A/ Biographie de Molière
Nommé le Patron de la comédie française, Molière, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin, (Paris, 1622-1673) était à la fois acteur, metteur en scène et auteur. Il a consacré sa vie au théâtre.
Il a commencé, avec neuf comédiens, par la fondation d'une troupe appelée «l'Illustre-Théâtre» le 13 juin 1643. Il a présenté plusieurs comédies pour la cour et le public parisien. Le 18 novembre 1659, Molière présente Les Précieuses ridicules sur la scène du théâtre du Petit Bourdon à Paris. En 1662, il se marie avec Armande Béjart, mais malheureusement ce mariage ne dure que quatre ans. Il a continué sa réussite grâce à son don d'acteur comique et à sa vaste imagination d'auteur. Il nous a donné Le Misanthrope, Le Médecin malgré lui, Mélicerte, Amphitryon, George Dandin, L'Avare, Les Amants magnifiques, Monsieur de Pourceaugnac, La Comtesse d'Escarbagnas, Les Femmes savantes et enfin Le malade imaginaire.
Molière meurt en 1673 avant qu'il termine la quatrième représentation du Malade imaginaire. Il est inhumé au cimetière Saint-Joseph à Paris malgré l'opposition de l'Église qui interdisait aux comédiens la terre chrétienne. Aucun autre auteur n'a réussi à avoir autant de succès permanent que celui de Molière. La preuve? Ses merveilleuses pièces sont toujours jouées.
B/ Les circonstances historiques de « Le Bourgeois Gentilhomme » : Au mois de novembre 1669, Louis XIV avait reçu en grande pompe, à Saint-Germain, un envoyé du sultan. Mais le personnage avait manifesté une indifférence si complète pour la magnificence de la réception qu'on garda rancune à ce dédaigneux et qu'on ne manqua pas l'occasion de se moquer de lui et de « la civilisation étrange qu'il représentait». A vrai dire, depuis longtemps déjà, les turqueries étaient à la mode. Dès 164I, Scudéry et sa sœur avaient fait paraitre un long roman à succès : Ibrahim ou l'illustre Bassa, qui révélait une Turquie de fantaisie. En 1645 Rotrou avait, dans sa comédie la Sœur, fait parler le turc à l'un d ses personnages. Lulli, en 1660, avait offert à la cour un Récit turquesque de sa façon qui avait ravi Louis XIV. En, 1672, Racine devait tirer d'une intrigue de cour à Constantinople, sa tragédie de Bajazet. Puisque les Turcs avaient du succès, on décida de prendre pour thème du " divertissement royal " une cérémonie turque, et M. le chevalier d'Arvieux, qui revenait d'un long séjour en Orient, fournit aux collaborateurs les éléments authentiques sur lesquels ils pouvaient travailler. Au cours des réunions dans la maison de Molière à Auteuil, on arrêta les grandes lignes de l'intrigue. Molière, qui avait déjà raillé les manies et les vices de son temps dans ses grandes comédies, utilisa ses notes, feuilleta ses modèles favoris, reprit dans ses inventions précédentes quelques tirades et quelques jeux de scène qui avaient été bien accueillis, accepta les conseils de Lulli, mit en œuvre les qualités physiques de ses comédiens; et il imagina l'aventure de M. Jourdain, le bourgeois riche qui (c donne dans la noblesse ". En raillant la manie d'un parvenu il trouve moyen d'atteindre à la satire sociale, comme La Bruyère, comme les sermonnaires de son temps, comme Dancourt, Lesage, Beaumarchais plus tard devaient le faire après lui. Comme dans la plupart des comédies de Molière, il s'agit d'un mariage dont l'arrangement est troublé par la manie d'un proche parent de la jeune fille, ici, de M. Jourdain, père de Lucile. Le thème est donc analogue à celui de Tartuffe (i664), de l'Amour médecin (1665), de l'avare (1668). Il sera repris dans les Femmes savantes (i672) et le Malade imaginaire (I673). Dans la farce de George Dandin, Molière avait déjà, en i668, montré les déboires d'un prétendant à la noblesse. Le Dépit amoureux fournit, pour l'acte III, la scène aimable de la dispute et du raccommodement des amoureux. Aristophane, avec la comédie des Nuées, donne un premier état de la grande scène ou M. Jourdain manifeste son ardeur d'apprendre. Mais c'est surtout l'actualité du sujet qui prouve l'originalité de Molière. La pièce constitue un document curieux de l'époque ou tout financier enrichi achète une charge qui lui confère la noblesse, ou tout bourgeois à l'aise achète un domaine de grand seigneur ruiné, dont il prend le nom. Des vérifications des titres avaient eu lieu plusieurs fois depuis 1660 et avaient abrogé maintes lettres de noblesse suspectes. La pièce de Molière est donc bien une comédie d'actualité et une satire contre un snobisme contemporain.
C/ L'intrigue :
Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet de Molière, en cinq actes (comportant respectivement 2, 5, 16, 5 et 6 scènes) en prose (sauf les entrées de ballet qui sont en vers), représentée pour la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la troupe de Molière. La musique est de Jean-Baptiste Lully, les ballets de Pierre Beauchamp, les décors de Carlo Vigarani et les costumes turcs du chevalier d'Arvieux.
Dans cette pièce, Molière se moque d'un riche bourgeois qui veut imiter le comportement et le genre de vie des nobles. Ce spectacle fut beaucoup apprécié par la Cour et Louis XIV qui le redemandèrent plusieurs fois.
Cette pièce incarne le genre de la comédie-ballet à la perfection et reste l'un des seuls chefs-d'œuvre de ce genre noble qui a mobilisé les meilleurs comédiens et musiciens du temps. L'une des raisons du succès qu'elle remporta immédiatement est le goût de l'époque pour ce qu'on appelait les turqueries. L'Empire ottoman était alors un sujet de préoccupation universel dans les esprits et on cherchait à l'apprivoiser. L'origine de l'œuvre est liée au scandale provoqué par l'ambassadeur turc Soliman Aga qui, lors de sa visite à la cour de Louis XIV en 1669, avait affirmé la supériorité de la cour ottomane sur celle du Roi-soleil.
À la création, Molière jouait le rôle de Monsieur Jourdain, habillé de couleurs vives, paré de dentelles d'argent et de plumes multicolores ; André Hubert travesti jouait celui de Madame Jourdain ; Mademoiselle de Brie était Dorimène ; Armande Béjart jouait Lucile ; le musicien Lully était le mufti au cours de la cérémonie turque du 3e acte.
Monsieur Jourdain : J'enrage.
Nicole : De grâce, Monsieur, je vous prie de me laisser rire. Hi, hi, hi.
Le Bourgeois gentilhomme
Étant un bourgeois, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il décide de commander un nouvel habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa condition de gentilhomme.
Il courtise Dorimène, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien profiter de la naïveté de M. Jourdain et de Dorimène.
Sa femme et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union.
Cléonte décide alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain, et avec l'aide de son valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M. Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors d'une cérémonie turque burlesque organisée par les complices de Covielle.
D/ Les personnages :
M. Jourdain est un personnage créé et joué par Molière lui-même. C'est le personnage principal du récit, il est l'étudiant en « gentilhommerie », amoureux de la marquise Dorimène. M. Jourdain est un personnage unique dans l'ensemble de l'œuvre de Molière ; il représente une vie imaginaire. Il aime les flatteries nobiliaires et y croit, aspirant à devenir gentilhomme. Il est vaniteux, naïf et capricieux.
Mme Jourdain est, dans l'ensemble des personnages féminins de Molière, une figure singulière. Elle apparaît dans peu de scènes de la comédie, et quand cela arrive, c'est toujours pour s'opposer à son mari soit en face, soit par des coups bas. C'est le personnage le plus « vieux jeu » de la pièce, mais elle n'est jamais ridiculisée et a quand même joué un rôle d'intrigante envers monsieur Jourdain à la fin de l'histoire.
Lucile est la fille de M. Jourdain. Elle représente dans cette pièce, un des principaux contrastes. Elle garde les aspects fragiles de la jeune fille amoureuse, naïve.
Nicole, la servante, forte de son rire et de son caractère paysan, parle devant son maître d'une façon décontractée et sans complexe, comme la plupart des servantes apparaissant chez Molière.
Cléonte est le cliché de l'amoureux honnête homme, devenu dans Le Bourgeois Gentilhomme, un jeune libertin jouant un amoureux transi prêt à tout pour que son amour soit réciproque, même à se déguiser en imaginaire fils du Grand Turc.
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