CULTURE GENERALE ET EXPRESSION : BTS 1 du Lycée Queneau à Yvetot

Oeuvre complémentaire à la pièce de Molière, Knock de Jules Romain

Par lissonnv - 06:57, vendredi 2 avril 2021 .. Lien


Depuis bientôt soixante-dix ans, Knock ou le triomphe de la médecine constitue un des sommets de la comédie satirique française et une œuvre emblématique du répertoire. Pourquoi une telle pérennité ? Au-delà d'un texte aussi efficace qu'équilibré, d'une dramaturgie à la fois limpide et rigoureuse, Knock nous parle d'abord de nous-mêmes. Issue des rêves unanimistes de Jules Romains, philosophe social, poète des groupes et des conflits qui naissent dans les cités du XXème siècle, l'œuvre confronte le spectateur à une sorte de duel : celui qui oppose, jusqu'à la chute finale du docteur Parpalaid, nos peurs et en premier lieu la plus puissante d'entre elles, la peur de la maladie, la souffrance et de la mort, à la foi exaltée de Knock.

Mais la « prise de pouvoir » de Knock sur Saint-Maurice – émouvant et pathétique microcosme de n'importe quelle petite ville – n'est possible qu'en raison de l'abdication des hommes au profit de l'un d'entre eux. La pièce nous renvoie alors à un univers où l'homme providentiel bafoue l'esprit critique du citoyen, où celui-ci se dépouille – au propre et au figuré (nous sommes dans un cabinet médical, où le « patient » se dénude devant l'homme de science…) – de ses oripeaux d'homme prétendument civilisé pour ne plus offrir à celui qui le manipule que sa simple « guenille » corporelle. C'est de cette mise à nu que Knock me paraît détenir – encore aujourd'hui – sa puissance souterraine et renouvelée. Et Knock – peut-être le « copain » de 1913 devenu, après l'absurde boucherie de la Grande Guerre, un meneur d'hommes froid et cynique –joue cette carte-là. C'est sans doute aussi pour cette raison que l'apparent réalisme de l'œuvre – les détails qui la dateraient irrémédiablement – s'efface devant la portée universelle de son propos. Knock, autant qu'une comédie, est une fable sur la rencontre entre les aspirations troubles et lâches de nos contemporains avec la passion du pouvoir chez celui qui a su les discerner pour les utiliser.

Nous sommes ici d'ailleurs au cœur d'une des lignes de force de toute l'œuvre de Jules Romains, et en particulier de son théâtre, qui a voulu inspirer l'emprise de l'imposture sur la vie de la cité. Il y a là une réflexion salubre – parfois mêlée d'une sorte de jubilation proche du canular – sur les mécanisme de l'oppression, de la résistance ou de la capitulation d'un groupe, voire de toute une société, devant ceux qui menacent un certain bonheur, une certaine joie de vivre. Le théâtre de Jules Romains nous apprend à rester vigilants. Et cette leçon de morale, née un soir de décembre 1923 à la Comédie des Champs-Elysées, pourrait bien ne pas être totalement dépourvue de sens en ce début de XXIème siècle.

Olivier Rony, avril 2002.
in Jules Romains ou l'appel au monde



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