Commentaire du contrôle commun (2nde°
Pistes pour le commentaire de l'extrait de L'Assommoir
1. Comment l'auteur transforme la machine en monstre.(Premier centre d'intérêt)
*Elle est un objet de curiosité, quelque chose que l'on fait visiter et qui suscite la fascination et l'intérêt. Cf l'attitude de Gervaise au début
* Très vite après les explications techniques de Coupeau qui en montre la composition et le fonctionnement à Gervaise, elle est rendue vivante par une personnification, qui la transforme en un travailleur de l'ombre à connotations inquiétantes : mine sombre, puissance, silence. La machine a quelque chose d'un esclave, d'un bourreau, d'un titan infatigable, rompu à sa tâche, agissant discrètement- on l'entend à peine, « son souffle » est « intérieur », « son ronflement « comme « souterrain », mais sans relâche. Le caractère inquiétant de la machine était d'ailleurs déjà perceptible dans sa description technique puisque les mots « récipients, cornue », l'adjectif « étrange », le fait que l'enroulement des tuyaux paraissent « sans fin » peuvent faire penser plus à une machine alchimique qu'à un simple alambic de distillation d'alcool.
*Un monstre est un être étrange, surprenant mais aussi hybride, c'est le cas de l'alambic dont on ne sait s'il est perçu comme masculin ou féminin comme le prouve la deuxième personnification qui révèle le point de vue de Mes-bottes : la machine devient une mère monstrueuse, « gentille » avec son « gros bedon » de cuivre et à qui Mes-Bottes voudrait pouvoir se souder comme à un nouveau cordon ombilical, comme on peut le lire dans la phrase: « Lui aurait voulu qu'on lui soudât le bout de serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons… ». Curieusement, à rebours, Mes-Bottes, à proximité de la machine, n'est plus tout à fait humain ; il a un rire « de poulie mal graissées » comme si la consommation d'alcool l'avait transformé en une sorte d'élément mécanique. Le monstre est alors l'étrange assemblage que forment l'ivrogne et la machine dans son rêve éthylique. L'on ne sait d'ailleurs plus très bien à quel ordre appartient l'alambic : machine, homme, demi-dieu chtonien, femme nourricière, animal mythique, force de la nature…
*la dernière image de l'alambic confirme son caractère hors norme puisqu'il devient « la source lente et entêtée » d'une véritable catastrophe naturelle : une inondation par l'alcool du « trou immense de Paris », rendue dans une gradation qui du « filet limpide » qui « tombe « au début du texte, en passant par le « petit ruisseau » évoqué par Mes-Bottes mais qui coule "toujours, toujours", nous conduit à assister à son extension progressive dans l'espace, il « devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris ». Prémonition des ravages de l'alcool lourde de menace. Par moment, l'alambic a des allures de volcans éteints qui peut se réveiller : il est dit « sans fumée, sans flammes, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres » comme pour souligner a contrario sa capacité à incendier les corps et l'esprit des buveurs .