Penser après les cours...!

Sujet 2010 donné au Liban en section générale: la poésie!

Par cyberblaise - publié le lundi 7 juin 2010 à 11:39 dans Sujets d'EAF

CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE ES / S


Objet d'étude : La poésie.
Textes : 
Texte A : Joachim du Bellay, " France, mère des arts ...", Les Regrets, sonnet IX, 1558.
Texte B : Alphonse de Lamartine, "L'automne", Méditations poétiques, 1820.
Texte C : Charles Baudelaire, " Un hémisphère dans une chevelure", Petits Poèmes en prose (posthume, 1869).
Texte D : Jules Supervielle, "Les chevaux du Temps", Les Amis inconnus, 1934.

 

Texte A : Joachim du Bellay, " France, mère des arts ...", Les Regrets, sonnet IX, 1558.

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle ;
Ores1, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine ;
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las ! Tes autres agneaux n'ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je2 pourtant le pire du troupeau.

1. Maintenant.
2. Et je ne suis pas...

 

Texte B : Alphonse de Lamartine, "L'automne", Méditations poétiques, 1820.

Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire ;
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
À ses regards voilés je trouve plus d'attraits ;
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu !
Peut-être, dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu !…

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyre ;
À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

 

Texte C : Charles Baudelaire, " Un hémisphère dans une chevelure", Petits Poèmes en prose (posthume,1869).

 XVII

UN HÉMISPHÈRE DANS UNE CHEVELURE

 Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
 Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
 Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
 Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
 Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
 Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
 Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

 

Texte D : Jules Supervielle, "Les chevaux du Temps", Les Amis inconnus, 1934.

Quand les chevaux du Temps s'arrêtent à ma porte
J'hésite un peu toujours à les regarder boire
Puisque c'est de mon sang qu'ils étanchent leur soif
Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant
Pendant que leurs longs traits m'emplissent de faiblesse
Et me laissent si las, si seul et décevant
Qu'une nuit passagère envahit mes paupières
Et qu'il me faut soudain refaire en moi des forces
Pour qu'un jour où viendrait l'attelage assoiffé
Je puisse encore vivre et les désaltérer.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points) :

Comment s'expriment les sentiments du poète dans les quatre textes du corpus ? (Ne pas excéder une vingtaine de lignes).

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  • Commentaire
    Vous ferez le commentaire du texte de Lamartine (texte B).

  • Dissertation
    La poésie est-elle pour le poète un refuge face au monde réel ? Vous aurez soin d'illustrer votre réponse par des références poétiques choisies dans le corpus, dans les poèmes étudiés en classe, ou dans votre culture personnelle.

  • Invention
    Vous écrivez de la poésie et avez adressé un recueil à une maison d'édition qui l'a refusé. Vous rédigez, au choix :
      - soit la lettre de refus que vous a envoyée le directeur de la maison d'édition : selon lui, vos poèmes sont trop inspirés par les problèmes de société et les débats actuels ;
      - soit la lettre que vous adressez en réponse à ce directeur : vous y soutenez l'importance, pour la poésie, d'aborder des questions de société.

 


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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