Penser après les cours...!

Cahier de texte première GM1

Par cyberblaise - publié le lundi 16 novembre 2009 à 14:04 dans 1GM1(2009-2010)
 

Cahier de texte des 1ère GM

Jeudi 3 septembre : Prise de contact.

Vendredi 4 septembre : Entraînement à la lecture à haute voix à partir d'une série d'extraits de romans contemporains.

Samedi 5 septembre : Présentation des exigences et des programmes. Reconstitution par groupes du programme effectué en seconde.

Jeudi 10 septembre : Le libellé des objets d'étude. Définir les termes du programme et combler les lacunes.

Vendredi 11 septembre : Exercices de lecture à haute voix. Apprendre à lire de façon expressive. Préparation de l'oral de l'EAF

Extrait 1 : 

Brusquement, il lui coinça la tête avec son bras gauche. Le manteau vint se coller sur le visage du professeur qui laissa tomber son bouquet de fleurs et le paquet de gâteaux. Il agrippa désespérément la main de son agresseur pour lui faire lâcher prise. Mais l'homme, méthodiquement, appliqua le canon de l'arme sur la tempe droite de Roger Thiraud, introduisit l'index dans le pontet et appuya sur la détente. Il repoussa le corps en avant, recula. Le professeur s'effondra sur le trottoir, le crâne éclaté..

Meurtres pour mémoire. Didier Daenincks

Extrait 2:

 

"Mon frère, il n'y aura que toi pour moi. Et moi pour toi. Plus frères que jamais. Tu seras le seul à qui je pourrai parler de la mère en sachant que tu la vois en ton esprit lorsque j'évoquerai la lenteur de ses doigts qui passaient dans nos cheveux pour nous endormir. Tu seras le seul, Jamal, à qui je pourrai dire simplement: "Tu te souviens du café de Fayçal ?" sans que cela te lasse. Et dès que je poserai ma question, la place entière resurgira en toi. Et la ville derrière, avec ses bruits, sa pollution et son vacarme.

Nous ne pouvons que vieillir ensemble désormais, mon frère. Je deviens fou si je te perds. Je ne veux pas voir mes fils lever les yeux au ciel lorsque je leur parlerai, pour la centième fois, du cousin de Port-Soudan. Que comprendront nos enfants à ces deux vieillards nostalgiques que nous serons devenus ? Les rites que nous leur enseignerons les ennuieront. La langue que nous leur parlerons leur fera honte. Nos habits. Notre accent. Ils voudront se cacher de nous. Et nous le sentirons. Car il nous arrivera à nous-mêmes de vouloir nous cacher. Je ne veux pas les entendre soupirer lorsque je dirai que la menthe du jardin de ma mère était la meilleure au monde, alors je ne le leur dirai pas. Et c'est vers toi que j'irai. Toi seul seras d'accord avec moi. Ces évocations lointaines, comme à moi, te feront du bien. Nous goûterons le doux soulagement des exilés qui parlent de leur manque pour tenter de le combler. Nous vieillirons ensemble, mon frère. Promets-le-moi. Ou je ne vieillirai pas."

Eldorado Laurent Gaudé

 

Extrait3

 

Je m'appelle Renée. J'ai cinquante-quatre ans. Depuis vingt-sept ans, je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un bel hôtel particulier avec cour et jardin intérieurs, scindé en huit appartements de grand luxe, tous habités, tous gigantesques. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Je n'ai pas fait d'études, ai toujours été pauvre, discrète et insignifiante. Je vis seule avec mon chat, un gros matou paresseux, qui n'a pour particularité notable que de sentir mauvais des pattes lorsqu'il est contrarié. Lui comme moi ne faisons guère d'efforts pour nous intégrer à la ronde de nos semblables. Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m'aime pas mais on me tolère tout de même parce que je corresponds si bien à ce que la croyance sociale a agglo­méré en paradigme de la concierge d'immeuble que je suis un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré. Et puisqu'il est écrit quelque part que les concierges sont vieilles, laides et revêches, il est aussi gravé en lettres de feu au fronton du même firmament imbécile que lesdites concierges ont des gros chats velléitaires qui somnolent tout le jour sur des coussins recouverts de taies au crochet.
À semblable chapitre, il est dit que les concierges regardent interminablement la télévision pendant que leurs gros chats sommeillent et que le vestibule de l'immeuble doit sentir le pot-au-feu, la soupe aux choux ou le cassoulet des familles. J'ai la chance inouïe d'être concierge dans une résidence de grand standing. Il m'était si humiliant de devoir cuisiner ces mets infâmes que l'intervention de M. de Broglie, le conseiller d'Etat du premier, qu'il dut qualifier auprès de sa femme de courtoise mais ferme et qui visait à chasser de l'existence commune ces relents plébéiens, fut un soulagement immense que je dissimulai du mieux que je le pus sous l'apparence d'une obéissance contrainte.
C'était vingt-sept ans auparavant. Depuis, chaque jour, je vais chez le boucher acheter une tranche de jambon ou de foie de veau, que je coince dans mon cabas à filet entre le paquet de nouilles et la botte de carottes.

 

L'Elégance du Hérisson , Muriel Barbery

 

 

 

 

 

 

Extrait4

Je me sens me désintégrer... Quelqu' un me saisit par le coude pour m'empêcher de m'écrouler. L'espace d'une fraction de seconde, l'ensemble de mes repères se volatilise. Je ne sais plus où j'en suis, ne reconnais même plus les murs qui ont abrité ma longue carrière de chirurgien... La main qui me retient m'aide à avancer dans un couloir évanescent. La blancheur de la lumière me cisaille le cerveau. J'ai l'impression de progresser sur un nuage, que mes pieds s'enfoncent dans le sol. Je débouche sur la morgue comme un supplicié sur l'échafaud. L'autel est recouvert d'un drap maculé de

sang... Sous le drap maculé de sang, on devine des restes humains.. L'attentat, Yasmina Khadra- page : 35 - éditeur : Julliard - date d'édition : 2005

 

Texte5

 

"Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses étaient à l'évidence chargé d'une énergie tout entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme , du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d'ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d'un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C'est ainsi que les choses, animées d'un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d'esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l'homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n'épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n'aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu'aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l'âme et la troisième vie."

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Editions J'ai lu, 347p.

 

Texte 6

Lorsque les pompiers évacuent le corps de Titi, son seul vrai copain de galère mort sous un banc de la station Ménilmontant, Rico décide de foutre le camp. De quitter Paris, pour le Sud. A mourir autant mourir au soleil. Dans l'hiver glacial, Rico rumine l'échec de sa vie. Son divorce. Son fils, Julien, qu'il n'a plus le droit de voir. L'engrenage qui l'a jeté à la rue. Sur la route, Rico croisera Félix, qui " tape le ballon ", ne parle presque plus, a perdu la notion du temps. Et puis Mirjana, une jeune Bosniaque paumée, fauchée, prostituée pour survivre, dit-elle, puisqu'elle est déjà morte. Et puis d'autres, eux aussi vaincus par la vie. A Marseille, il voudrait revoir Léa, le premier amour de sa jeunesse. Qui a dit que l'espoir est au bout du chemin ?

Le Soleil des mourantsJean-Claude Izzo

 

Texte 7

 


     Philippe et Igricheff quittèrent l'ombre de la grand-voile et s'allongèrent côte à côte à tribord entre le roof et le bastingage. Ainsi, la bôme dans le va-et-vient de la manœuvre passerait au-dessus d'eux. Le soleil était si cruel que le bâtard kirghize couvrit son torse et sa tête. Mordhom, debout à la barre, nu jusqu'aux reins, exposé pleinement à ce feu terrible et à sa réverbération, sourit. Dans ce domaine, au moins, il avait sur Igricheff l'avantage de l'insensibilité. Mais il oublia vite Igricheff et fut tout à la marche de l'Ibn-el-Rihèh.
     Sa main, qui percevait la moindre réaction du bateau, déplaçait la barre avec une délicatesse extrême. Chacun de ses mouvements réussissait à réduire, dans toute la mesure du possible, et à l'instant nécessaire, l'obstacle mouvant que formait le courant aérien et, par là, à secourir l'effort des voiles qui était toute son espérance. Il sentait l'avance du boutre dans sa chair, dans ses nerfs, depuis la plante des pieds, posés sur le pont ardent, jusqu'à l'épaule où se répercutaient les réflexes du gouvernail. Chaque encablure gagnée était pour lui une victoire physique. Quand la bordée arrivait à sa fin et qu'il hurlait l'ordre de virer de bord, il lui semblait qu'il pouvait compter les secondes que prenait la manœuvre aux battements de ses artères.
     De ses yeux étincelants, de ses cris, il excitait sans cesse l'équipage. Il savait bien que ses matelots n'en avaient pas besoin, qu'ils étaient faits à lui comme il était fait à eux, mais il lui fallait libérer l'acharnement de lutte dont il était plein. Sa fièvre gagna En-Daïré, les frères Ali et Abdi lui-même. Ils ne connaissaient pas les projets exacts de leur maître, car Mordhom avait pour règle de ne jamais rien confier à ses matelots. Mais ils avaient fait assez d'expéditions semblables pour comprendre qu'il fallait gagner le détroit à la nuit, le traverser rapidement et se trouver au matin dans des eaux solitaires. Avant même que Mordhom eût lancé les ordres, ils les devinaient à l'expression que prenait sa bouche. Alors, ils bondissaient ainsi que des démons propices, tous leurs muscles noirs jouant avec une harmonie si parfaite qu'ils paraissaient lissés par le vent. Et chaque fois, ils entonnaient le même chant strident et rompu, comme la peine des hommes sur la vaste mer.


Joseph Kessel, Fortune carrée, Julliard, Éditions Pocket, Collection « Références » dirigée par Claude Aziza, 1995, pp. 181-182-183.

Texte 8

 

"Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d'écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d'une victoire. À deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n'avait pas osé. Aujourd'hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l'aimerait.
Dans la forêt aux éclats dispersés de soleil, immobile forêt d'antique effroi, il allait le long des enchevêtrements. beau et non moins noble que son ancêtre Aaron, frère de Moïse, allait, soudain riant et le plus fou des fils de l'homme, riant d'insigne jeunesse et amour, soudain arrachant une fleur et la mordant, soudain dansant, haut seigneur aux longues bottes, dansant et riant au soleil aveuglant entre les branches, avec grâce dansant. suivi des deux raisonnables bêtes, d'amour et de victoire dansant tandis que ses sujets et créatures de la forêt s'affairaient irresponsablement, mignons lézards vivant leur vie sous les ombrelles feuilletées des grands champignons. mouches dorées traçant des figures géométriques, araignées surgies des touffes de bruyère rose et surveillant des charançons aux trompes préhistoriques, fourmis se tâtant réciproquement et échangeant des signes de passe puis retournant à leurs solitaires activités, pics ambulants auscultant, crapauds esseulés clamant leur nostalgie, timides grillons tintant, criantes chouettes étrangement réveillées.

Belle du Seigneur,  AlbertCohen

 

 

 

Texte 9

 

Première partie

21 Mars 1927

Minuit et demi.

Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par, le sommeil, vivant quand même - de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de laa fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés !
La vague de vacarme retomba : quelque embarras de voitures (il y avait encore des embarras de voitures, là-bas, dans le monde des hommes...). Il se retrouva en face de la tache molle de la mousseline et du rectangle de lumière, immobiles dans cette nuit où le temps n'existait plus.
Il se répétait que cet homme devait mourir. Bêtement car il savait qu'il le tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien n'existait que ce pied, cet homme qu'il devait frapper sans qu'il se défendît - car, s'il se défendait, il appellerait. Les paupières battantes, Tchen découvrait en lui, jusqu'à la nausée, non le combattant qu'il attendait, mais un sacrificateur.

André Malraux in La Condition humaine .

Texte 10

 

Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute. "Restons pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons !" Je rentre avec lui. Voilà. "Cette terrasse, qu'il commence, c'est pour les oeufs à la coque ! Viens par ici !" Alors, on remarque encore qu'il n'y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voitures, rien. Quand il fait très froid, non plus, il n'y a personne dans les rues ; c'est lui, même que je m'en souviens, qui m'avait dit à ce propos : "Les gens de Paris ont l'air toujours d'être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c'est que lorsqu'il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus ; ils sont tous dedans à prendre des cafés-crème et des bocks. C'est ainsi ! Siècle de vitesse ! qu'ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu'ils racontent. Comment ça ? Rien n'est changé en vérité. Ils continuent à s'admirer et c'est tout. Et ça n'est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits..." Bien fiers alors d'avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeuré là assis, ravis, à regarder les dames du café."

Par Louis Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit

Texte 11.

La vérité sort-elle de la bouche des enfants ?

J'ai un doute, tout de même. Il faut que je raconte ça rapidement (après quoi, je retourne me coucher).
Tout à l'heure, vers trois heures du matin, j'étais profondément endormi. Enfin, peut-être pas si profondément, parce que j'étais en train de faire un rêve, quelque chose de pas très agréable, qui avait rapport avec mon patron, une vente que j'avais ratée, une grosse commande, le client était le voisin du dessous, celui qui se passionne pour les insectes, j'avais égaré des papiers, je ne sais plus très bien, je cherchais, je cherchais, je tombais sur des tas de papiers qui n'avaient rien à voir - et lui qui me harcelait. (Mais ça, ce n'est pas un rêve : même dans la réalité, il me harcèle.) Toujours est-il que j'étais endormi, quand, au milieu de mes papiers, j'ai entendu un appel qui m'a réveillé. Papa, papa. C'était la petite. Je me suis dit : elle a encore dû faire un cauchemar (pas du même genre que le mien, je suppose, mais avec une sorte de monstre à peu près équivalent dedans), elle va se rendormir. Elle fait beaucoup de cauchemars, en ce moment, on ne sait pas pourquoi. J'ai attendu un moment, mais elle continuait à appeler. L'idée de devoir me lever en pleine nuit ne m'enchantait pas trop. Je me suis tourné vers Catherine, un peu par lâcheté, il faut bien l'avouer, mais elle dormait profondément - et puis c'est moi que la petite appelait. De toute façon, j'étais réveillé. Alors je suis sorti du lit, j'ai enfilé mon peignoir, et je suis allé la trouver dans sa chambre, tout en me disant : demain, je me lève à six heures pour le boulot, il faudrait que je dorme.
Quand je me suis approché, elle m'a entendu. Avec ce parquet, impossible de remuer un doigt de pied sans réveiller tout l'immeuble - c'est pour ça que le type du dessus, avec son chien, il commence à m'agacer sérieusement : il a le même parquet que nous et on entend sans arrêt les griffes du chien qui frottent, ça m'énerve.
Je suis entré discrètement, pour ne pas réveiller son frère, et j'ai vu qu'elle était debout, dans son pyjama, contre la fenêtre. Je lui ai chuchoté en bâillant : qu'est-ce qu'il y a, ma puce ? Qu'est-ce que tu fais ? Il faut vite te remettre au lit, tu as école demain (et papa a du boulot, avec un chef pas commode). Mais elle ne bougeait pas. Je la voyais dans le clair-obscur de la fenêtre (on ne tire pas les rideaux, elle a peur du noir complet - c'est compréhensible à son âge). Je me suis approché sur la pointe des pieds : tu as encore fait un cauchemar ? Elle a fait non de la tête, sans bouger. Qu'est-ce qu'il y a, alors ? Tu sais, il faut que papa se repose, il a une grosse journée demain (une journée comme d'habitude, quoi). Mais elle ne bougeait toujours pas.

 

La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix

 

Texte 12

 

« A l'époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d'oignons, et leurs corps, dès qu'ils n'étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l'épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu'en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver. Car en ce XVIIIe siècle, l'activité délétère des bactéries ne rencontrait encore aucune limite, aussi n'y avait-il aucune activité humaine, qu'elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur. Et c'est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c'était le cimetière des Innocents. (...) Or c'est là, à l'endroit le plus puant de tout le royaume, que vit le jour, le 17 juillet 1738, Jean-Baptiste Grenouille. »

e Parfum, Susskind

 

 

Texte 13

 

 

 Extrait : "Quelque chose le réveilla. Il s'était tourné sur le côté et il écoutait. Il leva lentement la tête, le revolver dans la main. il baissa les yeux sur le petit et quand il regarda de nouveau vers la route la tête du convoi était déjà en vue. Grand Dieu, souffla-t-il. Il étendit le bras et secoua le petit, les yeux toujours fixés sur la route. Ils approchaient en traînant les pieds dans la cendre, secouant d'un côté puis de l'autre leurs têtes encapuchonnées. Quelques-uns portaient des masques à cartouche filtrante. Un autre dans une combinaison de protection biologique. Tachée et crasseuse. Tapant du pied, avec des gourdins à la main, des tronçons de tuyau. Toussant. Puis il entendit derrière eux sur la route ce qui semblait être un camion diesel. Vite, souffla-t-il. Vite. Il fourra le revolver sous sa ceinture et saisit le petit par la main et tira le caddie entre les arbres et le fit basculer dans un endroit où il ne serait pas si facilement visible. Le petit était transi de peur. Il le tirait contre lui. Ca va aller, dit-il. Il faut courir. Ne te retourne pas. Viens."

La route, Cormac mac Carthy, Points,

 

Corpus :

Samedi 12 septembre :  Premier objet d'étude: Théâtre: Texte et représentation.

Présentation des Justes d'Albert Camus ; Biographie et contexte de l'œuvre. Méthode de préparation au commentaire et à la lecture analytique : les 7 entrées dans un texte.

Problématiques de l'étude : En quoi peut-on lire Les Justes comme une tragédie moderne? Actualité d'une telle pièce aujourd'hui, la proposition du metteur en scène Guy Pierre Couleau?

Jeudi 17 septembre : Reconstitution du dialogue Dora /Kalyayev après distribution de répliques. Le théâtre est réaction plus qu'action !

Vendredi 18 septembre : Exercices de lecture à haute voix

Samedi 19 septembre : LA extrait de l'Acte II : Dora et Kalyalev

Jeudi 24 septembre : la représentation des lieux dans les Justes. Travail à partir des didascalies .

Vendredi 25 septembre : Fin de l'exercice de lecture à haute voix.

Samedi 26 septembre :LA de la scène d'exposition des Justes, du début jusqu'à « tyrannie ».

Réflexion sur une scénographie possible : faire des propositions dans un dessin.

Jeudi 1er octobre : Questionnaire de lecture sur Les Justes.

Quels sont les personnages qui interviennent dans l'Organisation? Cochez la bonne réponse.

 Dans quel pays et quels lieux se déroule l'histoire de cette pièce?

Quel est l'objectif des terroristes? Quel moyen utilisent-ils?

Pourquoi Stepan a-t-il été éloigné du groupe pendant trois ans?

Quel est le rôle de Ivan Kaliayev au sein du groupe? Qu'est-ce qui l'oppose à Stepan?

Quel est l'aboutissement du premier attentat et pourquoi?

Qu'arrive-t-il à Kaliayev lors du deuxième attentat?

Quel marché le chef de la police lui propose-t-il?

Comment comprenez-vous le titre de la pièce Les Justes?

Que souhaite Dora pour elle-même à la fin de la pièce? comment comprenez-vous sa réaction?

 

Vendredi 2 octobre :

Samedi 3 octobre : Notes d'intentions du metteur en scène Guy-Pierre Couleau

Jeudi 8 octobre : Les Justes : corrigé du contrôle,  réflexion sur le titre, l'opposition Stepan\kaliayev

Vendredi 9 octobre : Les critères de réussite d'un  Sujet d'invention de type bac.

Imaginez à la lumière de votre lecture des Justes de Camus, le dialogue entre deux lycéens qui s'opposeraient à propos du terrorisme. Pour l'un, l'activité terroriste serait criminelle à cent pour cent alors que l'autre montrerait que le terrorisme peut être héroique et nécessaire à l'avancée d'une cause à certaines conditions.

Votre dialogue ne sera pas théâtral mais prendra place dans un récit qui expliquera dans quelle situation les deux jeunes sont amenés à discuter de cela. L'un des deux au moins fera des allusions claires au texte de Camus qu'il utilisera comme exemple dans son argumentation.

Samedi 10 octobre : Captation des Justes dans la mise en scène de Guy Pierre Couleau.

Jeudi 15 octobre : Comment analyser un spectacle ? Fiche à remplir.

 Vendredi 16 octobre : préparation au sujet d'invention

 Samedi 17 octobre : fin de l'analyse de la captation des Justes à l'aide du questionnaire.

 Jeudi 22 octobre : Fin de la pièce LES Justes

 Vendredi 23 octobre :Préparation du sujet d'invention.

 Samedi 24 octobre : LA du dénouement des Justes.

Vacances de la Toussaint.

Jeudi 5 novembre : Autres figures de « terroristes » dans la littérature théâtrale. L'exemple des Mains Sales de Sartre et de Lorenzaccio de Musset. Les caractéristiques du drame romantique. Le drame romantique

 

1)      Origine du genre et historique

 

Le genre apparaît au xixe siècle. Il naît sous l'influence des aspirations littéraires des auteurs épris de liberté et de nouveauté, qui veulent s'opposer aux genres de l'époque classique. A cela viennent s'ajouter des revendications politiques et sociales, héritées de la Révolution française. Le genre n'a pas eu de succès par la suite, surtout à cause des extrêmes difficultés de mise en scène et de la complexité des intrigues.

L'ancêtre du drame romantique est le mélodrame, genre qui apparaît un peu avant : il prône le mélange des genres, le rejet de la règle des trois unités, une intrigue romanesque faite de rebondissements et des personnages stéréotypés. 

 

2)     Caractéristiques

 

a.       Les personnages

Ils sont généralement très nombreux au sein d'une même pièce : ils sont issus de toutes les classes sociales et s'expriment dans le langage de leur condition. Le personnage central, qui donne son nom à la pièce, est un héros romantique (être en marge de la société : volontairement ou non, exilés, proscrit, déclassé…), confronté à un destin contraire et poussé par les forces de sa passion.

 

b.      Sujets et thème

Les sujets sont empruntés à des grandes questions qui passionnent les gens de l'époque : la Renaissance, l'engagement politique, la condition de l'artiste et son exigence de liberté en matière de création et d'expression, les difficultés sociales…

Les auteurs veulent représenter la vie et l'Histoire dans leur diversité et leur naturel, mais aussi donner une image de l'époque, tout en refusant les conventions héritées du xviie siècle.

 

c.       Forme et structure

Le drame romantique se caractérise comme une liberté d'inspiration et de forme, qui s'oppose radicalement au classicisme. La règle des trois unités est complètement supprimée : l'action se déroule dans des lieux différents, sa durée peut dépasser plusieurs mois ; seule l'unité d'action a été maintenue (toujours une seule intrigue). Les auteurs mélangent également les registres (comique, burlesque, épique, lyrique, tragique…) ainsi que les niveaux de langue.

 

3)     Auteurs

 

§  Victor Hugo (1802-1885) : Cromwell (1827)

Hernani (1830)

 Ruy Blas (1838)

§  Alfred de Musset (1810-1857) : Les caprices de Marianne (1833)

 On ne badine pas avec l'amour (1834)

 Lorenzaccio (1834)

 

Vendredi 6 novembre : la comparaison de Lorenzaccio avec Kaliayev.

Samedi 7 novembre : entraînement à l'épreuve orale. Simulation de l'épreuve de lecture analytique. Distribution d'une fiche d'auto évaluation.

Jeudi 12 novembre : Entraînement à l'épreuve écrite. Rédaction des questions préalables.

Corpus:

A, Jean Giraudoux, Electre, acte I, scène 8, 1937

B. Bernard- Marie Koltès, Le Retour au désert, scène2,1988.


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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