Culture bac

La lecture selon Bobin

Par Laucun - 11:05, 2019-janv.-27 .. commentaires : 0 .. Lien

Les éloges de la lecture sont nombreux en littérature. Ils rebondissent d'écho en écho dans un livre à l'autre.



Récemment l'anecdote rapportée par Yannick Haenel dans Le sens du calme qui cite lui-même Les impardonnables de Christina Campo. Époque et lieu : lors de la révolte des boxers en Chine, où des chinois sont tour à tour promis à l'échafaud. Un officier interroge l'un d'eux qui, seul, lit. Il lui répond :

"Je sais que chaque ligne lue est profitable".


Autre éloge modeste

Une petite robe de fête (1991) de Christian Bobin


« Les grands livres, les mauvais livres, les journaux, tout est bon à qui aime lire, tout est nourriture à l'affamé.

D'un côté ceux qui ne lisent jamais. De l'autre ceux qui ne font plus que lire.

Il y a bien des frontières entre les gens. L'argent, pas exemple. Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l'argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque. La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s'effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages. Il y a des riches qui ne touchent aucun livre. Il y a des pauvres qui sont mangés par la passion de lire. Où sont les pauvres, où sont les riches. Où sont les morts, où sont les vivants. C'est impossible à dire.

Ceux qui ne lisent jamais forment un peuple taciturne. Les objets leur tiennent lieu de mots : les voitures avec sièges en cuir quand il y a de l'argent, les bibelots sur les napperons quand il n'y en a pas. Dans la lecture on quitte sa vie, on l'échange contre l'esprit du songe, la flamme du vent. Une vie sans lecture est une vie que l'on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu'elle retient comme dans ces histoires du journal, quand on force les portes d'une maison envahie jusqu'aux plafonds par les ordures. Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l'argent. Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe. Et il y a tous ceux qui n'ont pas de main – privés d'or, privés d'encre. C'est pour ça qu'on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c'est pour autre chose c'est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres. Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. Pour offrir un livre à ceux qui ne le liront jamais."



{ Page précédente } { Page 7 sur 16 } { Page suivante }

Le projet

Un complément utile pour "bachoter" avec raison

«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Naviguer

Entrée
Archives
Zone de gestion
Besoin d'aide ?

Liens


Rubriques


Derniers articles

Avertissement
Bac oral : présentation video
Bac (bis) autre video
Oral (4) : autre exemple en video
Oral l'entretien : une grande roue de questions

Derniers commentaires



Canal RSS

Abonnement

Service d'hébergement offert par WebLettres