Penser après les cours...!

Balzac et la Petite tailleuse Chinoise: réponses aux questions d'approfondissement.

Par cyberblaise - publié le samedi 5 décembre 2009 à 14:58 dans 2nde2 (2009-2010)

Balzac et la petite Tailleuse chinoise.

Réponses aux questions d'approfondissement.

 

1. Le narrateur principal est un jeune homme de 17 ans au début du récit, le lecteur ne connaît pas son nom. Il découvrira plus tard qu'il s'appelle Ma , cheval d'après les idéogrammes qu'il utilisera pour dédicacer un livre. Il  joue très bien du violon, est issu d'un milieu social aisé, ses parents sont des médecins spécialistes, le père est pneumologue, la mère spécialiste des maladies parasitaires. Ce sont « de puantes autorités savantes «  pour le régime maoïste. On leur reproche leur culture et leur savoir. Le fils, « intellectuel » est allé trois ans au collège mais pas au lycée, néanmoins il est mal vu et envoyé en « rééducation » chez des paysans incultes. En temps que « fils d'ennemis du peuple », il estime à 3 pour 1000 les chances d'en sortir vivant. Il est dévoué et fidèle en amitié, Luo est comme son grand frère et il va s'occuper de la petite tailleuse avec beaucoup de soin pendant l'absence de Luo, il est malin et débrouillard pour parvenir à convaincre le médecin de faire avorter la jeune fille, mais il peut se montrer impulsif comme le prouve la façon dont il agresse le Binoclard sans réfléchir aux conséquences de son geste.Il est lui aussi amoureux de al petite tailleuse et av connaître la jalousie.

Il n'est cependant pas le seul narrateur de l'histoire puisque par trois fois l'écrivain fait parler trois autres personnages dont des passages qu'il intitule les « dits », il s'agit du vieux meunier, de Luo et de la Petite tailleuse elle-même. Tous les trois racontent le même épisode l'accouplement de Luo et de la petite tailleuse dans une baie du torrent de la montagne. Luo relate la scène du porte-clef et la petite tailleuse parle au narrateur à qui elle s'adresse en le tutoyant de la morsure du serpent. Chacun raconte la scène de son point de vue et cela donne un aspect « polyphonique » au roman tout en faisant participer le lecteur aux amours de Luo, qui sont sans doute les passages les plus heureux avec les scènes de lecture. Le narrateur par discrétion n'a pas assisté aux scènes d'intimité de ses amis mais il se les fait raconter trois fois et se trouve ainsi dans une position de confident, un peu comme un double du lecteur. Les différents points de vue permettent aussi de jouer sur les registres et de faire connaître les perceptions de Luo et de la Petite tailleuse, son évolution se fait ressentir dans le récit qu'elle fait de ses amours et la morsure du serpent peut-être considérée comme un signe de mauvais augure.

2 Au début du récit il est dit que les deux garçons arrivent dans le village «  au début de l'année 1971 et que le narrateur a 17 ans et Luo 18. Ensuite on ne sait pas trop bien combien de temps s'écoule, mais la lettre de la petite tailleuse à Luo est datée du 8juillet 1972 donc il s'est écoulé un an et demi en 35 pages.

Plus tard le printemps sera mentionné et le narrateur se qualifie de jeune « puceau de 19 ans », donc 2 ans se sont écoulés et l'on peut supposer que le printemps est celui de 1973. Une autre date évoquera « en ce jour d'été 1973 », puis en septembre le départ du Binoclard et le vol de la valise. A la fin du récit, il est question du « nouvel an occidental » donc du 1er janvier 1974 et l'autodafé des livres a lieu « un matin de février ». Donc on peut en conclure que l'histoire dure trois ans du début 71 à début 74, mais toute la première partie de 1971 à juillet 1972 est survolée rapidement, le narrateur ne racontant en détails qu'à partir du moment où ils vont fréquenter la Petite tailleuse de Juillet 72 à février 74. Il insiste sur certains épisodes : le vol de la valise de livres, quelques heures prennent 20 pages, ce qui montre l'importance de la lecture pour eux. Le moment où Luo est parti au chevet de sa mère malade où le narrateur reste seul avec la petite tailleuse et l'aide à avorter ( 4à pages pour quelques jours) : c'est un moment privilégié pour le narrateur qui devient le héros de l'histoire alors que jusques là il s'efface souvent au profit de Luo qu'il admire et envie.

3.La poésie dans le roman : Elle existe dans les noms, celui de la montagne le « Phénix du ciel » qui évoque un oiseau merveilleux et un lieu poétique alors que c'est une mine de cuivre et de charbon et un repaire de trafiquants d'opium, le nom du remède administré à Luo pendant sa crise de malaria, une plante dont les fleurs roses s'appellent «  les éclats de bol cassé », l'appellation de « la princesse de la montagne du phénix du ciel » pour désigner l'apparition de la petite tailleuse.

Elle est liée à la description de la nature par ex la description des fleurs qui ornent la tombe de l'ancêtre de la petite tailleuse ; dans les trois « dits », le cadre des ébats est une nature enchanteresse et magique : d'abord c'est le vieux meunier qui décrit la baie, il nous présente la jeune fille en harmonie avec le cadre : « devenue une hirondelle prenant son vol »,  Luo utilise aussi une jolie comparaison, « elle devient toute petite comme un fruit accroché au sommet d'un  arbre », il la décrit sortant de l'eau de façon très sensuelle. A la fin d'ailleurs la dernière vision qu'a le narrateur de la jeune fille est une métamorphose en oiseau qui prend son envol.

Certaines scènes prennent une dimension quasi fantastiques et sont transfigurées comme l'autodafé par ex. «  Madame Bovary fumant au lit avec son jeune amant à Rouen », les personnages semblent brûler et disparaître sur fond de chant funèbre du violon. Le feu et le violon deviennent une métaphore de la mort de l'amour de Luo et de la Petite tailleuse et expriment la souffrance du jeune homme.

La traversée du précipice peut symboliser les épreuves liées à l'obtention de l'amour de la petite tailleuse.

5. Fonctions de la littérature et des livres dans la vie et dans le roman :

-Pour le régime communiste, les livres sont uniquement des vecteurs de la propagande, de la diffusion des idées politiques cf petit Livre Rouge et écrits des dirigeants communistes.

-Un livre peut aussi servir à apporter des connaissances, une culture générale : par ex d écouverte de la culture russe et française à travers la liste des romans du Binoclard

-Un roman est avant tout «  une histoire bien ficelée, avec des idées brillantes, quelques fois amusantes, ou à vous couper le souffle » : la principale fonction assignée aux romans est l'évasion du quotidien et la distraction, comme d'ailleurs les films racontés. Ursule Mirouet montre aux garçons la société française/ « je me sentais chez moi à Nemours », cf aussi l'intérêt du vieux tailleur pour les aventures d'Edmond Dantès le Comte de Monte Christo.

-Mais un livre peut apporter des idées nouvelles ainsi Jean-Christophe de Romain Rolland apprend-il au héros « la splendeur et l'ampleur de l'individualisme » alors que la société chinoise est pensée en termes de collectivité. Le maoïsme voulait forger une conscience nouvelle dans laquelle il fallait oublier le moi pour se mettre au service de la collectivité, or le narrateur découvre que l'individualisme est une bonne chose « révélation salutaire ».

-Education sentimentale : la lecture de Balzac leur montre «  la courtoisie et le respect dus aux femmes », ce qui influe leur attitude avec la petite tailleuse. Les romans débrident l'imagination, éveillent au désir amoureux : les garçons se calligraphient mutuellement des dédicaces, inventent des caractères, recopient les textes, les apprennent mais surtout sortent de leur virginité, apprennent tout de l'amour, des femmes et du désir, les incitent à passer à l'action dans ce domaine, les désinhibent.

-Un livre peut transformer une personne : éduquer la petite tailleuse, projet de Luo qui se réalise au-delà de l'attente puisque la jeune fille va partir en ville ayant découvert que «  la beauté d'une femme n'a pas de prix » et qu'elle peut tenter sa chance en ville. Elle aura déjà connu une transformation physique et découvert l'amour. Mais le pouvoir émancipateur du livre est à double tranchant : ne va-t-elle pas être amenée à se vendre au plus offrant et jouer de sa charme ? La princesse des montagnes ne va-t-elle pas déchoir au rôle de demi-mondaine, en cherchant à imiter les héroïnes du XIXème siècle ? Sa "libération" fait craindre une autre forme d'aliénation et la rupture avec Luo peut être vue comme la perte d'une forme de pureté et de bonheur !

-Les textes écrits sont aussi comme des porte-bonheur , des dons : texte de Balzac copié sur la peau de mouton et porté à même la peau, talisman pour avoir « bonheur et intelligence », monnaie d'échange avec le médecin.

Influence sur la mode du village : création de vêtement d'après le roman de Dumas

Reste en suspens la question de l'évolution de la Petite tailleuse et de son émancipation dont nous parlerons mardi 8 décembre.

 


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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