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Les thèmes dominants dans la boîte à merveilles

Par abdous - 07:27, lundi 24 septembre 2018 .. Rubrique : La Boîte à Merveilles .. commentaires : 0 .. Lien

La boite à Merveilles LES THÈMES DOMINANTS

 La solidarité :

A travers la boite à Merveilles, Ahmed Sefrioui met en lumière quelques traditions de la société marocaine à l'époque en s'appuyant sur plusieurs thèmes, parmi lesquels on cite : la solidarité.

       Dans l'½uvre, la solidarité apparaît sous différents aspects : On la constate d'abord lors de la disparition de Zineb, à travers la réaction des voisines envers Rahma : « toutes les femmes entourèrent Rahma la malheureuse… des femmes inconnues traversèrent les terrasses pour venir prendre part à la douleur de Rahma et l'exhorter à la patience… » p : 46

       Elles essayèrent à tous prix de lui montrer leur compassion, même en pleurant : « nous la consolâmes de notre mieux …nous ne pouvions que pleurer, offrir notre compassion à la malheureuse mère… » p : 49 Sans oublier que même Zoubida, qui s'est disputée avec Rahma quelques jours auparavant, n'a pas hésité à se joindre au groupe des pleureuses, et sera même celle qui retrouvera Zineb : « Ma mère oublia que Rahma n'était qu'une pouilleuse, une mendiante d'entre les mendiantes. Tout émue, elle se précipita au premier étage en criant : Ma s½ur ! Ma pauvre s½ur que t'est-il arrivé ? Nous pouvons peut-être te venir en aide. Tu nous déchires le c½ur… ma mère pleurait… j'avais le c½ur gros… » p : 45-46-49

     On retrouvera cette solidarité également après la découverte de Zineb, à travers la contribution des voisines aux préparatifs du déjeuner prévu pour les mendiants, ainsi qu'à travers l'entraide entre les différentes classes sociales représentée par cette ½uvre de charité : « Toutes les femmes de la maison lui prêtèrent concours. Lalla Kenza, la Chouffa, aidée de Fattoum… lavèrent le rez-de-chaussée à grande eau, étendirent par terre des nattes et des tapis usés. Fatma Bziouya, Rahma et ma mère s'agitaient autour des marmites et des couscoussiers…l'une d'elles les ravitaillait en eau, l'autre épluchait les légumes, et la troisième…tournait les sauces…Rahma pour remercier Dieu de lui avoir rendu sa fille, organisa un repas pour les pauvres… » p : 51-52-53Et enfin, on la rencontrera entre Lalla Zoubida et Lalla Aicha, ainsi qu'entre les autres voisines et ces dernières, lors de l'absence de leurs maris…

La Solitude :

 Le premier chapitre de la boite à Merveilles s'attarde longuement sur le thème de la solitude qui caractérise Sidi Mohammed en tant que narrateur. Cela dit, le mot revient souvent au début de l'½uvre. « Je songe à ma solitude… ma solitude ne date pas d'hier… j'étais seul… je n'avais aucun point de repère qui me permit d'appeler mon existence : solitude ou malheur… » Au sens large du terme, Sidi Mohammed est réellement un enfant seul, car d'abord, c'est un enfant unique (le premier et le seul de sa famille). Il est toujours accompagné de sa mère qui ne manque pas de le traiter des noms les plus dégradants, tel que « tête de mule, âne à face de goudron, chien galeux, juif sans dignité… » Ce qui l'éloigne des marques de tendresse et d'affection qu'une mère est supposée avoir pour son enfant unique, et alourdit ainsi le poids de sa solitude. L'univers strictement adulte et à dominante féminine est également impliqué ; au bain maure, dans une atmosphère d'indécence et de nudité féminines, il s'écrit « je me sentais plus seul que jamais. » Il se sent seul au msid, parmi ses petits camarades qu'il n'apprécie pas, parce qu'ils sont de monde différent du sien. Lui, il aime le rêve, eux, la réalité, le visible. « En attendant d'avoir dix ans, j'étais seul au milieu d'un grouillement de têtes rasées, de nez humides, dans un vertige de versets sacrés. »

         Il est seul tout au long de l'½uvre, les rares fois où il a eu l'occasion de jouer avec des filles, ça se terminaient souvent très mal. Zineb, son unique voisine d'un peu près le même âge que lui, la tient responsable de ses malheurs, la méprise, et ne cesse de se bagarrer avec elle. « Elle s'appelait Zineb et je ne l'aimais pas… une file aussi bête que Zineb ne peut rien trouver d'amusant dans sa pauvre cervelle… cela m'est égal qu'on ne retrouve pas Zineb… » Donc, il se sentait seul à Dar Chouffa aussi. Sa solitude s'accentue encore plus avec le départ de son père. Sa mère le déplace de maison en mausolée, et du mausolée chez le voyant. Il lui arrive même de le laisser seul ce qui contribue à creuser sa solitude déjà profonde. « Après déjeuner ma mère me recommanda d'être bien sage, prit son haïk, et partit rendre visite à Lalla Aicha…je me souviens encore des heures affreuses passées à l'attendre » p : 188 Le narrateur retient de son enfance ce sentiment de solitude, d'abandon, et d'oubli. Il en est marqué pour le restant de sa vie. « Ma mémoire était une cire fraiche, et les moindres événements s'y gravaient en images ineffaçables. Il me resta cet album, pour égayer ma solitude, pour me prouver à moi-même que je ne suis pas encore mort. »

3) La Superstition :

 Comme la solitude, la superstition fait l'objet d'une grande part du roman. En effet, l'½uvre s'ouvre par une soirée de danse et de musique purement superstitieuse organisée par une Chouffa parmi les plus connues en ville. Cette soirée mensuelle animée par les gnaouas est rattachée aux djnouns. Elle faisait le temps d'une nuit, dans laquelle se mêlaient les sons des crotales et des gambris, les odeurs de benjoins et d'encens et les you-yous des femmes qui dansaient avec leurs robes aux couleurs flamboyantes. Ce rituel si compliqué avait l'air d'un rite de sorcellerie plus ou moins démoniaque. C'est pourquoi tante Kenza est considérée comme une voyante quelque peu sorcière, qui tenait à obéir aux désirs des djnouns : « le patio… était tous les jours lavé à grande eau et frotté au balade doum. Les djnouns aimaient la propreté…les diables…se montraient exigeants quant à la couleur des caftans, l'heure d'elles porter, les aromates qu'il fallait bruler dans telle ou telle circonstance…il lui fallait un nombre important de coudées… pour calmer l'humeur du grand génie bienfaisant…

IL y avait bien Sidi Moussa à satisfaire, sa couleur était le bleu roi. Le pèlerinage des sanctuaires qui est une activité presque exclusivement féminine, est dû à cette croyance véhiculée de génération en génération à travers l'âge, qui s'est installée dans le corps et la pensée des femmes de l'époque (surtout Lalla Zoubida et Lalla Aïcha qui se montraient tout à fait délirantes face au catafalque de Sidi Ali Boughaleb), et qui reflète la structure mentale de toute une société. Ce voyage aux lieux saints est généralement fait par les femmes, car elles représentent l'être le plus faible et le plus fragile, qui cherche secours et force, protection et soutien, libération, réconfort et guérison, en croyant que ces saints lui serviraient  d'intermédiaire entre lui et dieu, que ce  soit par ignorance ou par autre facteur…« Bien qu'il avoue être incapable de prévoir l'avenir, Sidi El Arafi ne peut être exclu des personnages superstitieux du roman, puisqu'il a recommandé à Lalla Zoubida de visiter les sanctuaires des saints : « Les saints de Dieu qui veillent sur cette ville t'accordent leur protection. Visite leurs sanctuaires »

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