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L’épopée, un genre inexploité

La présente réflexion est conduite dans un premier point par la présentation des trésors culturels renfermés dans le texte épique, les richesses de celui-ci sur le plan poétique dans un second point. Le troisième point de cet article consacrera les liens établis ou pouvant s’établir entre le feuilleton littéraire, le western, les films d’animation, la science fiction d’une part, l’opéra et la comédie music ale d’autre part.

 

L’épopée, qu’elle soit grecque comme l’Iliade, allemande comme Nibelungen, française comme La Chanson de Roland, ou africaine comme Soundjata, révèle selon Lamartine "la forme poétique de l’enfance des peuples, alors que la critique n’existait pas encore". [1]

Cette conception primaire de la littérature par les peuples est une lecture possible de la culture, de la civilisation du pays d’origine par les textes, puisque le premier jet de l’ atavisme environnemental de son auteur. De ce fait, l’exploitation du texte épique permettrait la diffusion de la culture francophone parce qu’elle ferait mieux comprendre et mieux connaître les autres à travers les valeurs culturelles qui y sont reflétées d’une part, et d’autre part, parce que sur le plan poétique, l’épopée est une combinaison extraordinaire du poème, et du chant, du narratif et du merveilleux rehaussé par l’utilisation de figures de style telles l’hyperbole, l’exagération, l’énumération, la gradation, des antithèses forets, la métaphore, la comparaison...

La présente réflexion est conduite dans un premier point par la présentation des trésors culturels renfermés dans le texte épique, les richesses de celui-ci sur le plan poétique dans un second point. Le troisième point de cet article consacrera les liens établis ou pouvant s’établir entre le feuilleton littéraire, le western, les films d’animation, la science fiction d’une part, l’opéra et la comédie music ale d’autre part.

1. L’épopée : représentation et / ou reproduction du culturel

C’est un lieu commun que d’affirmer que pour évoluer l’homme a besoin de projeter et de représenter le monde, l’humanité, la nature, la surnature, la divinité, grâce à un système de signes, de symboles et de valeurs. C’est ce qui matérialise le côté culturel de son évolution. [2]

Or l’épopée réalise le vœu d’un groupe pendant une période anarchique. Le héros épique entreprend de réaliser un monde meilleur avec les modalités d’apprentissage propres à sa culture.

L’examen d’une épopée africaine, Chaka en l’occurrence, a permis de circonscrire les points suivants :

- Les circonstances particulières de la naissance du héros :
Ici :le chef du clan zoulou, déjà marié à trois ou quatre épouses, n’avait aucun garçon d’elles . Il décide de chercher une nouvelle femme qui puisse lui donner un fils et organise une fête au cours de laquelle il remarque une, pour ses talents de danseuse, la belle Nandi. Senza’Ngakona l’épouse, et il a la joie d’avoir un fils d’elle, Chaka.

- Les circonstances particulières de son enfance
Chaka est un délicieux petit garçon aux prédispositions particulières : il ne pleure jamais, même quand il tombe par terre, et même si on venait à le frapper, il était bien rare qu’on le vit pleurer, c’est à peine s’il poussait un petit cri, un seul, puis il se taisait.
Au total, nous notons l’évocation de quelques valeurs primordiales, préalables à la reconnaissance et au façonnement d’un héros épique :
. Il est issu de deux entités talentueuses :le roi et la reine... des danseuses
. Il est endurant

- Le mode de déplacement
Le héros courait aussi vite qu’un éclair, parcourant de vastes distances pour la chasse.

- La technique
Sur le plan technique, il utilise pour la chasse, une lance à la hampe claire et à la pointe sombre.

Son parcours initiatique a déjà révélé d’autres qualités telles que le courage, la témérité, l’authentifiant comme un véritable héros épique :Chaka tue un lion alors que ses pairs chasseurs et plus âgés s’enfuient au village, il libère une jeune fille capturée par l’hyène terrifiante .

Son investissement sociologique a pour finalité la consolidation et le rayonnement de sa tribu. C’est dans ce sens que Senghor [3] y voit "le symbole de la lutte pour l’unification africaine, pour l’indépendance nationale".

L’exploitation du genre épique, pour y rechercher des dominances culturelles paraît de ce point de vue judicieuse. Les six perspectives ci-dessus soulignées constituent et présentent la preuve qu’un modèle culture y est bâti, et qu’il convient de le déchiffrer en lisant ces textes.

2. L’épopée : une poétique particulière

Aristote, dans sa poétique, précise le genre de l’épopée : la poésie narrative. En tant que telle, elle se doit d’exalter de belles actions et des hommes de mérite.

L’épopée est en somme, au regard de cette définition, à la fois un poème et une narration. Le groupe nominal : poème narratif constitue à lui seul un programme :

- Parce que poème, et poème narratif, le texte poétique de l’épopée est abordé avec aisance à travers son entrée actantielle.
- Parce que ce narratif incluse le merveilleux et le chant, l’étude des formes est variée selon que l’enseignant insiste sur l’esthétique du merveilleux ou sur le chant.
- L’exaltation des sentiments nobles et du sujet élevé permet de faire des parallèles avec la tragédie et/ou la comédie classiques, et la poésie libre moderne.

Comme poème, l’épopée est à l’origine une œuvre orale chantée. Dans cette optique, le souffle épique est maintenue grâce au :

- grossissement épique de certaines descriptions qui rappellent l’origine déclamatoire et spontané du discours oral poétique.
- Mouvement rythmé des reprises de phrases et de mots, de refrains et surtout à l’évocation de la nature.

Comme narration, l’épopée présente une suite d’évènements qui s’imbriquent, se lient au point de former une histoire exaltante : Chaka tue un lion, Chaka et le seigneur des Eaux Profondes...

Le caractère extraordinaire de ces récits tient des pouvoirs surhumains accordés aux héros : Chaka qui vient à bout d’un lion, d’une hyène et de tous les jeunes de son village réunis - relevant surtout de la magie : pouvoirs des médecines d’Issanoussi, présence d’êtres surnaturels comme le seigneur des eaux, communication avec les morts, Chaka et son père.

L’exaltation des actions : Les actions des héros sont présentes d’une manière vivante, rythmée, scandée, au point que l’on peut dégager avec précision des morceaux choisis. On a l’impression, à la lecture d’une épopée que les faits se déroulent sous nos yeux. Ce qui nous amène à dégager un dénominateur commun avec les autres genres spécifiques , culturellement disparates, mais qui présentent des similitudes.

3. L’épopée et...

...Le feuilleton littéraire ou le western

Le fait qu’il soit possible de distinguer des séquences narratives nettes dans une épopée, morceaux choisis présentant le héros dans diverses situations de sa vie, crée des similitudes avec le feuilleton littéraire qui lui aussi, aborde différents moments de l’existence d’un personnage principal.

...La science fiction

Le héros de science fiction, à l’image du héros épique, est porté par les pouvoirs de la science et se capable d’infléchir son avenir à sa volonté . Il se sert des découvertes technologiques pour aplanir ses difficultés tout comme le héros épique se sert du merveilleux.

La science fiction incarne donc la modernité, entendue comme "cette culture" qui se définit comme "l’insinuation du vouloir dans la raison". [4]

...La comédie musicale

L’opéra et la comédie musicale exaltent par la puissance du chant, des sentiments particuliers. La comédie musicale propose une alternative intéressante au texte épique parce qu’elle met en évidence un code : le chant, et un mode : l’expression corporelle.

La construction d’une séquence didactique, portant sur la comédie musicale laisse lire :
- la notion de schéma narratif
- la notion de chanson
- le rôle des descriptions
objectifs que l’on retrouve dans l’étude d’une épopée.

Conclusion

En définitive, l’épopée constitue l’assise la ;plus sûre dans la découverte de l’interculturel parce qu’elle prend ancrage dans l’histoire d’un peuple, d’un pays, dont elle fournit la chronique largement nourrie de mythes et de légendes. De plus, sa richesse poétique favorise une large exploration didactique, approche qui la situe par rapport aux autres genres avec lesquels on relève quelques similitudes.

Ce voisinage ne manque pas d’interpeller les enseignants qui ont le devoir qui ont le devoir de faire connaître et faire apprécier ces textes, afin de mieux comprendre l’espace francophone et le monde.


Bibliographie

- SENGHOR Léopold Sédar, Ethiopiques, Paris, Seuil, 1956
- LABATUT S. et R. Epopées Africaines morceaux choisis, C.E.P.E.R., 1978
- LYOTARD Jean François, Tombeau de l’intellectuel et autres papiers, 1984
- BUREAU René, Apprentissage et cultures, les manières d’apprendre, colloque de Cerisy, Khartala, 1988








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