Réponses aux questions sur une Bouteille à la mer (2nde 8)
« Une bouteille à la mer »
Trois questions pour orienter la lecture du film :
Qu'est ce qui donne sa dimension documentaire au film ?
Le film a été tourné à Jérusalem et dans des villes arabes israéliennes. Les seules images de Gaza qui soient authentiques sont celles qui montrent la ville de loin.L'usage de l'hébreu et de l'arabe comme langues du film est un gage. Le français est la troisième langue, parlée dans la famille de Tal et étudiée au centre culturel français de Gaza.
Les sons renvoient eux aussi à la réalité d'Israël et de la Palestine. On sera attentif, dès le générique, aux bruits de Jérusalem, aux sons venus de la radio, puis, plus tard, de la télévision qui montre les événements violents.
Cependant, le cadrage serré du réalisateur met surtout en relief les personnages principaux. On le voit en particulier lorsque Tal prend le bus, angoissée par la présence de l'un des passagers, ou quand Naïm paraît minuscule dans le terminal d'Erez qui fait office de frontière entre Gaza et Israël.
La dimension culturelle ou cultuelle est également un élément documentaire : la traditionnelle excursion à Massada,la fête de Soukkot et la cérémonie du mariage du meilleur ami à Gaza font partie de ces éléments qui permettent de situer les événements et de comprendre l'importance du sacré.
Comment la vie quotidienne des Israéliens et des Palestiniens est-elle rendue dans ce film ? En quoi cela vous surprend-il par rapport à ce que vous savez du conflit qui oppose ces deux peuples ?
On insistera sur le caractère banal, ordinaire, des deux héros. Ils n'incarnent rien, sinon eux-mêmes. Ce sont des jeunes gens qui ont les préoccupations de tous les jeunes, n'importe où dans le monde : l'amour, l'amitié, le futur et ses incertitudes, la famille, l'école ou les études, le travail et l'argent, la fête.
Cette représentation de la vie quotidienne va bien sûr à l'encontre de tous les clichés télévisuels ou journalistiques sur « les événements du Moyen Orient». Cette zone n'existe souvent dans les médias que par la violence qui y règne, les propos des extrémistes des deux bords, le fanatisme des uns et des autres.
Les auteurs du film ont resserré l'intrigue sur ces deux êtres, sur ce qu'ils vivent et ressentent: Naïm aspire à la liberté, à un espace plus vaste et ouvert, Tal souhaite s'affranchir de sa famille et trouver par l'échange de courriels un autre qui lui soit proche sans nier les différences
Comment l'espace dans lequel vivent les personnages est-il figuré ? Comment le cinéaste montre-t-il la peur et les contraintes de l'enfermement?
Le cadrage serré sur les personnages qui privilégie leurs points de vue détermine l'ensemble du film et, surtout, l'espace dans lequel il s'inscrit: étroit.
On ne voit pas grand-chose de Jérusalem. La ville se résume à l'appartement de Tal, aux rues qu'elle emprunte pour se rendre chez des amis ou au lycée, aux bus qu'elle doit prendre pour circuler.
L'espace reste limité, même lors du voyage à Massada dont la vue est pourtant impressionnante. Les élèves montent à pied jusqu'à la forteresse et ils entendent leur professeur leur expliquer ce qui s'y est déroulé mais ils ne voient pas tout le site. L'Histoire ou le présent sont plus puissants que la géographie et tout y ramène, tout le temps.
Cela vaut aussi pour Gaza. On sera bien sûr sensible aux plans montrant des grilles, murs, cloisons qui empêchent de voir plus loin. Naïm se heurte aux limites de son espace voulu par les Israeliens qui ont enfermé les Gazzaouis derrière le murs et les "checkpoints", Naim vit dans l'inquiétude ou la peur. De même que l'on sentait la peur éprouvée par Tal dans le bus, on la perçoit chez Naïm quand il se rend dans le cybercafé, avant d'utiliser les postes du centre culturel français. ll est soupçonné de trahison, d'intelligence avec des Israeliens et arrêté et battu pour cela par des membres du Hamas.
L'enfermement est particulièrement sensible dans le passage de la frontière au poste d'Erez qui conclut le film. On pourrait minuter la séquence pour voir combien il est long pour un jeune Palestinien de s'échapper de Gazza.