Apologue
On appelle apologue ce type de narration dont la visée est philosophique et morale. Le procédé est très répandu depuis l'Antiquité et s'épanouit particulièrement aux XVII° et XVIII° siècles (Fables de La Fontaine, les contes de Voltaire et notamment la fin de Candide). A ces époques, l'apologue semble correspondre à une stratégie commode qui consiste à laisser s'exprimer seules par le récit des vérités qui pourraient être dangereuses pour l'auteur, et ainsi contourne la censure. Mais, en fait, le genre de l'apologue satisfait bien davantage une intention pédagogique : « Il y a certaines vérités qu'il ne suffit pas de persuader, mais qu'il faut encore faire sentir. Telles sont les vérités de morale. Peut-être qu'[un] morceau d'histoire touchera plus qu'une philosophie subtile », écrit Montesquieu au seuil des Lettres Persanes. De son côté, dans le chapitre IX du Taureau Blanc, Voltaire fait dire au personnage du serpent : « Je voudrais surtout que sous le voile de la fable, le conte laissât entrevoir aux yeux exercés quelque vérité fine qui échappe au vulgaire.»
Ainsi l'apologue dissipe les craintes de Socrate à l'égard de l'écriture, qu'il accusait de réduire toujours le lecteur, par ses « paroles gelées », à un apprenant passif : ce type de récit sollicite au contraire une vigilance sans failles capable de permettre à chacun de saisir et de s'approprier son enseignement.
Le choix de l'apologue, forme légère et parfois vulgaire, peut enfin correspondre à la volonté de récompenser le lecteur ou l'auditeur capables de dépasser leur première impression pour déceler, dans ce qui ne semblait être que laideur et futilité, les beautés et richesses bien cachées sous cette écorce.
Site Magister