banniere

L'espace visiteurs

[986] - Pratique du hors-liste à l’oral de l’EAF

Il s’agissait de réfléchir à la pratique du hors-liste et à la manière de préparer nos élèves à cette éventualité.
Synthèse mise en ligne par Murielle Taïeb.

 

Cette pratique semble différente selon les académies, voire les centres d’examens.
« Hors-liste » fait référence à l’interrogation sur une œuvre intégrale étudiée en classe, mais sur un autre passage que les extraits indiqués en lecture analytique sur le descriptif.

Comment cela se passe-t-il dans vos académies ?

Académie d’Aix-Marseille :

- « On ne peut nous empêcher d’interroger hors-liste puisque la réglementation de l’épreuve l’autorise, néanmoins c’est fortement déconseillé. »
- « Je profite de la question pour vous signaler qu’une énorme confusion semble présider à la question du hors-liste.
1) En novembre 2007, mon lycée de l’académie d’Aix-Marseille reçoit la visite de l’IPR Christabel Grare. Elle nous dit que, si le hors-liste reste légal, il est néanmoins fortement déconseillé (car il est perçu - certes à tort - comme une injustice de la part des élèves et des parents, et entraîne donc une profusion de réclamations, qui sont certes déboutées par les rectorats, mais créent des tracasseries dont tout le monde aimerait se passer).
2) En octobre 2013, visite d’une nouvelle IPR, Mme Elsa Debras (partie ensuite à Grenoble). Changement de politique, virage à 180° : elle nous explique en effet que l’inspection générale a décidé de porter un coup décisif au bachotage et de développer désormais les "compétences de lecture". Désormais, non seulement le hors-liste n’est plus déconseillé, mais il est même au contraire fortement encouragé ! C’est dans cet esprit-là qu’il faut maintenant travailler. Par exemple, il faut surmonter notre inclination à faire des études de texte complètes et détaillées, accepter d’en dire moins, et en compensation mettre les élèves en situation d’oral, en les entraînant à parler 10 minutes plusieurs fois dans l’année, etc. (Du coup, le vieux serpent-de-mer de la suppression de la liste de textes réapparaît, car elle constitue logiquement l’étape suivante. Elle avait déjà failli être tentée vers 1997).
3) La semaine dernière, je me rends à la séance de consultation des descriptifs, au sein de ma commission de jury. Or la collègue qui sert de professeur-relais, et qui nous transmet la bonne parole qu’elle a récemment recueillie dans une réunion académique (ou départementale ?) de professeurs-relais, nous dit que la position officielle est celle que j’ai entendue en 2007 : on ne peut nous empêcher d’interroger hors-liste puisque la réglementation de l’épreuve l’autorise, néanmoins c’est fortement déconseillé. (En outre, une collègue de ma connaissance, professeur de français en collège qui, convoquée pour la 1ère fois de sa carrière à la correction de l’EAF, était allée quelques jours plus tôt à une réunion spécialement consacrée à la mise au parfum de l’EAF des professeurs de collège, a entendu le même discours : le hors-liste est fortement déconseillé).
Pour être complet, j’ajoute que le hors-liste est dans mon académie difficile à pratiquer pour une raison technique. En effet, nous sommes convoqués une demi-journée, aux alentours du 5 juin, dans l’établissement où nous interrogerons à la fin du mois. Là, nous consultons les descriptifs et devons remplir sinon tous les bordereaux des 4 journées, au minimum ceux de la 1ère journée (cela de façon que, en cas d’absence inopinée le 1er jour, le remplaçant au pied levé puisse sans difficulté faire passer les candidats). Il est interdit de faire sortir les bordereaux de l’établissement, mais nous avons le droit d’emporter chez nous le double des descriptifs (avec la liasse des textes). Bref, munis de ces descriptifs à domicile, nous avons le loisir, si nous le voulons, de préparer pendant 3 semaines des hors-liste pour les candidats des journées 2, 3 et 4 (pour autant que nous n’ayons pas, emportés par notre élan, déjà remplis tous les bordereaux lors de la séance de consultation). Mais pour les candidats au moins de la 1ère journée, c’est quasiment impossible (encore que, si nous voyons Candide, Dom Juan ou les Fleurs du mal dans les descriptifs, nous soyons tous capables de désigner un extrait hors-liste de notre choix, même sans avoir le livre sous la main). J’avais malheureusement omis de signaler cette petite difficulté technique à Mme Debras en octobre 2013. »

Académie de Bordeaux :

- « La professeure-coordonnatrice que j’ai rencontrée n’a absolument pas envisagé le hors-liste. »

Académie de Grenoble :

- « Les inspecteurs semblent avoir depuis deux ans la ferme volonté de voir cette pratique s’étendre. Dans notre centre d’examen, les S-ES et techno ne seront pas interrogés hors-liste, mais cela sera possible pour les L "en fonction des œuvres intégrales et des formulations de problématiques générales sur les œuvres". Cela n’est pas réservé ici à un cas d’ "extrême nécessité", mais une modalité différente d’interrogation - évaluée d’ailleurs de manière différente. »

- « Je suis dans l’académie de Grenoble. J’ai été longtemps hostile au "hors-liste" mais en juin 2013 nous avons constaté un net infléchissement des consignes officielles en faveur du hors-liste dans l’académie, réitéré au cours de l’année 2013-14 par des courriels nous rappelant la nécessité de préparer nos élèves à cette éventualité. En mai, d’un commun accord, mes collègues et moi avons donc pratiqué le "hors-liste" pour le bac blanc oral en série générale : bilan très positif : des notes en accord avec les résultats habituels des élèves concernés, une évaluation plus sereine car non biaisée par l’impression/la conviction d’entendre le cours du collègue... Et même ce témoignage d’une élève de filière littéraire : "finalement, le "hors-liste" c’est bien parce qu’on ne stresse pas d’oublier de dire un truc du cours" ! A condition qu’il soit pratiqué de façon bienveillante (un extrait d’œuvre facile à recontextualiser, une question bien cohérente avec la séquence), le hors-liste a désormais tout mon assentiment ! »

Académie d’Orléans-Tours :

- « Lors de la réunion d’entente dans le centre d’examen de Chateaudun, il nous a été demandé de ne pratiquer le hors-liste qu’en cas d’extrême nécessité comme par exemple lorsque le nombre de lectures analytiques dans les descriptifs était insuffisant. »

Académie de Rennes :

- « Les inspecteurs disent volontiers qu’ils en ont assez de voir des lectures analytiques menées avec un beau plan en trois parties, des cours bien descendants, chargés de contenu magistral. Qu’ils en ont assez de voir des cours qui se déroulent parfaitement, à la recherche du plus subtil oxymore et de la plus glorieuse antiphrase, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive en fin de séance que le sens premier du texte n’a pas été perçu... Qu’ils voudraient voir de vrais lecteurs à l’œuvre, dévoilant collectivement l’analyse d’un texte. Là blesse le bât, je pense. Le nombre d’heures de cours n’a rien à voir. »
-  GREL (Groupe des Enseignants de Français au Liban) :
« Nous pratiquons le hors-liste et nous avons eu toute une réflexion là-dessus. »

Comment préparez-vous vos élèves à cette éventualité ? (Cela rejoint la problématique de la lecture analytique)

- « J’insiste sur la bonne maîtrise préalable des œuvres intégrales ; en fin d’étude d’O.I., je propose un texte "hors-liste" avec une problématique : les élèves préparent pendant une demi-heure, un volontaire passe ensuite devant la classe. Je liste également les passages susceptibles de "tomber". Pour la prochaine œuvre, j’envisage de faire faire cette liste dans un premier temps par les élèves. »

- « J’ai utilisé les heures d’AP pour faire des oraux blancs. Comme mes élèves n’ont pas fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour prendre en charge ces oraux, j’en ai profité pour les interroger au hasard sur des extraits des œuvres complètes qu’on n’avait pas travaillés en classe, mais qui reprenaient des thématiques connues. J’avais une classe de littéraires, ils se sont relativement bien débrouillés ; je ne cherchais pas non plus à les mettre en échec, mes questions étaient relativement traditionnelles, mais je ne crois pas que les examinateurs chercheront à les « coincer », si cela arrive à l’EAF... »

- « Je les prépare toute l’année à une lecture autonome des textes. »

- « On peut avoir comme exercice avec les élèves de leur demander de définir eux-mêmes des extraits qui pourraient constituer un hors-liste. Très bon exercice car cela les oblige à réfléchir à quels extraits sont marquants, quels extraits peuvent être rapprochés... »

- « Au cours de l’année je fais régulièrement préparer des lectures analytiques par des élèves avec une question type entretien ou bien j’analyse le texte sans plan ordonné et je pose ensuite plusieurs questions d’exposé et ils doivent me proposer des plans adaptés à chacune des questions posées. Ils détestent car ils voudraient toujours un cours organisé mais j’essaie de résister le plus longtemps possible dans l’année. C’est d’ailleurs un moyen de les préparer au commentaire (qui n’est au fond qu’un exposé écrit sur un texte hors liste mais faisant partie d’un objet d’étude en 3 heures). »

- « Je me propose, l’année prochaine, de leur faire travailler eux-mêmes les textes par groupes de trois, en supervisant bien entendu, et quitte à fournir des polycopiés supplémentaires — même si l’on sait bien comment ils les lisent le plus souvent... — pour soigner le narcissisme, l’angoisse du professeur au moment de l’EAF et satisfaire tout de même, ne l’oublions pas, notre amour de la littérature. »

- « C’est surtout d’un infléchissement de ma pratique de cours, la grande nouveauté de l’année prochaine, dont je voulais vous faire part ; j’ai décidé de ne plus donner des plans, même après avoir fait travailler la classe, sauf quand je les prépare au commentaire, pour l’écrit. Les textes vus pour l’oral seront travaillés avec diverses méthodes, au sens des pratiques pédagogiques, mais ils n’auront plus la belle lecture analytique finale, qui nous prend un temps fou, et finit par me lasser parfois autant que mes élèves...Je me prépare à recevoir les doléances des parents et à devoir justifier mon fonctionnement, face aux cours tout bien faits de mes collègues...Mais au moins, je ne passerai plus 2 heures sur 15 vers de Phèdre ( j’exagère) et j’aurai du temps pour faire autre chose, de la diction, un peu de pratique théâtrale, un travail d’ensemble sur les œuvres, thèmes, personnages, les films de lycéens au cinéma, etc. »

- « Depuis que je suis au lycée (12 années), je n’ai pratiqué qu’une seule fois, la première, la lecture analytique avec plan en classe. Je trouvais cela d’un grand ennui autant pour les élèves que pour moi.
J’ai décidé de commencer (jusqu’à Toussaint) par un travail guidé sur les textes afin d’en dégager le sens, les grandes lignes pour construire un plan possible ensemble (à l’aide d’un tableau numérique : un élève note toutes les remarques et ensuite on les organise). A partir de novembre, chaque texte fait l’objet d’une préparation individuelle de 30 min avec passage à l’oral dans la foulée, comme si l’élève était interrogé sur un texte inconnu. Un fois ce passage à l’oral, les autres élèves soulignent ce qui leur paraît intéressant/- pertinent..., les réussites et les échecs (méthodologiques autant qu’analytiques). Et pour finir je reprends dans les grandes lignes l’explication, sans plan (en deux heures maxi). Les élèves n’ont donc jamais de plan de lecture analytiques, sauf quand je décide que pour préparer le commentaire, ils doivent construire un plan à partir des remarques et de leurs recherches. Les notes qu’ils obtiennent le jour de l’examen sont conformes à la moyenne académique (parfois au dessus, notamment en STMG) et les retours de mes collègues interrogateurs (car j’en ai parfois) mettent en avant la relative assurance de mes protégés et le fait qu’aucun ne récite un cours. »

- « Je vais essayer la méthode du tableau blanc à faire remplir par les élèves. Bien sûr après élaboration de fiches en début d’année sur les questions à poser aux textes selon leur genre et leur forme de discours.
Ces derniers temps, à chaque nouvelle séquence, je donnais chaque texte à préparer à un ou deux élèves volontaires, sans question préalable, juste les remarques jugées utiles, puis on allait plus loin avec toute la classe, et on finissait par la recherche de questions possibles au bac, ou par un plan de commentaire. En fin de trimestre, je mettais les remarques sur chaque texte (lecture linéaire en somme) sur le site du lycée. Mais ce sont toujours les mêmes qui répondent et ça ne rend pas assez autonomes tous les élèves. »

- « Nous avons pratiqué le hors liste à l’oral blanc de façon aléatoire. Les élèves étaient un peu stressés, mais finalement les résultats étaient très encourageants, car ils se confrontaient du coup vraiment au texte tout en tenant compte de ce qu’ils avaient appris. »

- « J’ai déposé sur Weblettres un document présentant l’approche qui est la mienne depuis quelques années en lecture analytique, qui n’est bien sûr pas la seule valable (il doit y en avoir une autre qui aurait mieux fonctionné avec la 1e STMG de cette année...) mais qui a fait ses preuves à plusieurs reprises (2 cohortes pour lesquelles tous les élèves de la classe - classe standard - ont eu la moyenne, moyenne de classe de 12,5 pour l’une, 13,5 pour l’autre.
http://www.weblettres.net/pedagogie/index.php?page=news&idnot=7326 »

- « Oui, oser la recherche en groupe, la recherche tout seul, la vraie recherche - je garde en mémoire le message de l’une d’entre nous qui disait avoir expérimenté le cours... à vide : un texte lu par les élèves, un tableau blanc et nu, et les élèves venant marquer sur ce tableau à leur rythme ce qui les frappe ; quand le tableau est plein de remarques diverses, tri et classement. Génial. Le cours idéal. Je n’ai pas encore osé, mais vos messages me dopent et me donnent envie de m’y mettre dès la rentrée prochaine. J’ai commencé quand même à utiliser les TICE (joke) en photographiant avec mon portable le tableau à la fin d’un cours bâti à partir de la recherche des élèves. Trace écrite : cette photo déposée sur l’ENT. »

- « Je n’ai JAMAIS eu une seule plainte de parents, et pourtant mes cours (lecture analytique) ne se présentent pas sous forme de plan - j’ai eu en revanche de nombreux témoignages positifs (j’ai même eu à deux reprises l’intervention impromptue d’anciens élèves de 1ère venant vanter cette méthode auprès de mes classes en début d’année, tout fiers de leur note de bac). Le plan, je le demande en fin de séance en réponse à une question possible de bac, après l’étude du texte. On peut faire un cours cohérent et efficace sans plan préétabli - c’est cette cohérence que demandent légitimement les parents, pas un plan.
Il ne faut pas se faire d’illusion : les cours descendants détournent l’intérêt des élèves, le français se tenant en queue du hit parade des disciplines intéressantes, ce qui est quand même bien dommage : nous sommes tous là pour témoigner du plaisir profond que procure la littérature. »

En guise de conclusion :

- « Il n’y a pas de méthode miracle ; seuls notre engagement et notre sincérité sont indispensables pour trouver des solutions appropriées à chaque situation. Chaque classe a son profil ; difficile donc de proposer des recettes qui plaisent à tout le monde. Je pense aussi - au risque de heurter les âmes sensibles - qu’il est impossible de donner le goût de la littérature à tout le monde, même si c’est notre rêve à tous, sinon on ne ferait pas partie de cette liste passionnée. »

Vos réactions (sujet polémique !) : « hors-liste : déconseillé ou recommandé ? » puis « lecture analytique »

POUR

- « J’étais au début plutôt opposée à cette pratique. Finalement, nous en avons compris les nombreux avantages et surtout le fait que cela empêche la récitation. Normalement le hors liste est malgré tout très encadré et du coup plus facile à préparer :

  • un extrait qui "ressemble" à une lecture analytique faite dans l’œuvre intégrale
  • un élément clé de l’œuvre intégrale ».

- « J’interroge un tiers de mes candidats en hors liste et cela fait des années que j’ai des premières. Ce type d’interrogation est très intéressant. Évidemment je rassure le candidat avant la préparation et je modifie les critères d’évaluation. Je pose aussi une question proche de la problématique de sa séquence. »

- « Il m’est arrivé deux ou trois fois d’interroger sur un extrait d’œuvre intégrale hors-liste, lorsque je ne supportais plus de revenir sur les mêmes textes ou d’entendre des récitations de plans appris par cœur. L’extrait était court (pas plus de 30 lignes, un sonnet...), la question toujours simple, je rassurais le candidat, les exigences étaient fondamentales : répondre à la question en s’appuyant sur le texte. J’ai mis de bonnes notes à chaque fois. Le discours des inspecteurs contre le bachotage me semble sensé : nous ne formons ni des perroquets ni des photocopieuses. Mais rendre quasi obligatoire ce qui n’est qu’une dérogation me paraît une erreur, si on n’a pas clairement entraîné les candidats à l’exercice. Pour les préparer, on pourrait signaler aux élèves que l’œuvre complète doit être lue complètement notamment à cause de cette possibilité d’être interrogé sur un extrait intéressant qui n’aurait pas été sélectionné dans le descriptif. »

- « La LOI est là, les règles sont là, et tout prévoit ce type d’interrogation, avec les réserves formulées (autres attentes, autre type d’évaluation). Si les candidats ne sont pas capables de faire autre chose que reprendre LE plan du cours en précisant simplement que ce plan pré-établi répond miraculeusement à la question de l’examinateur... D’où vient le problème ?... »

- « Je crois qu’à force de surprotéger les élèves, on les envoie aux oraux formatés. Si la question ne cible pas le commentaire nous avons souvent droit à des élèves qui, mécaniquement reformulent la question pour enchaîner sur un projet qui sont les 2 axes du cours. Le hors liste porte sur un extrait de l’œuvre travaillée en intégralité. Les 30 minutes sont exploitées à répondre à la question en la ciblant plutôt qu’à faire un effort de mémoire et à noircir un brouillon. Si cela ne tenait qu’à moi, j’aurais annulé les lectures analytiques qui sont mémorisées au profit du hors liste qui fait appel au bon sens et à l’étude précise contextualisée d’un extrait exploitable...ce qui serait ennuyeux pour l’examinateur qui devrait sélectionner des extraits parlants. Ainsi les élèves liraient les ouvrages au lieu de se contenter de travailler les "in list" et de lire un résumé de l’OI sur le Web. »

- « Il y a deux ans presque tous mes élèves ont été interrogés hors-liste et j’étais venue ici inquiète. Ils ont eu en fait tous de très bonnes notes. Je suis revenue sur ma position après réflexion et je trouve plus intéressant d’interroger hors-liste. Il ne s’agit pas de piéger un élève mais de voir comment il se débrouille face à un texte nouveau, comment il est capable d’appliquer une méthode, de manipuler les outils d’analyse, à quel point il a le sens du texte etc. »

- « Moins apprise et plus vécue, l’analyse personnelle d’un élève qui a toute l’année travaillé des extraits, a plus de chance de le voir exploiter ce que nous tentons de lui enseigner : mettre à jour tous les faits du langage qui font l’essence littéraire d’un texte. »

- « Mon point de vue choquera peut-être, mais pourquoi sommes-nous aussi dogmatiques, au point de vouloir absolument un "plan" ? Une des conséquences, en classe, c’est que les élèves exigent du prêt à réchauffer, veulent toujours recopier les "axes" de lecture, et deviennent parfois plus dogmatiques encore que les professeurs en se référant toujours aux figures de styles les plus improbables, croyant que ça suffira pour en mettre plein la vue. Un élève qui a lu l’œuvre intégrale, qui a été un peu entraîné à réfléchir de manière impromptue sur des passages non préparés, avec interdiction de prendre des notes, mais retour mémoriel le lendemain, sera capable de répondre à une question en une seule partie, si nécessaire. Il trouvera toujours des points de concordance avec ce qu’il aura entendu sur l’œuvre, sur les personnages dans le cas du roman ou du théâtre, et il parlera bien 5 ou 6 minutes en plus du temps de lecture. N’est-ce pas acceptable ? Et de toute manière, la façon d’évaluer un hors-liste est forcément plus bienveillante, et on n’attend pas de réponse formatée ? »

- « D’accord pour le hors-liste et ses vertus, mais à la condition que les règles soient claires et les mêmes pour tout le monde, et qu’il n’y ait pas de saupoudrage du genre un tiers hors-liste et deux-tiers dans la liste. Pourquoi des tiers ? pourquoi pas la moitié ? et pourquoi pas des quarts ? et pourquoi n’avons nous pas le droit de poser une question sur une lecture complémentaire ? pourquoi seulement sur les œuvres intégrales ?... Refondre l’examen donc et ne pratiquer que le hors-liste. Comment ? Quelques jours avant l’épreuve, les inspecteurs (ou une commission ad hoc) distribuent un corpus d’une cinquantaine de textes - correspondant aux objets d’étude au programme - avec une question pour chacun, comme ça tous les élèves sont à peu près logés à la même enseigne. »

- « Permettez à une ancienne (j’ai pris ma retraite en 2001) de vous faire part de son expérience. J’ai, pratiquement toute ma “carrière” d’examinatrice, interrogé presqu’exclusivement hors-liste, et chaque fois, je dis bien chaque fois, l’élève, qui avait du reste le double de temps de préparation, s’en est sorti(e) haut la main. »

- « A ma toute première année d’interrogation, qui était aussi la première de l’EAF, exaspérée par une candidate qui se fourvoyait complètement et que j’essayais de remettre sur les rails par mes questions – elle répondait avec intelligence, mais aussitôt reprenait son exposé appris par cœur - j’ai imaginé d’interroger non sur un texte de la liste, mais un autre, du même auteur, dans le même livre. Évidemment, cela prend du temps, surtout qu’à cette époque, ce n’était pas 8 candidats par demi-journée, mais plutôt 12, que nous devions écouter ! du moins dans mon académie (Reims). J’ai un souvenir précis d’une candidate que j’interrogeais sur l’incipit d’un roman, œuvre intégrale, mais l’extrait n’était pas signalé comme ayant été étudié en classe. S’y trouvait l’adjectif “fuligineux” dont la candidate ignorait visiblement le sens. Je le lui explique, son visage s’éclaire “mais alors, cela change tout !”, et elle m’a improvisé une explication remarquable. J’ai honte de dire que je ne lui ai donné que 17, je n’osais pas alors donner le 20 sur 20 qui a fait “beuguer” le Minitel, la première fois qu’une collègue, encouragée par moi, l’a fait (elle a entré ses notes avant moi, ayant fini un jour avant moi, si je me souviens bien). Je vous parle d’un temps que les moins de (quarante) ans ne peuvent pas connaître.
Je dois avouer aussi que j’ai peu à peu renoncé à cette pratique – avec regret – devant les indignations de certain(e)s collègues. Mais jamais un candidat n’a protesté : tout dépend peut-être de la manière dont on les accueille, dont on les encourage, d’un simple sourire. D’ailleurs, je leur laissais toujours le choix de leur auteur.
Je pense avec vous que c’est le meilleur moyen de révéler les qualités d’un(e) candidat(e). Et c’est bien ce pourquoi les examinateurs sont là, n’est-ce-pas ? »

CONTRE

- « Je ne suis pas pour cette pratique dans l’état actuel des programmes et des exigences qui me semblent très ambitieux en regard des horaires dont nous disposons. Les élèves doivent déjà faire face à des textes inconnus lors de l’écrit, souvent choisis parmi ceux qu’ils ont eu peu de chances de rencontrer. Qu’une partie de l’évaluation porte sur ce qui a été étudié en classe me semble raisonnable et motivant pour les élèves en difficulté. »

- « Je n’ai pas l’intention d’interroger hors-liste, sauf dans le cas de ces candidats qui viennent les mains vides ou presque, et pour lesquels il faut modifier, voire improviser. Quand on voit la terreur de nos élèves devant la perspective de questions les obligeant à repenser complètement le plan qu’ils auraient appris, on sait qu’il n’y a aucun danger que le bachotage, le psittacisme gagnent pendant l’oral : ils seront de toute façon sanctionnés pour avoir récité un raisonnement qui répond à une autre question. Les obliger, en plus, à prendre en considération un texte inconnu (au CAPES, au moins, on nous accordait 1H30 pour préparer notre oral) me paraît vraiment difficile pour eux. Pourquoi, ôtant toujours plus d’heures de français dans le secondaire, augmenter sans cesse le niveau attendu des candidats ? »

- « Par conviction, je ne le pratiquerai pas du tout. Il me semble qu’il est juste de valoriser les élèves qui ont accompli un travail sérieux, même s’il est un peu scolaire. »

- « Je n’interroge jamais hors-liste. L’épreuve est bien assez stressante pour les élèves, inutile d’en rajouter. Nous avons trop peu d’heures et un programme trop ambitieux pour se permettre de jouer à ce jeu-là. De même, je ne mettrai pas la moyenne à un élève qui récite son cours sans répondre à ma question, en dépit des recommandations (et pourquoi pas juste pour m’avoir lu le texte, pendant qu’on y est ?). »

- « Réaction d’humeur : l’idée d’interroger hors liste me semble complètement déconnectée de la réalité : je me demande si ceux qui prônent cette pratique ont eu récemment des élèves de première ou risquent d’en avoir prochainement. »

- « La seule chose qui me gêne dans les questions hors-liste, c’est l’équité à maintenir entre les candidats, toute relative il est vrai, et j’entends bien que vous veillez à les rassurer et à évaluer avec plus de bienveillance ou pas les mêmes exigences...Pour moi, la solution serait binaire, genre c’est tous ou aucun...ce qui est sûrement trop réducteur. »

- « Dans l’état actuel de l’épreuve, les élèves ont un descriptif avec des textes que nous avons étudiés pendant l’année. On leur dit qu’ils ont de grandes chances, voire toutes les chances, d’être interrogés sur l’un de ces textes que nous autres professeurs avons pris bien soin de distinguer des autres en réservant (dans notre descriptif) une partie pour la lecture analytique et une autre partie pour les lectures complémentaires et les lectures cursives. Les élèves craignent cette épreuve. Toute une tradition de parents et de professeurs, mais le simple bon sens aussi, leur dit de préparer cette épreuve. Que font-ils pour tenter de calmer leur anxiété et mettre toutes les chances de leurs côtés ? Incroyable, non, ils la préparent ! On appelle ça aussi bachoter... Et je ne vois pas où est le problème parce que l’épreuve telle qu’elle est organisée les incite à le faire. »

- « Bien sûr, il y a la fameuse question et je me désole comme tout le monde quand un élève tout tremblant me ressort un plan qu’il appris par cœur et qui ne correspond pas à ma question. Moi aussi, je fais étudier les textes en me concentrant sur des axes qui me semblent importants. Je précise bien sûr à mes élèves qu’ils doivent entendre et lire la question, qu’ils doivent adapter leur plan d’étude à cette question et l’on s’entraîne à le faire pendant l’année. Et cela marche bien parfois, certains saisissent parfaitement ce qu’il faut faire, montrant qu’ils ont à la fois compris le texte et la question. A eux les notes valorisantes. Ils ont travaillé et on su s’adapter. Bravo pour eux. Ils la méritent. Mais les autres, les tout tremblants empêtrés dans leur plan et incapables d’en sortir. Quelle note ? Et comment faire la différence avec un que j’aurais interrogé hors-liste et qui ne m’aurait dit que des banalités, ne serait jamais sorti de la pire des paraphrases ? Avec qui vais-je me montrer le plus indulgent ? Avec celui qui a travaillé et s’est préparé ou avec celui qui - peut-être - n’a rien fait, qui en tout cas ne m’a rien dit, mais qui bénéficie de cette clémence liée au "hors-liste" ? Où est l’équité ?
C’est pour ça que je n’interroge pour l’instant que sur des textes figurant sur la liste - et même (honte à moi) que j’essaie de faire en sorte que la question que je pose puisse permettre à l’élève de le retrouver, son fameux plan, et qu’il n’ait pas tremblé pour rien. De toute façon, avec ou sans son plan, je verrai bien s’il a compris le texte et la question. Mais, par contre, si un jour on me dit que l’épreuve change et qu’il n’y aura que du hors-liste, je serai à cent pour cent d’accord. Cela aura d’ailleurs un impact très positif sur notre enseignement et l’investissement des élèves en cours. Mais à nouveau, que les règles soient limpides et les mêmes pour tous. Il y a une loi, certes, mais elle est mal conçue. Pas de quart, ni de tiers, ni de demi-mesure. »

- « Il y a bien sûr des arguments pédagogiques séduisants pour l’interrogation hors-liste. Mais, comme cela a déjà été dit, le principe (à moins qu’il soit appliqué dans 100% des cas... mais alors cela remettrait en cause toute notre façon de travailler en cours d’année et, de plus, nécessiterait de travailler uniquement sur des œuvres intégrales) me semble aller à l’encontre d’une exigence éthique fondamentale : faire au mieux pour placer tous les candidats dans des conditions d’équité maximale... Et Dieu sait que c’est déjà difficile, ne serait-ce que lorsque l’on pense que certains candidats passent leur oral en disposant d’un manuel scolaire ou d’une édition d’OI abondamment annotée, tandis que d’autres planchent sur une photocopie du texte brut... L’interrogation hors-liste suppose un inconfort psychologique du candidat qui s’ajoute à la difficulté de la tâche. C’est beaucoup. On pourra me dire que nous sommes assez intelligents pour compenser dans notre façon d’évaluer, il n’en reste pas moins que l’on crée ainsi des conditions propices à l’absence d’équité. On pourra me dire aussi que supprimer la possibilité d’interroger hors-liste irait à l’encontre de notre sacro-sainte liberté d’enseignants (ou, ici, d’examinateurs). Le bac est-il avant tout un terrain de jeu pour notre liberté ou un examen national destiné à évaluer des élèves au terme de leurs années de collège et de lycée ? Et selon cette même logique, je trouve d’ailleurs plus que discutable qu’il n’existe pas, pour l’écrit comme pour l’oral, des critères nationaux officiels et précis, intelligemment élaborés à partir d’une vraie connaissance de la réalité (des réalités) du terrain. Je sais, beaucoup trouvent l’idée scandaleuse, et j’ai bien conscience que même avec l’instauration d’un barème contraignant, les écarts existeraient toujours... Mais ne pensez-vous pas que la situation gagnerait en clarté (de même que - puisque c’est dans l’air du temps - le recours à la vidéo dans l’arbitrage d’un match de foot limiterait certaines "injustices" flagrantes) ?
Pour en revenir à l’oral, je suis d’avis que l’interrogation sur un extrait vu en cours, à partir d’une question non connue à l’avance, est une très bonne solution. Elle permet fondamentalement de déterminer trois catégories principales de candidats : ceux qui n’ont pas fait leur travail en cours d’année et sont dans l’incapacité de proposer quoi que ce soit de sensé au sujet du texte, ceux qui ont travaillé plus ou moins laborieusement et restituent des connaissances plus ou moins bien assimilées, sans se soucier (ou si peu) de la question posée, et ceux qui non seulement on fait un bon travail sur les textes mais sont en plus capables de construire un exposé de façon pertinente en fonction de la question. Mon expérience me montre que la deuxième catégorie est ultra majoritaire... alors que c’est justement celle que la réforme de l’épreuve a voulu éradiquer. Quelle réussite ! Au demeurant, si un élève de cette deuxième catégorie montre avec une certaine évidence que son approche du texte est intelligente, cela ne me semble déjà pas si mal. Et puis l’entretien est l’occasion de "tester" d’autres compétences et connaissances... par exemple la connaissance d’une OI (autre argument à l’encontre de l’interrogation hors-liste). »

- « Je ne suis pas du tout hostile à l’idée que les élèves soient interrogés sur un texte inconnu à la fin de l’année (pour l’œuvre intégrale, actuellement l’entretien permet d’évaluer la lecture il me semble). Ce qui me gêne, c’est la coexistence de deux types d’interrogation qui pour moi correspondent à une formation différente des élèves : donc dans le "hors liste", ce qui me dérange, c’est "liste". Actuellement, le principe de la liste oblige le professeur à traiter précisément un certain nombre de textes, sur lesquels les collègues qui interrogent auront des exigences légitimes, parfois excessives quand il s’agit de textes très connus comme par exemple un poème de Baudelaire. Et on sait le temps qu’il faut au professeur pour préparer un texte, et le temps qu’il faut à une classe pour assimiler l’essentiel du texte. Du coup, peu ou pas le temps de laisser les élèves découvrir à leur rythme, et difficile de les laisser à leur niveau. Donc, cours longs, et autres polycopiés, on fournit la matière. Du reste un inspecteur se satisfait peu d’un texte survolé. Et puis à la fin de l’année, quand tout le monde s’est astreint à ce travail, on dit aux élèves : mais vous savez, vous pouvez être interrogés hors liste. Et on imagine des stratégies pour les aider à s’en sortir. Et les professeurs qui interrogent disent bien que les critères sont différents, et l’évaluation pas la même. Je trouve que tout cela n’est pas clair, et pédagogiquement gênant.
En revanche, si les professeurs avaient la contrainte d’un programme, mais pas de liste de textes à proposer à l’examen, et si systématiquement les élèves étaient interrogés sur un texte choisi par l’examinateur mais pas étudié en classe, ce serait un changement de l’enseignement toute l’année , un BON changement : là il s’agirait d’apprendre à lire un texte, et c’est cette capacité de lecture qui serait évaluée : en effet, cela éviterait l’apprentissage par cœur, les plans tout faits, le forcing pour finir la liste etc...ce serait un vrai apprentissage, les élèves auraient vraiment à apprendre à pratiquer eux-mêmes la lecture des textes.
Je comprends tout à fait les collègues qui critiquent le système actuel. Mais il me semble que l’interrogation hors liste, coexistant avec l’interrogation sur un texte de la liste, n’est pas une réponse à ses défauts, qu’elle en ajoute même. Militons pour la suppression de la liste de textes : il suffirait que le professeur donne la liste des thèmes, objets d’étude et objectifs, en somme les titres des listes actuelles. Rêvons un peu. »

- « Pratiquer le "hors liste" revient à piéger les candidats en culbutant la finalité pédagogique de la liste : baliser le champ d’étude d’une problématique et à l’intérieur de ce champ, évaluer les compétences du candidat. L’évaluation est ainsi fondée, rigoureuse et sans complaisance. Que dirait un candidat à l’agrégation qui se verrait questionner en dehors des balises définies par les instructions ... ? »

Des pistes de réflexion

- LAUDET P., L’Explication de texte littéraire : un exercice à revivifier
Accessible sur les sites académiques. Une mine d’idées neuves !

- TODOROV T., La Littérature en péril, Champs Flammarion, 2014, 80p.
Il regrette que dans l’enseignement du français l’accès au sens ait disparu au profit d’analyses formalistes. En gros, nous ne chercherions que la cohérence interne d’un texte en occultant totalement ce qu’il dit sur l’homme et la condition humaine.


Ce document constitue une synthèse d’échanges ayant eu lieu sur
Profs-L (liste de discussion des
professeurs de lettres de lycée) ou en privé, suite à une demande initiale
postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la
personne dont le nom figure dans ce document. Fourni à titre d’information
seulement et pour l’usage personnel du visiteur, ce texte est protégé par la
législation en vigueur en matière de droits d’auteur. Toute rediffusion à
des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.

© WebLettres
Pour tout renseignement : Contact
</CENTER >




Bapst Agnès

- Dernières publications :
[1046] - Poésie et cheval
[986] - Pratique du hors-liste à l’oral de l’EAF
[942] - Beaux textes sur l’enseignement









Forum relatif à cet article

  • Le forum est ouvert - 04-09-2014 - par Administrateur

    Vous pouvez à votre tour apporter une contribution à cet échange en proposant des titres, adresses de sites, références bibliographiques voire témoignages qu’il vous semblerait utile de publier en complément de cette synthèse.

    MENTIONS LÉGALES
    Cet espace est destiné à vous permettre d’apporter votre contribution aux thèmes de discussion que nous vous proposons. Les données qui y figurent ne peuvent être collectées ou utilisées à d¹autres fins. Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site. Seront en particulier supprimées, toutes les contributions qui ne seraient pas en relation avec le thème de discussion abordé, la ligne éditoriale du site, ou qui seraient contraires à la loi. Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Vous pouvez, à tout moment, demander que vos contributions à cet espace de discussion soient supprimées. Pour exercer ce droit, http://www.weblettres.net/index3.php?page=contact.


contact Contact - Qui sommes-nous? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Admin


© Copyright WebLettres 2002-2017
Les dossiers de WebLettres sont réalisés avec Spip