Synthèses de l'étude des dossiers de presse sur Bérénice (1S1)
Synthèse des mises en scènes récentes de Bérénice. Notes de mises en scènes trouvées sur internet.
1.Lambert Wilson.(mise ens cène 2001)
Dramaturgie : lecture et interprétation de la pièce.
« Poème du renoncement accepté », « deux astres morts qui renoncent l'un à l'autre dans la perfection de l'abnégation et qui consentent à ne rien devenir. Ils s'échappent vers le vide de la gloire du monarque pour Titus, vers le vide de la sérénité impavide pour Bérénice »
« Superposition des cultures opposées et isolement d'un individu n'appartenant à aucune »
Approche psychologique des personnages mais aussi comparaison avec d'autres personnages de théâtre : TitusHamlet, attention aux rythmes et aux parlures différentes. Synthèse de différentes conceptions du personnage.
Bérénice, étrangère, victime de réactions xénophobes, mais lieu abstrait : Orient =Ailleurs. Pas intéressé par l'exotisme oriental. Rapprochement avec des femmes modernes qui ont aimé des hommes de pouvoir : Hillary Clinton, problème de l'ambition, de la fascination pour le pouvoir. Bérénice : « étrangeté d'une héroïne, aimant sur un territoire qui n'est pas le sien ». Titus, un guerrier qui pense. Le poids du Père.
Importance de l'évolution des personnages, confidents pas simples utilités, densité humaine des personnages secondaires.
Questionnement : peut-on renoncer à un amour pour une idée abstraite, un devoir ? dilemme = torture.
Nécessité de personnages mûrs, qui n'ont plus rien à attendre de la vie après le renoncement final.
Casting et collaborateurs : gens célèbres assez médiatisés : Kristin Scott Thomas,Didier Sandre, Christian Lacroix pour les costumes, François Regnault spécialiste de la métrique racinienne, Antiochus joué par Wilson lui-même : celui qui regarde !
Traitement du temps : Pas archéologie. Transposition dans les années trente, recherche d'une proximité dans le temps, illustration d'une période d'entre deux politique quand la déstabilisation donne lieu à un pouvoir plus violent, tendance à l'universalité du propos , à l'intemporalité.
Utilisation de la scénographie : costumes des années trente : une cour en deuil, division en deux groupes : austérité pour Titus, Paulin, Rutile, uniformes, mondanité pour Bérénice, Antiochus, Phénice, costumes de soirées, bals.
Traitement de l'espace : décor abstrait intemporel, pas d'accessoire, espace intermédiaire, entre l'intimité de la chambre et le monde extérieur, conforme à la scène 1. Rappel des années trente : architecture monumentale néo romaine, immensité des lieux qui s'acharne à réduire l'homme à l'état d'insecte : fascisme, disproportion entre la grandeur architecturale et la dimension humaine, individu sacrifié sur l'autel du pouvoir, rappel du jansénisme aussi. Plus immense portrait de Vespasien (source dans un autre document)
Intériorisation de la loi du Père par Titus, rappel du Dieu caché, de la Loi tacite.
Surtout « le lieu, c'est la nuit » : entrée de Bérénice dans la nuit après le rêve du grand jour, de l'amour affiché et reconnu.
Eclairage : obscurité croissante, fuite dans la nuit.
Gestuelle : »impact organique du corps » influence anglaise, moins cérébrale que la manière de jouer des acteurs français.
« Jouer debout », n'avoir aucun appui : importance des rares didascalies raciniennes : »elle se lève, elle s'assoit »
Apport du jeu cinématographique : pas de déclamation, de grandiloquence gestuelle.
Diction du texte : grand respect et amour du vers racinien, travail avec le dramaturge F. Regnault. Texte : partition, précision des musiciens exigée, travail physique de diction assimilé à un travail d'entraînement sportif. Mais importance du corps, ni diction désincarnée, ni déclamation, ni abstraction : rythme, vitalité, vivacité.
Fascination du metteur en scène dès l'adolescence pour la sensualité des voix, la beauté des vers.
Apport original du metteur en scène :
Expérience d'acteur : bonheur à prononcer les vers, rêve d'interpréter Titus, mais jouera celui qui regarde Antiochus. Expérience inverse de celle de Kristin Scot Thomas, lui français à Londres, elle anglaise à Paris. Amour pour la pièce dès l'adolescence : ratages relationnels, destins brisés. Emotion.
Connaissance de Racine : a joué le rôle de Racine dans un film, idée de contradiction, de contraste dans la personnalité et dans l'œuvre : passion et rigueur. Rapport au jansénisme.
Connaissance littéraire et artistique : référence à Lucien Goldman, auteur du Dieu caché, allusion au peintre Rothko pour l'éclairage, réflexion sur Phénice comme une réduction à un personnages du chœur antique. Modernité de Racine.
Désir de mettre en scène: Œuvres qui comptent pour soi, difficulté de mettre en scène une pièce très étudiée, très montée, inhibant. Pas vu d'autres mises en scènes d'ailleurs, peur d'être troublé. Influence du père metteur en scène : respect de la langue, écriture, goût de la simplicité.
Réflexion sur la mise en scène : traduire au plateau. Importance de la construction des personnages.
« Je ne vais pas au théâtre que pour être éclairé mais aussi pour être ému ».
2.FishbachMontet : mise en scène associant danseurs et comédiens.
Dramaturgie : conception particulière : corps état ancien, avant les mots ; langage, signe de civilisation, de distinction. Raisonnement d'homme de plateau : faire entendre : déjà fait avec la mise en ondes d'Andromaque, guerre, toutes les guerres font retour dans la mémoire, émotion liée à la fable et aux vers de Racine.
Question : que doit amener en plus le passage à la scène ? Que peut le plateau que ne peut la radio ? Quelle traduction du monde choisir ? Quelle trahison ?
Refus du naturalisme : ce que la télévision, le cinéma font bien.
Bérénice une tragédie du temps et de l'espace, voir le début » Arrêtons un moment… »
Théâtre : jeu dans tous les sens du mot, ludique mais surtout espace entre deux comme le jeu entre des pièces de bois : approche abstraite, plus intellectuelle de la mise en scène.
Réflexion sur l'altérité : mettre en scène les différences, les frontières, ce qui borne, à l'intérieur de la fable mais aussi sur le plateau entre danseurs et comédiens.
Pas d'approche psychologique des personnages pour le jeu de l'acteur ; travail sur la diction du texte comme musique, puis travail corporel. Personnages d'abord corps entrainés pour la guerre, ils se sont rencontrés sur les champs de bataille, se sont battus côte à côte, ont souffert, ont jouï…
Début de la pièce, quand le langage du corps n'est plus possible : distance, il faut en passer par les mots, les mots de l'amour, du manque, du renoncement. L'espace qui s'est installé entre les protagonistes provoque les mots. Difficulté, le langage du corps leur est plus familier, des corps qui portent la trace des combats et des étreintes passées : donner à voir cela.
Casting et collaborateurs : troupe qui a déjà travaillé ensemble, mise en ondes d'Andromaque, travail sur le son déjà fait.
Traitement de l'espace : Pour le chorégraphe, le texte sera le sol sur lequel les interprètes rebondiront. Penser l'espace autrement, il ne s'agit plus du seul espace de la fable ou de la musique mais de celui de la circulation, des échanges des corps des danseurs et comédiens, aussi celui du dehors. Pas de coulisse, scènesalle, le dehors , l'endroit d'où tout le monde vient.
Choix de dire le texte en bande son et de bouger sur lui.
Diction du texte : Les alexandrins comme une langue étrangère et familière à la fois, comparaison avec la langue du colonisateur, « partition de mots et de silence », mise en ondes suffisante, l'oratorio est possible, on peut s'en contenter. Traduire cette langue au plateau, la garder à distance, pas possible de la rendre intime.
Présence de l'hébreu pour Bérénice : au départ pas d'intention particulière mais coincide avec l'étrangeté de Bérénice, reine juive.
Travail sur l'édition du texte original de Racine dans La Pléiade : déclamation en fonction d'une ponctuation pensée par Racine à cet effet, pour le souffle l'articulation. Nouvelle mise en page du texte, plus référence à l'aspect pictural d'une page de vers, première trahison : texte en vers libre, E pour les e muets. Travail d'accueil des mots d'un autre.
Apport original du metteur en scène :
Désir de faire autre chose que ce qui avait été fait, projet défi, faire se côtoyer le français et d'autres langues. Vivre avec l'étranger , les différences.
Culture littéraire et artistique :Racine, une institution, dix septième siècle, stabilisation de la langue et du pouvoir, reprise dans les anthologies du dix neuvième siècle, monument de la culture française, patrimoine, prendre ses distances avec ça.
Référence à la lecture de Sur Racine de Roland Barthes et à L 'Empire des Signes, texte sur le Japon.
Analogie avec le Mépris de Godard : scène avec Bardot au début du film, concentrée\ théâtralité rassemblée dans les premières scènes de l'acte 5. : en deux pages plus d'action que dans tout le reste.