Français - seconde GT de M. Lissonnet au lycée Queneau

Poème en prose inspiré par la sortie au Havre n° 6 à 8

Par raymondqueneau - 09:59, dimanche 28 janvier 2018 .. commentaires : 0 .. Lien

Souviens-toi d'oublier.

(Nietzsche)

                                           

Un souvenir, seul, reste d'un bonheur immense. Un cheval à bascule, immaculé de lumière, fait pleurer les murs.

Un père, tenant un journal en guise de rempart, bloque un assaut de souvenirs qui verseraient sur ses joues une vague de souvenirs tristes.

Une mère, sur le seuil de la marche, au bout d'un chemin de lumière, cherche son esprit du regard. Tel un aimant, cette lumière l'attire et ce cheval le pousse.

Avec un coup de vent, le cheval bascule, une image remonte. L'enfant.

Les enfants aimés, les enfants chéris, les enfants disparus hantent l'âme des vivants. Une peur commune et paralysante aux parents dont le seul souhait est de mourir avant que les enfants n'en aient le temps.

Alors, la mère avance, la lumière l'aspire et dans une douce étreinte, pousse un dernier soupir autour des souvenirs des bras de l'enfant.

Le père, bloqué dans les barricades de ses souvenirs, ne voit rien venir.

Le c½ur brisé mais impassible n'arbitre plus ses émotions.

Il l'enferme dans un monde de souvenirs qui finira par l'épargner.

                                                                                                          

Cavalier seul

 

Pour la dernière fois, il rentre dans le salon hébergeant de nombreux souvenirs. Une lumière éblouissante passe par la porte d'en face. Son passé est derrière, plus rien ne le retient.

Mais, son pied bute, il s'arrête net. Il réussit à décrocher son regard de cette fascinante lumière.

C'est là qu'il le voit, immaculé de lumière.

Son cheval à bascule, jouet favori de ses jeunes années, qui l'a fait tellement rêver.

Alors, il s'attarde, pose sa valise. Et, le regarde fixement jusqu'à ce que des larmes commencent à se former dans ses yeux.

Sans même s'en rendre compte, instinctivement, sa main rejoint la crinière du cheval et le caresse. Sous son toucher, le cheval s'anime. Il bascule faiblement. Sa main descend vers la selle dans un mouvement long et étiré pour que tous les souvenirs aient le temps de parvenir à son esprit.

Sa main remonte, et s'arrête au museau de l'animal.

Puis, comme il l'aurait fait à un jeune enfant, il embrasse doucement le cheval sur le front.

Après quelques secondes d'hésitation, il sépare douloureusement sa main du cheval.

Un dernier regard vers ses belles années.

Puis, leur tourne le dos, attrape sa valise.

Et, cette lumière, que seuls les adultes peuvent voir, l'absorbe complètement.

 

Le retour d'un cavalier.

 

Pour la première fois, sa mère marchait dans cette maison vide.

Elle s'attendait à des bruits, des cris, des surprises, des pleurs, mais rien ne venait.

Tout était calme, paisible et elle se rappelait enfin que le fruit de son bonheur était parti.

Dans son salon vide et triste, attendait un vieux cheval à bascule qui cherchait son cavalier.

Ce cheval immaculé de lumière parut vouloir raviver des souvenirs enfouis.

Alors, comme elle l'aurait fait pour un vrai cheval, la femme s'approcha doucement et lui caressa l'encolure, laissant remonter en elle les souvenirs de son enfant.

Elle se mit à chuchoter tout bas, comme une promesse, qu'il reviendra.

Son enfant était parti, il avait quitté le foyer maternel pour créer enfin le sien.

Sa mère s'en voulait de penser comme cela et se disait que c'était prévu depuis toujours. Mais, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il l'avait abandonné. Alors, tous les soirs, elle l'appelait, triste et heureuse de savoir qu'il était heureux où il était. Elle lui répétait sans cesse qu'une place était toujours libre à la maison, et qu'elle attendait sa visite.

Un jour, son fils vint lui rendre visite, et amena avec lui sa fille. Sa mère et lui discutèrent de choses sans importances. Puis, il regarda dans le salon, et vit sa fille accrochée au cheval. C'est alors qu'il vit à sa place ce petit garçon jouant au cow-boy, sur ce jouet. C'était lui, des années auparavant.

Ce souvenir le bouleversa, il resta bloqué tel une statue de fer. Il le regardait, les yeux écarquillés. Et, il se mit à regretter son innocence des années passées. Puis, sa fille lui réapparut, il l'attrapa, la serra dans ses bras.

Sans pouvoir résister à ses envies, il demanda à sa mère d'emporter avec lui ce cheval à bascule, qui avait bercé son enfance. Elle refusa. Simplement, il avait juste à venir plus souvent chez elle et partager avec sa fille, leurs souvenirs d'enfance.

Voici le compromis trouvé entre les besoins de l'enfant et de l'enfance.

Après avoir dit au revoir à sa mère, il promit à sa fille et à lui-même de revenir afin que ce cheval berce de nouveau son âme d'enfant.


Amélie et Juliette KELLER

Déposer un commentaire

{ Page précédente } { Page 162 sur 183 } { Page suivante }

Service d'hébergement offert par WebLettres