Critique de Nathan le Sage par Mattania Grousson, deuxième prix
« Un homme est d'abord un homme avant d'être juif, chrétien ou musulman. »
La lumière monte peu à peu sur la scène alors que les personnages, dont les pas retentissent sur la musique, font leur entrée et prennent place sur les chaises disposées sur le plateau…Début qui attise l'impatience du spectateur, qui accentue sa brûlante envie de découvrir le spectacle… Envie rapidement assouvie par les premières répliques de la pièce qui laisseront place à un flot d'émotion. Les comédiens nous inviteront alors à plonger entièrement dans l'humanité de cette pièce de théâtre et à découvrir les messages qu'elle déversera sur nous.
Nathan Le sage est une création de Bernard Bloch qui met en scène l'œuvre de Lessing, écrivain allemand du XVIIIème siècle. Cependant cette pièce ne manque pas d'actualité en nous livrant des personnages confrontés à une quête d'identité. Cette pièce aborde également et principalement le sujet de la tolérance entre les trois religions du livre et se fait représentante de la philosophie des Lumières du XVIIIème siècle : « Un homme est d'abord un homme avant d'être juif, chrétien ou musulman ». Cette idée constitue la branche centrale de la pièce sur laquelle s'articuleront les problèmes identitaires et les passions des personnages qui les amèneront à vaciller, à perdre leur assise.
L'histoire ? Nathan, un Juif, rentre de voyage, apprend que sa fille Recha a failli mourir dans l'incendie de sa maison. Failli seulement. Un templier, seul templier gracié par Saladin du fait de sa ressemblance avec l'un de ses frères disparu, l'a sauvée des flammes. Cependant ce chrétien refuse tout contact avec le Juif. Les relations entre juifs, musulmans et chrétiens évolueront et la pièce s'achèvera sur un désordre des idées, un renversement des certitudes et l'apparition de la vérité, nue, aussi nue que le sera la scène à l'entracte !
La mise en scène de Bernard Bloch est particulièrement intéressante. La quasi nudité de la scène (Huit chaises, un lustre, une sorte de trou noir au sol en jardin) peut au début décontenancer, cependant, on comprend rapidement que la mise en scène, loin de tout mimétisme, est hautement symbolique, comme les costumes par leur couleur. La présence du trou noir, qui n'a aucune raison apparente, laisse le spectateur maître de son interprétation, en proie à une énigme.
Il faut également observer avec attention le jeu des acteurs qui est tout à fait remarquable, que ce soit dans la gestuelle, la voix, la diction du texte ou leur simple présence. Cette pièce mêle des acteurs de tous âges, ce qui amène fraîcheur et sagesse. La musique et les lumières contribuent au charme de l'étrange chorégraphie que composent les personnages lors de leurs déplacements, tout a sa place, tout se déroule comme sur du papier à musique, alors que la scène finale amènera les personnages au trouble, à une démarche vacillante et finalement, fin surprenante mais admirable de par sa symbolique, les transformera en automates, en pièces d'échec, en pantins animés par des ficelles tenues par qui ? - le public imaginera…
Mattania Grousson (2nde 8 Blaise Pascal)