1er générale du lycée Queneau, Yvetot, Normandie

Quatre poèmes des Fleurs du mal pour réfléchir à son "l'alchimie poétique" :

Par dp3calmette - 06:22, jeudi 1 octobre 2020 .. commentaires : 0 .. Lien

1) Les Litanies de Satan (Révolte)


Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Ô Prince de l'exil, à qui l'on a fait tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l'amour le goût du Paradis,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Ô toi qui de la Mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l'Espérance, — une folle charmante !


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d'un échafaud,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !


Toi dont l'½il clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

(...)

2) Alchimie de la douleur (Spleen et idéal)


L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : Sépulture !
Dit à l'autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes
;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer ;

Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.


3) Recueillement (Spleen et idéal, édition posthume de 1868)


Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.


Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,


Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;


Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


4) Correspondances (Spleen et idéal)


La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


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