Texte 3 Julien au séminaire : . Introduction
Texte extrait du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir,
roman initiatique qui raconte le parcours de Julien Sorel dans une
société marquée par le conservatisme de la Restauration. Stendhal place
l'histoire de ses personnages au moment où il écrit, c'est donc une
chronique des années 1826/1830, en pleine période romantique, mais le
regard qu'il pose sur son héros et sur la société est déjà marqué par
une distance réaliste et critique.
Situation
du passage : Entrée au séminaire, Motifs : pour éviter de compromettre
Mme de Rênal en poursuivant leur liaison adultérine suite aux remords de
Mme de Rênal et sur les recommandations de l'abbé Chéla. ( A étoffer avec vos souvenirs des chapitres qui précèdent pour montrer au correcteur que vous connaissez le roman)
Problématique
: Quelles sont dans ce passage les caractéristiques du roman
d'apprentissage ? En quoi peut-on dire que cette page est satirique?
I - Les étapes de l'évolution de Julien : l'intégration au séminaire, un douloureux apprentissage
1. Solitude
et rejet de la part des autres : Malgré les efforts stratégiques
déployés par Julien, ses efforts d'habileté tombent à plat : ➙
maladresse car tombé dans un milieu où l'on est encore plus rusé que
lui. Cf « les habiles « se comportent autrement. Solitude du personnage
marquée par l'opposition singulier/ pluriel : Il / les habiles au
séminaire Il / ses camarades ➙
individu seul face au groupe. L'opposition souligne la singularité du
personnage, mis à l'écart du groupe par ses différences : -observe
réserve et silence, air hautain, repousse ses camarades -a choisi un confesseur suspect , -n'a pas suivi la
loi du groupe : on lui reproche son indépendance d'esprit, son refus de
se soumettre au conformisme ambiant : « esprit fort « (...) il pensait,
il jugeait par lui-même »
Solitude
aussi car il ne peut s'épancher (silence de Pirard, absence de
communication, si ce n'est dans le cadre de la Confession, qualifiée de
« tribunal de la pénitence », donc dans un cadre rigide, tribunal de la
pénitence codifié et impersonnel… Pour l'aider dans son apprentissage , il lui manque un mentor, un adjuvant.
souffrance aussi car constamment soumis
au regard des autres, sous leur jugement perpétuel : cf point de vue
qui est celui des séminaristes : " à leurs yeux ", ... "un vice
énorme ", voir aussi les verbes de jugement : « il passait
pour » ... « les habiles ne regardent qu'aux détails », noter aussi les
verbes au passifs qui montrent
qu'il est objet de leur regard : « il était convaincu de ce vice » ou
encore le « on » impersonnel : « on se vengea de lui ».
2. Pour remédier à cette souffrance, nécessité d'une prise de conscience de sa situation :
« Du
moment que Julien se fut aperçu de sa folie il ne s'ennuya plus. » :
soudaineté de sa réaction (passé antérieur + passé simple), la même chose
pour « Du moment que Julien fut détrompé...les exercices ...devinrent
ses moments d'action » ➙
Julien est plongé dans un monde hostile où chacun de ses actes a été
pesé et lui a attiré amis et ennemis.
La prise de conscience est suivie
aussitôt d'un changement d'attitude. « il voulut connaître » : réaction
énergique, volonté lucide d'analyser la situation pour mieux adapter son
comportement aux circonstances. Monologue intérieur au discours direct et indirect libre qui prouve que Julien apprend par autoanalyse et introspection. Mais vocabulaire de la difficulté :
« le mal à réparer était immense, la tâche était fort difficile » : véritable défi héroïque. Le
résultat est encore pire: hostilité total:"ennemis qui augmentent,vengeance . Julien
prend la mesure de ses erreurs de stratégie à son arrivée au séminaire où il voulait s'illustrer par son mérite scolaire.
Changement radical :
« sans cesse sur ses gardes...se dessiner un caractère tout nouveau ».
Julien décide de relever le défi , Julien
décide de porter un masque, de brider sa personnalité, et de se
contraindre : combat. mouvement = jeu de l'hypocrisie
triomphante : thématique du regard « les yeux baissés » deviennent le
symbole de la sournoiserie, de la soumission, rites surjoués avec componction pour en faire accroire: chapelets,
cantiques... conséquence: ce qui était mortellement ennuyeux /actions les plus intéressantes ➙
dédoublement de Julien : sous le séminariste appliqué, se cache un
homme qui ne cherche plus qu'à paraître : action les plus intéressantes,
...actions significatives cf jusqu'à la fin de mon rôle ➙
Julien se définit comme un acteur d'un pièce de théâtre. Julien devient Tarfuffe après avoir cru être un Don Juan chez Mme de Rênal. Toujours
besoin d'un modèle à imiter cf Travail d'Hercule, Imitation de la fausse
modestie du pape Sixte Quint.
3 . Caractéristiques du roman d'apprentissage : structure
du passage, «.reconnut... s'aperçut... » : constant jugement : la
situation présente conduit à un examen de conscience ; elle oppose les
illusions passées à la réalité présente tout au long du monologue
intérieur : PASSÉ/ PRÉSENT "Quelle n'était pas ma présomption! Me voici
enfin dans le monde. Je croyais vivre Je me préparais .... Mon seul
mérite consistait La science n'est donc rien ici ,J'avais la sottise
d'être fier »: jeu sur les temps verbaux. La réflexion témoigne de l'effort fait par Julien pour
apprendre de ses expériences, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Recherche d'exemple à suivre : Exemple de Chazel (lignes 34 à 36) :
valeur des temps: Imparfait (Je me préparais .... Mon seul mérite
consistait...) retour sur le passé, Présent du constat: (la science n'est donc rien
ici) puis analyse de la situation postérieure : Futur (le monde tel que je le
trouverai jusqu'à la fin de mon rôle), regard désabusé sur l'avenir +
Allusion à Hercule et ses 12 travaux, ➙ notion d'épreuve à traverser, de travail sur soi à accomplir pour se forger « un nouveau caractère ». Vocabulaire du théâtre.
II - Une vision désabusée du monde religieux: la dimension satirique du texte.
1. Efficacité de la satire du séminaire liée à l' Importance
du jeu des points de vue dans le texte : Omniscient au début,
« ne regardent qu'aux détails; à leurs yeux » = point de vue des
séminaristes, « vice énorme » puis point de vue de Julien + folie....
l'étendue du mal ➙
cette alternance de points de vue permet la dénonciation des manœuvres
des séminaristes par le jugement du narrateur : « ne regardent qu'aux
détails » : confrontation du point de vue du narrateur et de celui des
séminaristes permet de montrer la perversion ,soulignée par les
oppositions: détails...petites actions / vice énorme. Le point de vue de
Julien souligne sa solitude qui le force à l'introspection, montre aussi la
distorsion que son regard fait subir aux choses « le mal », « la
folie » : Julien exagère les échecs de son comportement.
Ainsi le séminaire apparaît à travers le prisme de plusieurs regards ➙ visée dénonciatrice. Le séminaire est déjà un espace négatif car il fait souffrir l'élève alors qu'il devrait lui permettre d'épanouir sa vocation religieuse.
Par
le monologue intérieur de Julien, le narrateur s'efface pour laisser
s'exprimer son personnage à la première personne (vision de l'intérieur)
: Ponctuation abondante, exclamative = émotion, situation de crise,
méditation désabusée de Julien : « me voici enfin dans le monde tel que
je le trouverai » nous permet de connaître son intimité : se considère
comme un héros mythique, Hercule, confronté à des ennemis ( plusieurs
fois dans le texte) qui l'assaillent. Dépit, amertume de Julien : "la
science" c'est-à-dire ici les connaissances théologiques "les progrès dans le dogme" sont discréditées = balivernes ➙
Julien avait «la sottise d'en être fier». Julien jette un regard
désabusé sur les valeurs qui l'ont construit, et cède à une attitude
cynique et hypocrite (cf comparaison avec Sixte Quint : cherche comme
lui à « tromper son monde », à se donner l'allure de la piété , se
traite de naïf et de dupe.
2.
la satire passe par l'ironie du narrateurl : Le mode de vie au séminaire est décrit sur le
mode de la distanciation ironique: mise en italiques de certains termes,
« esprit fort. »... ... ».il pensait, il jugeait par lui-même », "autorité" ,
exagération des expressions : « vice énorme » , dépersonnalisation des
séminaristes mis dans un tout indifférencié par le pronom indéfini : on se vengea
de lui + ironie de la dernière phrase qui associe les progrès dans la
dévotion à « la façon de manger un œuf à la coque» ➙
dérision , décalage entre le sérieux contenu dans le mot « dévotion" et
la situation triviale: « manger un œuf à la coque ».
Soulignement de
l'art de la soumission qui se cache dans les gestes les plus quotidiens,
mais aussi moquerie à l'égard du naïf Julien qui s'est trompé du tout
au tout dans son comportement et qui exagère son échec.
3.. Le séminaire : un microcosme inquiétant très éloigné des valeurs chrétiennes➙
un lieu d'hypocrisie et de calculs. Mesquinerie (importance des
détails, les petites chose auxquelles on accorde de l'importance
souligne étroitesse d'esprit), hypocrisie, violence morale :
« venger,... mépris, ...dérision »,grossièreté, conformisme et aveugle obéissance ,
rejet de l'autre, car différent …
Importance de la nourriture ➙ œuf à la coque : métaphore des appétits terrestres, ➙
absence de spiritualité cf plus loin dans le chapitre l'épisode de la choucroute : Stendhal
présente le séminaire comme un monde hostile en totale contradiction
avec les valeurs chrétiennes de partage, d'altruisme (Rappel : Stendhal
est athée) On peut y voir une image réduite d'une société sans pitié (
cf les intrigues de Verrière, ou celles du milieu de La Môle)
Absence
de spiritualité, d'attention à l'autre et manque de reconnaissance de
l'intelligence et de l'érudition, du mérite et du travail scolaire. Séminaire : lieu où apprend la
soumission.
Impossible
que julien y progresse vraiment. L'abbé Pirard dont Julien regrette
qu'il ne se soit pas montré plus présent finira par trouver la solution
pour que Julien ne dépérisse pas au séminaire : l'envoyer à Paris chez
M . de la Môle comme secrétaire, donc finalement l'abbé Pirard sera un
véritable adjuvant.
CONCLUSION
Une
vision très amère de la société, jugée comme hypocrite et hostile. Le
roman permet bien ici de transmettre une vision du monde. C'est la
vision de Stendhal qui se sert de son personnage pour mieux la traduire .
La crise que traverse le personnage (cf. monologue intérieur) donne
plus d'acuité à cette vision du monde. Intérêt du roman d'apprentissage :
le lecteur apprend en même temps que le héros.
Insister sur le fait que malgré son ambition de réussite sociale, Julien peine à devenir un hypocrite, cette conduite lui pèse énormément et n'est absolument pas naturelle pour lui.
Questions possibles au bac: Que découvre le lecteur sur Julien dans ce passage?
En quoi peut-on dire que cet extrait révèle l'opinion très négative que se fait Stendhal du séminaire?
En quoi cet extrait confirme-t-il que le Rouge et le Noir est un roman d'apprentissage?