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L'absurde chez Camus ?

Par Laucun - publié le mercredi 5 août 2015 à 08:52


La Notion d'absurde


aide pour l'entretien

 

Reconnaître et faire face à l'absurde : le prix de notre lucidité et de notre liberté



Source remaniée :

https://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=Penserapresle&e_id=25035


merci à cyber Blaise !
 


 

La notion d'absurde


 > intro

 - L'Absurde : dans le langage courant, ce mot désigne ce qui n'a pas de sens (par exemple, une décision absurde). Ce terme s'oppose à "sensé, cohérent, rationnel".

 - Mais c'est aussi un concept philosophique, élaboré par Camus dans le Mythe de Sisyphe (1942), repris dans l'Étranger(1942) puis au théâtre dans Caligula et le Malentendu (1944). Ce qui n'a pas de sens, l'absurde, possède néanmoins un sens particulier sur le plan réflexif chez Camus.

 

Pour nous : dire que l'Étranger fait partie du "cycle de l'absurde" formé d'oeuvres diverses : un essai avec la figure mythologique de Sisyphe (l'homme et son rocher), une pièce de théâtre (Caligula l'empereur romain fou d'inaccessible) et un récit l'Étranger (thème du meurtre et de la condamnation absurdes).


L'Absurde commence avec la prise de conscience du caractère machinal (mécanique) de l'existence et de la certitude de la mort à venir au bout d'une vie où le temps fait succéder inexorablement chaque jour l'un à l'autre («  Sous l'éclairage mortel de cette destinée, l'inutilité apparaît. Aucune morale, aucun effort ne sont a priori justifiables devant les sanglantes mathématiques de notre condition"). L'absurde naît de l'étrangeté du monde qui existe sans les hommes (notre contingence) et qu'il ne peut comprendre.

Meursault en est le révélateur. Par son intermédiaire, lié à sa vie mécanique, ses occupations futiles, son non-engagement, mais aussi et surtout son impossibilité de mentir et de se mentir en jouant un rôle : celui du fils éploré et inconsolable, l'employé de bureau modèle, de l'ami fidèle, de l'amoureux transi, du coupable repenti..., le lecteur du récit perçoit, ressent, comprend, éprouve à son tour l'Absurde. Les autres personnages du récit ne sont pas moins "absurdes" que Meursault en tenant leurs rôles (patron, directeur d'asile, fille à marier, mari respectable, avocat, aumônier...) ils jouent une comédie sociale. D'autres symbolisent cette condition humaine où la souffrance et la violence ne règlent rien : Raymond contre la femme , Salamano et son chien maltraité (voir également l'anecdote du tchécoslovaque lue dans un journal lors de l'emprisonnement de Meursault).

L'Absurde est ainsi la conséquence de la confrontation de l'homme avec un monde qu'il ne comprend pas et qui est incapable de donner un sens à sa vie (« Ce divorce entre l'homme et sa vie, l'acteur et son décor, c'est proprement le sentiment de l'absurdité. »). Mais tous n'entendent pas (Marie), n'éprouvent pas (sauf Meursault dans son mal -aise) ou n'acceptent pas (le juge, l'aumônier) l'absurdité (le non sens ) de la condition humaine.

Chez Camus la prise de conscience de l'absurde ne doit cependant pas conduire au renoncement. Ce dernier est incarné par le meurtre conçu comme une sorte de suicide, (l'arabe est à la fois l'autre et le même, le soleil dévoile avec violence tout le caractère inéluctable de la mort). Camus rejette toute forme de pessimisme ou de nihilisme (symbolisé par la passivité, les silences de Meursault). Il ne s'agit pas plus de chercher d'autres issues, de fausses vérités, d'illusoires raisons de vivre. Il convient même de combattre les illusions sociales (le patron), sentimentales (l'amour), littéraires (le romanesque des grandes phrases), religieuses (croyance en un au-delà), philosophiques (nihilisme) tous liées au conformisme et à l'hypocrisie aveugles.

L'absurde est un appel à la révolte, à l'action et à la quête du bonheur, c'est-à-dire au double refus de la passivité nihiliste et de la consolation religieuse (d'où la révolte contre l'aumônier). Sans illusion mais aussi sans renoncement, le héros absurde accepte avec lucidité son destin en toute clairvoyance comme Sisyphe. Cette acceptation seule lui permet d'être enfin heureux. Meursault, à la veille de mourir, exalte paradoxalement la vie, le présent et la mémoire des moments heureux. En harmonie avec le monde avec lequel il s'est réconcilié, il paraît heureux. II pourra  transcender les cris de haine des "aveugles" qui le condamnent alors qu'il se sait vrai. Le langage retrouvé (poétique à la dernière page) témoigne de la réconciliation de l'homme (anthropos) avec le monde (cosmos) par l'intermédiaire du langage (logos).

L'Absurde paraît donc un "humanisme", une forme d'éthique (sans morale) puisqu'il semble nécessaire d'être "vrais", sans masque, sans oeillères, sans corset social, moral, idéologique, religieux... Prendre conscience de l'absurde permet de vivre pleinement enfin libre car libéré des faux-semblants crées pour échapper à sa condition.

Camus a pu ainsi écrire dans la préface à l''édition américaine de l'Etranger, "“Meursault est le seul Christ que nous méritions”".


Explication video de cette citation :

https://youtu.be/Hwp54yGrMeo



Explication phrase finale :  http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2009/06/01/support-de-coursclasses-de-premiere-introduction-a-letranger-dalbert-camus/


“"Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu''il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu''ils m''accueillent avec des cris de haine.”"


Pour provocatrice qu'elle soit, cette affirmation n''est pas dénuée d''un sous-entendu mystique : c''est en effet le caractère pathétique de la mort comme liberté qui traverse d''un souffle brûlant les dernières lignes du texte. À ce niveau, et malgré l''état de perdition dans lequel il semble se trouver, Meursault devient véritablement libre en acceptant le jugement dernier comme une “grâce” qui préfigure obscurément l''espérance et le salut du monde. Sa condamnation à mort devient ainsi une agonie spirituelle. Au moment décisif, Meursault accepte de mourir pour donner un sens existentiel à la vie… Le Mythe de Sisyphe s''achevait sur ces mots : “La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coe½ur d''homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux”. Pour paraphraser Camus, je crois qu''on peut dire qu' “il faut imaginer Meursault heureux”….


Bruno Rigolt, http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/






>  La Révolte : Pour Camus, il n'est donc pas question de renoncer face à l'absurdité de la vie. La révolte, concept développé par Camus dans l'Homme révolté en 1951 est une réponse possible à l'absurde.

Il s''agit pour Camus de dépasser l''absurde avec des moyens purement humains, sans chercher le secours d''une quelconque transcendance (par exemple la religion) ou d''une quelconque idéologie ( par exemples le nihilisme ou le marxisme). Camus ne propose pas de solution toute faite et préétablie mais considère que cette révolte doit prendre la forme d''une action collective où l''homme est pleinement conscient de sa condition (« Je me révolte donc nous sommes » dira-t-il dans L''homme Révolté).

C''est ainsi que la solidarité entre les hommes devient une valeur fondatrice dans le roman la Peste et qu''elle permet de faire face à l''Absurde, comme en témoigne la lutte du docteur Rieux et des formations sanitaires à ses côtés. Rieux est alors l''exemple de l''homme révolté dont l''engagement individuel et collectif, avec des moyens uniquement humains, vient à bout de l''absurdité de la vie, symbolisée par le fléau de la peste.



Une vidéo explicative :

http://www.bing.com/videos/search?q=l%27absurde+camus&&view=detail&mid=0CC1FA9265F2BFA535BB0CC1FA9265F2BFA535BB&FORM=VRDGAR

A lire pour approfondir: http://mael.monnier.free.fr/bac_francais/etranger/abscamus.htm

merci à cette seconde source !

et pour le + : découvrir l'Envers et l'Endroit

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-abd-al-malik-2013-12-16

extrait de la revue Esprit

http://www.esprit.presse.fr/news/frontpage/news.php?code=287

/.../

Le monde est absurde, dira Camus. Et pourtant le point de départ, l'évidence qu'il faut accepter, c'est autre chose : le fait que le monde est. Pourquoi donc ce monde, qui est tout simplement, est-il absurde ? Parce que l'interroger, c'est se rendre compte qu'il est indifférent. C'est un univers de choses et non une demeure pour l'homme. Un univers étrange auquel l'homme est donc étranger. La question était une question de sens. La réponse en revanche est un « vide [qui] devient éloquent » (p.106).


Dans l'expérience individuelle, l'absurde se manifeste comme une rupture de l'habitude. L'évidence quotidienne est tout à coup perçue comme insensée. Au sein de l'habitude, l'homme et le monde ne font qu'un, car le monde n'est pas posé comme problème. Mais lorsque l'interrogation fait irruption dans la vie, le monde, en tant que monde familier, s'écroule. « Commencer à penser, c'est commencer d'être miné » (p.100). L'enchantement se rompt. L'asile du monde devient l'exil du monde. « Le monde nous échappe puisqu'il redevient lui-même (…) : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde » (p.108).

voir aussi une jolie synthèse illustrée des oeuvres de Camus liées ou non à l'absurde :
http://www.lyclic.fr/lyclipedia/document/MzMxBwA=:les-oeuvres-d-albert-camus-1936-1958


LE MYTHE DE SISYPHE  (extrait) 

  “Sisyphe est le héros absurde. Il l'est autant par ses passions que par son tourment. Son mépris des dieux, sa haine de la mort et sa passion pour la vie, lui ont valu ce supplice indicible où tout l'être s'emploie à ne rien achever. C'est le prix qu'il faut payer pour les passions de cette terre. […] Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine si à chaque pas l'espoir de réussir le soutenait ? […] Sisyphe, prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l'étendue de sa misérable condition : c'est à elle qu'il pense pendant sa descente. La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n'est pas destin qui ne se surmonte par le mépris. Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie. Ce mot n'est pas de trop. J'imagine encore Sisyphe revenant vers son rocher, et la douleur était au début. Quand les images de la terre tiennent trop fort au souvenir, quand l'appel du bonheur se fait trop pressant, il arrive que la tristesse se lève au c½ur de l'homme : c'est la victoire du rocher, c'est le rocher lui-même. L'immense détresse est trop lourde à porter. Ce sont nos nuits de Gethsémani. Mais les vérités écrasantes périssent d'être reconnues. Ainsi, ¼dipe obéit d'abord au destin sans le savoir. À partir du moment où il sait, sa tragédie commence. Mais dans le même instant, aveugle et désespéré, il reconnaît que le seul lien qui le rattache au monde, c'est la main fraîche d'une jeune fille. Une parole démesurée retentit alors : « Malgré tant d'épreuves, mon âge avancé et la grandeur de mon âme me font juger que tout est bien. » L'¼dipe de Sophocle donne ainsi la formule de la victoire absurde. La sagesse antique rejoint l'héroïsme moderne. On ne découvre pas l'absurde sans être tenté d'écrire quelque manuel du bonheur. […] Mais il n'y a qu'un monde. Le bonheur et l'absurde sont les deux fils de la même terre. Ils vont inséparables. L'erreur serait de dire que le bonheur naît forcément de la découverte de l'absurde. Il arrive aussi bien que le sentiment de l'absurde naisse du bonheur. « Je juge que tout est bien », dit ¼dipe, et cette parole est sacrée. Elle retentit dans l'univers farouche et limité de l'homme. Elle enseigne que tout n'est pas, n'a pas été épuisé. Elle chasse de ce monde un dieu qui y était entré avec l'insatisfaction et le goût des douleurs inutiles. Elle fait du destin une affaire d'homme, qui doit être réglée entre les hommes. Toute la joie silence de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. S'il y a un destin personnel, il n'y a point de destinée supérieure ou du moins il n'en est qu'une dont il juge qu'elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait maître de ses jours. À cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. Je laisse Sisyphe au bas de sa montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un c½ur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.” (p. 196-198.)







l'ETRANGER PREFACE à l'édition américaine (1955)



 " J'ai résumé l'Etranger, il y a très longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale: Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort. Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l'on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple, il refuse de mentir. Mentir, ce n'est pas seulement dire ce qui n'est pas. C'est aussi, c'est surtout dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le coeur humain, dire plus qu'on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu'il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu'il éprouve à cet égard plus d'ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne.
Meursault pour moi n'est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombre. Loin d'être privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité. Il s'agit d'une vérité encore négative, la vérité d'être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi ne sera jamais possible.
On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans l'Etranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité."



https://youtu.be/yZDyfs7OphU


encore plus

http://www.portail-litterature.fse.ulaval.ca/sequences_detaillees.php




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