Une nouvelle mise en scène des Justes de Camus, celle de Stanislas Nordey
Après le succès de la mise en scène de Guy- Pierre Couleau, voici une nouvelle proposition des Justes de Camus avec des acteurs prestigieux. Lisez l'article du Monde et regardez l'interview du metteur en scène Stanislas Nordey:
Les Justes" libérés du théâtre d'idées
http://www.dailymotion.com/video/x9kcg4_stanislas-nordey-les-justes-pr%C3%A9sent_creation
LE MONDE | 13.03.10 | 14h03 • Mis à jour le 13.03.10 | 14h03
A leur création, en décembre 1949 à Paris, Les Justes, de Camus, ont reçu un accueil sceptique de la critique et du public : au bout de deux mois, les salles étaient à moitié vides, malgré la célébrité de l'auteur et l'attrait de la distribution, qui réunissait Serge Reggiani, Michel Bouquet et Maria Casarès. A Rennes, où Les Justes ont été joués du 2 au 13 mars au Théâtre national de Bretagne, avant de l'être à Paris, au Théâtre national de la Colline, du 19 mars au 23 avril, les 929 places de la grande salle ont été occupées tous les soirs par un public attiré, sans doute en partie, par la présence d'Emmanuelle Béart et de l'écrivain Wajdi Mouawad, mais conquis, au point que son écoute était palpable, par l'intérêt d'une pièce dont le propos s'adresse à chacun : "Quel est le prix de la vie d'un homme ? Ai-je le droit de tuer ? Jusqu'où peut-on aller pour défendre une cause ?"
Ces questions sont celles que se posent les personnages des Justes, des révolutionnaires russes. L'un d'eux a réellement existé : Ivan Kaliayev (1877-1905). Il a été pendu après avoir tué le grand-duc, en lançant une bombe sur sa calèche. C'était sa seconde tentative. A la première, il avait renoncé, parce que le grand-duc était avec sa femme et deux neveux.
Dans la pièce, Albert Camus garde son nom et en fait un des protagonistes principaux, avec Stepan Fedorov, qui défend une thèse opposée : non, il ne fallait pas reculer à cause des enfants ; tout est bon pour la révolution. Ainsi commencent Les Justes, une pièce qui reprend certains faits historiques, mais qui pour autant n'est pas une pièce historique. En son centre sont les idées.
LIMITES MORALES
"Notre monde n'a pas besoin d'âmes tièdes", écrivait Camus en 1944, dans le journal Combat. Il a besoin de coeurs brûlants qui sachent faire à la modération sa juste place." Cinq ans plus tard, l'auteur de L'Homme révolté développe dans Les Justes cette problématique des limites morales à la violence, en donnant tous les points de vue, dans un élan cornélien qui fait s'opposer les thèses de la loi et de la nécessité, de l'amour et de la mort, du meurtre et du pardon. C'est cette problématique qui a intéressé Stanislas Nordey. Quand il mettait en scène Incendies, de Wajdi Mouawad, en 2008, il a cherché, comme il le fait toujours, des textes qui fassent écho au texte.
Il a ainsi lu Les Justes. "J'ai été très frappé de redécouvrir une pièce que je croyais connaître. Camus l'écrit après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle les nazis traitaient les résistants de "terroristes", et avant la guerre d'Algérie, où se posera la question de la violence, toujours d'actualité : comment combattre quand on est dans une situation de guerre ou de dictature ?"
Stanislas Nordey est à l'aise dans ce théâtre où circule de la pensée. Pour la représenter, il choisit des acteurs venus d'horizons différents : Wajdi Mouawad interprétera Stepan l'enflammé. Pour Dora, la seule femme de la pièce, il veut une "figure neuve et familière". Ce sera Emmanuelle Béart, qui n'a pas joué au théâtre depuis quatorze ans, et dont il apprécie l'engagement : il a passé trois semaines avec elle à l'église Saint-Bernard, l'été 1996, pour défendre les sans-papiers.
La voilà, silhouette sombre et ferme, sur le plateau nimbé d'une ambiance crépusculaire. Elle est impeccable et impeccablement solidaire d'une distribution de haut niveau, où l'on regrettera cependant les élans lyriquement douloureux de Wajdi Mouawad, barbu, chevelu et portant lunettes. Cela ne grève pas la représentation, austère et rigoureuse, mais illuminée par la clarté d'une intelligence qui libère Les Justes du théâtre d'idées daté pour en faire une réflexion sur les idées. Aujourd'hui.
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Les Justes, de Camus. Mise en scène de Stanislas Nordey. Avec Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent Sauvage. Théâtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e. Mo Gambetta. Tél. : 01-44-62-52-52. De 13 € à 27 €. Le mardi à 19 h 30 ; du mercredi au samedi à 20 h 30 ; le dimanche à 15 h 30. Jusqu'au 23 avril.
Puis à Montpellier (Théâtre des Treize-Vents) du 27 au 30 avril ; à Clermont-Ferrand du 4 au 6 mai
Brigitte Salino
Article paru dans l'édition du 14.03.10
Extrait lu par Stanislas Nordey sur Théâtre Contemporain:
http://www.theatre-contemporain.tv/video/Les-Justes-extrait-lu-par-Stanislas-Nordey
Un dossier destiné à des professeurs mais qui fourmille de renseignements sur la pièce:
http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/piece/index.php?id=les-justes-nordey
Une analyse de la mise en scène:
http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/03/-du-vrai-au-vraisemblable.html