Enfin l'année scolaire s'acheva et comme chaque été , nous nous regroupions mes cousines et moi chez une de nous, et on organisait une petite fête à l'occasion de notre réussite.
Chacune de nous donnait et recevait un cadeau. Mais cette année mon cadeau était un peu bizarre, j'avais reçu une plante, elle avait la même taille que moi et n'avait aucune fleur. Ses feuilles étaient bien longues et pointues. En la regardant j'avais l'impression qu'elle me tirait vers elle.je l'avais placée dans ma chambre là, sous la fenêtre.
Chaque nuit avant de dormir, je la contemplais ses longues feuilles me donnaient des frissons pourtant c'était cela m'aidait à retrouver le sommeil .Je restais de longs moments à la regarder dans mon lit je n'avis plus d'œil que pour elle, et je commençais à rêver. Je me demandai toujours comment elle me fascinait? Mais je ne trouvais jamais de réponse. Cela me gênait un peu mais pourtant je la regardais tout le temps.
Comme chaque soir, je contemplais ma plante; ce soir là il y avait des tonnerres mais je pus enfin dormir. Soudain un violent tonnerre gronda, les murs tremblaient, mon lit était trop froid, je ne savais plus quoi faire, la sueur couvrait tout mon corps. Mes mains étaient froides et elles tremblaient. Après plusieurs essais j'arrivai enfin à l'interrupteur. Quand j'avais allumé la lumière, je ne croyais pas mes yeux. C'était elle, je l'avais reconnue : la plante était entrain de grandir d'une façon incroyable et d'une grande vitesse, elle emportait tout ce qu'elle trouvait devant elle; le plafond s'écroulait et elle atteignait déjà le grenier quand elle changea de direction et se retourna vers moi. Je restais plaquée près de l'interrupteur sans rien faire. Que faire ?
Mériem Robai
Le 01 mars 2011 est l'anniversaire de mon ami abdallâh , comme d'habitude il distribua des invitations de fête.
Mon ami décida de fêter chez lui , mais sa famille refusa , alors il décida de fêter chez sa grande mère . Cette maison abandonnée depuis quatre ans juste après la mort inexplicable de ses oncles .
Enfin le jour arriva et tous les invités avaient respecté le rendez vous. On passait une soirée formidable mais soudain le DJ se transforma au monstre avec 2 têtes. On courut vers la porte mais malheureusement il n'y avait qu'un mur noir où était écrit diable rouge .
Je sentis que c'était notre dernière soirée , et pendant que nous réfléchissions comment sortir de là , le diable attaqua notre ami Youssef , personne ne bougea sauf un qui avait prononcé un mot bizarre puis ils disparurent .
Mais qui était cette homme ?N ‘était ce pas un diable ?
Ahmed Loughribi
C'était une de ces nuits où la douce brise nocturne chatouillait les carillons, et la lune éclairait l'insondable étendue d'étoiles qui scintillaient, chacune son tour comme de gargantuesques miroirs qui reflétaient ; très au loin, les rayons de quelques soleils lointains.
Eden dans son lit douillet comptait les moutons, attendant que le sommeil daigne s'allier à son corps chétif. Eden avait eu onze ans ce jour-là, et ses parents avaient fêté l'évènement. La fête fut très agréable, et il eut plein de présents, mais ni le ballon, ni la console ne lui avait restitué le sourire qui imprégnait son visage angélique, il y avait une année de cela, quand il le sut ; quand il entendit sa mère gémir et se morfondre sur son père. Ils s'échangèrent des paroles qui erraient péniblement dans l'air. Il sut qu'une terrible vérité lui avait été cachée; il sut depuis ce jour-là que rien n'allait plus comme avant.
A dix ans, on ignore la raison qui pousse sa maman à se raser les cheveux ,tellement ils tombaient. A dix ans, un enfant croit que la pâleur livide qui orne le visage de sa mère n'est qu'une trace des années qui s'accumulent le temps d'une vie. Il ignorait pourquoi tout d'un coup, ses os se firent plus imposants et essayaient de pénétrer la fine peau jaunie de sa mère. Il savait pourtant qu'elle avait jeté tous ses habits ; qui désormais étaient infiniment trop amples pour elle. Mais surtout, il essayait de savoir pourquoi elle s'absentait des semaines entières, tandis que son père lui affirmait que le travail l'y obligeait.
Ce soir-là, il réfléchissait, bercé par le son métallique des carillons qui tintaient. Il pensait à tout, et à rien, mais il sentait dans l'air qu'il respirait, une terrible sensation d'urgence, et ce n'était guère l'excitation d'une nouvelle année vécue, mais un pressentiment ; une intuition. Ce soir-là, avant de dormir, il avait embrassé sa mère si fort et si véhément comme jamais, et sans nulle raison.
La lumière d'en face s'alluma soudainement, et les moutons d'Eden s'échappèrent de ses rêves dans un silencieux brouhaha. Il se leva vers la porte de l'autre chambre, colla son oreille contre elle, et patienta.
« -Non, mon amour ! Ma chérie !...Réveille-toi ! Réveille-toi !...Tu ne peux pas me laisser. Ne me laisse pas ! Je t'en prie. »
Et pour la première fois de sa vie, Eden sut qu'un homme pouvait pleurer ; que son père pouvait.
Un an plus tard, jour pour jour, Eden avait douze ans, mais cette fois-ci, ni fête ni cadeau, et ni parents. Ce jour-là, il se souvint de la fameuse nuit de ses onze ans, il se rappela comment il avait tristement quitté la maison, un sac sur le dos, marchant là où le destin le menait. Une vieille dame l'avait chaleureusement accueilli en son sein, dans son petit cottage dans les champs. Il se souvint de son reflet au miroir, le reflet d'un petit garçon brisé. Ce jour-là, ce qu'il y avait, c'était un homme à peine une année plus tard ; un homme au cœur prématuré, vieux, et portant dans ses yeux marrons, les débris d'un passé agréable, et si lointain.
Eden pensait tout le temps que c'est une chose agréable de savoir les personnes qu'on aime dans un sommeil paisible et profond, s'abandonnant aux songes, et fuyant les souffrances. Savoir sa mère dans l'au-delà, dans les cieux, le réconfortait. Au moins, elle ne connaissait plus la douleur de son cancer. Son père ; il ne l'avait pas revu depuis la fameuse nuit qui a fait que le petit devienne homme, et il s'était fermement résigné à ne plus le revoir.
Malgré tout, la chance lui avait au moins montré ses dents une fois, car il avait cette gentille dame qui l'avait accepté sans question, et il l'aimait bien ; il aimait la voir labourer son petit champ, s'allonger sur le vieux sofa, écouter la radio innocemment, il aimait la voir dormir le soir ; à vrai dire, elle souriait, et cela le ramenait toujours auparavant, à sa maison, à sa maman. Pourtant, chaque nuit était frayeur et appréhension, oui, le petit homme avait peur que ce soit lui qui allume la lumière pour découvrir encore une fois une solitude épineuse. Aussi, il la serrait fort dans ses petits bras, chaque soir. Il ne redoutait pas les adieux, il préférait qu'elle sache toujours, et pour la dernière fois, qu'il l'aime, comme ça, elle pouvait s'en aller sans lui laisser de regrets, car c'est l'arme du passé pour resserrer son étreinte sur vous, et vous voiler l'avenir. Et les souvenirs vous permettent de survivre avec un brin d'histoire ; de l'histoire de votre minable petite vie. Eden l‘avait appris malgré lui, et le nier serait comme confronter le destin.
Chaque soir, avant de s'endormir, il murmurait paisiblement : « Un jour de moins ».Ce soir-là, il souriait, il avait eu douze ans, il vieillissait et cela le réjouissait, car au plus profond de lui-même, il se souhaitait la mort, et savoir qu'il mourait un peu plus chaque jour était sa source d'espoir pour survivre à un lendemain incertain. Pourtant, cette nuit-là ne ressemblait en rien aux autres.
« -Mon petit, viens là !...Je devrai dire mon petit homme, tu grandis Eden, tu sais ! Tu apprends beaucoup de choses, tu en sais beaucoup plus pour ton âge, tu ne devrais pas, mais que veux-tu ! Certains naissent heureux, d'autres tristes, d'autres simplement ne naissent pas, et j'ai l'impression que tu n'es pas encore né Eden. Tu ne souris jamais, tu ne te donnes jamais de répit, je ne vois en toi qu'une âme déchirée mon petit, et le pire est que je me contente de regarder, je ne peux rien faire pour toi à part te donner une maison, un lit et de quoi manger. Ce n'est pas la vie dont rêvent les petits garçons, et tu ne réagis même pas.
Tu sais très bien que mes enfants m'ont oubliée, et que j'en souffre depuis des années, mais depuis une année jour pour jour, j'ai enfin pu revivre, j'ai enfin trouvé une raison qui m'attacherait à ma petit vie, qui me pousserait à me battre contre la mort, et cette raison, c'est toi. Alors d'un côté si tu t'en vas, je perdrai peut être ma bataille, mais tu gagneras la tienne, et nous vaincrons ensemble mon petit. Et que tu le veuilles ou non, un jour je partirai à mon tour, comme ta mère, seulement quand ce sera mon tour, je voudrais que tu sois heureux, avant de me serrer dans tes bras le soir. Vois-tu Eden, si tu n'avais pas été là, Dieu seul sait où j'aurais été en ce moment, mais sache que tu es entrain de faire vivre les mêmes souffrances à ton père, et crois-moi, les douleurs sans les tiennes, n'ont pas dû lui manquer.
Les hommes, mon petit, ont des choix à faire, et tu en as un, mais quoi que tu choisisses, je t'aimerai mon petit… »
Une larme perlait sur ses joues ridées, ses yeux scintillaient comme de luisantes étoiles dans le ciel, et pourtant elle souriait, encore et encore…
« -C'est ton anniversaire aujourd'hui, alors évitons les larmes. Retourne-toi Eden. »
Il découvrit une bicyclette près de laquelle posait un petit paquet cadeau. Il contempla la bicyclette, ébahi, avant d'ouvrir le paquet. Ce qu'il y trouva le remua comme jamais. Il courut vers la gentille dame ridée, et sauta à son cou.
« -Doucement mon petit, j'ai perdu la forme, le sais-tu ?...Ne pleure pas, je t'en prie. J'ai pensé que des carillons te feraient plaisir, et t'aideraient à te décider. Je sais que tu en avais là-bas…
La nuit, Eden ne put dormir, les carillons qui tintaient comme auparavant avaient réveillé en lui le petit garçon qu'il avait si désespérément enterré. Il réfléchissait, maudissait la vie, mais il se leva ; décidé, et avec toute la fausse joie du monde, réveilla la vieille dame et lui murmura :
« -Tâche de rester en vie, quand je reviendrai…Je t'en supplie. Je t'aime. »
Elle lui sourit, il l'embrassa sur le front avant de quitter la maison, un sac sur le dos. Le même scénario se répétait mais cette fois-ci, il savait où aller.
Les carillons attachés au vélo, étaient pour lui une joyeuse symphonie qui pénétrait les ténèbres dans lesquelles il s'engageait, comme un homme. Il avait sans doute pris le bon chemin, le bon choix ; néanmoins, il avait énormément fauté, et certaines erreurs sont irréparables.
Le chemin fut assez long et épuisant, mais certaines douleurs sont agréables, quand on sait qu'après l'orage vient le soleil, ou tout simplement, quand on sait qu'on les mérite. Aussi, il avait ignoré la douleur qui surmontait ses jambes tellement il avait pédalé. Il avait négligé les plaies ouvertes sur ses mains quand il avait grimpé au vieux chêne, pour sauter dans sa vieille chambre à travers la fenêtre ouverte. Une fois dedans, il constata avec peine que tout avait changé ; les murs, le parquet, les rideaux… En allumant la lumière, il retint un cri d'horreur, avant de courir vers la chambre de ses parents. S'était-il trompé de maison ? Non, et pourtant il aurait aimé que la réponse soit un oui. Dans sa chambre dormait une petite fille d'environ dix ans, et dans celle de ses parents, un couple qu'il n'avait jamais vu avant.
-Qui es-tu ? Que veux-tu ? Comment es-tu entré ici ?
Eden n'entendait rien, il levait les yeux vers le plafond.
-Nous ne te ferons pas de mal…
Il baissa les yeux, éclata en sanglots. La jeune dame le prit dans ses bras, essuya ses larmes.
- Charles, j'ai déjà vu ce garçon quelque part…Oui, je m'en souviens maintenant. Tu es le petit garçon de la photo. Nous l'avions trouvée ici quand nous avons acheté la maison. Si si ! Je m'en rappelle à cause du nom marqué dessus : Eden, comme les jardins d'Eden. Tu dois être Eden, n'est-ce pas ? Que fais-tu ici tard la nuit ?
- Ma chérie, ne te souviens-tu donc pas ? L'agent immobilier nous avait dit que le propriétaire de la maison était mort, peu après avoir perdu sa femme, et après…la disparition de son fils.
Le monde s'écroulait autour d'Eden, violemment et tout d'un coup. L'air s'engouffrait douloureusement dans ses poumons, et son cœur se battait pour briser les os qui l'asphyxiaient. Les larmes jaillissaient de partout, chaudes, même brûlantes sur la peau impubère qui tremblait.
-Eden, respire, respire !
Il se leva tant bien que mal, et sortit sous le regard étonné des nouveaux occupants de la maison dans laquelle il avait commencé si joyeusement sa vie. Il ne prit même pas la peine de regarder autour de lui en quittant cette marée de souvenirs et de regrets, une marée haute dans laquelle il avait failli se noyer.
Il reprit le chemin de sa maison ; la vraie, qui l'attendait dans les champs, comme une jeune épouse aurait attendu son mari rentrer de guerre, avec tout l'appréhension du monde somnolant.
Il y arriva finalement au crépuscule. Le soleil fourrageait innocemment dans ses boucles brunes, et séchait les pleurs sur ses pommettes, comme l'aurait fait l'ami qu'il n'a jamais eu. Il leva les yeux vers l'astre luisant qui l'invitait à jouer, le contempla émerveillé, malgré sa malchance. Il s'assit sur l'herbe encore humide, adossa son vélo à un arbre, tandis que les carillons sonnaient sans arrêt. La symphonie recommençait, arpentant des rythmes nouveaux, tristes des fois, joyeux d'autres, tout comme la vie.
« -Certaines erreurs sont irréparables… »
Jihane Kamil
Elle était enfermée dans une chambre, cloîtrée entre quatre murs. Le silence régnait, on n'entendait plus que ses pleurs. Cachée dans le noir, on pouvait à peine distinguer ses yeux rouges et gonflés. Elle respirait difficilement… Ce n'était pourtant pas la première fois que son mari la maltraitait. Elle l'avait épousé contre son gré, pour satisfaire l'envie de ses parents, pour la seule raison; celle d'avoir plus d'argent. L'argent, cet argent qui l'avait tant aveuglé depuis le début, elle n'en voulait plus, elle ne pouvait plus continuer de vivre ainsi… Deux années de mariage, deux années perdues de sa vie qu'elle ne pourra plus jamais remplacer. Elle était dégoûtée des hommes, affreuses machines à torture programmées avec l'unique but; combler leurs besoins ‘personnels'. Cette fleur qu'elle avait gardée tout au long de sa misérable vie, lui fut enlevée par cet horrible homme qu'elle croyait être son prince charmant. Ce qu'elle était idiote! Croyant à ces aberrants contes de fées. « ‘Et il vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants' ; paroles en l'air qu'on a la fâcheuse habitude de raconter aux petites filles! », pensa-t-elle. Cendrillon s'était mariée au prince, et deux semaines après…elle aurait préféré rester chez sa belle-mère. Les oiseaux ne gazouillent pas joyeusement, les souris ne cousent pas de jolies robes de bal, les bonnes marraines ne savent pas transformer de simples citrouilles en de grands carrosses, et de la même manière les princes charmants n'existent pas.
Dehors, le vent soufflait en rafales déchaînées, elle se rappela la main abjecte qui la battait, les volets de la chambre claquaient de plus en plus fort et elle trembla d'effroi se souvenant ses efforts vains pour se défendre, un chien aboyait de rage et elle cria à la mort évacuant tout son désespoir.
Le matin. Selma était encore assise le dos courbé, le front brûlant sur ses jambes si frêles. La pièce était maintenant noyée dans la douce lumière blanche de l'aube. Selma regarda nonchalamment par la fenêtre ; une ligne verdâtre se dessinait à l'horizon, et la rosée cristalline avait embelli les fleurs du jardin. Elle ouvrit la fenêtre et respira une longue bouffée d'air pur. Être simplement vivante et voir le soleil scintillant apparaître aurait dû représenter pour elle un des plus précieux trésors de la nature, pourtant, elle ne pouvait apprécier le spectacle, elle resta indifférente, froide et insensible au joyeux paysage qui s'offrait à ses yeux.
Selma se leva avec paresse, et quitta cette chambre glaciale où elle se réfugiait chaque fois que le loup faisait sa terrible apparition. Elle se dirigea vers la cuisine pour préparer le repas du roi qui n'allait pas tarder à se réveiller. Ce n'est pas qu'elle avait peur qu'il la batte une nouvelle fois, mais c'est qu'elle voulait trouver quelque chose à faire avant qu'elle ne replonge dans ses affreuses pensées. Mais c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait enlever ces images horrifiques de la nuit dernière, comme celle, d'ailleurs, des nuits précédentes…
Trois heures de cuisine et de ménage, or elle était encore anxieuse et bouleversée. Elle décida alors d'aller prendre une bonne douche froide pour se rafraîchir les idées, mais elle se sentait toujours aussi sale et crasseuse.
Il était plus de midi, et l'homme n'était pas descendu manger le repas que Selma lui avait préparé avec toute la haine et la répulsion qu'une femme peut avoir envers son mari. Elle monta alors à l'étage, et entrouvrit légèrement la porte de la chambre à coucher de façon à voir l'intérieur de la pièce, mais elle était vide, le lit était intact. « Il a passé la nuit dehors encore une fois… » se dit-elle. Et elle s'assit dans le salon attendant, non sans crainte, l'arrivée de son mari. Le temps passait lentement, ses paupières se faisaient de plus en plus lourdes, et le sommeil l'envahit…Elle dormait effaçant ainsi toute nuance de fatigue.
Des heures s'écoulèrent, tomba la nuit, et elle dormait toujours à poings fermés, mais son instant de repos fût interrompu par le bruit assourdissant de pas lourds qui faisaient trembler la parquet ciré. C'était lui, le loup était venu avec pour devise : ‘Quand l'homme passe, les femmes trépassent'. Il était gigantesque, musclé, et tous les poils qui lui manquaient sur la tête s'étaient donnés rendez-vous entre sa grande bouche et son nez peuplé de points noirs. Mais ce qui captait le plus l'attention, c'étaient ses yeux petits mais terrifiants et anormalement vitreux, rappelant ceux d'un serpent malfaisant.
Il aboya d'une voix rauque : « T'as préparé à manger, j'espère? J'ai faim ! ». Selma se précipita vers son mari et s'inclina devant lui en marmonnant : « Le dîner est sur la table ». Mais il ne daigna d'un regard; il leva la tête haute et s'avança vers son repas, bousculant Selma dans son passage.
_ Une pastilla ? C'est tout ce que tu sais faire ? Ce n'était pas ce que t'as préparé avant-hier ?
Il la regardait d'un air hautain et méprisant, tout en grimaçant de dégoût à la vue de son assiette.
_ L'autre fois, elle était au poulet, celle-là est au poisson, répondit-elle tout en évitant son regard.
_ Tu parles maintenant ? dit-il d'un ton supérieur. C'est nouveau ça !
Et il la gifla sur sa joue devenue rouge vermeille. Selma la frotta, ne répondit pas, et continua de manger comme si de rien ne s'était passé.
Tout à coup, l'homme cessa de manger, il lâcha le morceau qu'il tenait et joignit ses deux mains autour de son cou. Il était devenu écarlate, et il avait le sang qui lui montait au visage.
_ Bordel, tu m'as empoisonné! Traitresse! Qu'est-ce que tu as mis dans ta pastilla ?!
Mais Selma ne savait plus où se mettre, elle ne comprenait rien à ce qui se passait juste sous yeux. Elle balbutia :
_ Poisson, euh…calamars…crevettes…
_ Des crevettes ?! Tu as mis des crevettes ?! Mais je suis extrêmement allergique aux crevettes, sale garce !
Et Selma cria de toutes ses forces, comme une bombe qui explosa soudainement :
_ MAIS COMMENT J'PEUX SAVOIR MOI QUE T'ES ALLERGIQUE A JE NE SAIS QUOI SI ON PARLE JAMAIS !!
Il la regarda avec dédain, abasourdi par le changement de ton radical de sa femme, et il vomît des injures, puis il s'époumona avec rage :
_ Tu vas le regretter…VA ME CHERCHER MES CACHETS SUR LA TABLE DE CHEVET !
Et Selma s'exécuta immédiatement par une poussée d'adrénaline. Elle trébucha en montant les escaliers tellement elle était paniquée, elle attrapa vite les comprimés et descendit hâtivement jusqu'à la salle à manger. Son mari était là, allongé, il toussait tellement fort que du sang lui sortait de la gorge, son teint virait au cramoisi, et plusieurs plaques rouges et gonflées s'étendaient sur toute la surface de sa peau. Il était là, allongé, il lui tendait sa main tremblante, pour qu'elle lui donne ses cachets, mais elle le regardait, elle pleurait, et elle suait à grosses gouttes, une force inconnue avait pénétré en elle, et elle ne pouvait plus faire un mouvement, elle avait les cachets entre ses mains squelettiques, mais elle ne les lui donnait pas. Il était là, allongé, ses yeux s'étaient ternis, son teint virait au bleu, sa bouche était sèche. La main froide de la Mort lui frôla le torse. La flamme de la vie vacilla, et à son contact glacé, il ne put que trembler convulsivement. La Mort s'empara de lui.
Selma regardait le corps sans âme étendu devant elle, sans mouvement, tel une grande part de viande jetée aux chiens. Elle le dévisageait d'un regard apeuré, et un mélange de crainte et de dégoût l'envahit. Elle frémissait comme une feuille sèche à l'approche de l'automne. Elle ne savait quoi faire, et elle demeurait là, debout, devant cette chose qu'elle avait détestée depuis bien des années. Elle avait tant attendu le moment où elle serait libre de ses chaînes qui la retenaient, où elle aurait détruit les barreaux qui l'avaient enfermée, et maintenant qu'elle n'était plus dépendante de ce scélérat, elle pourrait faire tout ce qui lui plairait, aller dans tout endroit où elle s'amuserait, et dire tout ce qui lui passerait par la tête…Mais non, non elle n'avait aucunement l'envie de réaliser ces souhaits pour l'instant, car son mari était mort à cause d'elle, et elle ira au bagne, et elle va salir la réputation de toute sa famille, et on causera, et se moquera, et elle sera la risée de tout le bled, la femme qui a empoisonné son mari, ce monstre sans cœur qu'elle était devenue…Non elle ne pourrait pas supporter un tel fardeau, elle devait fuir, le plus loin possible du lieu du crime, où personne ne la reconnaîtrait, où elle ne serait plus Selma…
Elle prit ses jambes à son cou s'éloignant de la maison cauchemardesque, n'emportant avec elle que sa volonté, bien déterminée à changer le cours de sa vie. Mais une sensation d'angoisse s'accapara d'elle, elle essayait vainement d'oublier cet incident, seulement, ses pensées se chevauchaient dans son esprit. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser, et sa température ne cessait d'augmenter, elle ne se sentait vraiment pas en bon état. Elle ne distinguait plus très bien le chemin, les images étaient devenue floues, et elle sombra petit à petit dans le noir obscur…
Selma se réveilla avec épuisement, et la terrible sensation de s'être cogner la tête contre le mur. Ses paupières s'ouvrant légèrement, elle discernait à peine l'endroit où elle se trouvait actuellement. Ce n'était apparemment, qu'une petite pièce aux murs dégarnis par l'humidité, il n'y avait pas beaucoup de meubles à part un grand bureau mangé par le temps et une cuisinière miteuse et rouillée sur laquelle bouillonnait une soupe à l'odeur appétissante.
« Ah, vous vous êtes réveillé… ». Selma n'y prêta pas attention, toujours brouillée dans ses pensées, croyant être encore endormie, mais elle tourna inconsciemment la tête et elle le vit ; encerclé d'un amas de tableaux, un homme assis le dos droit devant une toile inachevée, baladait son pinceau, qu'il tenait entre ses longs doigts fins, de sa palette au tableau d'un mouvement presque hypnotisant. Il posa brièvement, mais sans aucun bruit, ses outils sur le bureau rongé par les mites, et se tourna calmement vers Selma. Elle pouvait le voir de près à présent ; son teint était cireux et ses joues creuses mais paradoxalement, il avait l'air en très bonne santé. Peut-être était-ce à cause de ses yeux bleus azur pénétrants donnant l'implacable sensation qu'ils pouvaient lire en vous comme dans un livre ouvert, ou bien son regard flegmatique qui vous faisait évader loin de la dur réalité, ou encore était-ce ses oreilles écarlates qui vous faisaient sourire même si le cœur n'y est pas …?
Selma demeurait immobile, pensive, le regard vide mais ne quittant celui de l'homme mystère. Celui-ci mit sa douce main tachetée de quelques traces de peinture contre le front brûlant de Selma.
_ Ce n'est qu'une fièvre pas très gentille, la consola-t-il d'une voix mélodieuse, vous serez sur pieds d'ici quelques jours. Tenez, buvez.
Il lui tendit un grand verre d'eau dans une main et un cachet dans l'autre. Selma fronça les sourcils, elle eut comme une impression de déjà-vu, mais c'était bien plus que cela, elle se rappela soudain cette nuit-là, et d'un seul geste saccadé, jeta le cachet loin d'elle et propulsa le verre rempli d'eau qui atterri sur le tableau inachevé. Elle cria mais faiblement, et fourra son visage dans ses mains squelettiques en gémissant.
_ Ok, vous les prendrez plus tard…dit-il de son habituelle apathie.
Selma le regardait entre deux doigts et constata le désordre qu'elle avait causé autour d'elle.
_ Je suis désolée, se précipita-t-elle, c'est que…je…je n'aime pas trop les médicaments…et désolée pour votre euh -elle fit signe à la toile avec son menton- votre tableau…
Il se retourna vers l'endroit où résidait ce dernier et le regarda longuement, avec la même passivité, tournant la tête à plusieurs reprises, tous ses sens en alerte, scrutant chaque coin, s'approchant de plus en plus, s'arrêtant sur chaque détail comme s'il arrivait à toucher la peinture avec ses yeux, ou qu'il entendait chaque grattement du pinceau qui l'avait créé, comme s'il était une partie du tableau…Il recula brusquement les yeux grand ouverts.
Selma avait regardé l'homme sans trop comprendre sa réaction, elle s'éclaircit la gorge et demanda :
_ Qui êtes-vous ?
L'homme mystérieux se retourna vers elle, et sourit.
_ Qui suis-je ? Voyez-vous, c'est une question à laquelle moi-même je ne pourrais répondre…Je pourrais vous dire que je suis terrien, animal parlant de sexe masculin, un être rationnel qui pense, qui peint, et qui dort, mais cette réponse n'est pas assez suffisante et malheureusement, je ne peux en donner d'autres…
Il hocha les épaules et soupira comme s'il était déçu de quelque chose. Puis, il se dirigea vers la cuisinière et enleva sa soupe du feu. « Parfait! » dit-il après s'être penché pour sentir la délicate odeur qui s'en exhalait.
Ils prirent le dîner ensemble, et Selma écoutait attentivement chaque paroles de cet homme, parfois même sans les comprendre, mais il parlait avec tant de grâce que chaque mot qu'il prononçait était fascinant, envoûtant… Il allait de la peinture à la vie, en passant par la femme, l'homme, la politique, l'Histoire…c'était une encyclopédie à lui tout seul ! Il menait un dialogue avec lui-même, c'était la grâce dans la vivacité, un monologue loin d'être déplaisant car il parlait avec tant de passion que s'aurait été bien difficile de ne pas le croire. Enfin, il terminait toujours ses phrases par ‘Pas vous ?', Êtes-vous du même avis ?', ‘Qu'est-ce que vous en pensez ?'… Mais Selma se contentait de hocher la tête en signe d'approbation, ne sachant quoi répondre devant un tel savoir.
Et ce fut ainsi chaque soir qu'elle passait en sa compagnie, elle avait tant essayer de déchiffrer le code pour pouvoir accéder aux pensées de cet homme sibyllin, mais rien, il était insaisissable voir même étrange mais elle ne pouvait plus vivre sans lui. Il n'était ni un amant, ni un frère, ni un père, ni même un ami pour elle, elle le considérait comme un trésor, un boyau sans fin, une énigme que l'on ne peut résoudre, il était pour elle : une bénédiction. « J'étais médecin, vous savez ?-lui avoua-t-il un soir de pluie- j'avais une famille et des amis…mais la roue de la destinée ne tourna pas en ma faveur, et je me suis retrouvé dans cet état là…mais je ne crois pas que je sois malheureux » Selma eut un léger sourire de côté en pensant que c'était un grand soulagement dans la peine que l'égalité.
Cinq années se sont écoulées, Selma vivait toujours avec cet homme dont elle ne connaissait même pas le nom, mais elle avait abandonné son entêtement de découvrir qui il était depuis leur première rencontre. Il lui apprit comment peindre, et comment s'étonner des petits plaisirs que nous offre la vie. Il la fit entrer dans son monde à lui, ce monde dans lequel jamais personne n'osait pénétrer. Un monde sans peur ni méchanceté, où le cerveau et le cœur ne font qu'un.
Un matin, le soleil brillait dans un ciel sans nuages et ses pâles rayons étaient réfléchis par le ruisseau d'à côté qui chantait sur les cailloux. Selma se réveilla par les douces caresses de la clarté du matin qui avait noyé la pièce. Elle s'étira comme un félin, et se leva énergiquement se demandant ce que pourrait bien lui préparer une si belle journée de printemps…
La porte s'ouvrit. C'était lui, l'homme mystère entra. Avec son flegme habituel, il regarda Selma, mais cette fois-ci, ses yeux tremblaient dans leurs orbites, et sa bouche restait légèrement entrouverte. Il avait l'air confus, troublé, comme si quelque chose de grave c'était passé. Il s'avança vers Selma doucement, n'arrêtant pas de la fixer et elle remarqua une lueur d'inquiétude dans ses yeux. Il prononça enfin ces quelques mots : « C'est Selma, n'est-ce pas ? » Mais elle ne répondit pas. Une douloureuse ambiguïté alourdit l'atmosphère. Elle ne lui avait jamais parlé de son passé, elle ne lui avait pas révélé son prénom, comment pouvait-il …est-ce qu'il sait…quelqu'un lui avait-il…?
_ C'est Selma, j'ai raison ? répéta-t-il.
Toujours aucune réponse, Selma le regardait sans pouvoir saisir le sens de cette situation. Il y a seulement trois minutes, elle croyait avoir le monde entre ses mains, elle songeait commencer une nouvelle vie, repartir à zéro, elle sentait une nouvelle âme naître en elle…
_ MAIS REPOND-MOI, BON SANG !cria-t-il tout d'un coup.
Mais il pleurait. C'était peut-être la première fois que ses iris bleus se mouillaient. Les larmes s'écoulaient doucement sur ses joues devenues rouges ainsi que ses oreilles qui étaient de plus en plus écarlates. Tout en fusillant Selma du regard, ses yeux la suppliaient, ils voulaient connaître la vérité.
_ Je peux tout t'expliquer, prononça-t-elle enfin.
Mais ses paroles se perdirent dans le vacarme qui jaillissait dehors. La porte se cassa inopinément, et dans un éclat de bois, plusieurs hommes surgirent.
« Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz sera retenu contre vous… » Ses oreilles se bouchaient, ses pieds se fatiguaient, sa respiration devenait profonde, elle ne sentait plus rien autour d'elle, mais son regard était toujours fixé sur le seul homme qui l'avait fait rire, qui l'avait aidé à changer sa vision du monde, qui avait cru en elle. Non, ce ne sera pas sans chagrin qu'elle quittera ce foyer auquel elle s'était tant attaché, mais elle avait vécu, partagé, apprit tellement de choses extraordinaires, qu'il lui est facile de dire que la vie est un long fleuve rempli d'obstacles qu'il faut franchir ou essayer de contourner, mais pour elle, le fleuve de la vie se fige à jamais, ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle se rendit compte de la chance qu'elle a, et que malgré toutes les difficultés auxquelles elle a pu faire face, elle était heureuse. Oui les oiseaux gazouillaient enfin et les fins heureuses ne se trouvaient pas que dans les contes de fée. Et de la même manière, les princes (presque) charmants existaient peut-être bien… .
Laisse moi m'envahir dans l'ombre de tes yeux
Ne serait-ce qu'un dernier regard
Pour qu'une fois tout flétrit,
Ne se dissipe ce que laisse entendre mon cœur à ton égard
Où trouverai-je cette main chaude qui tiédissait mon cœur
Où trouverai-je ces mots qui apaisaient ma douleur
Où verrai-je la nuance de ces joues rougies
Comme à la vue du soleil couchant,
M'inspire mélancolie où je vais, où je m'enfuie,
Ton image hante mon esprit
Sors de ma vie, sors de ma vie
Tu ne me reviendras jamais, je le sens je le sais
Ce n'est pas si facile, mais j'attendrais
Un crime crapuleux avait été commis dans une belle villa de la 50ème rue , une de ces villas chics entourées de jardins qui n'en finissent pas .Le corps d'un nourrisson avait été retrouvé inerte , il était mort. Sa mère le tenant contre sa poitrine était morte aussi. La scène était horrible ! les deux cadavres baignaient dans une marre de sang .Le bébé avait été décapité , sa tête reposait tranquillement dans son berceau …
A mon arrivée sur la scène, les officiers de l'identité judiciaire collectaient déjà les empreintes et les cheveux…Le légiste m'expliqua que le bébé avait été décapité il y a environ cinq heures, juste avant que sa mère ne soit tué par un coup violent au crâne.
J'étais le directeur de cette enquête, et pendant deux jours , je n'ai pas arrêté de revenir sur la scène du double meurtre. Les empreintes et les cheveux ne menaient à rien, il n y avait pas de témoins ; la villa était isolée . Peut-être était-ce qu'on appelle au jargon policier : « Un crime parfait », mais je n'y ai jamais cru.
J'étais loin d'imaginer qu'un seul petit détail négligé , pouvait changer le cours de toute l'enquête ! Pendant que je revisitais la villa, un de mes collègues policiers me lança : « Vous voyez inspecteur , ce tableau là ! C'est un Picasso, il vaut des millions !Ces gens là sont bien trop riches … Mais attendez ! Inspecteur, il est à l'envers !!! »
Je courus aussitôt vers le tableau le cœur battant , cela me semblait bizarre, mais là était la clé de l'énigme : un nom incomplet était marqué derrière le Picasso.
L'enquête révéla que c'était la mère qui, avec sa main pleine du sang de son bébé , écrivit le nom de John Helbert avant de mourir. Ce Mr .Helbert était son 1er mari . Une fois convoqué au bureau, notre psychiatre découvrit qu'il souffrait de schizophrénie depuis son divorce avec la défunte femme, qu'il tua après avoir décapité l'enfant.
Il avoua paisiblement être l'auteur de cet abattoir.
Jihane Kamil
T.C. Palmier
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