CONCOURS PHOTO : photographier la table : formes et enjeux du repas
1) Faites une photographie d'un plat, d'un lieu de restauration (intérieur ou extérieur), d'une scène de repas, d'une table de repas... avec art et originalité.
2) Rédigez un commentaire argumenté sur votre photo : environnement et conditions de la prise du cliché, commentaire explicatif : qu'avez-vous cherché à exprimer dans cette image ? Comment ? (ce texte sera oralisé lors de la présentation de votre photo)
Date butoir pour envoyer votre cliché et votre texte résumé, sur l'ENT par message mail : mardi 12 novembre
Jury : oral / photo : M. Lissonnet
Photo : Mme Meier, professeur d'arts plastiques du lycée
LOT à définir...

=> un concours officiel, international, existe : les clichés présentés peuvent vous inspirer...
World Food Photography Awards: Leading Food Photography Competition

A table chez les moines au Moyen-âge :
Heureux les végétariens, car ils seront comblés. Chez les cisterciens, la viande est interdite. Chez les autres bénédictins, elle est limitée. On tolère la consommation de volailles, mais beaucoup moins le porc ou le b½uf. Avec les siècles, le régime alimentaire s'assouplit.
À côté de l'incontournable pain, les plats sont souvent à base d'« herbes » et de « racines » ! Deux ingrédients qui ne feront pas saliver la plupart d'entre nous. Cependant, entendez par racines, tous les légumes qui poussent dans la terre (navets, bettes, carottes, oignons…) et par herbes tout ce qui pousse immédiatement au-dessus du sol (poireau, fèves, pois…). Le panier du moine est donc assez varié. Mais pas de pomme de terre. Originaire d'Amérique du Sud, elle n'est implantée en France qu'au XVIIIe siècle. En résumé, oubliez le steak-frites servi à la table monacale.
Pendant les 40 jours du carême, les estomacs doivent se contenter d'un seul repas par jour. La vie monastique est clairement une vie de privations et de renonciation.
Les repas se déroulent sans parler. Seule s'entend la voix du moine lecteur qui, de sa chaire, nourrit les attablés d'extraits d'un livre religieux. Ayez une pensée pour ce lecteur qui voit ses camarades manger pendant qu'il lit. Personne n'aborde ce genre d'injustice ! (edit : un abonné me signale que le chapitre 38 de la règle bénédictine, permet au lecteur de boire avant sa lecture et de manger après le départ des moines. Me voilà soulagé).

Extrait de La Table des Français, (XVe - XIXe siècle) ouvrage consultable en ligne à cette adresse :
Jour maigre, jour gras, frugalité quotidienne, bombance extraordinaire, (relative) abondance estivale, disette hivernale rythment chaque année l'alimentation des Français d'hier (= Renaissance jusqu'au XIIIe siècle)). Pour des raisons techniques et climatiques, religieuses et culturelles, l'alimentation occidentale des Temps modernes est avant tout saisonnière. Dans une société préindustrielle à économie largement cloisonnée la disponibilité des denrées dépend en grande partie des conditions agricoles et piscicoles locales. Calendrier religieux et fêtes agraires cycliques ainsi que les grands rites de passage de la vie déterminent également le régime alimentaire suivi. Néanmoins, l'amélioration de l'approvisionnement, le progrès des conserves, le développement d'une agriculture spéculative et la complaisance de l'Église catholique envers la bonne chère adoucissent les contraintes saisonnières pour les élites de la fortune des deux derniers siècles de l'Ancien Régime. Mais pour l'immense majorité de la population tenaillée par une tenace culture de la faim le rêve du pays de Cocagne reste d'actualité. Et si Carême pouvait être définitivement vaincu par Carnaval ?
Monty Python, Le Sens de la vie : Mister Creosote a le sens du dégoût :
Monty Python - Le Sens de la vie : M. Creosote sous-estime son estomac (CLIP HD) - YouTube
Manger, est-ce seulement une affaire de goût ?
FLASH ACTUALITE du 30 septembre 2024 : "Manger, ça coûte trop cher" : quand se mettre à table est un combat quotidien pour certains étudiants
Dans ma vie d'avant, la nourriture
Etait la préoccupation quotidienne.
Tout tournait autour du ventre.
Dès qu'on avait de quoi manger tout était réglé.
C'est une chose impossible à comprendre
Pour ceux qui ne l'on pas vécue.
(Extrait de l'énigme du retour.
Deny Laferrière. Grasset. 2009)
Emile ZOLA, Le Ventre de Paris, roman, 1873 : avoir faim
La faim s'était réveillée, intolérable, atroce. Ses membres dormaient; il ne sentait en lui que son estomac, tordu, tenaillé comme par un fer rouge. L'odeur fraîche des légumes dans lesquels il était enfoncé, cette senteur pénétrante des carottes, le troublait jusqu'à l'évanouissement. Il appuyait de toutes ses forces sa poitrine contre ce lit profond de nourriture, pour se serrer l'estomac, pour l'empêcher de crier. Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de cèleris, de poireaux, semblaient rouler lentement sur lui et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille.
Dans cet autre extrait de Le Ventre de Paris, roman naturaliste écrit en 1873, le personnage de Florent est répugné par l'entassement de nourriture dans le marché des Halles :
Florent souffrit alors de cet entassement de nourriture, au milieu duquel il vivait. Les dégoûts de la charcuterie lui revinrent, plus intolérables. Il avait supporté des puanteurs aussi terribles ; mais elles ne venaient pas du ventre. Son estomac étroit d'homme maigre se révoltait, en passant devant ces étalages de poissons mouillés à grande eau, qu'un coup de chaleur gâtait. Ils le nourrissaient de leurs senteurs fortes, le suffoquaient, comme s'il avait eu une indigestion d'odeurs. Lorsqu'il s'enfermait dans son bureau, l'éc½urement le suivait, pénétrant par les boiseries mal jointes de la porte et de la fenêtre. Les jours de ciel gris, la petite pièce restait toute noire ; c'était comme un long crépuscule, au fond d'un marais nauséabond.
Voir des images des Halles anciennes au centre de Paris :
Les halles paris baltard hi-res stock photography and images - Alamy
Le bonhomme Grandgousier, buvant et se rigolant avec les autres, entendit le cri horrible que son fils avait fait entrant en lumière de ce monde, quand il bramait demandant : « À boire, à boire, à boire ! », dont il dit : « Que grand tu as (supple le gosier). » Ce que oyants, les assistants dirent que vraiment il devait avoir par ce le nom Gargantua, puisque telle avait été la première parole de son père à sa naissance, à l'imitation et exemple des anciens Hébreux. À quoi fut condescendu par icelui et plut très bien à sa mère. Et pour l'apaiser, lui donnèrent à boire à tire larigot, et fut porté sur les fonts, et là baptisé, comme est la coutume des bons christiens.
2) Le glouton désordonné :
Il étudiait ensuite pendant une méchante demi-heure, les yeux fixés sur son livre ; mais ainsi que le dit le Comique, ses pensées étaient à la cuisine. Après avoir pissé un plein urinal, il se mettait à table. Etant naturellement flegmatique, il commençait son repas par quelques dizaines de jambons, de langues de b½uf fumées, de cervelas, d'andouilles et tels autres avant-coureurs de vin. Pendant ce temps, quatre de ses gens lui jetaient dans la bouche, l'un après l'autre et sans cesse de la moutarde à pleines palerées ; après quoi, il buvait un honorifique trait de vin blanc pour lui soulager les rognons. Selon la saison, il continuait d'ingurgiter des viandes, à son appétit, et cessait de manger lorsqu'il éprouvait des tiraillements au ventre. Pour ce qui est de boire, il n'avait ni fin ni règle ; il disait que l'on devait seulement s'arrêter lorsque le siège de vos pantoufles enflait en haut d'un demi-pied."

3) Le mangeur raffiné et humaniste :
Cependant Monsieur l'Appétit venait, et par bonne opportunité s'asseyaient à table. Au commencement du repas, était lue quelque histoire plaisante des anciennes prouesses, jusques à ce qu'il eût pris son vin. Lors, si bon semblait, on continuait la lecture, ou commençaient à deviser joyeusement ensemble, parlants, pour les premiers mois, de la vertu, propriété, efficace[9] et nature de tout ce que leur était servi à table : du pain, du vin, de l'eau, du sel, des viandes, poissons, fruits, herbes, racines, et de l'apprêt d'icelles. Ce que faisant, apprit en peu de temps tous les passages à ce compétants en Pline, Athénée, Dioscorides, Julius Pollux, Galien, Porphyre, Oppian, Polybe, Héliodore, Aristotèles, Elian et autres. Iceux propos tenus, faisaient souvent, pour plus être assurés, apporter les livres susdits à table. Et si bien et entièrement retint en sa mémoire les choses dites, que, pour lors, n'était médecin qui en sut à la moitié tant comme il faisait. Après, devisaient des leçons lues au matin, et, parachevant leur repas par quelque confection de cotoniat[10], s'écurait les dents avec un trou[11] de lentisque, se lavait les mains et les yeux de belle eau fraiche, et rendaient grâces à Dieu par quelques beaux cantiques faits à la louange de la munificence et bénignité divine.
Les Mangeurs de Ricotta, Vincenzo Campi, vers 1580, musée des Beaux arts de Lyon

Gargantua - chapitre IV « De l'enfance de Pantagruel » - François Rabelais – 1534
Mais Pantagruel estant encores au berseau fit cas bien espoventables. Je laisse icy à dire comment, à chascun de ses repas, il humoit le laict de quatre mille six cens vaches, et comment, pour luy faire un paeslon (1) à cuire sa bouillie, furent occupez tous les pesliers de Saumur en Anjou, de Villedieu en Normandie, de Bramont en Lorraine (2), et luy bailloit on ladicte bouillie en grand timbre (3) qui est encores de présent à Bourges, près du palays ; mais les dentz luy estoient desja tant crues et fortifiées qu'il en rompit dudict tymbre un grand morceau, comme très bien apparoist. Certain jour, vers le matin, que on le vouloit faire tetter une de ses vaches (car de nourrisses il n'en eut jamais aultrement, comme dict l'hystoire), il se deffit des liens qui le tenoyent au berceau un des bras, et vous prent ladicte vache par dessoubz le jarret, et luy mangea les deux tétins et la moytié du ventre, avecques le foye et les roignons, et l'eust toute dévorée, n'eust esté quelle cryoit horriblement, comme si les loups la tenoient aux jambes, auquel cry le monde arriva, et ostèrent ladicte vache à Pantagruel; mais ilz ne sceurent si bien faire que le jarret ne luy en demourast comme il le tenoit, et le mangeoit très bien, comme vous feriez d'une saulcisse ; et quand on luy voulut oster l'os, il l'avalla bien tost comme un cormaran (4) feroit un petit poisson; et après commença à dire : « Bon, bon, bon », car il ne sçavoit encores bien parler, voulant donner à entendre que il l'avoit trouvé fort bon, et qu'il n'en failloit plus que autant. Ce que voyans, ceux qui le servoyent le lièrent à gros cables, comme sont sont ceulx que l'on faict à Tain (5) pour le voyage du sel à Lyon ; ou comme sont ceulx de la grand nauf Françoyse (6) qui est au port de Grâce en Normandie.
Comment Gargamelle étant grosse de Gargantua mangea profusion de tripes.
Extrait de Gargantua, Chapitre IV, François Rabelais, 1534
Comment Gargamelle étant grosse de Gargantua mangea profusion de tripes.
Voici en quelle occasion et de quelle manière Gargamelle accoucha, et, si vous ne le croyez pas, que le fondement vous échappe !
Le fondement lui échappait, par un après-dîner, le troisième jour de février, pour avoir mangé trop de gaudebillaux. Les gaudebillaux sont de grasses tripes de coiraux. Les coiraux sont des boeufs engraissés à la crèche et dans les prés guimaux. Les prés guimaux, ce sont ceux qui donnent de l'herbe deux fois par an. Ces boeufs gras, ils en avaient fait tuer trois cent soixante-sept mille quatorze pour qu'on les sale à mardi gras, afin d'avoir en début de printemps du boeuf de saison en abondance, de façon à pouvoir faire au début des repas un bénédicité de salaisons, et mieux se mettre au vin.
Les tripes furent copieuses, comme vous vous en doutez, et si savoureuses que chacun s'en léchait les doigts. Mais là où il y eut bien une diablerie à grand spectacle, c'est qu'il n'était pas possible de les mettre longtemps de côté car elles se seraient avariées, ce qui paraissait inadmissible. Il fut donc décidé qu'on les bâfrerait sans rien en perdre. À cette fin, ils convièrent tous les villageois de Cinais, de Seuilly, de La Roche-Clermault, de Vaugaudry, sans oublier ceux du Coudray-Montpensier, du Gué de Vède et les autres, tous bons buveurs, bons compagnons et fameux joueurs de quilles-là.
Après dîner, tous allèrent pêle-mêle à la Saulsaie, et là, sur l'herbe drue, ils dansèrent au son des joyeux flageolets et des douces cornemuses, de si bon coeur que c'était un passe-temps céleste que de les voir ainsi se rigoler.
Nusret : la viande "bling bling" d'Istanbul... et sa critique féroce par un humoriste français.
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