Penser après les cours...!

Camus dans l'actualité!

Par cyberblaise - publié le dimanche 22 novembre 2009 à 20:25

A l'occasion du projet de transférer Camus au Panthéon, suivez les articles le concernant:

un extrait de l'article de Libération aujourd'hui dimanche 22 novembre:

(...)On a beaucoup reproché à Camus, surtout à gauche, d'être une belle âme orgueilleuse, un philosophe amateur et un écrivain pour dictée. Sur ce dernier point, il écrit en 1952 : «Je relèverai à peine ce qu'il y a de désobligeant pour les écrivains du progrès à laisser entendre que le beau style est de droite et que les hommes de gauche se doivent, par vertu révolutionnaire, d'écrire le baragouin et le jargon.» On peut sourire d'une telle ingénuité, ou rappeler, sur le mode de l'émotion, que Camus, l'ex-enfant pauvre d'Alger, dédia son discours du prix Nobel, dit de Suède, à son instituteur Louis Germain. Mais, cinquante ans après sa mort, ses articles (dans Combat,l'Express et ailleurs) et conférences demeurent, contrairement à tant d'autres, des modèles de clarté et de perspicacité. Son beau style gaine son nerf humaniste. Camus est l'homme qui, politiquement, ne s'est pas trompé.

Lucidité. Deux idées, et non deux utopies, lui servent concrètement, et en situation, d'amers : justice et liberté. C'est en observant, au cas par cas, ce qu'elles signifient et les écueils qu'elles signalent, que Camus, l'inventeur romanesque de l'absurde, résiste au nihilisme esthétique, à l'ivresse des servitudes et des réflexes conditionnés, aux sirènes revanchardes, terroristes ou révolutionnaires. Il est un classique de la lucidité : ce qui se conçoit juste s'énonce clairement - et fermement. Au risque d'être sentencieux, raide ou maladroit : Camus n'est jamais l'homme qui, pour avoir raison, met les rieurs de son côté. Tout ce qu'il écrit dans les journaux, depuis 1941, où il perçoit aussitôt la lâcheté sénile du régime de Vichy avant de s'engager deux ans plus tard dans la Résistance active, jusqu'à la tragédie algérienne, où il finit par se taire par désespoir et pudeur plutôt que par faiblesse, tout, à la relecture, fait regretter que les pouvoirs en place, d'Etat ou intellectuels, ne l'aient pas davantage entendu.

Un exemple, parmi vingt autres, tiré d'un texte paru en 1953, au moment de l'écrasement par les Soviétiques de la révolte ouvrière de Berlin. Camus comprend aussitôt la nature de cette répression et dénonce ceux qui, à gauche, condamnent l'exécution aux Etats-Unis des époux Rosenberg tout en justifiant, par affirmation ou par omission, la tuerie de Berlin : «Quand un travailleur, quelque part au monde, dresse ses poings nus devant un tank et crie qu'il n'est pas un esclave, que sommes-nous donc si nous restons indifférents ?» Il faudrait citer ses articles contre le franquisme, la peine de mort, le «socialisme des potences», ou ceux appelant à une révolution nécessaire en 1944. Camus est un homme cohérent dans ses combats contre tout ce qui tue, viole, humilie, amoindrit l'homme.

Belle âme, donc ? Sans doute, mais en des temps où elles étaient si rares - et où l'être exigeait de tels combats et menaçait d'une telle solitude - que c'est une autre expression qu'il faut employer : âme forte et blessée - perpétuellement blessée par les logiques d'appareil, d'aliénation et de violence qui caractérisent les années de guerre et d'après-guerre. Camus est l'homme blessé et révolté. Mais sa blessure ne fait pas couler le sang des autres, et sa révolte se construit par ses limites. Une phrase, toujours des années 50, résume cette vertu : «Quand, après Marx, le bruit a commencé à se répandre et à se fortifier que la liberté était une balançoire bourgeoise, un seul mot n'était pas à sa place dans cette formule, mais nous payons encore cette erreur de place dans les convulsions du siècle. Car il fallait dire seulement que la liberté bourgeoise était une balançoire, et non pas toute liberté.»

Belle âme. Camus n'est en aucun cas le «juste milieu» que des agents conservateurs ont voulu faire de lui. Il est libertaire, rétif à tout pouvoir et à toute bénédiction. Il a horreur des opportunistes, des moralistes en chambre - et des complaisants : «L'effort le plus épuisant de ma vie a été de juguler ma propre nature pour la faire servir à mes plus grands desseins. De loin en loin, de loin en loin seulement, j'y réussissais.» (Carnets, 1959). Sarkozy aurait-il la bonne idée de s'en inspirer ?

Ceux qui moquent la belle âme sont souvent les mêmes qui dénoncent son silence sur l'Algérie. D'abord, c'est un cliché. De 1939 à 1957, il n'a cessé d'écrire des articles politiques sur sa terre natale. Le dernier livre publié de son vivant en réunit certains. Il dénonce l'ordre colonial, soutient une population dont il est issu, prêche une paix fédérée dans le «respect mutuel» des deux peuples. Il ne se tait que lorsqu'il sent que la situation, se radicalisant, rend sa parole vaine et ses contradictions inexprimables.

Lettre de février 1957 : «Tout ce qu'un écrivain doit faire, quand il ne se bat pas, est de ne pas ajouter, en cédant aux facilités de langage, à ce poids de sang.» Camus s'arrête avant que les mots ne soient des armes blanches et des outres à bonne conscience. Dans ses carnets posthumes, l'un des derniers qu'il emploie est celui d'«équité»."

 



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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