Ancien malade des hôpitaux de Paris est un monologue "gesticulatoire" écrit par Danniel Pennac et paru en 2012. Il a été mis en scène par Benjamin Guillard en 2013 et représenté dans de nombreux théâtres.
Daniel Pennac à propos de la médecine :
https://www.dailymotion.com/video/x2mejts
« Plongée cocasse et irrésistible dans le monde de la médecine», la pièce est portée pour la première fois à la scène en 2013 par Benjamin Guillard au Théâtre de l'Atelier à Paris avec Olivier Saladin, ancien Deschiens, dans le rôle du docteur Galvan. La pièce est nommée aux Molières 2016 dans la catégorie « Seul en scène».
Dans ce long monologue truculent (« gesticulatoire » dit l'auteur), le Docteur Gérard Galvan, ancien interne des Hôpitaux de Paris, revient sur une folle nuit aux urgences…
Explication par Olivier Saladin, le comédien qui joue Galvan :
Extrait :
GALVAN : Vingt ans de ça, jour pour jour. J'étais de garde aux urgences du CHU Postel-Couperin. C'était un dimanche et la nuit allait son train d'enfer : accidents domestiques, infections éruptives, suicides avortés, avortements ratés, cuites comateuses, infarctus, épilepsies, emboies pulmonaires, coliques néphrétiques, enfants bouillants comme des assiettes, automobilistes en compote, dealers poinçonnés, clodos cherchant logis, femmes battues et maris repentants, adolescents envapés, adolescentes catatoniques… Les urgences d'un dimanche soir, quoi, et par nuit de pleine lune, qui plus est. Tout ce beau monde refusait le lundi matin avec les moyens du bord, et moi, comme d'habitude, je piquais, j'obturais, je ponctionnais, je reboutais, je cousais, j'agrafais, je sondais, je méchais, je drainais, je pansais, j'accouchais, il m'arrivait même de prévenir et de dépister ! En un mot, je dispensais. J'étais à moi seul un dispensaire. Je remplaçais Pansard, Verdier, Samuel, Desonge : « On te revaudra ça, Galvan…» « Laissez tomber, les gars, c'est de bon c½ur. » (Tous mandarins, aujourd'hui.) Les plus naïfs voyaient en moi un FFI idéaliste, à sept billets par mois et quatre-vingts heures la semaine, au détriment de ma santé, de ma jeunesse, de ma carrière, de ma vie privée. Ah, pardon, définition : FFI, Faisant Fonction d'Interne. Ma famille, tous toubibs depuis Molière – la médecine est la première des maladies héréditaires –, me trouvait exemplaire. Mon père m'imaginait en archange terrassant le cancer de la lymphe : « L'hématologie, Gérard, c'est ta voie ! » Je laissais aller l'imagination du père et j'allais de mon côté ; je savais bien que je ne serais jamais l'homme d'une seule spécialité. Ma spécialité à moi, ce serait l'urgence : tous les maux de l'homme, les maux de tous les hommes, autant dire toutes les spécialités. Le champion de la Médecine Interne, voilà ce que je voulais devenir. Vous me direz que c'était une ambition plus qu'honorable… Non ? Si ? Hein ?
Eh bien, vous vous trompez. En fait, je ne rêvais qu'à une chose… J'ose à peine vous dire laquelle, tellement c'est… à n'y pas croire ! Je rêvais à ma future carte de visite, monsieur ! Sans blague. Une véritable obsession. Je ne pensais qu'au jour où je pourrais dégainer une carte de visite à faire pâlir tous les amateurs de cartes. C'était ça, au fond, mon grand projet ! Françoise épousait mon ambition et j'allais épouser Françoise. Elle aussi était fille de toubib. À nous deux on comptait en fabriquer quatre ou cinq de mieux. En attendant, Françoise travaillait le design de ma carte. Elle ourlait des anglaises délicates, façon nrf : « Il te faut une carte de visite toute simple, Gérard, tu vas monter trop haut pour faire dans le clinquant ! » Elle était pour un bristol discret, infiniment respectable, venu de ces temps où le temps ne passait pas : « Voilà ce qu'il te faut, Gérard ! » C'est peu dire que je rêvais de cette carte. Dans mon imagination, elle se déployait comme un étendard dont l'ombre effaçait mes collègues et couvrait tout le champ médical :
PROFESSEUR GÉRARD GALVAN. Médecine Interne.
Un jeune con, en somme. Je n'avais pas encore creusé mes fondations que je me prenais déjà pour ma statue.
Extraits de la pièce :
La critique de la rédaction : 7.8/10. Une histoire amusante et pleine de rebondissements que nous raconte ce médecin urgentiste.
Lors d'une nuit de garde mouvementée, il a eu affaire à un malade dont il était impossible de déceler la maladie, malgré ses innombrables symptômes.
Docteur Galvan nous prend peu à peu dans la tourmente de ses péripéties extraordinaires et nous avons l'impression de nous retrouver à courir avec lui dans les couloirs de l'hôpital.
Ce curieux médecin parle de manière très imagée, nous visualisons parfaitement chaque réaction, chaque objet ! Douloureux moment que d'imaginer cette seringue nous ponctionnant le liquide céphalo-rachidien de la colonne vertébrale…
Nous vivons les événements avec lui, ressentons la stupeur, l'angoisse, le rire. Nous en venons presque à comprendre le jargon du métier et les noms de maladies imbitables.
Amusés par les propos, nous sommes surtout impatients de découvrir la suite de cette histoire et intrigués de connaitre mieux les différents protagonistes comme la cardiologue qui se soucie peu des patients, ou le spécialiste émérite qui parle d'un ton solennel.
La mise en scène est quant à elle bourrée de petites trouvailles. Elle nous surprend et nous permet de ne jamais nous ennuyer.
Nous vous conseillons donc ce seul en scène très bien joué... dans un univers fascinant !
{ Page précédente } { Page 119 sur 405 } { Page suivante }
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||