
Le homard, compliqué comme une cathédrale,
Sur un lit de persil, monstre rouge, apparaît.
En le voyant ainsi, Janin triompherait,
Car il a revêtu la pourpre cardinale !
Et c'est le Borgia des mers. Il a l'attrait
Des scélérats déçus dans leur ruse infernale.
Héraut des grands festins, avec pompe il étale
Son cadavre éventré dans l'office en secret.
Jamais plus fier vaincu n'eut plus beau flanc d'albâtre !
Décoratif et noble, il gît sur son théâtre.
Jusques après la mort refusant d'abdiquer,
Il se cramponne aux doigts qui veulent l'attaquer.
Et si quelque imprudent cherche à briser sa pince :
« Prends garde ! lui dit-il, je suis encore un prince ! »
Charles Monselet Sonnets gastronomiques
Les Poésies complètes, 1889
Un autre poème sur le cochon !
Car tout est bon en toi, chair graisse, tripe ;
On t'aime galantine, on t'adore boudin.
Ton pied, dont une sainte a consacré le type,
Empruntant son arôme au sol périgourdin,
Dut réconcilier Socrate avec Xantippe,
Ton filet qu'embellit le cornichon badin
Forme le déjeuner de l'humble citadin ;
Et tu passes avant l'oie au frère Philippe.
Mérites précieux et de tous reconnus ;
Morceaux marqués d'avance, innombrables, charnus ;
Philosophe indolent qui mange et que l'on mange !
Comme dans notre orgueil, nous sommes bien venus
À vouloir, n'est-ce pas, te reprocher ta fange ?
Adorable cochon, animal roi, cher ange !
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