Scatologie et registre bas dans Gargantua
L'utilisation de la sexualité et de la scatologie au service du rire satirique. 1) L'exploitation des savoirs du corps humain Ambiance carnavalesque : Ex : insistance sur la « braguette », de dimensions considérables, et dont on nous précise qu'elle n'est nullement un leurre : 16 aunes 1/4, (soit plus de 19 mètres de tissu), une émeraude « de la grosseur d'une pomme d'orange » -> le gigantisme ne concerne donc pas seulement le boire et le manger, mais également l'appétit sexuel. Sexualité : - Présente au chap. 4 : réf à l'appétit sexuel illustré de façon comique (exagérations, accumulations, répétitions)
- sexe présent en paroles et non en actes grâce au langage grossier : obscénités.
Scatologie : - présente au chap. 13 : invention du torche-cul + énumération des détails.
- Chap. 6 : scatologie : confusion entre l'enfant et les excréments de la mère avec beaucoup de détails.
> Ces thèmes tendent à s'estomper au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture du roman : omniprésent tant que Gargantua est enfant, il commence à se réduire avec l'éducation de Ponocrates, réapparaît quelque peu dans la guerre (la jument qui noie une armée), puis disparaît lors du chap. consacré à Thélème : pas de nourriture, et la sexualité y semble « sage », malgré l'absence de contraintes. Cela montre donc sur le fait que la présence de tels thèmes n'est pas un hasard et a bien une signification aux yeux de Rabelais. 2) Les fonctions des références sexuelles et scatologiques Termes crus sur le corps humain tout au long de l'œuvre : volonté de l'auteur de faire voir la scène aux lecteurs afin qu'ils aient l'impression de la vivre : implication du lecteur + effet de réel. Insiste sur les parties du corps sur lesquels reposent un interdit religieux afin d'accepter le sexe et ses fonctions : personnage de Gargamelle qui accepte son corps parfaitement et en plaisante même = elle est en contradictions avec les préceptes de l'Eglise. Invention du « torche-cul » au chap. 13 par Gargantua représente en réalité l'esprit innovateur et humaniste de Gargantua qui s'oppose donc aux principes de l'Eglise qui tendent à interdire l'exploration du corps humain. Les plaisirs de la vie présents dans l'œuvre représentent pourtant une angoisse chez l'homme de l'époque : celle de mourir mais aussi celle des persécutions de l'Eglise, ainsi il profite donc largement de ce qui lui est offert. Sexe associé à la douleur (Gargamelle maudit le sexe de Grandgousier qui la fait souffrir lorsqu'elle met au monde Gargantua) -> angoisse de la mort. Corps = source de souffrance (Gargamelle met au monde Gargantua dans d'horribles souffrances) + chap. présentant les massacres de Frère Jean.
in http://www.lyceegervillereache.fr/spip.php?article891
Gargantua: à propos de l'invention prodigieuse d'un torchecul.
L'invention prodigieuse d'un torchecul La scatologie peut-elle faire l'objet d'une réflexion sérieuse ? Une analyse de Baktine, spécialiste de Rabelais et de la notion de carnaval: http://lettresvolees.fr/rabelais/documents/Bakhtine.pdf Sur les dons poétiques du jeune Gargantua: http://lettresvolees.fr/rabelais/documents/Rigolot.pdf Une lecture analytique d'un extrait du passage lu en classe: http://www.ralentirtravaux.com/lettres/sequences/cinquieme/gargantua/merveilleuse-intelligence.php
"Transformer
un objet en torche-cul, c'est avant tout le rabaisser: le choix de
objets que prend Gargantua n'est pas dû au hasard, il est dicté par une
logique. Par exemple, les cinq premiers torcheculs servent à couvrir le
visage et la tête (cache-nez, chaperon, cache-cols, cache-oreilles et
bonnet de page). Ainsi le bas et le haut sont permutés.
Les
objets, ayant une nouvelle utilité, renaissent à notre perception par
une orientation imprévue. Ils peuvent devenir dynamiques, c'est-à-dire
qu'ils sont acteurs. C'est le cas du chat, grâce auquel une scène
comique s'offre au lecteur. On voit de plus défiler l'univers qui
entoure l'homme, grâce à la diversité et à la longueur de la liste. Ce
quotidien nous apprait différemment, rénové dans son utilité.
Le dernier
torchecul amène le motif de la volupté et de la béatitude, qui se
communique à tous les corps. Cette volupté est semblable à celle des
héros et des dieux au Champs-Elysées.
Pourquoi Grandgousier est-il si fier de son fils?
- Il vient de prouver sa curiosité, sa détermination et son esprit expérimental.
- Il a montré un effort intellectuel en retenant des rondeaux."
Histoire du "torche cul" à travers les âges: si vous voulez en savoir plus! http://le.lutin.kikourou.net/billet.php?idbillet=322
Les métamorphoses d'Ovide illustrées par des oeuvres du Louvre
En prolongement de nos travaux sur les Métamorphoses d'Ovide à la bibliothèque, voici un parcours au Louvre . http://www.louvre.fr/pistes-de-visite/lire-les-metamorphoses-d-ovide-avec-les-artistes
En savoir plus sur l'oeuvre et son auteur: http://www.editions-sepia.com/catalog/pdf/exposition_ovide.pdf
Le personnage de roman (1)
Outre les documents que je vous ai donnés sur le personnage de roman, vous pouvez lire le cours proposé par le site Magister: Vous y verrez aussi des exemples de dissertations. http://www.site-magister.com/grouptxt4.htm
Bonne révision pour le bac blanc!
Des expressions issues de la mythologie
D'où nous viennent ces expressions ?
« Se croire sorti de la cuisse de Jupiter » (cf. Ovide, Métamorphoses, III, 259-312)
Sur les conseils de Junon, Sémélé voulut voir Jupiter en dieu tout
puissant : celui-ci se présenta donc devant elle avec sa foudre et ses
éclairs, et Sémélé tomba morte foudroyée. Jupiter enferma alors dans sa
cuisse l'enfant qui devait naître de leur union jusqu'à sa naissance.
L'enfant devint le jeune dieu Bacchus, joueur de flûte, couronné de
pampres et ivre de vie.
L'expression « se croire sorti de la cuisse de Jupiter »" désigne donc
quelqu'un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le
centre du monde en étant égoïste et égocentrique.
« Un travail d'Hercule »
Poursuivi par la haine de Junon, Hercule dut accomplir pour le roi de Mycènes douze tâches considérées comme insurmontables.
Accomplir un travail d'Hercule signifie donc accomplir un travail énorme et pratiquement impossible.
« Le supplice de Tantale »
Pour éprouver la sagacité des dieux, l'ancêtre des Atrides, Tantale,
imagina leur servir en repas son propre fils, Cécrops ! Horrifié,
Jupiter ressuscita l'enfant et condamna le père à demeurer éternellement
sous un arbre fruitier au bord d'une rivière : chaque fois que Tantale
veut cueillir un fruit, la branche se relève, chaque fois qu'il veut
boire, l'eau se retire.
Dire « c'est un supplice de Tantale ! » signifie que l'on est
incapable d'assouvir un désir ou un besoin alors que la chose convoitée
est à portée de main.
« Le tonneau des Danaïdes »
Danaos fut contraint de marier ses cinquante filles aux cinquante fils
de son frère Aegyptos, mais il ordonna à ses filles de poignarder leurs
cousins pendant la nuit de noces (toutes obéirent sauf Hypermnestre).
En punition de leur crime, les Danaïdes furent condamnées aux Enfers à
remplir un tonneau percé.
L'expression désigne donc un travail inutile et perpétuel.
« Se perdre dans un dédale »
Dédale était un remarquable architecte. C'est lui que Minos, le roi de
Crète, chargea de tracer les plans du labyrinthe, étrange construction
composée de couloirs courbes se recoupant les uns les autres, pour y
enfermer le Minotaure, monstre anthropophage à la tête de Taureau.
L'inventeur et l'invention se confondent : dédale et labyrinthe sont synonymes.
« Ouvrir la boîte de Pandore »
Le titan Prométhée ayant créé les hommes sur l'ordre de Jupiter, leur
donna le feu et leur apprit toutes sortes d'arts et de sciences. Il
trompa même Jupiter lors du partage des animaux sacrifiés entre les
hommes et les dieux. Pour se venger, Jupiter demanda aux dieux de
fabriquer une femme, Pandore, dotée de tous les charmes, et Mercure lui
apprit la curiosité. Elle fut envoyée au frère de Prométhée, Epiméthée,
avec une jarre contenant tous les maux et les maladies. Pandore, ne
sachant pas ce que la jarre contenait, l'ouvrit, poussée par sa
curiosité, et tous les maux s'en échappèrent. Seul l'espoir resta à
l'intérieur, unique consolation.
L'expression signifie s'exposer par une initiative imprudente à de graves dangers.
« Être le sosie de quelqu'un »
Pour séduire Alcmène, de qui naîtra Hercule, Jupiter prit l'apparence
de son mari Amphitryon. Pour parfaire la tromperie, Mercure prit les
traits de l'esclave de son mari, nommé Sosie. La ressemblance fut si
parfaite qu'on ne put les distinguer l'un de l'autre, ce qui entraîna de
nombreux quiproquos.
L'expression signifie avoir une parfaite ressemblance avec quelqu'un.
« Cette femme est une harpie ! »
Les Harpies sont des divinités funèbres. Ces génies féminins sont des
monstres à corps de rapace, aux griffes acérées et à têtes de femmes,
elles ont pour rôle d'emmener les âmes des morts aux enfers. Elles
venaient notamment voler ou souiller la nourriture du vieux roi aveugle
Phinée.
L'expression, peu flatteuse, désigne une femme méchante, acariâtre, synonyme de mégère, furie.
« Le fil d'Ariane »
Ariane, fille du roi Minos, tomba amoureuse de Thésée, qui décida de
pénétrer dans le fameux Labyrinthe de Crète pour abattre le Minotaure.
Elle lui offrit alors une bobine de fil que le héros dévida derrière lui
afin de ne pas se perdre. Vainqueur du monstre, Thésée n'eut plus qu'à
rembobiner le fil dans l'autre sens pour retrouver la sortie.
L'expression « le fil d'Ariane » caractérise, en référence à cette
légende, le moyen qui permet de se diriger au milieu des difficultés, de
raisonner.
« Toucher le pactole »
Le roi légendaire Midas offrit un jour l'hospitalité à Silène,
compagnon de Dionysos, et eut alors la possibilité de faire un vœu : il
souhaita que tout ce qu'il touchait se transformât en or. Lorsqu'il
comprit que cela s'appliquait aussi à sa nourriture, il demanda à
renoncer à ce vœu. Il dut pour cela se baigner dans le fleuve Pactole,
qui depuis charrie des paillettes d'or !
L'expression signifie devenir très riche.
« Le talon d'Achille »
Thétis voulut rendre son fils Achille invulnérable en le plongeant
dans le Styx (ou en l'enduisant d'ambroisie le jour et en le plongeant
dans le feu la nuit). Elle fut interrompue par Pélée, le père d'Achille,
et, prise de colère, abandonna son enfant, qui resta vulnérable au
talon par lequel sa mère l'avait tenu. C'est précisément à cet endroit
que le héros fut atteint d'une flèche tirée par le troyen Pâris. Achille
en mourut.
L'expression désigne le point faible de quelqu'un.
« Avoir une voix de Stentor »
Stentor est un personnage de l'Iliade de Homère. C'était un guerrier
grec dont la voix d'airain lui permettait de crier « aussi fort que
cinquante hommes ». La déesse Héra utilisa la force vocale prodigieuse
de Stentor pour stimuler l'ardeur de l'armée grecque lors du siège de
Troie. Stentor succomba lors d'une lutte vocale avec Mercure.
L'expression signifie avoir une voix puissante.
« Être médusé »
Méduse fut transformée en monstre par la jalouse Junon. Coiffée de
serpents, son œil brillant changeait en pierre tout homme qui croisait
son regard. Persée réussit à tuer Méduse en se servant de son bouclier
poli comme un miroir !
« Être médusé » signifie rester pétrifié, sans voix, en perdant une faction de seconde toutes ses facultés.
« Tomber de Charybde en Scylla »
Charybde et Scylla sont deux monstres marins qu'Ulysse dut éviter
lorsqu'il traversa le détroit de Messine : situés l'un en face de
l'autre, le premier absorbait l'eau de la mer et la rejetait trois fois
par jour, formant alors un gigantesque tourbillon, le second, monstre
pourvu de six têtes, dévorait les navires qui s'approchaient de trop
près.
« Tomber de Charybde en Scylla », c'est s'écarter d'un danger pour tomber dans un autre aussi grand.
« Un travail de Titan »
Les Titans sont les dieux les plus anciens, enfants d'Ouranos (le
Ciel) et de Gaïa (la Terre). Zeus combattit les Titans fidèles au Titan
Cronos, qui avait avalé ses frères et sœurs. Ce combat (Titanomachie)
dura dix ans, ébranla l'univers entier, et il fallut à Zeus le concours
de plusieurs dieux pour vaincre ces dieux primaires d'une force
surhumaine et d'une taille gigantesque. Les Titans furent précipités au
fond du Tartare.
L'expression désigne un travail colossal, presque surhumain.
« Être dans les bras de Morphée »
Morphée est le fils de Hypnos, dieu du sommeil. Lui-même est le dieu
des rêves et des songes. Son nom signifie "celui qui transforme" ou
"celui qui reproduit les formes". Il apporte le rêve aux dormeurs. Ainsi
le rôle de Morphée est légèrement déformé, dans l'expression "être dans
les bras de Morphée" : il aurait dû être celui d'apporter le rêve et
non le sommeil, ce qui est la tâche de son père. Ce qui correspondrait
le mieux à Morphée devrait être "emmener aux pays des songes" ou alors
l'expression devrait être "dans les bras d'Hypnos" !
Par ailleurs, le fait de parler de bras nous laisse imaginer une
personne nous entourant de sa chaleur, confectionnant de ses bras un
berceau de tendresse et nous emmenant doucement vers le calme et le
repos.
L'expression signifie rêver, et par extension et plus communément dormir profondément.
Revoir la Mélancolie de Cranach du musée Unterlinden
la mélancolie , un exemple de peinture allégorique: http://www.actualite-des-arts.com/joomla1.5/index.php?option=com_content&view=article&id=64:lucas-cranach&catid=8:un-regard&Itemid=3
http://www.lankaart.org/article-32624775.html
Le personnage de Julien (5)
1. L'orgueil : force, isolement,
supériorité de l'épervier napoléonien. Véritables objectifs : lui-même,
être Moi. Paradoxe du péché absolu pour un être à l'air humble : faux
prêtre. Cf ironie de Stendhal quand J aimé de Mathilde se trouve « élevé
au-dessus de lui-même », dilaté de joie au point d'avoir besoin d'espace
porté à une immense hauteur. « ivre de bonheur et de sentiment de
puissance » héros, demi dieu invincible : « il était un
dieu »
« Je suis
petit mais je ne suis pas bas », « quoique né bien bas, il a le cœur
haut », n'est pas né « à genoux » : promesse illimitée de
grandeur, engagement vis-à-vis de lui-même à être toujours digne de soi.
Napoléonien, luciférien ou luthérien : foi en lui-même productrice
d'énergie. « Je me dois à moi-même d'être son amant » à propos de Mme
de Rênal qui heureusement l'adore. Impératif de l'être : ce qu'il doit
être, ce qu'il se doit d'être.
2. Le devoir : orgueil lié au
devoir : loi intérieure. Manquement au devoir : honte, remords,
sentiment d'infériorité, diminution du Moi. C'est pour ne pas se mépriser que j
va au rendez-vous de Mathilde. Honneur : « l'honneur parle, j'ai vu
le devoir, il faut le suivre à l'instant » dit Mathilde qui a la même morale
cornélienne que J : comportement aristocratique : il hérite de
l'honneur noble et en fait sa loi.
3. La violence : grande âme
criminelle : paradoxe du sublime, de l'énergie cf l'assassin Lafarge.
Incarnation de la force. Pour Stendhal : crime = guerre contre la société.
Un étranger à la société : conserve intacte la robustesse native, peuple
des montagnes, état de nature antérieur à la société, à la civilisation qui
rend les hommes dépendants les uns des autres et les affaiblit. Fidélité de
l'homme à son désir malgré les censures de la loi et de la morale, force par
essence révoltée en Mathilde et J.
« un galop
de cheval noir » , « air méchant » portrait, effroi de Mme
Derville devant la violence de son regard : « comme un espoir vague
de la plus atroce vengeance » ; crime final : âpre atmosphère de
haine et d'agressivité. Constante volonté d'agir, de passer à l'acte, marche
droit au danger : Mathilde reconnaît en lui un homme des temps héroïques
qui affronte le péril en dehors de toute sanction morale et sociale. « Le
danger vraiment laid » qui compromet sans remède et isole, ruée vers
l'exécution cf le sang dans le bénitier de la cathédrale de Besançon, monte à
l'échelle en courant pour rejoindre Mathilde. Marche sur l'ennemi :
violence des autres à son égard : frères, père, séminariste, rustre de
Besançon, cocher, duel, attaque, riposte, rapt cf conduite sociale et surtout
amoureuse : la conquête de la main de Mme de Rênal. S'empare de la femme de
son employeur, de la fille de ses maîtres, escalades et effractions, violence
prête à exploser, toujours imminente et potentielle. Besoin d'en découdre,
obsession du combat. J toujours armé : compas, pistolets, vieille épée. Il
songe à tuer ceux qui le méprisent.
4. Ego-iste : J ne connaît que les
« justes droits de (son) orgueil ». conservation et expansion du
Moi : « chacun pour soi dans ce désert d'égoïsme qu'on appelle la
vie » Métaphore de l'animal de proie qui domine, sourd travail de rébellion
contre tout lien et toute association : la prison qui le prive de liberté
a l'avantage de le délivrer des hommes !
Respirant
« le crime sans alliage », en guerre « avec toute la
société », « jamais de retour sur lui-même » : fêlure de la
conscience qui l'affaiblirait.
5. Père et fils : Œdipe romanesque : haï de son père et le haïssant,
n'acceptant de paternité que spirituelle et choisie : refus de la
filiation, option pour le parricide ou la bâtardise, l'origine inconnue,
l'enfant trouvé, orphelin radical. J se veut le fils de personne comme si né de
lui-même et de ses œuvres : aucune origine humaine. Haine enlève à la
paternité toute valeur positive : lien négatif fondé sur le despotisme et
la méchanceté. Origine de J : combat et opposition. Père représentant de
l'ordre, du despotisme légitime qui commence dans le lien familial et dont le
roman unit les aspects politiques et religieux. Première vision du père
écrasante// invective finale contre le Dieu judaïque, despote. Mais absence de
paternité pas vraiment compensée : malheur de J. l'Œdipe le constitue en
déviant fondamental, obstacle intérieur dont il se libère peu à peu cf l'ultime
rencontre avec le père en prison où après avoir pris sa revanche sur la pseudo
morale du père et démasqué en lui l'avare ignoble, il se guérit du désespoir. Paix
intérieure, réconciliation avec lui-même.
6. Par de là le bien et le mal :
c'est son ingratitude qui a le plus choqué les lecteurs du XIXème siècle.
Transgression cf ingrat avec Mathilde. J a conscience d'être un égoïste :
« serai-je donc un méchant ? Cette question l'eût bien peu occupé
quand il était ambitieux ; alors ne pas réussir était la seule honte à ses
yeux ». Réussir : vaincre, dominer, se venger. Il dérogerait à ses
yeux s'il n'avait pas le courage. Modèle napoléonien complété par celui de
Danton. J jacobin : qui veut la fin, veut les moyens : « Je
ferais pendre trois hommes pour sauver la vie de quatre ». justifie le
vol, le crime » quand on fait des crimes, du moins faut-il les faire avec
plaisir ». J homme ouragan, destructeur. Paradoxe de la paix et du bonheur
trouvé par delà le bien et le mal avant son exécution, loin des hommes et dans
la certitude de l'amour de Mme de Rênal.
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Le personnage de Julien (4)
1.
Un
héros de la volonté : A la fin, J s'interrogera sur à quoi rime cette
hypocrisie avec lui-même qu'il combat alors : division chronique.
L'ambition est beaucoup plus que la quête d'un succès social, l'hypocrisie est
plus qu'un moyen de parvenir : volonté de puissance, exercice de la force
du moi qui se crée contre les autres et lui-même.
« Discipliner
sa machine personnelle : contrôle, volonté, décision, se dominer pour
dominer. Se fonder souverainement : napoléonisme comme jésuitisme
conduisent au même héroïsme de la volonté toute puissante et auto fondatrice,
par delà le bien et le mal, le vrai et le faux : liberté pure. Cf
admiration de Mathilde pour son machiavélisme//Julien l'Apostat, grands
politiques, grands traîtres du théâtre élisabéthains. « La volonté de
l'homme est toute puissante » :
Je veux donc je suis. Cf résistance à l'amour de Mathilde « un être
capable d'un tel effort peut aller loin » mythe : la croyance absolue
dans le pouvoir du vouloir.
Tout projet est
un serment à tenir à tout prix : rendre équivalent l'idée et l'être. cf
« A l' avenir, je ne compterai que sur les parties de mon caractère que
j'ai éprouvées », cherche la garantie d'une intrépidité infaillible par
des rêveries de danger et de mort cf « je n'aurais pas
sourcillé » : certitude d'une coïncidence parfaite entre l'être et le
vouloir.
Traque en lui
tous les élans de la sensibilité et de spontanéité incontrôlée, tumulte des
émotions : bonté, timidité, respect, gratitude, pitié, angoisse, peur,
désirs, scrupules qui dérèglent ses projets.
Sortes de
transes qui l'arrachent à lui-même : évanouissement, convulsions, moments
de sensibilité paralysante cf unique préoccupation pendant le procès : ne
pas montrer qu'il est attendri, peur d'avoir peur ressentie comme une
humiliation profonde.
Paradoxe d'un
personnage plein de feu, d'une « ardeur sombre » traversé de moments
de « folie » ou d'égarement ou de « mouvements de passion »
qui font de sa vie « une tempête » sans fin ou de « gaucheries
« sans nombre : sensibilité excessive qui le compromet dans tout ce
qu'il fait.
J ressent comme
une faiblesse tous les élans de sa nature, toutes les impulsions de son cœur,
menace pour lui qu'il ait « un cœur si facile à toucher ». « L'air
de penser toujours et de n'agir qu'avec politique » : projet
surhumain d'être l'œuvre de sa volonté. « Son orgueil ne voulut rien
laisser au hasard ni à l'inspiration du moment ». Aussi J qui n'est
qu'impulsion et rêve ne semble à l'aise que dans les contraintes qu'il
s'impose : côté froid qui s'observe et sait se dédoubler, se distancier,
stt en amour.
2. Un héros du secret : démarche d'un
Moi qui refuse la communauté sociale et humaine.// Diaboliques : « bonheur de l'imposture » qui est
« dans la pensée qu'on se sait seul soi-même et qu'on joue à la société
une comédie dont elle est dupe. » Cf Nietzsche : « plus l'homme
est de race supérieure, plus l'homme a besoin d'incognito ».
J dès l'origine
condamné à dissimuler ce qu'il est, « inconnu », entreprise défensive
qui devient agressive dès sa décision de parvenir à tout en ne donnant rien de
lui-même. Toujours quelque chose à cacher : portrait de Napoléon, écrits
qu'il brûle, carte d'Amanda, lettres de Mathilde. Cache son étrangeté radicale,
son état de rupture avec les sociétés. Besoin de se cacher pour réfléchir,
rêver, se parler à lui-même : tentation de la confidence : avec le
vieux chirurgien major, avec Mme de Rênal « si délicieux plaisir à être
sincère » mais il n'ose pas être sincère, occasion avec Pirard, avec le
marquis, avec Mathilde, en prison : peut à la fin de sa vie raconter
« toutes ses faiblesses « à Mme de Rênal. Méditation philosophique
finale pour que J voie « clair dans son âme. »
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Le personnage de Julien (3)
1. L'hypocrisie : notion de
rôle : ambition et hypocrisie associées dans le répertoire des masques et
des identités idéales projetées par J hors de lui, en avant de lui pour fortifier
sa volonté. Construction volontaire de soi le dénature même au lit lorsqu'il va découvrir l'amour!
« Conscience de classe »
singulièrement tactique : convoque le spectre de la misère pour forcer sa
décision. J : dans la traversée des métiers, des uniformes, des
apparences : vide de la personnalité ?
Tartuffe, Alceste,
Don Juan : hypocrisie constitutive : être calculé et calculateur,
aspirerait à la fortune par le mensonge, double jeu, confusion du spirituel et du
temporel : caractéristique de la Restauration. « coquineries nécessaires ».
Pourtant Stendhal hostile à la feinte, de la simulation-dissimulation cléricale
ou morale : perversion inexcusable de l'humain.
Reprise du thème
du faux dévot perdu par les femmes cf la lettre dénonciatrice de Mme de
Rênal//prise de pouvoir de Tartuffe dans une famille de dupes. Remonter au
XVIIème siècle pour comprendre J : héros d'une énergie
« cléricale » : dégradation du sacré devenu moyen de fortune et
de séduction. Un Tartuffe sympathique aux lectrices ?
+ Alceste et Don Juan : méditation vivante sur l'art de mentir et de plaire. Misanthrope
vertueux (Alceste revu par Rousseau) : révolte, républicain convaincu que
la fausseté soutient tout l'édifice social : devenir lui-même l'agent du
mensonge universel. J : vrai « haïsseur de l'homme » cf Pirard
janséniste opposé aux Jésuites, virtuoses de l'art de plaire. Crises de dégout
devant la bassesse, refus de l'autre, du tristement semblable, protestation de
sa conscience vertueuse, quête de la solitude absolue : son
« désert », la prison.
Don Juan qui
fonde tout l'amour sur la conquête, la prise méthodique, fut-il amoureux et
aimé. « Théâtre du mensonge « qui lui fait horreur ;
« fourbe sublime », héros de la volonté pure, de la maîtrise de soi
utilisée pour la maîtrise des autres// Machiavel, Gracian, Retz, les roués du
XVIIIème siècle, « comédien » de Diderot// traitres élisabéthains,
Iago, dénonciateur cynique de la fausseté.
Une hypocrisie intéressée ?
Serait-il condamné à mentir pour se protéger parce qu'il est faible,
exclu ? Fraude et ruse : conduite d'adaptation et de défense. Le
masque le laisserait intact, différent de Lorenzaccio de Musset ; pas dupe
de ses « coquineries nécessaires », reste pur : pratiqué
le double jeu lucidement comme un « état ».
J est si mauvais
hypocrite qu'il réussit malgré son double jeu. Il finit par l'exhiber comme un
projet de tromper : son absence de foi est notoire ( cache davantage son
goût de Napoléon que son absence de foi religieuse, ne trompe pas ses
directeurs ecclésiastiques : « son roman »= »suite de fausses
démarches », d »étourderies » qui l'écartent de la voie droite
et simple du mensonge pour arriver. Au séminaire, il choisit un janséniste au
lieu d'un membre de la Congrégation. N'a pas le sens intuitif des
situations : se trompe sur la réalité, laisse l'impulsion déranger le
rôle, naïf dans la feinte.
J n'est pas hypocrite, il fait l'hypocrite : acteur de lui-même fort inégal. Trop
d'orgueil pour entrer dans le rôle et trop de spontanéité pour s'asservir à un
véritable contrôle de soi : donne le change parfois mais son hypocrisie
échoue à masquer l'ardeur de ses désirs et la vigueur de son intelligence. Tout
ce qu'il perd en efficacité arriviste, il le gagne en vertu romanesque. Il veut
l'imposture et ne la peut pas : cet échec le sauve sur le plan littéraire.
Ecart entre son cœur et son état : premier mouvement toujours le bon.
Antithèse entre une perversion de l'intention et une fraîcheur d'âme, une bonté
naturelle. « Un enfant », ingénu, être neuf et naturel et comme
étranger à la corruption et à l'avilissement : « grâce » et
charme, « cœur facile à toucher », « âme tendre ».
Stendhal : » un jeune homme tendre et honnête, encore empli
d'imagination et d'illusion », sensibilité délicate, timidité, attente
éperdue d'affection, souhait d'un échange de cœur à cœur. Pas « méchant
homme », pas l'être dur et sans scrupules qu'il voudrait représenter.
Combat de J contre la société doublé d'un combat contre lui-même.
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Le personnage de Julien (suite 2)
1. Un personnage social : pas
déterminisme social, né pauvre, roturier, obscur, il réussit : génie
reconnu : souffre dans son amour propre mais les élites ne lui ferment pas
les portes. Son mérite indispose mais procure des avancements successifs et
spectaculaires : carrière toujours ascendante. Protection féminine et
masculine : découverte de nouveaux espaces et milieux : maison du
maire, séminaire, cure, évêché, hôtel de la Mole, Paris, Strasbourg, Londres,
garnison. Plus le milieu s'élève, mieux il est accueilli : mieux vu de l'archevêque
que des séminaristes, de l'aristocratie parisienne que des libéraux et industriels
de Verrière, protégé par Frilair, condamné par Valenod : haine de la
médiocratie provinciale. Pas un persécuté de la société : reçoit un nom
noble en passant de l'église à l'armée par son mariage avec Mathilde.
2. Le héros ambitieux :
Héros de
l'ambition, passion antagoniste de l'amour, qui est l'essence traditionnelle du
roman : absolu. Désir de faire fortune « à 20 ans l'idée du monde et
de l'effet à y produire l'emporte sur tout » ; ambition :
passion non généreuse, un égoïsme et un but, désir « de prendre un état »,
de s'enrichir, de monter dans l'échelle sociale, voisine du besoin, de
l'intérêt, de l'avidité et même de l'appétit cf les séminaristes, doubles
inférieurs de julien, vanité calcul servile, pire : l'ambition satisfaite.
Stendhal invente
l'ambition comme passion héroïque, absolue. Avidité et besoin sont retournés en
générosité. Un héros inclassable : toujours déclassé : l'ambition de
s'élever qui n'a pas de terme n'a pas non plus d'origine. Tantôt J est confondu
avec l'anonymat des gueux et des misérables, tantôt assimilé à sa fonction de
« domestique », parfois roturier, homme du tiers état : prend
conscience de sa haine robespierriste contre les nobles et de sa compétition à
mort avec eux// camp ennemi : riches, possédants d'une richesse reçue et
non conquise. Cf discours : jeunes gens pauvres différents des riches,
paysans enrichis, bourgeois indignés alors que J « plébéien révolté »
mais son père est riche, quoique charpentier, humilité indélébile du
travailleur manuel revendiquée. Arrive au statut de
« Monsieur » : Monsieur Julien, Mr Sorel, l'abbé Sorel, M. Le
chevalier Julien Sorel de la Vernaye par Mathilde. Importance des
dénominations : ex un joli petit prêtre, un petit abbé, un jeune lévite,
un jeune prêtre mais « étudiant en théologie », il n'a du prêtre que
l'habit et l'air ».
Un jeune homme pauvre ?
collectionne les emplois : pbl de tenue et de rôle pour chaque étape de sa
carrière : usage théâtral du vêtement, signe social cf les éperons sous la
soutane
Fils d'un
charpentier riche qui ne lui donne rien, séparé des séminaristes vraiment
pauvres, mais doit gagner son pain, travailler pour subsister. Comptabilité
obsessionnelle du roman : salaires, économies, se soustraire au besoin cf
les six cents francs qu'il offre à l'abbé Pirard. Il repousse l'aisance moyenne
qui lui est offerte : mariage avec Elisa, association avec Fouqué comme
une tentation de la prudence et de la médiocrité, qui arrêterait son essor
ambitieux à un gain, à l'assurance du bien-être.
L'ambition comme passion, pas de
quelque chose, certes l'Eglise semble permettre la fortune : « ce bel
état de prêtre qui mène à tout », plutôt rêve de pouvoir, gloire, héroïsme :
« se faire un nom », faire des choses extraordinaires » de
supériorité absolue, de « reconnaissance » qui compenserait son
humiliation native. Montée gratuite pour gagner sa propre estime ! Projection
dans l'avenir, dans l'espace ouvert et sans terme de l'imagination :
nécessaire à l'âme d'artiste de j, s'éteint quand l'esprit de J n'est plus
occupé que de l'image de Mathilde ou dans la proximité de la mort. « ivre
d'ambition » quand futur époux de Mathilde, père de son fils, il semble
calculer l'avenir. L'avancement social est un besoin pour les doubles
inférieurs et grotesques de j, les Valenod, séminaristes, Tambeau, Frilair,
Fervaques : parvenus ! J en est un parfois ex fascination devant
l'élégance de Mathilde mais condamne Rousseau : « laquais
parvenu ». Bassesse, obsession jusqu'à la surenchère de sa condition. J
n'est jamais tenté de faire oublier sa condition : revendique son
indignité devant Mathilde, refuse toute prévenance, la met au défi de le
traiter en laquais en feignant d'en être un et la force à s'abaisser elle cf
les lettres où il lui rappelle son infériorité. « Parvenu qui ne parvient
à rien « sinon à la gloire de l'échafaud. Se sent intégré à la noblesse
en la méprisant. Jamais à genoux ! Son orgueil l'a sauvé de son
infériorité première. Il est plus blessé par la grossièreté que par la
pauvreté : ambitieux au nom de la délicatesse de son cœur, au nom de la
culture et de son éducation de « lisard » : il veut mettre sa
place en harmonie avec une noblesse native d'âme. Il s'amoindrirait s'il
désirait quelque chose de précis : semble demander réparation d'une
insupportable infériorité sociale, se révolte contre « l'horreur du
mépris ». Lors du procès, il ne veut pas devoir sa vie aux autres :
il va donc mourir dans son état originel de fil de charpentier, annulant tous
ses succès et se mettent au-dessus d'eux, au dessus de l'ambition et des
ambitieux « affranchi à la fois du dépit et du défi »
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