureté ! C'est dans cette chambre d'enfants que je dormais, c'est de là que je regardais la cerisaie, le bonheur s'éveillait avec moi, tous les matins,et elle était exactement comme aujourd'hui, rien n'a changé. ‘ Elle rit de joie) Blanche, toute blanche ! O ma cerisaie ! Après l'automne humide et sombre,après les neiges de l'hiver, tu es jeune à nouveau, tu es pleine de bonheur, les anges du ciel ne t'ont pas quittée…

Si je pouvais ôter de ma poitrine et de mes épaules cette lourde pierre, si je pouvais oublier mon passé ! »

Acte I)

 

Gaev : il est le frère de Lioubov. Cet homme de cinquante ans se comporte comme un enfant et refuse d'affronter la réalité. Il est le contrepoint de sa soeur.

 

Ania : est la fille de Lioubov. Elle a dix sept ans et rêve d'avenir et d'amour.

 

Varia : est la fille adoptive de Lioubov. Elle entretient des rapports ambigus avec la famille et les domestiques.

 

Trofimov : est un étudiant idéaliste aux idéaux révolutionnaires.

« L'Humanité va de l'avant, perfectionnant ses forces. Tout ce qui lui demeure encore inaccessible un jour lui sera proche, évident, seulement, voilà, il faut travailler, aider, de toutes nos forces, ceux qui recherchent la vérité. Chez nous, en Russie, il n'y a encore que très peu de gens qui travaillent. L'immense majorité de l'intelligentsia, telle que je la connais, ne cherche rien, ne fait rien et reste

pour l'instant inapte à tout travail. Ils disent qu'ils font partie de l'intelligentsia, et ils tutoient leurs domestiques, ils traitent les moujiks comme du bétail, ils négligent leurs études, ne lisent rien avec sérieux, restent à se tourner les pouces, ne font de la science qu'en parlottes, n'entendent rien à l'art. Tous sont sérieux, tous ont des visages graves, ne parlent que de sujets graves, tous philosophent, et pourtant, sous leurs yeux, les ouvriers mangent des choses infectes, dorment sans oreiller, à trente, quarante dans la même chambre, partout les punaises, la puanteur, l'humidité,

la souillure morale…C'est évident, toutes ces grandes discussions ne servent qu'à une seule chose :  s'aveugler soi-même et aveugler les autres. Montrez-moi donc ces crèches dont on nous rebat les oreilles, montrez-moi les salles de lecture ! On passe son temps à les décrire dans les romans et, dans les faits, il n'y en a pas. Tout ce qu'il y a, c'est l'ordure, la grossièreté, l'Asie…Je me méfie des discussions sérieuses. Ayons plutôt le courage de nous taire ! » (Acte II)

 

Lopakhine : il est celui par qui tout arrive. Petit fils d'un serf, il se bat pour obtenir la Cerisaie et tente tout pour convaincre ses propriétaires du bien fondé de ses désirs.

« Lioubov Andreïevna a passé cinq ans à l'étranger, je ne sais pas ce qu'elle est devenue maintenant… C'est vraiment quelqu'un de bien. Quelqu'un de facile, de simple…Je me souviens, j'étais gamin, quinze ans peut-être, mon défunt père – à l'époque, il tenait la boutique, ici, au village -, il m'avait envoyé un coup de poing en pleine figure, je saignais du nez…On était venus ensemble, je ne sais

plus pourquoi, dans la cour, et, lui, il avait bu. Lioubov Andreïevna, je la vois comme si c'était hier, toute jeune encore, toute mince, elle m'a conduit devant le lavabo, ici, là, dans cette chambre, la chambre des enfants. « Pleure pas, petit moujik, elle m'a dit, ce sera guéri pour ton mariage… »

 « Petit moujik…Mon père, c'est vrai que c'était un moujik, et moi, je suis là, gilet blanc, chaussures jaunes. Le groin d'un porc dans les petits fleurs…Sauf que je suis riche, j'ai de l'argent plein les poches, mais si on y réfléchit, si on veut voir les choses – moujik cent pour cent. (Il feuillette le livre) Ce livre, tiens-là, je l'ai lu – rien compris. Je lis, je m'endors. »

(Acte I)

 


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En savoir plus sur Charles Cros, auteur de " Plainte"

Par cyberblaise - publié le mercredi 5 janvier 2011 à 17:29 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Pour tous ceux qui ont pris le commentaire ce matin, voici quelques renseignements pour améliorer votre connaissance du poète Charles Cros et de son oeuvre Le Coffret de Santal.

http://www.alalettre.com/cros.php

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Extrait du chapitre I de l'Ingénu: L'amour en Huronie

Par cyberblaise - publié le dimanche 2 janvier 2011 à 16:04 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Extrait du chapitre 1. Les amours de l'Ingénu en Huronie

Le récit par l'Ingénu de ses amours au Canada est l'occasion pour Voltaire d'amuser son lecteur, tout en le faisant réfléchir aux valeurs qui ont cours dans la « nature » et dans la « civilisation », la « culture ».Nous pouvons nous intéresser au personnage de l'Ingénu qui à ce stade du conte a encore les caractéristiques d'un « bon sauvage », aux réaction des personnages féminins qui sont à l'origine du questionnement auquel répond l'Ingénu, réactions lourdes de sens pour la suite de l'histoire et permettant à Voltaire de s'amuser plaisamment à propos du comportement féminin, à la portée philosophique de la comparaison entre les mœurs huronnes et françaises.

I Le personnage de l'Ingénu, un « bon sauvage » ?

S'il est « sauvage », c'est plutôt à cause de l'environnement dans lequel il vit que par lui-même : le monde animal n'est pas loin comme le prouve la scène de chasse au lièvre à laquelle se consacre Abacaba et le combat contre l'ours qui mangera la dulcinée et dont il portera la peau, parodie d'action héroïque, ou contre l'Algonquin, voleur de lièvre, dans une vaste nature qu'il vainc avec une arme rudimentaire : « d'un coup de massue », le rival étant considéré comme une sorte de trophée : «  je l'amenai aux pieds de ma maîtresse , pieds et poings liés. » comme dans une sorte de parade nuptiale. Les mœurs sont rudes et violentes, les Hurons sont présentés comme anthropophages. Dans la célébration de la femme aimée, les comparants sont tous des éléments de la nature.

Mais l'Ingénu est aussi caractérisé par des valeurs nobles qui le démarquent des autres indiens  et qui n'ont rien à envier aux mœurs occidentales.

Ses qualités de cœur ne se démentent pas. Il répond complaisamment et galamment- ce que les femmes comprennent au quart de tour- à la question de Melle de Saint Yves en montrant que l'héroïsme est un moyen de séduction prisé chez les Hurons puisque pour faire sa cour, il faut faire de « belles actions » pour «  plaire aux personnes qui vous ressemblent », ce qui est un hommage explicite à la jeune femme. Nous ne sommes pas loin des valeurs courtoises qui demandent à l'amant de s'illustrer par des exploits. L'Ingénu va se débarrasser d'un rival Algonquin, se battre avec l'ours pour défendre et venger sa maîtresse .C'est sa valeur guerrière qui fait qu'Abacaba le distingue des autres prétendants. Lui même est conscient de son courage lorsqu'il semble parodier César : Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu » pour signaler sa rapidité d'action.

Les Hurons sont également monogames : « je n'en ai jamais eu qu'une » et il rappelle que sa mort l'a grandement affligé.  La passion amoureuse s'exprime par l'éloge poétique de la femme aimée : « Les jonc ne sont pas plus droits…que l'étaient Abacaba » qui enchainent une série de comparaisons valorisantes de la jeune femme avec des éléments de la nature aussi bien au plan physique moral : silhouette droite du jonc qui peut symboliser la droiture morale, blancheur d'hermine qui vaut aussi bien pour la clarté du teint que pour la pureté, douceur du mouton, fierté de l'aigle et légèreté du cerf.

L'on voit également que l'Ingénu prise la liberté et ne veut pas en priver autrui : à l'issu du combat avec son rival, il préfère lui rendre sa liberté et en faire un ami, ce qui prouve sa sagesse et son refus de la sauvagerie. De même son dégoût de l'anthropophagie – « je n'ai jamais eu de goût pour ce genre de festin »montre sa différence et sa singularité chez le Hurons.

La qualité du récit parodique qui maintient en haleine le public prouve à lui seul que l'Ingénu sait se comporter en société, même si le lecteur n'est pas dupe de l'ironie sous-jacente, ce qui en rend la lecture doublement plaisante, par ce que l'on découvre en ce début du texte du caractère du personnage éponyme et par l'humour que met en œuvre le narrateur qui fait le charme des contes voltairien.

II Le comportement des femmes, objet de tendre dérision.

La curiosité féminine est traditionnellement objet de moquerie et ce d'autant plus qu'elle se porte sur les mœurs amoureuses, contrevenant un peu à la bienséance, mais montrant leur intérêt pour le nouveau venu qui leur paraît bien exotique.

Melle de Saint-Yves est en proie au coup de foudre : elle « rougit » d'aise d'apprendre la noblesse du comportement du jeune homme et se sent flattée par l'allusion « pour plaire aux personnes qui vous ressemblent ». Le récit signale ses émotions et le sentiment naissant : « plaisir secret d'apprendre que l'ingénu n'avait eu qu'une maîtresse dont « elle ne démêle pas vraiment la cause ».  L'amour est là avant que l'amoureuse en ait conscience pleinement. L'euphémisme « qu'Abacaba n'est plus » renforce encore la disparition de l'éventuelle rivale.

Sous la pruderie apparente, se cache un vif intérêt pour l'amour et le libertinage, « la curiosité » n'est elle pas  un vilain défaut ? : le vocabulaire le signale : « plaisir secret, maîtresses », et c'est encore plus net chez la femme plus âgée, Melle de Kerkabon , qui est encore plus ridiculisée, car elle se sent « piquée » du compliment fait à la plus jeune, elle éprouve de la jalousie, ce que Voltaire fait ressentir par le parallélisme des phrases : « Melle de saint-Yves rougit et fut fort aise. Melle de Kerkabon rougit aussi, mais elle n'était pas si aise ». La reprise des mêmes mots souligne l'opposition. La vieille fille est brocardée doublement, même si ce qui la caractérise en priorité est son inaltérable « bonté », bonté qui pourrait être prise ironiquement ici puisque sa question sur le nombre de maîtresses pourrait être une tentative pour amoindrir la belle image du jeune homme aux yeux de sa rivale et pour évaluer ses chances de devenir sa maîtresse aussi, s'il s'avère volage ! Nous assistons à mots couverts à un combat de préséance entre les deux chrétiennes !

III La portée philosophique de l'opposition entre les mœurs huronnes et les mœurs chrétiennes.

Le passage doit sa saveur à l'ironie voltairienne qui est constante. Le lecteur comprend vite que Voltaire s'amuse : il fait en sorte que l'Ingénu pastiche le discours de l'éloge amoureux, qu'il reprenne des procédés rhétoriques connus en imitant César ou Racine.  Le nom curieux d'Abacaba qui peut faire penser à « Abracadabra »  prête au sourire ainsi que la rapidité avec laquelle elle disparaît de la vie de l'Ingénu, même si sa mort est cruelle.

Voltaire souligne l'ethnocentrisme des bas bretons qui « applaudissent » quand ils se rendent compte de la noblesse des mœurs huronnes  «  avec étonnement » comme si eux-seuls pouvaient être nobles. Il s'amuse de la rivalité des deux femmes bigotes qui sont toutes émoustillées par le nouveau venu.

Mais l'humour et l'ironie ne sont pas gratuits : le texte dévoile les comportements humains : Le plaisir de briller en société auquel l'Ingénu se livre, les préjugés qui ont cours, les rivalités sous-jacentes, l'importance de l'amour-propre. Mais aussi le fait que des cultures différentes puissent être fondées sur des valeurs proches : héroïsme, courtoisie et galanterie sont prisées dans les deux sociétés. Déjà l'Ingénu est porteur de valeurs qui seront développées dans l'œuvre : courage personnel, générosité, fidélité en amour, goût de la liberté, respect de l'autre, importance de l'amitié, autant de valeurs mal en point dans la société d'ancien régime que l'Ingénu va traverser.

Les plus civilisés ne sont vraiment pas ceux que l'on croit !


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Corrigé du plan détaillé à reconstituer à partir d'une dissertation rédigée.

Par cyberblaise - publié le dimanche 2 janvier 2011 à 11:18 dans 1ST2S3 (2010-2011)
 

Plan détaillé de la dissertation ( copie d'élève) : Dans quelle mesure peut-on considérer L'Ingénu de Voltaire comme une satire politico-sociale, philosophique et religieuse ?

 

I.                    Satire sociale et politique

A. Microcosme social de la province :

-critique de l'ethnocentrisme de ceux qui accueillent l'Ingénu avec des préjugés.

-critique de l'éducation des femmes et du comportement des nobles.

-critique de l'éducation fournie par les institutions religieuses.

-critique des mœurs amoureuses que l'Ingénu juge hypocrites et trop marquées par l'influence de la religion, en dépit du bon sens.

-critique plus conventionnelle des médecins.

 

B. La Cour et les Grands

-société de classe qui ne tient compte ni du mérite ni de la moralité : »des coquins raffinés ».

-vénalité des courtisans et des ministres : tout se monnaye. Libertinage aux conséquences destructrices.

-système politique oppressif : atteinte à la liberté individuelle, népotisme, favoritisme : cf « le bailli ».collusion entre le pouvoir laïc et le clergé.

-Roi pas épargné tout à fait, accusé d'être mal conseillé, mal entouré et de ne pas s'informer auprès de ses sujets directement : barrière des intermédiaires, qui rend l'administration lourde et lente.

- Grands qui se consacrent davantage à leurs propres intérêts qu'à ceux du Royaume, abus de pouvoir, corruption.

-Légèreté des condamnations sur lettre de cachet. Absence de véritable justice. délation et dénonciations calomnieuses.

 

II .Réflexion philosophique : qu'est-ce qu'être homme ?

En particulier pendant que l'Ingénu est enfermé avec Gordon à la Bastille :

Education réciproque, vraies valeurs humaines : amour, amitié, respect de l'autre, tolérance.

Plaidoyer de Voltaire en faveur de la culture : «  La lecture agrandit l'âme et un ami la console ». Honnête homme éclairé en tout, cf programme encyclopédique de lectures.

Mais aussi éloge du bon sens, de la raison qui permet de se méfier de l'imagination, en particulier quand elle conduit aux superstitions fanatiques : ( « Ah ! s'il nous faut des fables, que ces fables soient au moins celles de la vérité ! J'aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. »)

Importance de l'altruisme et du dépassement de soi comme remède à l'égocentrisme corrupteur ;

 Critique de l'Histoire de France: « tableau de crimes et de malheurs » : pessimisme devant les agissements des Grands.

Pouvoir de métamorphose de la culture : « j'ai été changé de brute en homme ».

Art nécessaire à l'épanouissement des hommes.

Nécessité de l'esprit critique qui évite les jugements précipités. Rationalisme. Absence de préjugés rend l'esprit disponible, ouvert. Cf « tous les hommes sont d'accord sur la vérité quand elle est démontrée, mais ils sont trop partagés sur les vérités obscures ».

Eloge du voyage, de la rencontre avec autrui, nécessité de faire des expériences et d'en tirer parti même quand elles sont négatives.

 

III.                Principale cible de la critique : le fanatisme religieux.

            – critique des membres du clergé partout et qui ne sont pas exemplaires, tout en imposant leurs vues.

         -- manque de tolérance en France par rapport à l'Angleterre ; conversion obligatoire de l'ingénu. Eglise catholique tyrannique et liberticide, présentée souvent comme manquant d'arguments probants et bête, le « bon sens «  de l'Ingénu met souvent en difficultés les religieux.

     - persécutions et emprisonnements : les Huguenots, les Jansénistes, L'Ingénu lui-même, Melle de Saint-Yves.

-Vie dissolue de ceux qui devraient montrer l'exemple.

        - Critique de l'influence du pape sur la politique du Royaume.

      -  Critique aussi de l'intransigeance janséniste qui s'atténue chez Gordon au contact de l'Ingénu : découverte du bonheur amoureux .

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Urgent 1ST2S3: cours du lundi 3 janvier.

Par cyberblaise - publié le dimanche 2 janvier 2011 à 10:23 dans 1ST2S3 (2010-2011)

N'oubliez pas d'apporter L'Ingénu de Voltaire pour le cours du lundi 3 janvier: nous étudierons le chapitre 16 dans lequel Melle de Saint-Yves est confrontée à la casuistique perverse d'un jésuite.

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Insérer des citations dans un commentaire.

Par cyberblaise - publié le mercredi 15 décembre 2010 à 15:49 dans 1ST2S3 (2010-2011)

En complément des conseils donnés en cours , voici une fiche rédigée par une collègue Catherine Realini de l'académie de Versailles qui peut vous aider:


http://www.lyc-descartes-montigny.ac-versailles.fr/spip.php?article75

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Réfléchir sur "l'engagement" de Voltaire en regardant une émission philosophique

Par cyberblaise - publié le dimanche 12 décembre 2010 à 17:04 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Est- ce que ne pas s'engager est encore s'engager?Anticipation sur les cours de philosophie de l'année prochaine.

http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie-3580282.html

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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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