Butôt, la danse des ténèbres
Par cyberblaise - publié le jeudi 30 janvier 2014 à 04:29
http://japon.canalblog.com/archives/2007/02/10/3964122.html http://www.culture-quebec.qc.ca/marioveillette/pdf/buto.PDF http://www.bm-lyon.fr/artsvivants/spip.php?article264 http://www.ina.fr/video/2054008001011 Carlotta Ikeda Sankai Juku: http://www.youtube.com/watch?v=0Zi9Sxnoeb4 http://www.youtube.com/watch?v=OSqxui9_AkU http://www.youtube.com/watch?v=gw8FOuw6_UU&list=PLEF8B830B7A31205A&index=11
Le Japon et la Chine dans le théâtre de Claudel
Par cyberblaise - publié le mercredi 29 janvier 2014 à 18:03
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Le Japon et
la Chine de Paul Claudel : une frontière entre le réel et l'imaginaire
L'½uvre de
Paul Claudel est riche et a beaucoup été commentée. Il ne s'agit pas ici
d'entreprendre une analyse approfondie des pièces se déroulant en
Extrême-Orient mais de réfléchir au rôle que tiennent la Chine et le Japon.
Deux pièces se déroulent en Chine et au Japon : Le Repos du septième
jour et La Femme et son ombre. La première, écrite vers 1896, est
publiée en 1901. La seconde a été écrite en 1922 puis remaniée lors de sa
publication en 1926. Dans les deux cas, il ne s'agit pas d'une représentation
fidèle de l'Extrême-Orient.
Paul Claudel
rédige Le Repos du septième jour alors qu'il est en poste en Chine
depuis un an. Le récit est celui de l'empereur de Chine, bien décidé à
abandonner son trône au prince héritier pour une vie contemplative. Le retour
des morts parmi les vivants le conduit à descendre aux enfers pour en découvrir
la raison et rapporter le salut. La dimension chrétienne du récit n'a jamais
manqué d'être évoquée par les critiques qui s'accordent à ne voir dans la pièce
qu'une Chine de convention. A la publication de la pièce, Victor Segalen, qui
admire pourtant le précédent ouvrage de l'auteur sur la Chine, Connaissance
de l'Est, critique "la pauvreté du décor impérial, les maladresses
dans un protocole dogmatique qu'il vaut mieux ne pas aborder si l'on n'en est
pas maître [58]". Gilbert Gadoffre relève que
la seule composante authentique et non livresque du récit est l'omniprésence
des morts au c½ur de la société [59]. Paul Claudel a pu s'en rendre
compte à son arrivée à Shanghai à l'occasion de la fête des morts. Il a aussi
relevé la peur de ses domestiques chinois à sortir la nuit de crainte de
croiser des revenants [60]. Mais cette représentation
conventionnelle de la Chine ne prétend pas être autre chose. De même que les
indications scéniques de L'Annonce faite à Marie annoncent un
"Moyen Age de convention [61]", les idéogrammes, l'empereur
et la symbolique participent à la recréation d'un monde homogène, propre à
l'écrivain.
La Femme et
son ombre est écrite
vingt-six ans plus tard, alors que Paul Claudel est en poste au Japon depuis un
an. La genèse de la pièce est liée à une circonstance particulière : un
acteur de kabuki, Nakamura Fukusuké, demande au diplomate d'adapter pour son
groupe de danse L'Homme et son désir, scénario de ballet composé en
1917. Paul Claudel refuse car le texte a été écrit pour la scène européenne
mais il propose de créer une autre pièce, purement japonaise. Sous titré
"scénario pour un mimodrame", La Femme et son ombre se
présente sous le modèle du Nô. Un guerrier voit apparaître l'ombre de sa femme
morte, aimée jadis, lorsque surgit sa femme vivante. Alors qu'il frappe d'un
coup d'épée l'ombre, la femme vivante tombe morte. Il existe deux versions de
cette pièce. L'une écrite en 1922 et présentée le 16 mars 1923 au Théâtre
Impérial de Tokyo et l'autre, légèrement allongée, écrite sans doute en 1926.
Le modèle de la pièce n'est pas ici le Japon, ancestral ou contemporain mais le
théâtre japonais.
Le choix de
la Chine et du Japon joue un rôle dans la dimension onirique des pièces et dans
la représentation d'un lieu indistinct, entre le réel et l'imaginaire. Les deux
pièces évoluent dans un entre-deux. La Femme et son ombre se déroule
dans un endroit mystérieux que l'auteur nomme "frontière entre les deux
mondes" et Le Repos du septième jour relate la descente provisoire
de l'empereur aux enfers. Dans les deux cas, les morts et les vivants se
croisent, la distinction entre le réel et le rêve se brouille. Bien que les
enfers soient une référence culturelle chrétienne, la culture chinoise fait se
côtoyer morts et vivants et les fantômes sont une figure récurrente du théâtre
japonais. Pierre Brunel interprète le choix d'une Chine historique dans Le
repos du septième jour comme une manière de passer des vivants chez les
morts, passage qu'effectue également l'empereur mis en scène
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L'Orient dans la littérature française au XVIIème et au XVIIIème siècle
Par cyberblaise - publié le mercredi 29 janvier 2014 à 17:59
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DE QUELQUES ASPECTS DE L'ORIENT DANS
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES
À partir du XVIIe siècle, l'Orient va occuper une place prépondérante dans le
domaine des lettres et de la pensée françaises. Des phénomènes sont à la base
de ce nouvel attrait : le développement de l'empire ottoman et la
multiplication des voyages vers l'Est. À partir de 1529, le littoral
sud-méditerranéen, à l'exception du Maroc, est intégré à l'empire ottoman.
Cette situation nouvelle va déboucher sur l'extension de course en Méditerranée
et provoquer dans le courant du XVIIe siècle une importante production
littéraire qui trouve dans ce phénomène une nouvelle source d'inspiration.
1- De l'Orient menaçant aux intrigues, revues
et corrigées, du sérail.
a- Aventures galantes sur fond de décor
barbaresque :
Plusieurs ½uvres du XVIIe siècle vont ainsi mettre en scène l'Orient « africain
« constitué par la Barbarie. Cette littérature, nettement marquée par une
influence espagnole, va surtout avoir pour thème des aventures galantes qui se
déroulent toutes d'une manière identique.
La trame de ces ½uvres a, la plupart du temps, pour point de départ un amour
contrarié, à la suite duquel un des amants (ou les deux) se retrouve captif à
Alger. Il s'ensuit une série d'anecdotes tournant autour du harem du Dey, avant
l'évasion et le retour vers la bien-aimée. C'est ce type de situation que nous
retrouvons chez Scarron, à travers deux nouvelles du Roman comique. Par contre
dans le Diable boiteux de Lesage la situation est un peu plus compliquée : Don
Fadrique de Mendoce aime Dona Théodora qui aime Don Juan de Zarate qui ne veut
pas être le rival de son ami. L'histoire peut être schématisée de la façon
suivante :
- Séquence n° 1 : Don Fadrique aime Théodora aime Don Juan résultat : refus de
Don Juan d'être le rival de son ami = situation impossible.
- Séquence n° 2 : les personnages sont tous captifs en Barbarie ; Le Dey aime
Théodora aime Don Juan ; résultat : retrouvailles est fuite
- Séquence n° 3 : Don Fadrique pardonne à son ami et meurt ; résultat : mariage
entre Don Juan et Théodora.
Nous remarquons ainsi, qu'à travers cette intrigue, le rôle dévolu aux pays
barbaresques est double. Il permet, tout d'abord d'assurer « le suspense » avec
le sentiment du danger encouru, et de conduire à un dénouement heureux une
situation bloquée. Mais cette vision reflète aussi le désir d' « effacer » la
menace orientale – les personnages barbaresques sont faibles – et de présenter
l'Orient sous un jour si passif qu'il finit par constituer uniquement un cadre,
un itinéraire obligé.
Une autre attitude va bientôt impliquer l'oriental dans un processus
d'occidentalisation très nette sur le plan littéraire. À ce dernier, on va
prêter – suivant la doctrine précieuse – des m½urs galantes et généreuses. De
nombreux personnages barbaresques vont ainsi manifester une galanterie et un
dévouement tout précieux envers l'européenne captive dans leur harem. La
société française qui lisait, se devait ainsi de retrouver « dans les romans la
fleur de son goût et de son esprit » (André Vovard : Les Turqueries dans la
littérature française : le cycle barbaresque, Privat, 1959, p. 166).
C'est en vertu de cet effet de miroir, que l'évocation de la Barbarie finit par
renvoyer l'Occident à lui-même. C'est semble-t-il la conclusion à laquelle est
arrivé Guy Turbet-Delof puisqu'en cherchant :
« (…) surtout à l'origine , à fixer l'image que se faisaient de la Barbarie les
français de XVIe et XVIIe siècles, (cela) a permis également de répondre à la
question « comment ces français se définissaient-ils eux-mêmes , face à la
Barbarie , les uns par rapport aux autres ? Et cela dans l'ordre : quoiqu'on
décrive, on se décrit aussi » (Guy Turbet-Delof : L'Afrique barbaresque dans la
littérature française : le cycle barbaresque, Droz, 1973, p. 166).
Si les barbaresques peuvent faire preuve de préciosité, les Turcs, surtout les
personnages illustres, deviennent au XVIIe siècle, des personnages littéraires
à part entière.
b- Théâtralité du Turc :
Durant ce siècle, le Turc, personnage littéraire, fait aussi bien apparitions
incidentes – comme dans L'illusion comique de Corneille ou L'Amant libéral de
Georges de Scudéry – que l'objet d'une mise en scène entièrement bâtie autour
de lui. Parmi cette dernière production, il faut noter la floraison des
tragédies basées sur l'histoire turque et que l'on a pris l'habitude de
distinguer en deux cycles : celui de Soliman et celui des sultans (Cf.
Clarence-Dana Rouillard : The Turk in french history thought and literature
(1520- 1660), Boivin et Cie, 1948).
Dans Le Bourgeois gentilhomme,
l'intervention des Turcs dans le quatrième acte sert un objectif précis qui est
d'accentuer le ridicule de Monsieur Jourdain. L'Oriental est représenté ici par
un personnage haut en couleur dont le rôle se limite à celui d'une sorte
d'épouvantail, d'archétype du mauvais goût. On peut même avancer que s'il y a
un attrait de l'Orient, ce sentiment est forcément blâmable puisque c'est le
bourgeois naïf qui le manifeste. Molière sacrifie ici à la mode de son époque,
il ne prétend pas nous faire connaître l'Oriental autrement que par des
postures drôles et un langage incompréhensible. Ce qui importe, en fin de
compte, c'est la production de l'effet comique grâce à la représentation
caricaturale d'une réalité extra-occidentale.
Produire une forte impression en un minimum de temps et des gestes, c'est le
pari réussi par l'auteur qui nous livre, par la même occasion, un condensé de
l'image globale qu'il se faisait du Turc. Dans Le Bourgeois gentilhomme,
l'Orient n'est qu'un leurre destiné à abuser un personnage crédule. Il finit
par ne plus posséder aucune espèce de vie propre puisque joué par des
personnages occidentaux (une fois que monsieur Jourdain est abusé, Cléonte peut
rejeter sa défroque de fils du grand Turc). L'exotisme oriental chez Molière
trouve sa meilleure expression dans les habits colorés et les postures
incongrues, l'Orient n'a pas droit à la parole car son langage n'est pas
compréhensible. La pièce relatant l'histoire du bourgeois accentue le burlesque
du personnage tout en ridiculisant l'Orient représenté par les Turcs.
Ces derniers connaissent d'ailleurs un grand succès dans le théâtre du XVIIe
siècle : on les retrouve aussi dans un autre registre, celui de la tragédie. Le Bajazet de Racine, pour ne
citer que lui, a pour principal héros un prince turc de Constantinople. Cette
pièce, remarquable à plus d'un titre, nous intéresse tout particulièrement
parce qu'elle consacre le recours au thème exotique.
À L'inverse des turqueries moliéresques, diluées dans l'ensemble de la pièce
consacrée à monsieur Jourdain, Bajazet ne
met en scène que des personnages orientaux dans un milieu oriental :
Constantinople.
Chez Racine, l'élément oriental joue sur un double registre : il permet à la
fois de centrer l'action en un seul lieu (le sérail = lieu clos), mais aussi
d'accentuer la portée de la satire contre un roi despote en s'inspirant de
personnages contemporains, le sultan Murad IV et son frère Bayazid. Bajazet fit donc sensation
puisque ce fut la première fois qu'une tragédie se détournait de l'antiquité
pour prendre comme source d'inspiration des personnages du XVIIe siècle. Ce
caractère particulier provoqua du même coup le scandale et le succès de l'½uvre
malgré la mise en garde – peu convaincante – adressé par l'auteur à ses
contemporains :
« Quelques lecteurs pourront s'étonner qu'on ait osé mettre sur la scène une
histoire si récente ; mais je n'ai rien vu dans les règles du poème dramatique
qui dût me détourner de mon entreprise. (…) L'éloignement des pays répare en
quelque sorte la trop grande proximité des temps ; car le peuple ne met guère
de différence entre e qui est, si j'ose ainsi parler, à mille ans de lui, et ce
qui en est à mille lieues » (Cf.la préface de Bajazet).
L'affirmation de Racine mérite toute notre attention car elle éclaire d'un jour
particulier, une certaine vision de l'Orient. Si l'auteur ne manque pas
d'arguments lorsqu'il soutient que l'éloignement peut provoquer l'indifférence
son propos devient en revanche excessif quand il rejette – pour les besoins de
la causes – des personnages contemporains dans le passé. Nous voyons très bien
que l'objet de la polémique, que l'auteur essayait d'éviter, ne tenait pas à un
souci d'ordre moral (bonne ou mauvaise représentation des turcs, distorsion
avec la réalité…) mais relavant plutôt d'une infraction aux règles
sacro-saintes du théâtre classique. Autrement dit, la représentation de
l'Orient n'est pas le souci majeur de Racine, ce qui le préoccupe davantage,
c'est d'éviter l'écueil d'une tragédie ressentie comme trop moderne. Hormis
l'évocation du sérail, clé de voûte de toute la pièce, Bajazet aurait très bien
pu être une tragédie antique. D'ailleurs, l'auteur n'hésite pas à convier ses
contemporains à franchir le « pas » en évitant de se fixer sur la modernité du
sujet.
« (…) les personnages turcs , quelques modernes qu'ils soient , ont de la
dignité sur notre théâtre : on les regarde de bonne heure comme anciens »
(Ibidem).
Avant d'être des orientaux, les personnages de Bajazet sont « tragiques »,
c'est-à-dire qu'ils échappent au temps humain et par là même à une certaine
réalité. L'Orient de cette pièce est suffisamment signifié (sérail, vêtements…)
pour provoquer l'imagination du spectateur, mais il est en même temps
a-temporel et insaisissable. C'est dans ce contexte que la prise de position de
racine se justifie : Bajazet donne l'impression d'évoquer des personnages
contemporains, mais la pièce est avant tout une tragédie où les êtres soumis à
leurs passions et à la fatalité partagent le sort de Britannicus et de Phèdre.
Le thème exotique, que ce soit par petites touches chez Molière, ou comme toile
de fond dans Bajazet, a
donc exercé une influence certaine sur le théâtre classique. Comme nous l'avons
relevé au début de ce chapitre, l'Orient évoqué dans la littérature, c'est
d'abord celui incarné par les Barbaresques. Ces derniers ont servi de prétexte
à une importante production littéraire qui, nous l'avons souligné, fonctionnait
suivant une sorte de schéma immuable. Nous avions alors remarqué que l'image de
l'Autre évoluait entre deux pôles opposés : l'Oriental était, soit ressenti
comme un barbare cruel et despote, soit représenté sous les traits d'un
personnage aux m½urs précieuses. Dans ce dernier cas, l'Oriental se trouvait
être source de double de l'Européen, puisqu'il était « gratifié » d'un
comportement occidental.
Le théâtre classique, quant à lui, consacrait une nouvelle utilisation du thème
exotique, puisqu'après avoir servi le comique dans Le Bourgeois gentilhomme, le personnage
oriental était hissé au niveau du héros tragique. L'évocation de l'image de
l'Oriental au XVIIe siècle fut aussi, pour nous, l'occasion de remarquer
combien l'image littéraire dépendait de l'évolution historique. D'abord
considéré comme toile de fond, l'Orient finit par trouer une certaine
affirmation dans la représentation directe des personnages. C'est en effet une
courbe lente mais, semble-t-il, ascendante qui nous a conduit du barbaresque –
élément du décor – au personnage de Bajazet. Tributaire des événements
historiques, l'image de l'Orient l'est aussi de la création littéraire qui la
façonne suivant ses désirs. Tout se passe comme si la puissance militaire de
l'Orient ( des turcs) était contrebalancée par la « fabrication « d'un autre
Orient soumis au bon désir de la littérature occidentale.
Or, dès la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, l'empire ottoman
commençant à d'effriter, quel allait-être – par contrecoup – l'avenir de
l'image retranscrite par l'Occident ? L'événement, cette fois, ne fut pas
d'origine politique littéraire. En 1704, Antoine Galland publiait le premier
volume de la traduction des Mille et Une Nuits
et contribuait à relancer ainsi l'attrait pour l'exotisme oriental. Pour la
première fois, la production de l'image se détachait de l'influence de
l'Histoire pour puiser son inspiration dans des textes littéraires.
2- Redécouverte et l'Orient et continuité de
l'ambivalence
La publication des Mille et Une Nuits
Va constituer un tournant décisif dans l'évolution de l'image orientale. Après
avoir provoqué la curiosité, cette nouvelle vision de l'Oriental va être à
l'origine de deux grands mouvements des lettres en France : le renouvellement
de la technique romanesque et la création d'un procédé mieux adapté à la traduction
des idées philosophiques.
a- L'orient féérique de Galland
:
Événement majeur en ce début du XVIIIe siècle, la parution des Mille et Une
nuits est accompagné d'un succès sans précédent. Antoine Galland qui avait eu
l'occasion d'étudier les langues orientales et d'effectuer deux séjours en
Orient fut à l'origine de cet engouement, puisque nous lui devons la traduction
du recueil oriental. Plus qu'une simple traduction, l'½uvre, dont le premier
tome est publié en 1704, atteste un véritable travail d'interprétation et de
réécriture. Marie-Louise Dufrenoy (cf. L'idée du progrès et la diffusion de la
matière d'Orient, C.D.U. 1960, p. 141) rapporte en effet tout le soin mis par
le traducteur afin d'adapter les Mille et Une Nuits au goût occidental ainsi que
les nombreuses retouches et modifications effectuées à dessein par l'auteur.
Cela ne suffit pourtant pas à expliquer l'attrait provoqué par les contes ; il
semblerait plutôt que l'imagination occidentale y ait trouvé une réponse
positive à des aspirations les plus secrètes.
« Exotisme sans merveilleux dans les récits de voyages ; merveilleux sans
exotisme dans les contes de fées. Ce n'est qu'avec les Mille et Une Nuits que
l'on voit s'opérer, dans la littérature narrative, la synthèse des deux
éléments et c'est dans cette synthèse que se trouve la véritable originalité de
leur apport » (Ibid., p. 11-12)
Féérie et exotisme sans limite sont donc les mots clés qui sont à la base du
nouvel attrait pour l'Orient. Cet engouement nous semblerait largement justifié
– la lecture des Mille et Une nuits ne saurait laisser indifférent – si
celui-ci ne s'accompagnait d'une vision assez ambiguë de l'orient.
En effet, et après un mouvement de curiosité et de fascination légitime, le
lecteur occidental finit par considérer le recueil comme un vivant témoignage
de l'Orient tel qu'il existe à son époque. On ne fait bientôt plus la
distinction entre fiction féérique et réalité orientale. D'ailleurs Galland ne
fait rien contre cette dérive éventuelle, et dans son avertissement au lecteur,
il encourage plutôt la vision du portrait vivant.
« (Les contes ) (…) doivent plaire encore par les coutumes et les m½urs des
orientaux , par les cérémonies de leur religion, tant païenne que mahométane
(…) Ainsi , sans avoir essuyé la fatigue d'aller chercher ces peuples dans leur
pays, le lecteur aura ici le plaisir de les voir agir et de les entendre parler
» (Cf. Antoine Galland dans l'avertissement au lecteur in les Mille et Une
Nuits , G.F., 1965, tome 1, p. 21622).
Notons à cet égard, l'attitude contradictoire de Fréron qui pense d'une part
que les aventures orientales sont des « Fictions (qui) attachent le lecteur »
et trouve que, dans les Mille et une Nuits, les coutumes des « Asiatiques »
sont « mieux décrites que dans les relations de voyageurs » (Fréron cité par
Marie-Louise Dufrenoy in L'idée de progrès… op. cit., p. 40). Pour La Harpe, la
fiction rejoint la réalité en nous offrant « une sorte de peinture dramatique
des peuples qui ont dominé dans l'Orient » (La Harpe, cité par M-L. Dufrenoy in
L'idée du progrès…op. cit., p.41). De telles formules méritent d'être
soulignées parce qu'elles inaugurent ou plutôt elles contribuent à parfaire le
moule dans lequel va être installé l'Orient d'une manière presque définitive.
« Les contes arabes décrivent souvent des m½urs fastueuses (…) le lecteur de
Galland, totalement dépaysé, n'apercevait guère le côté purement fictif de ces
évocations brillantes et les prenait au sérieux. (…) Il faudra attendre (…)
Voltaire (pour combattre ces illusions, mais il sera trop tard et le mythe d'un
orient où tout est luxe et volupté, accrédité par Galland, continuera à flatter
d'innombrables imaginations jusqu'à Baudelaire et Nerval » (Cf. Jean Gaulmier
dans l'introduction au recueil des Mille et Une Nuits, op. cit. , p. 15)
Les Mille et Une Nuits ont dont largement contribué à la réédification du mythe
fondateur concernant la représentation de l'Orient. En même temps que
s'établissait cette nouvelle « vérité » orientale, l'imagination des divers
auteurs du siècle se trouvait sans conteste stimulée par cet apport inattendu.
Servant différentes causes, l'Orient va alors être l'objet de diverses «
manipulations » sur lesquels nous nous proposerons maintenant de revenir.
b- L'éclosion d'une nouvelle littérature
:
Ce nouvel attrait pour les choses orientales allait provoquer dans la
littérature du XVIIIe siècle un courant nouveau qui consacre une sorte d'âge
d'or de l'exotisme oriental. Dans le foisonnement de cette littérature nous
avons relevé trois grandes tendances qui se recoupent parfois quant à leur
objectif final : il s'agit tout d'abord d'une littérature de pastiche et du
cliché , puis de l'établissement d'un orient-prétexte, celui des philosophes,
enfin de l'évocation d'un Orient imaginaire et fabuleux.
À la suite des Mille et Une Nuits,
une production littéraire va connaître un essor important bien que d'écriture
peu élaborée. Ce seront les nombreuses suites au recueil oriental telles que les Mille et Un Quart-d'heure, les Mille et Une heurs etc.…
Ces nombreuses ½uvres qui privilégient les clichés rebattus – naufrages, îles
désertes, substitution de personnes – vont finir par tracer un véritable
portrait robot de l'Oriental. Ce dernier est tour à tour considéré comme
fataliste, courageux, et dénigré – à d'autres moments – en tant que personnage
cruel, despote et vindicatif. Cette ambivalence révèle, nous semble-t-il, un
subtil dosage qui permet d'éviter de lasser le lecteur par un portrait univoque
et foncièrement négatif. Avatar des Mille et Une Nuits, cette littérature
pseudo-orientale a donc ceci de particulier : elle est à l'origine des
premières représentations morales de l'Oriental, elle en précise des traits
distinctifs qui vont connaître par là suite un succès durable.
Parallèlement à cette production, il se développe – l'instigation des
philosophes – un autre type d'½uvres, les contes philosophiques. Ces derniers
font également appel à l'Orient comme dans Zadig
de Voltaire ou les Lettres persanes de Montesquieu, mais cette évocation que
nous qualifions de « prétexte » sert, au-delà des personnages extra-européens
qu'elle présente, une cause bien précise. Il s'agit, le plus souvent, de
dissimuler une satire contre la religion ou les meurs de la société française.
L'Orient sert également de repoussoir, sur le plan politique, à ce qu'il
faudrait éviter de faire : le despote oriental est opposé au juste roi de
France. En dénonçant l'Autre, on cherche à mettre en garde et à perfectionner
le pouvoir occidental, en une sorte de jeu de miroirs incessant.
« Il est remarquable (…) qu'une des prises de conscience les plus importantes
du XVIIe siècle, ait emprunté le chemin de la réflexion sur le despotisme
oriental. C'est en effet, en condamnant l'Islam , que de nombreux écrivains
dénoncèrent le pouvoir des prêtres et l'alliance de la tyrannie et de la
superstition » ( Catherine Mayer : Le concept de despotisme oriental dans les
écrits des philosophes et des voyageurs du XVIIIe siècle , thèse de 3° cycle ,
Paris III, 1979, p. 139).
Des conceptions « climatiques » de Montesquieu dans L'Esprit des Lois aux partis
pris rigides de Voltaire, le discours des philosophes a beaucoup plus considéré
l'Orient comme un laboratoire d'idées que comme une réalité humaine et
politique. Tout se passe comme si l'esprit occidental fasciné par l'Est ne
pouvait parvenir à franchir une sorte de blocage « psychologique » vis-à-vis de
l'Orient. L'Orient des philosophes est à la fois un lieu fermé et imaginaire,
où régnerait l'obscurantisme.
« (…) parole bloquée (…) au sens freudien de discours inachevé, qui cache
éternellement un autre discours, et qui est donc en même temps, blocage et
révélations » (Ibid., 282).
Le XVIIIe siècle connaît aussi un troisième courant qui se rapproche de celui
des philosophes, il s'agit de l'Orient purement imaginaire des voyages. Une
½uvre comme Les Voyages de Glantzby dans les mers
orientales de la Tartarie
appelle de ses v½ux – au-delà de l'exotisme – l'établissement d'une monarchie
parfaite. D'autres ouvrages continueront à exploiter le thème de l'Orient
galant. Dans ce dernier cas, l'½uvre est surchargée de métaphores,
d'énumération, de « noms descriptifs souvent munis d'un z initial »
(Marie-Louise Dufrenoy : L'Orient romanesque en France : 1704-1789, Amsterdam-
Rodopi , 1946, p. 53). Un récit comme celui contant Les Aventures de Zéloïde et d'Amanzarifdine est censé
donner un tableau pittoresque et évocateur de l'Orient.
Production aux multiples volets, la littérature d'inspiration orientale connaît
une grande vague durant le siècle, tout en précisant les contours du mythe
élaboré en France. À la fois lieu de fictions exotiques et d'interrogations
philosophiques, l'Orient fascine mais n'arrive pas à revêtir une réelle
matérialité. Il est à la fois abondamment signifié et parfaitement
insaisissable. Au risque de nous répéter, cette ambiguïté nous semble révéler
le manque de connaissances réelles , pragmatiques , au sujet des civilisations
orientales ; et le désir d'affirmer une sorte de supériorité morale et
intellectuelle de l'occident.
Or, dès 1735, deux éléments nouveaux se mettent en place : la multiplication
des voyages et la place prépondérante que vont occuper les savants. Au règne de
l'imagination, va succéder celui du désir rationnel et du travail scientifique.
Il est alors intéressant de découvrir si cette situation nouvelle apporte des
modifications à l'image héritée des écrivains.
3- Un grand dessein pour l'Orient
a- Les voyageurs, les savants et l'Orient :
Le développement des relations politiques avec les pays d'Orient est à
l'origine, des nombreux voyages vers ces pays. De ces déplacements, qui durent
des mois, découlent de nombreux récits – on en dénombre plus d'une centaine
entre 1600 et 1789. Si quelques témoignages rapportent des faits véritables, la
grande majorité des récits prend soin de diluer la réalité au milieu
d'anecdotes pittoresques.
Parmi ces expéditions, il faut souligner l'apport non négligeable des
témoignages rapportés par les Pères rédempteurs à l'issue de voyages effectués
en Afrique du Nord. Chargés de négocier le rachat d'esclaves européens, ces
religieux n'hésitaient pas à présenter des tableaux effroyables des m½urs des
musulmans et de leur cruauté. Suivant l'effet désiré, la représentation des
orientaux continuait à subir diverses transformations qui la faisaient tantôt
devenir plus exotique et plus séduisante que la réalité, tantôt plus noire et
négative.
Il régnait pourtant au sein de toute cette effervescence, une activité qui se
voulait à la fois objective, complète et dénuée de passion quant à l'étude de
l'Orient. Cette autre forme de savoir sur l'Autre s'appuyait sur un certain
empirisme tout en se parant d'une certaine scientificité. Or les deux noms
d'orientalistes, car il s'agit d'eux, qui retiennent l'attention en cette fin
du XVIIe siècle et ce début du XVIIIe siècle, ce sont sans conteste Barthélemy
d'Herbelot et Galland.
Nous avons déjà évoqué plus haut les conceptions de Galland, c'est à d'Herbelot
que l'on doit la Bibliothèque orientale
qui, comme l'indique son sous-titre, renferme « L'ensemble des connaissances
sur les peuples d'orient ». Lorsque l'on examine cet ouvrage de plus près, ce
qui saute aux yeux , c'est le mode de classement adopté par l'auteur : l'ordre
alphabétique de A à Z . Plutôt que de présenter des diverses civilisations
d'Orient dans leur évolution et leurs faits marquants, l'auteur préfère donner
des « parcelles » d'Orient – nécessairement fragmentaires – dans une ½uvre qui
se veut avant tout un fichier méthodique. Loin de dépasser les préjugés de ses
compatriotes – l'Islam, par exemple est considéré comme une hérésie du
christianisme – il conforte plutôt les clichés en cours en leur adjoignant
l'alibi scientifique.
À L'Orient prétexte ou imaginaire, évoqué plus haut, va succéder maintenant un
autre Orient codifié et éclairé par la Bibliothèque orientale.
Car, si Galland a été à la source du regain de l'attrait vers l'Orient, c'est
désormais dans l'ouvrage de d'Herbelot que l'on viendra chercher ou vérifier
des données orientales. Une telle attitude finit par mettre au second plan
l'Orient réel au profit de cette masse d'informations présentée dans la
Bibliothèque. Cette dernière devient ainsi source d'images et ouvrage de
référence dans lequel on revient authentifier celles-ci.
« Ce que véhicule ainsi la Bibliothèque,
c'est une idée de la puissance et de l'efficacité de l'orientalisme qui
rappellent partout au lecteur que, dorénavant, pour atteindre l'Orient, il
devra passer par les grilles et les codes fournis par l'orientaliste. L'Orient
est (…) aussi circonscrit par une série d'attitudes et de jugements qui
renvoient l'esprit occidental, non pas en premier aux sources orientales en vue
de correction et de vérification, mais plutôt à d'autres ouvrages orientalistes
» (Edward Saïd : L'Orientalisme : L'Orient créé par l'occident, Seuil , 1980,
p. 84)
Sans nous attarder sur le sujet, il nous a paru nécessaire d'évoquer l'impact
de la Bibliothèque orientale –
celle-ci sera encore consultée pendant le XIXe siècle – parce qu'il marque une
première prise de charge intellectuelle de l'Orient. Sous couvert
d'objectivité, cette attitude ne fait que légitimer un certain nombre de
préjugés vis-à-vis de l'Autre. De la prise en charge à la prise en main, il ne
s'écoulera guère beaucoup de temps. Parallèlement aux progrès de
l'orientalisme, l'intérêt pour l'Orient se transforme en des visées beaucoup
plus précises. Et c'est en ces temps troublés par la question de l'Orient
provoquée par l'affaiblissement de l'empire ottoman, qu'il convient de
s'intéresser au parcours d'un autre orientaliste : Volney.
b- La tentation impérialiste :
Constantin-François Chasseboeuf , plus connu sous le nom de Volney , séjournera
en Orient pendant un peu plus de deux ans. Il inaugure ainsi une nouvelle forme
d'étude scientifique basée sur le voyage et l'observation empirique. Depuis la
parution de son Voyage en Égypte et en Syrie,
jusqu'à nos jours, de nombreuses personnes se sont faites l'écho de la démarche
nouvelle de Volney ; ainsi que de la rigueur scientifique de son compte rendu.
Il ne nous appartient pas ici de contester l'originalité de cette démarche. Ce
qui nous apparaît beaucoup plus intéressant c'est de noter l'apport du voyage
quant à la représentation de l'Orient et l'introduction d'un élément nouveau,
celui de la tentation impérialiste.
L'ouvrage de Volney se présente comme un véritable étant des lieux et des
personnes, centré sur l'Égypte et la Syrie. Dans le plan proposé par l'auteur,
nous nous intéresserons beaucoup plus à « l'état politique » qu'à l'état
physique. C'est en effet dans la première cité que Volney montre que sa
démarche reste constamment guidée par les idées philosophiques des « Lumières
». Constatant la misère de la majorité des orientaux, il en déduit que celle-ci
est autant due au despotisme des ottomans qu'à la grande influence de la
religion islamique. D'où un violent réquisitoire contre celle-ci, qui allie des
constatations véridiques (allusion aux cinq préceptes fondamentaux de l'Islam)
à des jugements à l'emporte-pièce.
« Quiconque lira le Qôran, sera forcé d'avancer qu'il ne présente aucune notion
ni des devoirs des hommes en société, ni de la formation du corps politique ,
ni des principes de l'art de gouverner rien en un mot qui constitue un code
législatif (…) Que si à travers le désordre d'un délire perpétuel , il perce un
esprit général , un sens résumé, c'est celui d'un fanatisme ardent et opiniâtre
» (Constantin-François Chasseboeuf : Voyage en Égypte et en Syrie, étude avec
une introduction et des notes par Jean Gaulmier , Mouton et Cie , 1959, p. 371)
Fidèle aux conceptions voltairiennes, Volney finit par en conclure que « Les
troubles des États, et l'ignorance des peuples dans cette partie du monde »
sont des effets « du Qôran et de sa morale » (Ibid., p.372). Il est vrai que
dans cette attaque virulente, il faut également voir une critique de la
religion chrétienne, puisque
« (…) partisans de Jésus-Christ et ceux de Mahomet ont les uns pour les autres
une aversion qui entretient une sorte de guerre perpétuelle » (Ibid., 373).
Cependant, les préjugés de l'auteur vis-à-vis de l'Islam finissent par
reprendre le dessus et seule cette religion constitue pour lui l'origine de
tous les maux. Remettant en cause les idées de Montesquieu, Volney va établir –
grâce à la critique de l'Islam – sa propre thèse concernant la déchéance des
orientaux. Si ceux-ci sont dans un tel état d'infériorité, ce n'est pas à cause
de la théorie des « climats », mais bien du fait de l'existence d'un
gouvernement despotique et d'une religion négative.
Il faut noter, à cet égard, que les seuls personnages qui intéressent Volney,
ce sont ces bédouins dont la condition « ressemble à beaucoup d'égard à celle
des sauvages de l'Amérique » (Ibid., p. 210). Le « bon » oriental serait donc
celui qui, à l'instar du Huron de Voltaire, allie la générosité à un c½ur droit
tout en affichant des sentiments religieux très proches du déisme, comme en
témoigne la profession de foi du « chaik » cité par Volney :
« Chacun parmi nous suit la route de sa conscience. Les actions sont devant les
hommes ; mais la religion est devant Dieu » ( Ibid., p. 213)
Pour l'auteur, l'Europe – et la France en particulier – este le point de
référence obligé à partir duquel se fait son analyse de l'Orient. S'il constate
que les Arabes parviennent à lire et à écrire « aussi » facilement que « nous »
, il n'en reste pas moins vrai que la « barbarie est complète dans la Syrie
comme dans l'Égypte » (Ibid., p. 393). L'argumentation de Volney oscille ainsi
constamment entre e qu'il considère comme étant du ressort du « bien ou du mal
».
D'après jean Gaulmier , l'auteur nous livre , à travers son compte rendu, un «
Orient sans mirage » (Cf, L'introduction de Jean Gaulmier, op. cit., p.9).
L'ouvrage est, en effet, vide de tout exotisme et de tout appel à la rêverie,
mais il est en revanche non dénué d'arrière-pensées. Comment nier que le Voyage ne constitue pas, à tous
les points de vue, une prise de position politique ? L'auteur y fait preuve
d'une haine totale envers les Turcs, et s'il en dénonce le despotisme – bien
réel – son propos est autre. Le démembrement de l'empire ottoman et
l'éventualité d'un partage entre les nations européennes sont constamment
présents dans son esprit. Dans un texte plus tardif (1788) intitulé les Considérations sur la guerre des Turcs,
Volney pourra dévoiler au grand jour le projet qui lui tient à c½ur, celui
« (…) de reconquérir la Grèce et l'Asie (…) et d'effacer s'il est possible la
gloire de l'ancien Orient par la gloire de l'Orient ressuscité » (Denise
Brahimi : Arabes des lumières et Bédouins romantiques, le Sycomore, 1982, p.
190)
Or cette tentation est déjà perceptible dans le Voyage,
à la fois par le rappel de la suprématie européenne – symbolisée par le passage
de Volney en orient – et par les allusions directes qui se glissent dans le
texte. Évoquant la colère des égyptiens contre les ottomans, m'auteur indique
qu'il s'agit là d'un « feu couvert qui n'attend pour faire explosion que des
mains qui sachent l'agiter » (Voyage en Égypte et en Syrie, op. cit. , p. 117).
C'est là une indication prophétique que Bonaparte dans sa compagne d'Égypte se
chargera de mettre à exécution. Ce projet, à l'état latent chez Volney,
s'accompagne d'une mise en garde adressée aux puissance européennes, quant à
l'attitude qu'il faudrait observer vis-à-vis des musulmans en cas de conquête.
Rappelant l'attitude peu diplomate des chrétiens sous les régimes précédents,
l'auteur exhorte les futurs conquérants à s'inspirer d'autres méthodes.
« Les excès qu'ils commirent en ces circonstances sont un avis dont doit
profiter toute puissance européenne qui pourrait posséder des pays où il se
trouverait des Grecs et des musulmans » (Ibid., p. 374)
Présentée comme un ouvrage objectif, l'½uvre de Volney livre en fait deux
images de l'orient. La première dévoile aux yeux des européens une géographie à
laquelle ils ne sont pas habitués. Considéré de ce point de vue, le Voyage est incontestablement un
guide riche en informations. Mais la seconde image – qui constitue pour nous le
revers de la médaille – est plutôt une caricature de l'Oriental, opposé à
l'Européen. Cette présentation particulière est destinée à faire réfléchir les
lecteurs du livre. Autrement dit, l'Orient est ici – au-delà des informations
véridiques et des clichés – l'exemple à ne pas suivre. C'est en ce sens, que
cet ouvrage revêt un caractère didactique dont l'Orient ne constitue que le
cadre de la démarche. Après la description de cet orient-repoussoir, l'auteur
pourra mieux développer ses idées en vue de la constitution d'in Orient «
éclairé ».
« On retrouve ici la tendance des philosophes à utiliser un lieu réel, proposé
à leur réflexion, comme lieu de leur utopie, c'est-à-dire à y situer toutes les
institutions et les formes de vie conformes à leur idéal , par l'effet d'un
mélange assez subtil d'analyses et de convictions, de présomptions ou de
vraisemblances et d'acte de foi » (Arabes des Lumières et Bédouins romantiques
, op. cit., p. 193).
Or si les événements ultérieurs démontreront l'irréalité de ces hypothèses, les
idées et les prises de position de Volney seront habilement exploitées par un
lecteur assidu – Bonaparte – avant que Chateaubriand ne s'en fasse de nouveau
l'écho.
LAAFIFI Ahmed
Université Hassan II, Casablanca.
Orientalisme :
A partir de 1830, Le terme d'orientalisme se répand désignant non pas un style
mais plutôt un climat résultant d'une mode égyptomaniaque comme le note Victor
Hugo dans la préface des Orientales “l'Orient est devenu une préoccupation
générale”.
« La fascination pour le monde oriental est un leitmotiv dans toute
l'histoire de la culture occidentale. Le XIXe siècle se distingue néanmoins des
autres périodes. L'attrait pour l'Orient y occupe le devant de la scène et
l'orientalisme connaît un essor sans précédent. Le contexte est
favorable : des transformations sociales en Europe, une mobilité
croissante des biens et des personnes et une actualité internationale qui
braque les projecteurs presque en continu sur l'Orient.
Ces facteurs déterminent dans une mesure importante le contenu qui est donné au
concept « Orient ». Le Levant du XIXe siècle s'étend de l'Espagne au
Moyen-Orient, des Balkans au Maghreb. Cette passion pour l'Orient n'est pas
liée à une seule discipline artistique. Littérature, musique, théâtre,
architecture, arts appliqués et photographie suivent clairement la
tendance. »
« Préambule de l'exposition des musées royaux des Beaux-arts de Belgique
de Delacroix à Kandinsky : l'orientalisme en Europe »
http://cultureartistique-histoiredesarts.fr/lorientalisme/
Le Japonisme: expositions récentes
Par cyberblaise - publié le vendredi 10 janvier 2014 à 10:49
http://www.pinacotheque.com/fileadmin/pinacotheque/DP%20et%20CP/CP_VG_Hiroshige.pdf
Reportage sur France 2: http://essentielblog.pinacotheque.com/2012/10/08/decouvrez-lexposition-van-gogh-reves-de-japon-avec-france-2/
Visite virtuelle: http://essentielblog.pinacotheque.com/2012/11/02/visite-virtuelle-de-la-double-exposition-van-gogh-et-hiroshige/
Mode et japonisme: http://cultureartistique-histoiredesarts.fr/mode-et-japonisme1/ Mode et japonisme au XXème siècle: http://cultureartistique-histoiredesarts.fr/mode-et-japonisme-2/
Définition: Japonisme : Le japonisme fut une mode, un engouement même, pour tout ce qui venait du Japon, en imitait le style, la manière. Mais une mode singulière qui dura près d'un demi-siècle, gagna tous les pays occidentaux depuis l'Angleterre et la France, et dont les manifestations furent des plus contrastées. S'il produisit, en effet, ce qu'on appela tout de suite des japoniaiseries du plus mauvais goût, il est pourtant indéniable qu'il participa aussi, et de très près, à cette véritable révolution du regard que connut l'Europe entre les années 1860 et le début du 20e siècle. Car ce qui distingue d'emblée le japonisme des vagues antérieures d'exotisme – chinoiseries du 18e siècle ou orientalisme du milieu du 19e siècle -, c'est qu'on le rencontre moins dans les milieux académiques ou officiels que chez les artistes en quête d'expressions nouvelles. « Le japonisme en France, de l'impressionnisme à l'art déco, BNF DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267">
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