Programme de TL Littérature 2013-2014
A. Domaine d'étude « Littérature et langages de l'image »
¼uvre :
- Les Mains libres, Paul Éluard-Man Ray, Poésie Gallimard.
Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011
publié au B.O.EN spécial n° 8 du 13 octobre 2011) souligne que le
travail sur le domaine « Littérature et langages de l'image » vise à
« conduire les élèves vers l'étude précise des liens et échanges
qu'entretiennent des formes d'expression artistique différentes ». Il
envisage « quelques grands types de relations » entre l'½uvre littéraire
et l'½uvre visuelle, et propose notamment « l'imbrication »,
« l'agrégation » ou « l'amplification » comme pistes d'études.
Le recueil Les Mains libres renverse les relations
traditionnelles entre texte et image, en mentionnant dès la première
page de l'½uvre : « dessins de Man Ray illustrés par les poèmes de Paul
Éluard ». Les deux créateurs ont en effet inventé une collaboration,
dans laquelle les dessins ont précédé l'écriture poétique. Derrière
cette relation d'« illustration » assumée par le poète, la composition à
quatre mains révèle toutefois un système organique sans doute plus
complexe. Les poèmes d'Éluard relèvent-ils vraiment et seulement de
l'illustration ?
Engageant deux langages de manière indépendante et mêlée, Les Mains libres
échappent à la volonté d'emprisonner la réalité entre la représentation
picturale et une quelconque « traduction » poétique. Le rapport au
monde proposé par les deux artistes, rapport qu'on ne pourra détacher de
l'aventure surréaliste, joint la vision à la vue, l'imagination au
réel, l'aura au détail. Dans cet hymne à la voyance qu'est le recueil,
l'architecture, l'organisation et le dialogue entre les pages ne sont
pas laissés au hasard : ils orchestrent une véritable partition chargée
d'entraîner le lecteur sur la voie de l'inspiration poétique.
L'étude de l'½uvre, éclairée notamment par cette réflexion sur la
contagion créatrice, devra attirer l'attention des élèves sur le
contexte artistique et théorique des années d'immédiate avant-guerre.
Elle ne manquera pas de s'ouvrir de manière plus générale à l'esthétique
surréaliste, comme à son « dialogue des langages artistiques » au c½ur
du domaine d'étude. B. Domaine d'étude « Lire-écrire-publier »
¼uvre :
- Lorenzaccio, de Musset.
Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de
la série littéraire indique que « la succession des termes
lire-écrire-publier doit être appréhendée comme l'indication d'un
continuum dont les différents moments sont en interaction et se
déterminent réciproquement », mais précise que « les ½uvres inscrites au
programme détermineront les perspectives que le professeur sera amené à
privilégier ». Si Lorenzaccio présente par ses sources une riche
intertextualité, il s'agit surtout d'étudier l'½uvre en mettant
l'accent sur la réception (« écrire-publier »). Lorenzaccio se caractérise dans cette perspective par un triple décalage :
- celui d'une ½uvre théâtrale rendue publique sous forme livresque
(un théâtre dans un fauteuil) en prenant acte de sa propre
irreprésentabilité scénique, voire en la théorisant ;
- celui d'un créateur qui choisit le détour par l'Italie renaissante pour parler à et de la France d'après 1830 ;
- celui d'une pièce finissant par connaître tardivement (en 1896) la
représentation scénique : la « création » au sens théâtral ainsi
retardée déplaça nécessairement le sens de l'½uvre, lequel ne cesse
depuis d'être réinterprété et recontextualisé au fil des mises en scène,
parmi lesquelles le professeur pourra choisir celles qui lui paraissent
les plus représentatives.
L'enjeu n'est pas une connaissance exhaustive de toutes les
représentations ou interprétations, mais une compréhension, par l'étude
d'une ½uvre, des inflexions sémantiques et de leurs richesses suivant le
support matériel de la publication, l'horizon de la réception et ses
contextes.
Pour ce faire, le professeur propose aux élèves l'édition de son
choix. Au format « poche », les éditions proposent chacune dans les
annexes des documents divers concernant la genèse, la réception,
quelques représentations théâtrales ou des études critiques. Il
appartient éventuellement au professeur de les compléter par les textes
et les documents utiles à son projet (propos de Musset lui-même,
discours critiques du XIXème ou du XXème siècle, déclarations de
metteurs en scène, captations vidéos de certaines représentations,
etc.).
Le film de Wim Wenders en hommage à¨Pina Bausch
Par cyberblaise - publié le vendredi 28 juin 2013 à 12:17
Sur Arte et pendant une semaine en ligne, l'hommage rendu à la chorégraphe Pina Bausch: http://www.arte.tv/guide/fr/042596-000/pina
La captation de l'une des chorégraphies de Pina Bausch: Vollmond: http://www.arte.tv/guide/fr/plus7
Je croise les doigts pour les oraux!
Je pars demain pour faire passer l'examen de spécialité théâtre et ne serai pas disponible jusqu'à vendredi. Si vous avez encore des questions, faites le aujourd'hui. Je pense bien fort à vous.
Un poète d'aujourd'hui: André velter
A écouter avant l'oral, mon ami le poète André Velter: http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-entretien-andre-velter
Petit mot pour les premières.
Quoi qu'il se soit passé ce matin, pas de panique, on regarde en avant...Rien à perdre , tout à gagner. Tous les candidats sont logés à la même enseigne.
Envoyez-moi un petit mot pour me dire quel sujet vous avez pris mais ne tirez pas de conclusions hâtives à partir des suggestions de corrigés mis en ligne. Courage pour la suite.
Ultimes conseils pour l'écrit
Pas trop de bachotage le jour avant l'épreuve. Pensez à vous détendre en faisant du sport , à vous reposer, à bien dormir pour pouvoir regarder les sujets avec fraîcheur. Pensez à votre montre pour gérer le temps, à votre convocation et à vos papiers d'identité. Prévoyez de l'eau pour vous désaltérer et de quoi vous resucrer en cas de baisse de régime.
Pour l'oral, outre les conseils déjà donnés, veillez à ne pas vous rendre à l'oral en tenue de plage même s'il fait très chaud. Montrez que vous avez fait un effort pour vous mettre en valeur! Jetez vos chewing-gum avant de vous adresser au correcteur!
Je vous souhaite à tous d'être au meilleur de votre forme. faites au mieux. M.....M....M....comme on dit avant d'entrer au plateau.
Une conférence sur le Romantisme à l'Ecole de Théâtre Auvray-Nauroy
http://vimeo.com/62679487 Première partie de l'intervention d'Evelyne Pieiller, rédactrice au
Monde Diplomatique, écrivain, dramaturge, devant les élèves de l'école
Auvray-Nauroy.
Sujet ES-S tombé en Polynésie: la question de l'homme dans l'argumentation
Objet d'étude : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVlème à nos jours.
Textes :
Texte A : Michel de Montaigne, De l'expérience in Essais III, XIII, 1588.
Texte B : Jean-Jacques Rousseau, Cinquième Promenade in Les Rêveries du Promeneur solitaire, 1778.
Texte C : Alain, « La danse des poignards » in Propos sur le bonheur, 1928.
Texte D : Albert Camus, « Noces à Tipasa » in Noces, 1939.
Texte A : Michel de Montaigne, Essais, De l'expérience.
Quand
je danse, je danse; quand je dors, je dors; voire et quand je me promène
solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des
occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je
les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et
à moi. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle
nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses, et
nous y convie non seulement par la raison, mais aussi par l'appétit :
c'est injustice de corrompre ses règles.
Quand je vois et César et Alexandre1, au plus épais de sa
grande besogne, jouir si pleinement des plaisirs naturels, et par
conséquent nécessaires et justes, je ne dis pas que ce soit relâcher son
âme, je dis que c'est la roidir2, soumettant par vigueur de
courage à l'usage de la vie ordinaire ces violentes occupations et
laborieuses pensées. Sages, s'ils eussent cru que c'était là leur
ordinaire vacation3, celle-ci l'extraordinaire. Nous sommes
de grands fols : « Il a passé sa vie en oisiveté, disons-nous; Je n'ai
rien fait d'aujourd'hui. - Quoi ! avez-vous pas vécu ? C'est non
seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations. -
Si on m'eût mis au propre des grands maniements, j'eusse montré ce que
je savais faire. - Avez vous su méditer et manier votre vie ? vous avez
fait la plus grande besogne de toutes. »
Pour se montrer et exploiter, nature n'a que faire de fortune4
; elle se montre également en tous étages, et derrière, comme sans
rideau. Composer nos m½urs est notre office, non pas composer des
livres, et gagner, non pas des batailles et des provinces, mais l'ordre
et tranquillité à notre conduite. Notre grand et glorieux chefd'½uvre,
c'est vivre à propos.
1- Célèbres conquérants de l'antiquité.
2- Raidir.
3- Occupation.
4- Destinée.
Texte B : Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Cinquième promenade.
Tout est dans un flux continuel sur la terre. Rien n'y garde une
forme constante et arrêtée, et nos affections qui s'attachent aux choses
extérieures passent et changent nécessairement comme elles. Toujours en
avant ou en arrière de nous, elles rappellent le passé qui n'est plus
ou préviennent l'avenir qui souvent ne doit point être : il n'y a rien
là de solide à quoi le c½ur se puisse attacher. Aussi n'a-t-on guère
ici-bas que du plaisir qui passe; pour le bonheur qui dure je doute
qu'il y soit connu. A peine est-il dans nos vies plus vives jouissances
un instant où le c½ur puisse véritablement nous dire : Je voudrais que
cet instant durât toujours; et comment peut-on appeler bonheur un état
fugitif qui nous laisse encore le c½ur inquiet et vide, qui nous fait
regretter quelque chose avant, ou désirer encore quelque chose après ?
Mais s'il est un état où l'âme trouve une assiette1
assez solide pour s'y reposer tout entière et rassembler là tout son
être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d'enjamber sur l'avenir;
où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans
néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans
aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de
peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que
ce sentiment seul puisse la remplir tout entière; tant que cet état dure
celui qui s'y trouve peut s'appeler heureux, non d'un bonheur
imparfait, pauvre et relatif, tel que celui qu'on trouve dans les
plaisirs de la vie mais d'un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne
laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir. Tel
est l'état où je me suis trouvé souvent à l'île de Saint-Pierre dans mes
rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais
dériver au gré de l'eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit
ailleurs, au bord d'une belle rivière ou d'un ruisseau murmurant sur le
gravier.
De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d'extérieur à
soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet
état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de
l'existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un
sentiment précieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour
rendre cette existence chère et douce à qui saurait écarter de soi
toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse
nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur.
1- État d'équilibre.
Texte C : Alain, Propos sur le bonheur.
Le
passé et l'avenir n'existent que lorsque nous y pensons; ce sont des
opinions, non des faits. Nous nous donnons bien du mal pour fabriquer
nos regrets et nos craintes. J'ai vu un équilibriste qui ajustait une
quantité de poignards les uns sur les autres; cela faisait une espèce
d'arbre effrayant qu'il tenait en équilibre sur son front. C'est ainsi
que nous ajustons et portons nos regrets et nos craintes en imprudents
artistes. Au lieu de porter une minute, nous portons une heure; au lieu
de porter une heure, nous portons une journée, dix journées, des mois,
des années. L'un, qui a mal à la jambe, pense qu'il souffrait hier,
qu'il a souffert déjà autrefois, qu'il souffrira demain; il gémit sur sa
vie tout entière. Il est évident qu'ici la sagesse ne peut pas
beaucoup; car on ne peut toujours pas supprimer la douleur présente.
Mais s'il s'agit d'une douleur morale, qu'en restera-t-il si l'on se
guérit de regretter et de prévoir ?
Cet amoureux maltraité, qui se tortille sur son lit au lieu de dormir,
et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin
s'il ne pensait ni au passé, ni à l'avenir ? Cet ambitieux, mordu au
c½ur par un échec, où va-t-il chercher sa douleur, sinon dans un passé
qu'il ressuscite et dans un avenir qu'il invente ? On croit voir le
Sisyphe1 de la légende qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice.
Je dirais à tous ceux qui se torturent ainsi : pense au présent; pense
à ta vie qui se continue de minute en minute; chaque minute vient après
l'autre; il est donc possible de vivre comme tu vis, puisque tu vis.
Mais l'avenir m'effraie, dis-tu. Tu parles de ce que tu ignores. Les
événements ne sont jamais ceux que nous attendions; et quant à ta peine
présente, justement parce qu'elle est très vive, tu peux être sûr
qu'elle diminuera. Tout change, tout passe. Cette maxime nous a
attristés assez souvent; c'est bien le moins qu'elle nous console
quelquefois.
1- Personnage mythologique condamné à rouler sans fin un rocher.
Texte D : Albert Camus, Noces à Tipasa (Noces).
[Le narrateur se promène au milieu du site antique de Tipasa.]
Que d'heures passées à écraser les absinthes1,
à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs
tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts
d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon c½ur à la grandeur
insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de
devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder
l'échine solide du Chenoua2, mon c½ur se calmait d'une
étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je
m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont
chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes
mesurent la course du soleil et d'où l'on voit le village entier, ses
murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique
sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon
autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à
peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des
morts; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles. La
basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais à chaque fois qu'on regarde
par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous:
coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses
chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte
Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à
travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se
balance dans l'espace..
1. Plante odorante.
2. Massif montagneux au nord de l'Algérie.
I- Après avoir lu tous les
textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points)
:
Quelles sont les différentes visions du bonheur que proposent ces textes ?
II. Vous
traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :
- Commentaire
Vous commenterez le texte de Camus (texte D). - Dissertation
Une réflexion fondée sur l'expérience personnelle de
l'auteur vous semble-t-elle efficace pour traiter des grandes questions
humaines ? - Invention
Vous avez vécu un moment de bonheur privilégié au contact
d'un lieu. Racontez cette expérience en mêlant la description de cet
espace, les sensations qu'il suscite, et une réflexion sur la condition
humaine.
haut de page Read more: http://www.site-magister.com/sujets29.htm#LPol#ixzz2VzpBY1Vb
Sujet de L tombé en Polynésie les réécritures
Objet d'étude :
Les réécritures.
Textes :
Texte A : Charles Perrault, « La Belle au bois dormant », Contes, 1696.
Texte B : Catulle Mendès, « La Belle au bois rêvant », Les Oiseaux bleus, 1888.
Texte C : Paul Valéry, « La Belle au bois dormant », La Conque, 1891.
Texte D : Paul Valéry, « Au bois dormant », Album de vers anciens, 1920.
TEXTE A : Charles Perrault, « La Belle au bois dormant », Contes, 1696.
«
Mon Prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai ouï dire à mon père
qu'il y avait dans ce Château une Princesse, la plus belle du monde ;
qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le
fils d'un Roi, à qui elle était réservée. »1 Le jeune Prince à
ce discours se sentit tout de feu; il crut sans hésiter qu'il mettrait
fin à une si belle aventure; et poussé par l'amour et par la gloire, il
résolut de voir sur-le-champ ce qu'il en était. A peine s'avança t-il
vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines
s'écartèrent d'eux mêmes pour le laisser passer: il marcha vers le
Château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui
le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre,
parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé. Il
ne laissa pas de continuer son chemin : un Prince jeune et amoureux est
toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il
vit d'abord était capable de le glacer de crainte: c'était un silence
affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que
des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il
reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des
Suisses qu'ils n'étaient qu'endormis, et leurs tasses, où il y avait
encore quelques gouttes de vin, montraient assez qu'ils s'étaient
endormis en buvant. Il passe une grande cour pavée de marbre, il monte
l'escalier, il entre dans la salle des Gardes qui étaient rangés en
haie, la carabine sur l'épaule, et ronflants de leur mieux. Il traverse
plusieurs chambres pleines de Gentilshommes et de Dames, dormant tous,
les uns debout, les autres assis; il entre dans une chambre toute dorée,
et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés,
le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une Princesse qui
paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant
avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s'approcha en tremblant
et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle. Alors comme la fin de
l'enchantement était venue, la Princesse s'éveilla; et le regardant avec
des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : «
Est-ce vous, mon Prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait
attendre. »
Le Prince charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont
elles étaient dites, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa
reconnaissance; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même. Ses
discours furent mal rangés, ils en plurent davantage; peu d'éloquence,
beaucoup d'amour. Il était plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas
s'en étonner; elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui
dire, car il y a apparence (l'Histoire n'en dit pourtant rien) que la
bonne Fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des
songes agréables. Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et
ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à
se dire.
1- Paroles adressées au Prince par un paysan.
TEXTE B : Catulle Mendès, « La Belle au bois rêvant », Les Oiseaux bleus, 1888.
- Un autre délice, le plus grand de tous vous attend. Eh ! lequel ?
-
Vous serez aimée !
-
Par qui ?
- Par moi ! Si vous ne me jugez pas indigne de prétendre à votre tendresse...
Vous êtes un prince de bonne mine, et votre habit vous va fort bien.
- ....Si vous daignez ne pas repousser mes v½ux, je vous donnerai tout
mon c½ur, comme un autre royaume dont vous serez la souveraine, et je ne
cesserai jamais d'être l'esclave reconnaissant de vos cruels caprices.
- Ah ! quel bonheur vous me promettez !
-
Levez-vous donc, chère âme, et suivez-moi.
-
Vous suivre ? déjà ? Attendez un peu. Il y a sans doute plus d'une chose
tentante parmi tout ce que vous m'offrez, mais savez-vous si, pour
l'obtenir, il ne me faudrait pas quitter mieux ?
- Que voulez-vous dire, princesse ?
-
Je dors depuis un siècle, c'est vrai, mais, depuis un siècle, je rêve.
Je suis reine aussi, dans mes songes, et de quel divin royaume ! Mon
palais a des murs de lumière; j'ai pour courtisans des anges qui me
célèbrent en des musiques d'une douceur infinie, je marche sur des
jonchées d'étoiles. Si vous saviez de quelles belles robes je m'habille,
et les fruits sans pareils que l'on met sur ma table, et les vins de
miel où je trempe mes lèvres ! Pour ce qui est de l'amour, croyez bien
qu'il ne me fait pas défaut; car je suis adorée par un époux plus beau
que tous les princes du monde et fidèle depuis cent ans. Tout bien
considéré, monseigneur, je crois que je ne gagnerais rien à sortir de
mon enchantement; je vous prie de me laisser dormir.
Là-dessus,
elle se tourna vers la ruelle, ramenant ses cheveux sur ses yeux, et
reprit
son long somme, tandis que Pouffe, la petite chienne, cessait de
japper, contente, le museau sur les pattes. Le prince s'éloigna fort
penaud. Et, depuis ce temps, grâce à la protection des bonnes fées,
personne n'est venu troubler dans son sommeil la « Belle au bois rêvant
».
TEXTE C : Paul Valéry, « La Belle au bois dormant », La Conque, 1891.
LA BELLE AU BOIS DORMANT
La Princesse, dans un palais de roses pures
Sous les murmures et les feuilles, toujours dort.
Elle dit en rêvant des paroles obscures
Et les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.
Elle n'écoute ni les gouttes dans leurs chutes
Tinter, au fond des fleurs lointaines, lentement
Ni s'enfuir la douceur pastorale1 des flûtes
Dont la rumeur antique emplit le bois dormant.
... O belle ! suis en paix ta nonchalante idylle
Elle est si tendre l'ombre à ton sommeil tranquille
Qui baigne de parfums tes yeux ensevelis :
Et, songe, bienheureuse, en tes paupières closes
Princesse pâle dont les rêves sont jolis
A l'éternel dormir sous les gestes des Roses !
1- Douceur pastorale: qui évoque la campagne et les plaisirs champêtres des bergers.
TEXTE D : Paul Valéry, « Au bois dormant », Album de vers anciens, 1920.
AU BOIS DORMANT
La princesse, dans un palais de rose pure,
Sous les murmures, sous la mobile ombre dort,
Et de corail ébauche une parole obscure
Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.
Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d'un siècle vide au lointain le trésor,
Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
Déchirer la rumeur d'une phrase de cor.
Laisse, longue, l'écho rendormir la diane1,
O toujours plus égale à la molle liane
Qui se balance et bat tes yeux ensevelis.
Si proche de ta joue et si lente la rose
Ne va pas dissiper ce délice de plis
Secrètement sensible au rayon qui s'y pose.
1- La diane : sonnerie d'instrument à cuivre (cor, clairon... ).
I- Après avoir lu tous les
textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points)
:
Quelles constantes et quelles variantes repérez-vous dans ces différentes versions ?
II. Vous
traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :
- Commentaire
Vous commenterez le premier texte de Valéry (texte C), LA BELLE AU BOIS DORMANT. - Dissertation
Pensez-vous que la réécriture porte atteinte à l'½uvre dont on s'inspire ?
Vous répondrez à cette question de manière organisée, en vous
appuyant sur les textes du corpus, sur les ½uvres étudiées en classe,
ainsi que sur vos lectures personnelles. - Invention
Le
Prince de « La Belle au bois rêvant» (texte B), déçu, s'efforce de
détourner la Belle de son projet de rester endormie. Rédigez son
discours.
Read more: http://www.site-magister.com/sujets29.htm#LPol#ixzz2VzopmX4b
Des conseils judicieux pour l'écrit du bac français
Vous trouverez sur le blog suivant tout ce qu'il faut savoir pour se préparer au mieux. http://www.lettres.org/bac/conseils-ecrit.htm
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