Penser après les cours...!

Contexte de la phrase de Gilles Aillaud sur Bérénice(aide à la dissertation 1S1)

Par cyberblaise - publié le lundi 12 avril 2010 à 16:02 dans Bérénice de Racine

Texte C — Gilles Aillaud, Théâtre aujourd'hui 

[C'est en peintre avant tout que Gilles Aillaud a conçu la scénographie (2) de Bérénice mise en scène par Klaus Michael Grüber (Comédie- Française, 1984).] 

— Comment avez- vous abordé cette scénographie ? 
— Au départ, travailler sur Bérénice me faisait très peur. Car je pense que ce n'est pas une pièce à représenter mais à lire. Racine, à mon sens, n'est pas très théâtral et particulièrement cette oeuvre. Pour une question de langage. C'est comme si on voulait mettre en scène un poème de Baudelaire. Ce serait quelque peu absurde.
L'élaboration de votre travail s'est- elle faite à partir de références à la représentation classique de la tragédie ? 
— Non. Absolument pas. Je ne me suis inspiré d'aucune théorie particulière et n'ai eu recours à aucune référence.
— Avez-vous travaillé à partir d'images suggérées par la lecture de la pièce ? 
Les images ne sont pas venues. Alors, en désespoir de cause, j'ai recréé sur scène l 'appartement habité par Grüber. Un jour, en visite chez lui, j'ai été touché par la disposition des lieux. Il y avait, d'une part, une cage d'escalier, de l'autre, une grande fenêtre. Tout le décor est parti de là. La cage d'escalier s'est transformée en une coupole recouverte de briques, semblable à l'intérieur du Panthéon à Rome. La coupole avait un aspect opprimant. C'est le coté de Titus, la Rome antique, un univers oppressif . La grande fenêtre avec son appui me faisait penser à celle peinte par Matisse dans son tableau, La Leçon de piano. Je l'ai transposée entourée d'un mur peint en rouge , avec une ouvert u re vert clair. Un rideau transparent remuait car du vent soufflait. Cela donnait une atmosphère plutôt tropicale, orientale. C'est le côté de Bérénice. Le sol, lui, était recouvert de mosaïques d'inspiration romaine sur un thème plus ou moins érotique de l'époque de Dioclétien.
— C'est donc plus le contexte historique, l'Antiquité qui ont nourri votre imagination ?
— Oui, l'antique, mais également ce tableau de Matisse qui m'évoquait une sorte de grâce, de laisser- aller plus ou moins féminin. En fait, c'est surtout la volonté de représenter une poésie particulière à Racine qui nous a guidés, Grüber et moi. 
— Et vous avez donc voulu une partie « Titus » plus masculine et une partie « Bérénice », plus féminine.
— Oui j'ai conçu l'espace comme cela. Mais c'est ce que dit le texte au début : 

« Antiochus
Arrêtons un moment. La pompe de ces lieux, 
Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à tes yeux. 
Souvent ce cabinet superbe et solitaire 
Des secrets de Titus est le dépositaire. 
C'est ici quelquefois qu'il se cache à sa cour, 
Lorsqu'il vient à la reine expliquer son amour. 
De son appartement cette porte est prochaine, 
Et cette autre conduit dans celui de la reine. » 

— Pourquoi avoir posé une pierre sous la coupole ? 
— C'était un galet que j'avais trouvé dans la mer en Grèce et que j'ai fait copier par un sculpteur. Elle sert à meubler le côté « Titus ». Elle représente quelque chose de tombal, de violent, qui empêche. Comme dit Ponge: « La vie est un coeur de pierre . » Et ce coeur de pierre s'opposait au rideau, à la légèreté aérienne de la partie « Bérénice ». 
— Comment avez-vous travaillé la lumière ?
— Pour moi, réaliser un décor ou penser la lumière s'effectuent dans un même élan. En haut de la coupole s'ouvrait un trou par où tombait une lumière verticale, froide. De l'autre côté, une lumière horizontale et chaude traversait l'espace, balayée par un certain mouvement nonchalant. Car deux univers se heurtaient, celui dur, tranchant de Titus, celui plus flottant de Bérénice. 
— Quelle relation l'espace entretenait- il avec le jeu des acteurs ?
Comme toujours chez Grüber, les acteurs ne bougeaient pas beaucoup. Et là, encore moins. C'est une tragédie où tout est immobile, le désastre est accompli. C'est comme un feu déjà éteint mais dans lequel il reste des braises. C'est en définitive peut- être plus le décor que les acteurs qui apportait le mouvement avec la fenêtre ouverte et le rideau qui s'agitait. — Vous sentez-vous davantage peintre que scénographe ? 
Je suis peintre avant tout et ne tiens pas vraiment à faire de la scénographie. Je n'ai aucun principe et aucune formation en ce domaine. D'ailleurs je n'aime pas le terme de scénographe. Je préfère celui de responsable visuel. Le problème, au théâtre, c'est qu'on perd un temps énorme. Il faut se plier aux exigences d'un travail d'équipe. Et, à la différence de la peinture, l'oeuvre réalisée — le décor — est destinée à être piétinée par la pratique du jeu. Ce travail ressemble plutôt à celui d'un architecte : créer un lieu fait pour être parcouru, habité.
— Pourtant de nombreux peintres (à commencer par Picasso) ont collaboré à des mises en scène
C'est vrai, on est tenté de participer à une entreprise dirigée par d'autres. C'est reposant. Cela casse la solitude de la toile. 
2. Scénographie : étude ou conception de l'ensemble des aménagements matériels d'un théâtre. 


Page précédente | Page 1079 sur 1224 | Page suivante
Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers commentaires

- Apollinaire sur prepabac.org (par Visiteur non enregistré)
- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
- Merci (par Visiteur non enregistré)
- Remerciment (par Visiteur non enregistré)
- eethetyh (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement