Que deviennent nos élèves après le bac ? Le choc de la première année dans le supérieur
Tout professeur du secondaire connaît ce moment doux-amer. Un ancien élève revient en visite à la Toussaint. Il raconte sa découverte de l’université : les amphithéâtres anonymes, la liberté vertigineuse, l’absence de contrôle continu. Puis, parfois, la nouvelle tombe en juillet par un camarade. Il a échoué à sa première session. Que s’est-il passé entre notre salle de classe et cet amphi ?
Une rupture méthodologique plus que disciplinaire
Les études sur la transition secondaire-supérieur convergent. Les étudiants qui échouent en première année ne manquent généralement pas de connaissances. Ils manquent de méthode autonome. Au lycée, le professeur découpe la matière. Il cadence les évaluations, signale les priorités, relance les décrocheurs. À l’université, l’étudiant reçoit un plan de cours en septembre et un examen en janvier ou en juin. Entre les deux ? Personne ne vérifie rien.
Le cas suisse illustre cette rupture à l’état pur. Les universités helvétiques n’opèrent aucune sélection à l’entrée : tout bachelier peut s’inscrire. La sélection a lieu en fin de première année. Et elle est sévère. À l’École polytechnique fédérale de Lausanne, plus d’un étudiant sur deux échoue à l’année propédeutique. Les organismes d’accompagnement du pays observent chaque été le même profil. Cogito Suisse, qui encadre des étudiants depuis plus de vingt-cinq ans, décrit des jeunes gens intelligents et travailleurs. Leur tort ? Avoir passé un an à travailler comme au lycée : relecture passive, révision de dernière minute, aucun entraînement en conditions d’examen.
Ce que nous pouvons semer avant le bac
Nous ne referons pas la première année du supérieur depuis nos classes de première et de terminale. Mais trois graines se plantent chez nous. L’autonomie de planification, d’abord. Chaque travail long — lecture cursive, dissertation à rendre — apprend à planifier à rebours. La récupération active, ensuite. Faire fermer le manuel et restituer, plutôt que relire : la recherche en sciences cognitives est sans appel. La culture de l’erreur, enfin. Un élève qui sait analyser une copie ratée saura analyser une session ratée.
Car l’échec fait partie du design dans les systèmes à sélection différée. Les étudiants lausannois qui préparent leur session de rattrapage d’août suivent des cours d’appui pour les examens de l’EPFL. L’essentiel du travail y porte précisément sur ce que le secondaire n’a pas eu le temps d’installer : gestion du temps d’épreuve, entraînement sur annales, hiérarchisation d’un programme massif.
Nos anciens élèves ne quittent jamais tout à fait nos classes. La meilleure préparation à l’université reste un secondaire qui enseigne, en plus des savoirs, la manière de les conquérir seul.